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Full text of "Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques"

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DICTIONNAIRE 

D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 



TOME DOUZIÈME 
CATULINUS -CLINCHAMP 



DICTIONNAIRE 

D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 

COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DE 

S. Ém. le cardinal Alfred BAUDRILLART 

RECTEUR DE L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS — DE L'aCADÉMIE FRANÇAISE 

CONTINUÉ PAR 

A. De MEYER et Ét. Van CAUWENBERGH 

PROFESSEURS A L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN 

AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS 

TOME DOUZIÈME 
CATULINUS - CLINCHAMP 




PARIS-VI 

LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANÉ 
87, Boulevard Raspail, 87 

1953 

TOUS DROITS RÉSERVÉS 
PRINTEO IN FRANCE 



LISTE DES COLLABORATEURS DU TOME XII 



Alamo (Dom M.), bénédictin à Silos (Espagne). 
Allemang (Rév. P. G.), oblat de Marie, à Augny (Moselle). 
Backmund (Rév. P. N.), prémontré, abbaye d'averbode 

(Belgique). 
Hardy (Clian. G.), à Dijon. 

Bernard-Maître (Rév. P. H.), S. .1., à Paris. 
Berthier (A.), conservateur du musée de Constantine. 
BossuAT (A.), professeur ù la Faculté des lettres de Cler- 
mont. 

Bréhier (L.), de l'Institut, professeur honoraire à la 

Faculté des lettres de Clermont. 
BuNDERVoiîT (Rév. P. A.), missionnaire du S. C, à Lou- 

vain. 

Calendini (P.), doyen honoraire à Hyères (Var). 
Canivez (Dom .1.), cistercien, à Forges-lez-Chimay (Belgi- 
que). 

Cappuy.ns (Dom M.), bénédictin de l'abbaye de Mont- 
César, à Louvain. 

Carreyre (.J.), directeur au séminaire S.-Sulpice, à Paris. 

Chauvin (P.), bénédictin, à Quarr-Abbey (Angleterre). 

CoLOMBAS (Dom G.-M.), bénédictin, de l'abbaye du 
Montserrat (Espagne). 

CooLEN (Chan. G.), à S.-Omer (Pas-de-Calais). 

Courtois (Ch.), professeur à la Faculté des lettres d'Alger. 

Dauphin (Dom H.), bénédictin, à Quarr-Abbey (.\ngle- 
terre). 

David (P.), professeur à Coïmbre (Portugal). 
De BiL (Rév. P. A.), S. .1., à Louvain. 
Debongnie (Rév. P. P.), rédemptoriste, à Namur. 
Delaporte (Chan. Y.), à Chartres. 

De Meulemeester (Rév. P. M.), rédemptoriste, à Bruxelles. 
De Meyer (.a.), professeur à l'université de Louvain. 
Dereine (Ch.), à Moustier-sur-Sambre (Belgique). 
De Smet (.J.-M.), professeur à Louvain. 
DiMiER (Dom A.), cistercien, à Forges-lez-Chimay (Bel- 
gique). 

Drioux (Chan. G.), professeur aux Facultés catholiques, à 
Lille. 

Dumas (Auguste), professeur honoraire à la F'aculté de 

droit d'Aix-en-Provence. 
Erens (Chan. M. -A.), prémontré, à Tongerloo (Belgique). 
Ferron (Rév. T". .1.), des Pères Blancs, directeur du musée 

Lavigerie, à Carthage. 
Feuille (G.-L.), à Carthage. 

FoREViLLE (Mlle R.), professeur à la Faculté des lettres de 
Rennes. 

FossiER (R.), à Meudon (Seine-et-Oise). 

Garitte (G.), professeur à l'Université de Louvain. 

f'iRAs (P.), bibliothécaire de l'Université de Dijon. 

Grumel (Rév. P. V.), de l'Assomption, à Paris. 

Halkin (L. E.), professeur à l'Université de Liège. 

HouRLiER (Dom .1.), bénédictin, à Solcsmes (Sarthe). 

Jadin (L.), professeur à Louvain; 

.Tanin (Rév. P. R.), de l'Assomption, à Paris. 

.Jean (Rév. P. E.), de l'Assomption, à Paris. 



Laplatte (C), conseiller à la Cour, à Colmar. 
Laurent (Rév. P. M.-H.), O. P., scriltore de la Bibliothèque 
Vaticane. 

Laurent (Rév. P. V.), de l'Assomption, à Paris. 

Lefebvre (Ch.), professeur à la Faculté de droit cano- 
nique de Paris et aux Facultés catholiques de Lille. 

Leflon (Chan. .1.), professeur à l'Institut catholique de 
Paris. 

Levesque (E.), directeur au séminaire S.-Sulpicc, à Paris. 
Maisonneuve (H.), professeur aux Facultés catholiques, à 
Lille. 

Melchior de S.\inte-Marie (Rév. P.), carme déchaussé, 
à Rome. 

Mens (Rév. P. A.), capucin, à Louvain. 

Meysztowicz (Mgr X.-W.), à Rome. 

Molien (Rév. P. A.), de l'Oratoire, à Amiens. 

MoLLAT (G.), professeur honoraire à la Faculté de théo- 
logie catholique de Strasbourg. 

MoLS (Rév. P. Roger), S. .1., collège théologique S.-Albert 
de Louvain, à Louvain. 

MoREMBERT (T. de), archiviste de la ville, à Metz. 

O Briain (Rév. P. F.), franciscain, professeur à l'Univer- 
sité nationale d'Irlande, à Galway. 

OsTRowsKi (Dom ,J.), bénédictin, à Lublin (Pologne). 

Perez (Dom Fl.), bénédictin, abbaye de Silos (Espagne). 

Plinval (G. de), professeur à l'Université de Fribourg 
(Suisse). 

Préclin (E.), professeur à la Faculté des lettres do Be- 
sançon. 

Prévost (M.), conservateur honoraire i» la Bibliothèque 
Nationale, à Paris. 

RoisiN (Rév. .Sœur S.), Institut de l'Iinfant Jésus, à Ni- 
velles (Belgique). 

ScHMiTZ (Dom P.), directeur de la /Jeune bénédictine, biblio- 
thécaire de l'abbaye de Maredsous. 

Stefanic (V.), professeur à Zagreb (Yougoslavie). 

SzALAY (Dom .1.), bénédictin, à Paris. 

Van Cauwenbergh (Mgr), professeur à l'Université de 
Louvain. 

Van den Wyngaert (Rév. P. A.), franciscain, à Turnhout 
(Belgique). 

Van Doren (Dom R.), bénédictin de l'abbaye du Mont- 
César, à Louvain. 

Van Hee (Rév. P. L.), S. .J., à Louvain. 

Van Lantschoot (Chan. A.), vice-préfet de la Biblio- 
thèque Vaticane. 

Van Meerbeeck (Mlle L.), conservatrice-adjoint aux Ar- 
chives générales du Royaume, à Bruxelles. 

VoLK (Dom P.), bénédictin, abbaye de Maria-Laach 
(.Allemagne). 

Waquet (H.), archiviste honoraire du l'inistcre, à Quini- 
per. 

Warbilow (Dom J.), bénédictin, à Quarr-.Vbbey (.Angle- 
terre). 

Zeiller (.1.), professeur à l'École des Hautes Études, Paris. 



DICTIONNAIRE 

D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 



C ( Suite ) 



1. CATULINUS (Saint), ou Gat(d)ulinus, 
martyr africain, mentionné au martyrologe liiérony- 
mien le 19 mars. 

A. S., mars, m, 28 et 29. — Mort. Hier., éd. de Rossi et 
Duchesne, 34; éd. Deletiaye et Quentin, 152 et 153. — 
De Hossi, Bull, di arch.crist., Rome, 1S7G, tav. iv-v; 1877, 
p. 113-17. 

J. Ferron. 

2. CATULINUS (Saint), • figure au martyro- 
loge hiéronymien le 23 avr., à la tête d'un groupe de 
martyrs africains, dont l'un porte le nom de Félix. 
Est-ce le même que celui de la basilique de Fauste à 
Carthage mentionné le 15 juillet? 

A. S., avr., m, 166. — Mort. Hier., éd. de Rossi et 
Duchesne, 47. — De Rossi, Bull, di arch. crist., Rome, 
1876, tav. iv-v; 1877, p. 113-17. 

J. Ferron. 

3. CATULINUS, un des quatre sous-diacres 
qui entouraient l'évêque de Cirta-Constantine, Pau- 
lus, pendant les perquisitions et saisies opérées dans 
la « maison des réunions chrétiennes », le 19 mai 303, 
pour se conformer à l'édlt persécuteur de Dioclétien, 
par le curateur de la colonie cirtéenne, Munatius Félix, 
flamine perpétuel, assisté des exceptores (greffiers) 
Edusius et Junius ainsi que de servi publici. Catulinus 
fut du nombre des nombreux traditeurs de cette 
communauté, puisque le procès-verbal rapporte qu'il 
livra pour sa part le seul livre liturgique qu'il eût en 
sa possession et dont on sait seulement qu'il était 
assez volumineux, codicem unum pernimium maiorem. 
Il convient d'ajouter à sa décharge qu'il refusa, ainsi 
qu'un autre sous-diacre, Marcuclius, de faire connaître 
les noms de ceux qui détenaient la majorité des livres 
saints, les lecteurs, en déclarant net qu'ils préféraient 
la mort à pareille trahison. On les arrête sur-le-champ. 
Là finit leur histoire, sur laquelle nous renseigne un 
précieux document recueilli par S. Optât pour la 
constitution de son dossier antidonatiste et conservé 
aujourd'hui dans l'appendice de ses oeuvres : Acta 
Munati Felicis, dans les Gesta apud Zenophilum, éd. 
Dupin, Paris, 1702, p. 167-74; éd. Ziwsa (t. xxvi du 
C. S. E. L.), p. 186-88, cit. d'après Monceaux; P. L., 
VIII, 726-42; S. Augustin, Epist., lui, c. 11, 4; éd. 
Barreau, iv, 445-46; P. L., xxxiii, 197; Contra 
Cresconium, III, c. xxix, 33; IV, c. lvi, 66; éd. Bar- 
reau, xxix, 172-73, 269-70; P. L., xLin, 512-14, 
583-84, y fait plusieurs allusions. 

De Rossi, Epigrafe votioa dei Caiullini Epijanii, dans 
Bull, di arch. crist., 1877, Rome, p. 113-17 (1876, tav. 

DiCT. d'hist. et de oéogr. ecclés. 



iv-v). — p. Monceaux, Hist. lift., m, Paris, 1905, p. 93-96 
et chap. préc, passim. 

J. Ferron. 

4. CATULINUS (Saint), Cat(h)olinus, peut- 
être Catullinus, diacre de Carthage, inscrit seul le 15 
juill. dans le Kalendarium Carthaginense (Ruinart, 
Acta martyrum sincera, "Vérone, 1731, p. 542), et avec 
quatre autres martyrs au martyrologe romain, qui 
s'est manifestement inspiré des textes d'Adon et 
d'Usuard. L'inhumation de lanuarius, Florentins, 
Iulia et lusta avec Catulinus dans la basilique de 
Fauste, appelée par erreur basilique de Fausta dans 
l'hiéronymien, est une hypothèse toute gratuite de ces 
deux auteurs; l'hiéronymien dit seulement: In At(f) 
rica, civitate Karlagine, natale sanctorum Catholini 
diaconi et reliquorum martyrum qui requiescunt in 
basilica sanctae Faustae, lanuari, Florenti, Pollutanae, 
Iuliae et lustae; ils ont cru pouvoir regarder les noms 
qui suivent les reliqui martyres comme l'énumération 
de ces derniers. Une seule chose est certaine, c'est 
l'inhumation de Catulinus dans cette basilique avec 
toute une troupe de chrétiens martyrisés le même 
jour; l'un de ces martyrs est connu, Félix, évêque de 
Thibiuca (Hr. Zouitina), grâce à la relation partielle- 
ment authentique appelée Passio ou Acta Felicis, 
dans Ruinart, op. cit., 313-14, ou dans A. S., oct., 
X, 625-28 (cf. P. Monceaux, Hisl. litt., m, Paris, 
1905, p. 136-40 ou La Passio Felicis, dans Revue 
archéol., 1905, i, p. 335-40). C'est en partant de ce do- 
cument que H. Delehaye {La Passion de S. Félix de Ttii- 
biuca, dans Anal. Bo//., xxxix, 1921, p. 265-66 et p. 270, 
n. 29 et 31) estime pouvoir fixer la date du martyre de 
S. Catulin et de ses compagnons au 15 juill. 303, au 
début donc de la persécution de Dioclétien. Le rôle 
de premier plan qu'y tient Catulinus malgré la dignité 
de Félix s'expliquerait par son appartenance au siège 
métropolitain, ou peut-être par l'éclat de son témoi- 
gnage. La basilique de Fauste, très connue par les 
textes de S. Augustin (Serm., xxiii, cclxi; P. L., 
xxxviii, 155, 1202) et de Victor de Vite (Hist. persec. 
vandal., I,viii,25; II,vi, 17; III,ix,34), semble avoireu 
le privilège de recueillir les restes de tous les martyrs 
de cette journée particulièrement sanglante; ils durent 
être très nombreux, puisque la lettre des évêques afri- 
cains au pape Jean II {Epist. afr. episcop. ad loan- 
nem P., dans Hardouin, Concilia, u, 1154-55 ou dans 
Mansi, viii, 808) insiste sur le grand nombre de corps 
de martyrs inhumés dans cette église. Ce fut sans doute 
dans cet édifice si vénérable que S. Augustin i)rononça 

H. — XII. — 1 — 



3 



CATl LINIJS 



— CATCHON 



4 



le panégyrique de S. Catulin signalé par Possidius 
{Indiculus, ix; P. L., xlvi, 19), mais dont le texte 
n'a pas encore été retrouvé. Une inscription chré- 
tienne (C. /. L., VIII, 5669; Additani., p. 964: Rec. de 
Constanline, xvni, 1876-77, p. 535-36), exhumée à 
l'Aïn Abid, à 35 km. sud-est de Constantine, dans la 
direction de Guelma, mentionne élogieusement les 
Catullini. Il n'est pas possible de dire si notre Catu- 
linus appartenait à cette famille, encore moins, si la 
dédicace se rapporte au moins partiellement à lui. 
D'ailleurs il n'est même pas certain que l'inscription 
veuille rendre hommage à des mérites provenant 
de la vertu ou du martyre, comme on l'a pensé géné- 
ralement à la suite de Rossi (Epigrafe votiva dei 
Catullini Epifanii, dans Bull, di arch. crisL, 1877, 
Rome, p. 113-17; pl., ibid., 1876, tav. iv-v). Monceaux 
(Enquête, dans Mémoires présentés à l'Acad., Paris. 
1907, n. 291, p. 101-02) n'a pas tort de suggérer l'hypo- 
thèse d'une dédicace destinée à flatter la vanité par le 
rappel de l'origine aristocratique des bienfaiteurs 
d'une église. 

Propylaeum ad A. S. dec, p. 288-90, § 4. — A. S., 
juin., IV, 27-28, 119. — Mari. Hier., éd. de Rossi et Duchesne, 
91 ; éd. Delehaye et Quentin, 375-77. — Pétin, Dict. 
hagiogr., dans Migne, XL, p. 546-47, au mot Catulin. — 
P. Monceaux, Hist. tilt., m, Paris, 1905, p. 110-11, 530, 
537. — Dom Quentin, Les martyrologes hist., Paris, 1908, 
p. 336 et 482. — H. Delehaye, Les orig. du culte des martyrs, 
Bruxelles, 1933, p. 388. 

J. Ferron. 

CATULLA (Sainte), matrone à Paris, 9 oct. 
Personnage créé par les actes apocryphes de S. Denys 
(B. H. L., 2172-2175). Après leur supplice, elle aurait 
sauvegardé de la profanation les corps de l'évêque 
et de ses compagnons. Bien que rappelée dans cer- 
tains martyrologes récents au 31 mars, elle n'a jamais 
joui d'un culte ecclésiastique. 

A. S., oct., IV, 564, 711, 794. — Mort. Rom., 443. 

R. Van Doren. 

CATUM (Saint), martyr à Pergé sous Dioclé- 
tien (?), X" août. Le martyrologe romain cite après 
Leontius, martyr de Pergé en Pamphylie, un Attus. Ce 
nom provient du synaxaire de Constantinople qui 
mentionne un Korroûvr). Le synaxaire lui-même s'est 
inspiré d'une Passion, perdue aujourd'hui, mais qui 
devait être correcte, à en juger d'après les quelques 
passages que nous avons gardés. 

.4. S., août, I, 21-22. — Synax. Eccl. Constant., éd. 
Delehaye, 860-62. — Mart. Rom., 318. 

R. Van Doren. 

CATUIVISYRITUS (Jean-Baptiste), théolo- 
gien italo-grec (xvii« s.). Voir D. T. C, ii, 2013- 
2014. 

CAUCAUBARDITES. Voir Condobaudites, 
dans D. T. C, m, 814. 

CAUCHÈNE (Saint-Martin), Caucana, ab- 
baye de bénédictins au diocèse de Narbonne. A cet 
endroit existait déjà, en 840, un prieuré dépendant de 
S. -Laurent de Cabreresse. Élevé au rang d'abbaye, il 
fut uni à l'Église de Narbonne et cédé en 1004 
par l'archevêque Ermengaudus à S. -Michel de Cuxa. 

Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'ancienne France, 
IV, 126. — Cottineau, 632. — Gall. christ., vi, 1.38. — 
Mabillon, Annales, ii, 648. 

R. Van Doren. 
GAUCHIE (Alfred), né à Haulchin le 26 oct. 
1860, t à Rome le 2 févr. 1922, professeur d'histoire 
ecclésiastique à l'université de Louvain (1890-1922), 
exerça à l'université une influence profonde en y 
renouvelant les méthodes d'enseignement. Il fonda, 
avec P. Ladeuze, la Revue d'histoire ecclésiastique 



j (1900) et donna une grande impulsion au Recueil de 
I travaux, publié par des professeurs de la Faculté des 
lettres. Après la guerre de 1914-18, il devint directeur 
de l'Institut historique belge de Rome (1919-22), dont 
il avait prôné et obtenu l'érection en 1900. Il réussit à 
î imposer ses réformes grâce à son caractère combattif 
I et mordant. Son dévouement sans bornes, sa piété et sa 
! grande charité lui valurent l'admiration et l'attache- 
[ ment durable de ses disciples. Sa dissertation docto- 
i raie : La querelle des investitures dans tes diocèses de 
■Liège et de Cambrai (2 vol., 1890), garde encore 
aujourd'hui une grande valeur. 

L. \'an der Essen, A. C, l'initiateur, le savant, l'homme, 
dans Bev. d'hist. eccl., xviii, 1922, p. 213-39. — F. Baix, 
.4. C, dans La Terre wallonne, vi, 1922, p. 73-101. — 
U. Berlière, A. C, dans Ann. de l'Ac. roy. de Belgique, 
xci, 1925, p. 199-252 (avec liste des publications de C). 

A. De Meyer. 
CAUCHON (Pierre) (1371-1442), évêque de 
Beauvais, puis de Lisieux, surtout connu par sa par- 
ticipation au procès de Jeanne d'Arc, naquit à Reims, 
ou aux environs, vers 1371. Il étudia à Paris, y 
conquit les grades de maître ès arts et de licencié en 
décret, et devint, en 1403, recteur de l'Université. 
Promu successivement au conseil du duc de Bour- 
gogne (8 févr. 1409), au chapitre de Reims (1409) et 
à celui de Beauvais, il est nommé (1410) vidame de 
l'Église de Reims, fonction qu'il gardera jusqu'à son 
i élévation au siège de Beauvais (1420). L'agitation 
I cabochienne va le précipiter dans la politique. Après 
\ la défaite des cabochiens, Cauchon, banni, trouve 
asile auprès du duc de Bourgogne, son patron, qui va 
l'envoyer au concile de Constance, avec mission de 
défendre la thèse de Jean Petit sur la licéité du 
tyrannicide. Cauchon resta à Constance 3 ans et 
! 3 mois. Kn févr. 1419, il se retrouve à Paris, où la 
situation s'est retournée en faveur des Bourgui- 
gnons : il est chargé par son maître d'une mission 
auprès du Parlement. Auparavant, il avait pris part 
aux négociations du monastère de la Tombe qui 
s'étaient déroulées entre délégués du roi et délégués 
I de la reine. Mais c'est surtout lors de la conclusion du 
I fatal traité de Troyes (1420) que son activité de diplo- 
mate trouva à s'exercer : Cauchon fut l'un des sept 
délégués de l'Université qui prirent part à la négocia- 
j tion. .\i)rès le traité de 'Troyes, Cauchon négocie, au 
nom de Henri V cette fois, avec le chapitre de Paris, 
l'élection d'un évêque favorable aux Anglais. Il 
échoue d'ailleurs, mais, surtout grâce à la pression 
du duc de Bourgogne, il est élu, le 4 sept. 1420, évêque 
de Beauvais. 

On lui a reproché de n'avoir pas observé la rési- 
dence : cependant on trouve la trace de deux visites 
effectuées par lui à Gerberois, en 1424 et 1425. Il est 
certain qu'il fît de fréquents séjours à Rouen et que 
sa promotion à l'épiscopat ne mit pas fin à son acti- 
vité politique et diplomatique : en 1422, à la mort de 
Charles \l, il est désigné comme l'un de ses exécuteurs 
testamentaires; en 1423, il se qualifie « conseiller du 
roi Henri VI et chancelier de la reine d'Angleterre »; 
lors du siège du Crotoy, défendu par Jacques d'Har- 
court, il fit partie de la délégation chargée de se 
rendre près de ce capitaine pour l'inciter à capituler; 
en mars 1423, il remplit une mission auprès du duc de 
Bretagne; en 1425, à la demande du régent Bedford, 
il intervient dans les négociations qui préparent l'or- 
donnance du 26 nov. 1425 : on sait que, d'après cette 
ordonnance, Bedford se résigna à octroyer à la Cour 
pontificale la collation des évèchés, la collation des 
trois quarts des bénéfices, le rétablissement des ré- 
serves, des annales et des expectatives; Cauchon est 
encore chargé de négocier la promulgation et l'accep- 
tation de cette ordonnance, si défavorable à l'épisco- 



CAUCHON 



6 



pat, et qui, d'ailleurs, n'est acceptée qu'après avoir 
subi des remaniements, et sous les plus expresses 
réserves. En 1426, Cauchon négocie avec le chapitre 
de Rouen, au sujet des difTicultés que soulevait la 
promotion au cardinalat de Jean de la Rochetaillée, 
archevêque de cette métropole. En 1428, il préside 
une commission générale instituée par Bedford en 
Champagne pour rallier les capitaines bourguignons. 
Enfin, plus délicate est la mission que lui confie Bed- 
ford de lever sur tout le clergé de la province de Nor- 
mandie trois décimes, un pour le pape et deux pour 
Bedford qui devait les employer « à la défense du 
pays... ». Cette « corvée » le met en conflit avec les 
contribuables et lui vaut des inimitiés. 

En 1429, Jeanne d'Arc intervient dans sa vie : la 
marche victorieuse de l'armée qu'elle conduit à Reims 
l'oblige à déguerpir de la Champagne où il se trouve 
alors et même de Beauvais; il se réfugie à Rouen. 
L'année suivante, on le trouve en Angleterre, en 
compagnie du cardinal de Winchester et de l'abbé du 
Mont-S. -Michel, Robert Jollivet. Survient la capture 
de Jeanne, aux portes de Compiègne. 11 est mainte- 
nant établi, de façon indiscutable, que l'endroit où 
Jeanne a été prise était situé sur le territoire du 
diocèse de Beauvais. 

Tous les historiens de Jeanne d'Arc racontent son 
procès et portent une appréciation du rôle de Cau- 
chon dans cette affaire. Elle est généralement très 
sévère : la thèse de M. de Rigné, qui s'est efforcé de 
réhabiliter Cauchon, n'a guère trouvé d'écho. Per- 
sonnellement, nous avons cru pouvoir plaider en sa 
faveur des circonstances atténuantes; mais nos argu- 
ments n'ont sans doute pas convaincu M. Calmette 
car, tout en citant notre travail, il s'en tient à l'opi- 
nion traditionnelle. Nous estimons que le procès 
fut régulier en la forme, qu'on ne doit pas imputer 
à Cauchon la responsabilité des institutions et des 
mœurs du temps et surtout que, pour un personnage 
rallié à l'État anglo-français issu du traité de Troyes, 
Jeanne d'Arc ne pouvait être qu'une rebelle et, comme 
elle se prétendait inspirée de Dieu, une sorcière 
fréquentant le démon. Avant de condamner Cauchon, 
il faut tenir compte du grand nombre d'avis dont il 
s'entoura, des interventions pressantes de l'université 
de Paris, qui fut l'âme du procès, de l'attitude de 
Jeanne d'Arc et surtout de ses réponses qui esqui- 
vaient les diflBcultés et étaient bien faites pour « indis- 
poser le tribunal ». Lors du procès de réhabilitation, 
Cauchon était mort; on sait que dans les procédures 
criminelles les absents et les morts ont toujours « bon 
dos »... 

On a dit que Cauchon avait déployé un grand zèle 
dans le procès de Jeanne d'Arc pour obtenir le siège 
de Rouen. Or, il n'eut pas Rouen, mais Lisieux, qui 
ne valait guère mieux que Beauvais et où il ne fut 
transféré que le 8 août 1432. 

Après sa nomination, Cauchon résida plus souvent 
à Rouen qu'à Lisieux (il existait d'ailleurs au sein 
de la ville de Rouen une enclave du diocèse de Li- 
sieux : S.-Cande-le-Vieux). Il se montra zélé dans la 
répression de l'hérésie et poursuivit inlassablement 
son activité politique et diplomatique. En 1433, il 
fut désigné pour assister à l'entrevue de Calais, que le 
duc d'Orléans, prisonnier des Anglais depuis la ba- 
taille d'Azincourt, avait préparée secrètement avec 
Henri VI en vue de la paix et dans l'espoir d'obtenir 
sa libération, mais l'entrevue n'eut pas lieu, les am- 
bassadeurs de Charles VII ne s'étant pas présentés. 
En août 1434, il fut chargé par Henri VI de soutenir 
les intérêts anglais au concile de Bâle; il ne fit que 
paraître à Bâle et on ne voit pas qu'il se soit jamais 
prononcé publiquement en faveur de l'antipape : il 
avait sur la papauté les idées de l'université de Paris. 



I L'excommunication qu'il encourut n'a aucun rapport 
avec son attitude à Bâle : c'est parce qu'il n'avait 
pas payé les 400 florins d'or dont il était redevable 
envers le S. -Siège, au titre des annales, à l'occasion 
de son transfert à Lisieux, qu'il fut frappé de cette 
peine, qui semble bien, d'ailleurs, être restée lettre 
morte. En 1435, il prend part aux négociations d'Ar- 
ras. En 1436, on le trouve à Paris, où il organise la 
défense de la ville, assiégée par les troupes de 
Charles VII. Cette même année, il est de nouveau 
candidat au siège de Rouen, mais il essuie un nouvel 
échec : le clergé ne lui pardonnait pas son rôle dans 
l'affaire de la collation des bénéfices et dans celle 
de la perception des trois décimes. En 1439, il est 
encore chargé de missions diplomatiques. Avant de 
mourir, il assista aux progrès de l'armée royale qui 
resserrait son étreinte autour de la capitale nor- 
mande : prise de Louviers et de Couches, fin de 1440; 
prise d'Évreux, 11 sept. 1441. 

Ces événements changèrent-ils les dispositions de 
Cauchon? On a prononcé à son sujet le mot de 
repentir, et une tradition — assez récente — prétend 
voir dans la chapelle de la Vierge que Cauchon fît 
ériger à cette époque (1441), à la cathédrale de Lisieux, 
le gage de ses sentiments nouveaux. Cette tradition 
repose, selon toute vraisemblance, sur une formule 
de style qui se trouvait sans doute dans la charte de 
fondation (« ayant piteux regard et considération de 
son âme »), mais cette formule passe-partout ne 
suffit pas pour justifier la thèse du repentir du prélat. 
Cauchon mourut le 18 déc. 1442 (et non 1444, comme 

I l'indique, par erreur, la Gallia), en son hôtel S.-Cande 
de Rouen, et fut inhumé à Lisieux dans la chapelle 
de la Vierge. Il laissait à sa mort de nombreuses 
fondations pieuses et d'importantes libéralités. 

A sa mort, Cauchon était un prélat bien considéré. 
Après le procès de réhabilitation, l'opinion tourne et 
il joue le rôle de bouc émissaire, au point qu'on a fait 
de lui une « figure de gargouille » (M. Champion) et 
qu'on a été jusqu'à soutenir que son nom était devenu 
celui du porc (Intermédiaire des chercheurs et des 
curieux, 1865, col. 711). Cependant, G. Hanotaux 
reconnaît que « le rôle de Cauchon n'a pas été étudié 
dans son ensemble ». Il reste beaucoup d'inconnues 
dans sa personne : nous ne savons rien de sa vie sacer- 
dotale; si l'on n'a jamais rien trouvé contre ses 
mœurs. Champion lui reproche (Introduct. au Procès, 
p. xxxix) de n'avoir pas été dans son diocèse de 
Beauvais un « strict réformateur des mœurs »; mais 
les faits qu'il cite (et qui ne compromettent pas per- 
sonnellement l'évêque) ne prouvent pas grand'chose 
et on les retrouve à l'époque en bien des endroits. 
Quant à Hanotaux, il lui fait grief d'événements qui 
se passèrent à Compiègne, alors que cette ville ne 
faisait même pas partie du diocèse de Beauvais. De 
tous les historiens qui l'ont jugé, Quicherat nous 
paraît le plus équitable. A notre avis, Cauchon fut, 
à sa façon, un « collaborateur » qui, pour justifier sa 
conduite, put invoquer bien des circonstances atté- 
nuantes. 

Chevalier, B. B., i, 819. — Quicherat, Aperçus nouveaux 
sur l'hist. de Jeanne d'Arc, Paris, 1850, p. 98 sq. — For- 
meville, Hist. de l'ancien évêché-comié de Lisieux, ii, Li- 
sieux, 1873, p. 172. — Longnon, Paris sous la domination 
anglaise, Paris, 1878, passim. — De Beaurepaire, Notes sur 
les juges et assesseurs du procès de Jeanne d'Arc, dans 
Précis de l'académie de Rouen, 1890. — A. Coville, L'or- 
donnance cabochienne, Paris, 1891, Introd., p. m. — 
Denifle et Châtelain, L'université de Paris et le procès de 
Jeanne d'Arc, dans Mémoires de la Soc. d'Mst. de Paris, 
XXIV, 1897, p. 14. — Chan. Cerf, Pierre Cauchon de 
Sommièvre..., son origine, ses dignités, dans Travaux de 
l'acad. de lieims, ci, 1898, p. 363. — A. Sarrazin, Pierre 
Cauchon, Rouen, 1901 ; Notes complémentaires, dans Précis 



7 CAIT. IION 

de l'académie de Rouen, 1904-1905 (paru en 1908), p. 171. — j 
Ch. Engelhard, Pierre Cauchon, son prétendu repentir... j 
Réfutation de la tradition lexovienne, dans Bulletin du ; 
congres des sociétés savantes de Normandie tenu au Havre 
en juin. 1905, Le Havre, 1906, tiré à part. — Ph. Dunand, 
De l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, « schismatique et 
excommunié », dans Rev. pratique d'apologétique, l" avr. 
1910, p. 41. — E. Deslandes, Deux fondations de Pierre 
Cauchon à la cathédrale de Lisieux, dans Recueil Baiocana, 
1910, p. 210. — G. Hanotaux, Jeanne d'Arc, Paris, 1911, 
passim. — Mirot, Autour de la paix d'Arras, dans Biblioth. 
de l'Ecole des chartes, 1914, p. 25.S sq. — V. Hardy, La 
cathédrale S.-Pierre de Lisieux, Paris, 1917, p. 93-96. — 
P. Champion, Procès de .Jeanne d'Arc (longue introd.), 
Paris, 1921. — R. de Rigné, La clef de l'erreur judiciaire de 
Mgr P. Cauchon, Paris, 1928 (cf. compte rendu dans 
Rei). histor., CLXi, 1929, p. 160); Jehanne d'Arc, héroïne du 
droit; les véritables causes de son abandon et de sa condam- 
nation, Paris, 1928; La vraie hist. de Jehanne la Pucelle, 
Paris, 1929-1930, 2 vol. — Chan. Gauroy, Jeanne d'Arc à 
Chàlons-sur-Marne, Châlons, 1929. — P. Chirol, Rouen, 
ville de Jeanne d'Arc, dans Le Correspondant, 10 juin 1931. 
— P. Le Cacheux, Rouen au temps de Jeanne d'Arc, Paris, 

1931, passim. — Coville, Jean Petit, Paris, 1932, passim. — 
Colonel Billard, Jehanne d'Arc devant ses juges, Paris, 

1932. — H. Labrosse, Compte rendu des fêles du cente- 
naire de Jeanne d'Arc à Rouen, Rouen, 1932, p. 46, 85-99, 
100. — Pellerin, Découverte de la sépulture de Cauchon, dans 
Bull, de la Soc. des antiquaires de Normandie, xxxix, 

1932, p. 490. — P. Marie-Cardine, Lisieux, Grenohle, 

1933, p. 34, 35 (favorable à Cauchon). — Mlle L. Annet, 
La condamnation de Jeanne d'Arc, Paris, 1935. — .J. Bé- 
reux, art. Beauvais, dans D. H. G. E., vu, 277 (renvoie à 
abbé Delettre, Hist. du dioc. de Beauvais, 1842, 3 vol.). — 
C. Laplatte, Le procès de Jeanne d'Arc vu par les juristes, 
dans Bull, de la Soc. d'émul. des Vosges, Épinal, 1936, 
p. 45 sq. — D'Avoust, La querelle des Armagnacs et tles 
Bourguignons, Paris, 1943, passim. 

Communication de M. P. Marie-Cardine. — Archives 
de la Côte-d'Or, Dijon : B 1570; B 1594, fol. 216. 

C. Laplatte. 

1. CAULET (François-Étienne de) (1610- 
IG80), né à Toulouse le 19 mai 1610, fit ses études 
chez les jésuites du collège de La Flèclie; il choisit 
comme directeur le P. de Condren et fut associé à 
M. Olier pour la fondation du séminaire de S.-Sul- 
pice à Vaugirard. En 1627, il fut pourvu de l'abbaye 
de S.-Voluzien de Foix (dioc. de Pamiers); n'ayant 
1)U réformer cette abbaye, il donna sa démission. Il 
fut nommé à l'évèché de Pamiers, le 4 juin 1644, sur 
la i)roposition de S. Vincent de Paul. Il s'appliqua 
aussitôt à le réformer, par des mesures parfois austères, 
et il commença par la réforme du chapitre. Deux 
grandes afiaires rendirent Caulet célèbre : l'aflaire du 
jansénisme et l'affaire de la régale, et il joua un rôle 
capital jusqu'à sa mort (7 août 1680). 

1° A la suite du P. Rapin, on a accusé Caulet d'avoir 
suivi aveuglément Nicolas Pavillon, évèque d'Alet, 
son voisin, qui était très attaché à la doctrine de 
Jansénhis : en fait, Caulet ne signa point la requête 
des S8 évêques cjui demandaient à Rome la condam- 
nation des cinq propositions de Jansénius, mais il 
publia dans son diocèse la bulle Cum occasionc qui, 
en 16.53, condamnait ces propositions. Lorsque les 
jansénistes, avec Arnauld, acceptèrent la condamna- 
tion des cinq propositions en droit, mais non en fait, 
Caulet, avec les évêques réunis à Paris, demanda que 
les évêques fissent observer dans leurs diocèses les 
résolutions de l'assemblée du clergé touchant la sou- 
mission aux bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII 
contre le jansénisme; il était toujours très attaché à 
M. Vincent et à M. Olier. Mais, après la mort de ses 
deux amis, il se laissa entraîner par Pavillon dans la 
question du Formulaire, qu'il refusa de signer; lorsque 
Alexandre VII condamna de nouveau les cinq propo- 
sitions et ordonna la signature du Formulaire (15 févr. 
1665), Caulet, avec les évêques d'Alet (Pavillon), de 
Beauvais (Buzenval) et d'Angers (Henri Arnauld), 



— CAULET 8 

j n'accorda qu'une signature équivoque : ces évêques 
! s'inclinaient respectueusement sur le fait, en déclarant 
qu'en cette matière l'Église peut être surprise... Sur 
ce point, Caulet était d'accord avec les jansénistes et 
avec Arnauld, à qui d'ailleurs on attribua la rédaction 
du mandement des quatre évêques. Le mandement 
de Caulet porte la date du 1" juin et, après un arrêt 
du Conseil d'État du 20 juill., Caulet publia le 31 juill. 
un second mandement qui condanniait la signature 
pure et simple du Formulaire. Alexandre VII nomma 
une commission pour examiner le mandement des 
quatre évêques, niais il mourut le 22 mai 1667. Son 
successeur. Clément IX, reçut une lettre des quatre 
évêques (28 août 1667); ils se plaignaient de l'in- 
gérence des assemblées du clergé qui avaient enve- 
nimé la question du Formulaire : il suffisait de 
condamner les cinq propositions hérétiques, sans déci- 
der si ces propositions se trouvaient en fait dans 
l'Auguslinus; d'autres évêques se joignirent aux 
quatre premiers et, après des démarches assez longues, 
on aboutit à la i)aix de Clément IX. La soumission 
de Caulet fut-elle sincère? Vidal (op. infra cit.) 
décrit Caulet toujours flottant entre Arnauld et S.- 
Sulpice et il termine (p. 396) : « Pour la doctrine, 
Caulet fut suspect tour à tour aux orthodoxes et à 
leurs adversaires. Il donna l'impression d'un homme 
toujours en communion d'idées avec son interlo- 
cuteur pourvu que cet interlocuteur s'imposât à lui, 
par la science, le raisonnement, l'éloquence persua- 
sive. » Les jésuites l'ont toujours regardé comme 
janséniste et les jansénistes le tiennent pour un de 
leurs partisans. I.e pape Innocent XI, dans sa lettre 
du 23 sept. 168(» adressée aux vicaires généraux et 
au chapitre de I^imiers (Vidal, p. 397, 398), fait un 
très bel éloge de Caulet, et M. Bertrand (Bibliotlièque 
.siilpicienne, m, 22-55) s'ajiplique à montrer que 
Caulet ne fut jamais vraiment janséniste, mais que, 
par des mesures disciplinaires très sévères, il provo- 
qua de multiples oppositions qui ne désarmèrent pas 
même après sa mort. 

2° La régale était un droit en vertu duquel le roi 
disposait du revenu des évêchés durant leur vacance 
(régale temporelle) et conférait les bénéfices sans 
charge d'âmes à la collation de l'évêque défunt (régale 
spirituelle), et cela jusqu'à ce tjue le serment du nouvel 
élu fût enregistré. Sous l'influence des légistes et mal- 
gré les protestations des évêques, ce droit tendait à 
devenir universel et une déclaration royale de 
Louis XIV, le 10 févr. 1673, le rendait en fait uni- 
versel. Les uns après les autres, les évêques cédèrent; 
seuls, Pavillon et Caulet résistèrent, mais, comme 
Pavillon mourut le 8 déc. 1677, Caulet resta seul 
opposant. Malgré les conseils du P. de La Chaise, Caulet 
refusa de faire enregistrer le serment qu'il avait fait, 
le 12 mars 1645, lors de sa nomination épiscopale. 
Dès lors, il se trouvait sous le coup de la déclaration 
royale de 1673. Il n'accorda pas la mise en possession 
d'un bénéfice accordé à un bachelier du diocèse de 
Laon, Pierre Poucet; celui-ci lit appel à l'archevêque 
de Toulouse, le métropolitain, qui ordonna de recevoir 
Poncet (1"' sept. 1679), mais Caulet déclara nulle 
la sentence de l'archevêque (26 oct.) et fit appel à 
Rome de la décision. Innocent XI accueillit favora- 
blement la requête de Caulet. Cet apjiel provoqua 
la colère des régalistes et les biens de la mense épisco- 
pale de Pamiers furent séquestrés. Plusieurs brefs 
(18 janv. et 21 déc. 1()79) approuvèrent la conduite 
de (iaulet. C'est à cette occasion que fut rédigé le 
Traité de la régale, i)ublié (1680) ))ar ordre de l'évêque 
de Pamiers. Indomptable pour défendre les immunités 
de l'Église, Caulet publia, le 31 mars 1680, un man- 
dement qui excommuniait ceux qui postuleraient la 
régale, ceux qui accepteraient de prendre possession 



9 



CAULET 



— CAULIANA 



10 



du bénéfice ou en percevraient les fruits, et même les 
personnes qui leur prêteraient conseil. L'archevêque 
de Toulouse cassa cette ordonnance et le Parlement, 
par un arrêt du l«f mai 1680, condamnait le mande- ' 
ment. 

Après la mort de Caulet, le 7 août 1680, les polé- 
miques continuèrent dans le diocèse de Pamiers, (jui 
resta vacant jusqu'à la nomination de Jean-Baptiste 
de Verthamon, le 8 sept. 1693. L'afïaire de la régale 
eut son contre-coup à l'assemblée du clergé de 1682 : 
on mit en doute la suprématie du pape sur le souve- \ 
rain, sur l'épiscopat et la suprématie des canons de 
l'Église universelle sur les libertés de l'Église galli- 
cane. Les quatre articles de 1682 sont la charte du 
gallicanisme politique et religieux. 

Durant son épiscopat, Caulet s'occupa des proies- j 
tants de son diocèse, il poursuivit l'œuvre de son pré- 
décesseur, Henri Sponde, et s'éleva contre la condes- 
cendance de Louis XIII. Par les mémoires qu'il rédi- 
gea, il prépara les documents qui serviront plus tard à 
la révocation de i'Édlt de Nantes. En fait, cet Édit n'é- ! 
tait plus respecté à Pamiers sous l'épiscopat de Caulet. I 

Les œuvres de Caulet ont toutes pour objet plus ou 
moins direct l'administration de son diocèse : Ordon- 
nance faisant défense aux ecclésiastiques de son diocèse 
de jouer, manger on boire dans tes tavernes de teurs 
résidences, 24 janv. 1649; Mandement de Mgr t'évêque 
de Pamiers sur ta signature du Formutaire. 31 juill. 
1665; Lettre circulaire à tous Nosseigneurs les pré- 1 
lats de France sur l'affaire des jésuites de son diocèse i 
qu'il a excommuniés, 21 févr. 1668; Lettre circulaire de 
Mgr l'évêque de Pamiers qu'il a adressée à tous les prélats 
du royaume en leur envoyant la relation qui suit : Rel(dion 
de ce qui s'est passé entre Mgr l'évêque de Pomiers et les jé- 
suites du collège de la même ville, 12 mai 1668; Ordon- 
nances synod(des pour le diocèse de Pamiers, faites ou 
renouvelées et publiées dans le synode, le 'J et le 10 nov. 
1672, Toulouse, 1673, in-12, réimprimées par le succes- 
seur de Caulet, Mgr .Jean-Haptiste de Verthamon, 
Toulouse, 1702. in-12; Inventaire des pièces concernant j 
l'affaire de V f:gtise de Pamiers, s. 1., 1681, in-4» : 
cet inventaire contient les actes de Caulet dans l'af- 
faire de la régale, depuis l'ordonnance du 27 août 1677 
jusqu'à celle du 14 juill. 1680; Traité général de la 
régate, s. 1., 1681, in-4o : cet écrit qui. d'après Besoigne, 
se trouvait dans les papiers de Caulet, allait paraître, 
lorsqu'il mourut; il fut traduit en italien, Trattalo 
générale delta rcgalia, s. 1.. 1680, in-4» (autre éd. en 
1682), et en latin, Tractatus generalis de regalia in 
quatuor libros distributus. qui primus gallico sermone 
prodiit; nunc latino donatus auctior et correctior 
editur cum aliis opusculis ad eamdem materiam speclan- 
libus, s. 1., 1689, in-4o. Le Traité de la régale fut 
probablement mis au point par Charlas. grand vicaire 
de Caulet. qui se retira à Rome après la mort du 
prélat et y mourut le 7 avr. 1698. Le Testament de 
Caulet a été publié dans l'opuscule intitulé : lîelation 
de ce qui s'est passé durant la dernière maladie et à tu 
mort de défunt Messire François- Etienne de Caulet, 
évêque de Pamiers, s. 1., s. d., p. 37-47, in-Pi. \ 

Outre les dictionn. qui, pour la plupart, donnent la | 
biogr. de I".-É. de Caulet, on peut citer les ouvrages de \ 
G. Doublet qui fut professeur au collège de Foi.x : Lci 1 
protestants sous l'épiscopat de Caulet (1644-1680), Toulouse, 

1895, in-8» (extrait des Annales du Midi, vu, 1895); Un 
prélat janséniste, F. de Caulet, réformateur des chapitres 
de Foix et de Pamiers, Paris, 1895, in-8°; F. de Caulet, 
évêque de Pamiers, et la vie ecclésiastique dans un dioc. \ 
ariégeois sous Louis XIV, Foix, 1896, in-8°; Un dioc. I 
pyrénéen sous Louis XIV; la vie populaire dans la vallée 
de l'Ariège sous l'épiscopat de F.-É. de Caulet, Toulouse, 

1896, in-S"; Documents complémentaires sur l'épiscopat 
de F. de Caulet à Pamiers, dans La Semaine catholique de 
Pamiers, 1897-1898. — Besoigne, Vie des quatre éuêques 



engagés dans la cause de Port-Royal, pour servir de supplé- 
ment à l'hist. de Port-Royal en six vol., Cologne, 1756, 
in-8''. — Laliondes, Annales de Pamiers, u, Toulouse, 
1884, p. 1.35-77, 209-26, in-8<>. — L. Bertrand, Bibliolh. 
sulpicienne ou Hist. littér. de la Compagnie de S.-Sulpice, 
III, Paris, 1900, p. 19-61, 3 vol. in-8°. — Le P. Dubruel, 
dans Bull, de littér. ecclés., Toulouse, années 1911, 1917, 
1923; Rev. des questions hist., 1907, 1910, 1922; Recherches 
de science relig., 1917-18; Rev. d'hist. de l'Ëglise de France, 
1923, 1926, 1927. — J.-M. Vidal, Hist. des évoques de Pa- 
miers, t. V, F.-Ê. de Caulet, évêque de Pamiers (1610-1680), 
Paris, 1939, 639 p., in-S". — La biblioth. municipale de 
Toulouse, n. 730, possède un ms.. De vita et geslis reli- 
giosissimi ac Reverendissimi Domini Stephani Francisci 
Cauleti episcopi Apamiensis, 56 feuillets. 

J. Carrkyul:. 

2. CAULET (Jean du) (1693-1771), petit- 
neveu de François de Caulet, devint en 172() évêque 
de Grenoble. A ce titre, il fut mêlé aux controverses 
jansénistes alors encore très ardentes; quoique parti- 
san de la bulle Unigenilus, il travailla très activement 
à pacifier les esprits : au concile d'Embrun (1727-28), 
il prêta son concours à l'archevêque Tencin pour la 
condamnation de l'évêque de Senez, Soanen ; très 
gallican au début de son épiscopat, peu à peu, il 
modéra ses tendances, tout en défendant jalousement 
les iirérogatives de l'épiscopat et son indépendance. 
Bref, il contribua à maintenir la paix dans son diocèse 
qu'il ne quitta guère. Il mourut à Grenoble, le 
27 sept. 1771. 

En tant que secrétaire de l'assemblée du clergé, au 
couvent des augustins en 1725. Caulet a rédigé, avec 
Machéco de Prémeaux, le procès-verbal de cette assem- 
blée. On a conservé de lui quelques discours. Il 
publia en outre : Instruction pastorale sur le sacre- 
ment de pénitence et sur la comnmnion, Grenoble, 
1749, 2 vol. in-4° : c'est une réponse à l'instruction 
pastorale de Mgr de Rastignac sur la même question 
et sur le livre de P. Pichon; Lettres sur les immunités 
ecclésiastiques, s. 1., 1751, in-4''; Lettres contre les 
Lettres « Se repugnate», s. 1., 1751-1752, 3 vol. in-4»; 
Lettres de l'évêque de ... à l'archevêque de 8 sept. 
1761, Avignon, 1762, in-12 (sur les jésuites); Disser- 
tation à l'occasion des actes de l'assemblée générale du 
clergé de France de 1765 sur la religion, s. 1., 1767, 
in-4''. 

Annales du départ, de l'Isère, 3 avr. 1808. — L. Bassctle, 
Jean Caulet, évêque et prince de Grenoble (1693-1771), 
Grenoble, 1946, in-S". 

J. Carkeyri;. 

CAULIANA, Cauliancnse, Caulinianense, mo- 
nastère wisigothique situé dans la province de Bada- 
joz, mentionné dans les Vilae Patrum Emeritensiuni 
(P. L., Lxxx, 19) et dans l'épître du moine Tarra au 
roi Récarède (ibid., 122). Son nom est rapporté dans les 
mss. avec imprécision : à côté de Cauliana ou Caiili- 
niana, on trouve Colona, Coloniana et même, d'aprc.s 
Sandoval {Fundae, n. 3, fol. 11), Careliana. Moreno 
Vargas ( op. infra cit., 239-241) suppose que les Ro- 
mains l'appelaient Caularanae (caulae = pâtures, du 
Guadiana, Anas), les Goths Cauliniana, et les Maures 
(hibitlana. D'autres auteurs, avec moindre fonde- 
ment, font dériver Crniliana ou C.otomana du latin 
colonia Emeriln Auguslana et marquent son site à 
Calamonle (Badajoz). Quoi qu'il en soit, il est sûr 
qu'il était constitué par un groupe de cellac, qu'il 
avait un jardin avec des vignes et une école pour 
enfants. Parmi ses abbés on connaît Renovatus, plus 
tard métropolitain de Mérida, vers 612; on connaît 
aussi le moine que décrit le Pseudo-Paul dans les Vitae, 
c. II. Tout ce qu'ont ajouté à ces maigres renseigne- 
ments les dilïérents auteurs rappelés par P. N. Garvin 
(Tlie vitae, 312-314) manque de fondement solide. 

Flôrez, XIII, 241-42, 415. — Mabillon, Annales, i, 70, 
202, 368. — B. Moreno Vargas, Ilistoria de In Ciudad de 



11 CAULIANA — CAUNES 12 



Mérida, Madrid, 1633 et 1892, p. 221-41. — P. Pérez de 
Urbel, Los Monjes espanoles en la Edad Media, Madrid, 
1933, p. 257-59. — P. N. Garvin, The vitœ SS. Patrum 
Emeritensium, Washington, 1946, p. 312-14. 

M. Alamo. 

/ 1. CAUMARTIN (François Le Febvre de), 
évêque d'Amiens (1618-1652). II était coadjuteur de 
Geoffroy de la Martlionie depuis 1613, avec le titre 
d'évêque in partibus d'HiérapoIis; il eut un des pon- 
tificats les plus longs de ce diocèse et des plus féconds 
en œu^Tes. 

L'épiscopat de C. fut marqué d'abord par la fonda- 
tion de nouvelles maisons ou la réforme des anciens 
ordres religieux (v. H. Breinond, Hist. litl. du senti- 
ment religieux..., surtout t. ii, L'invasion mystique, 
c. IV, vi). Furent établis dans le diocèse : 1. les ursu- 
lines à Abbeville (1615), à Amiens (1616) et à Montdi- 
dier (1623); — 2. les feuillants à Amiens (1620); les 
capucins à Montreuil (1621) et à Montdidier (1624) ; — 

3. les Mères minimes ou Minimesses, fondées à Abbe- 
ville (1621-1624) (v. P. Simon Martin, Vie de la Véné- 
rable Mère Catherine de Vis, Paris, 1650, in-12); — 

4. les Filles dévotes, bientôt appelées Filles de la Croix, 
fondées à Roye (1625) (v. abbé Corblet, Les origines 
royennes de l'institut des Filles de la Croix, dans Mé- 
moires de la Soc. des antiquaires de Picardie, xxii, 
1869, p. 317-343; A. de Salinis, S. J., Madame de 
Villeneuve..., fondatrice et institutrice de la société de 
la Croix, Paris, 1918; H. Bremond, op. cit., t. xi. Le 
procès des mystiques, c. iv, Les illuminés de Picardie, 
p. 103-113); — 5. les brigittins à Auxi-le-Chàteau 
(1627); — 6. les prêtres de l'Oratoire à Amiens (1628); 

— 7. les célestins, qui reçurent en 1634 l'abbaye 

5. -Martin-aux- Jumeaux, unie en 1564 à la mense 
épiscopale (v. D. H. G. E., ii, 1258; Mantel, L'abbaye 
de S. -Martin-aux- Jumeaux, Amiens, 1934, p. 206-276); 

— 8. les religieuses de l'ordre de Fontevrault, qui se 
réfugient à Amiens (1636), de même que les visitan- 
dines (1640) et les cisterciennes (1647); — 9. les carmes 
déchaussés à Abbeville (1640) et à Amiens (1648); — 
10. les carmélites à Amiens (1636); — 11. les visitan- 
dines à Amiens (1649). En 1625 et 1635, Gaumartin 
est député de la province de Reims à l'assemblée géné- 
rale du clergé de France. Le 4 sept. 1629, est érigée 
dans l'église des augustins une confrérie de N.-D. de 
F'oi dont Louis XIII et ses successeurs firent partie. 
En 1634-1635, Gaumartin eut de graves difTicultés à la 
suite de la translation d'une partie des reliques de 
S. Vulphy (v. abbé Gorblet, Hagiographie du diocèse 
d'Amiens, iv, 102, et Actes de l'Église d'Amiens). Il 
encouragea les missions populaires prêchées par les 
oratoriens ou M. Olier (v. Faillon, Vie de M. Olier, 
1, 1873, p. 232), de même que la fondation d'instituts 
de charité. En 1625, il reçut à Amiens Henriette de 
France, reine d'Angleterre, et sa suite. Louis XIII y 
séjourna en 1632 et 1640. Gaumartin mourut le 
27 nov. 1652. Il est le premier des évêques d'Amiens 
qui ait porté la croix pectorale. 

En dehors des ouvrages cités dans l'art. : Daire, Hisl. 
de la ville d'Amiens, u, Paris, 1757, p. 432. — Darsy, 
Bénéfices de l'Église d'Amiens, Amiens, i, 1862, p. 103, 
120 sq. (2 vol. in-4».) — Gall. christ., x, 1209. — La Mor- 
llère. Les antiquilés de la ville d'Amiens, Paris, 1642, 
p. 106 sq., 250 sq., in-fol. (vers en son honneur). — Ed. 
Soyez, Notices sur les évêques d'Amiens, p. 204. — Actes 
de l'Église d'Amiens, t. i, p. Lxu, 219, 238 sq. — Decourt, 
Mém. cliron., mss. d'Amiens, 802-03, t. i, p. 825. 

A. MOLIEN. 

2. CAUMARTIN (Jean-François-Paul Le 
FÈvRE DK), évêque de Vannes (1717), de Blois (1719, 
t 1733). Né le 16 déc. 1668, il devint successivement 
abbé de N.-D. de Buzay (dioc. de Nantes) (1676), 
membre de l'Académie française (1694), docteur en 
théologie (1097), doyen du chapitre de Tours (1713). 



évêque de Vannes (17 sept. 1717), enfin évêque de 
Blois (1719). Après sa nomination à Vannes, Gaumar- 
tin résigna son décanat tourangeau en faveur d'An- 
toine Cyprien de Pechpeirou de Guitaud. Ensuite 
il alla se faire sacrer à Dinan (17 juill. 1718) par 
l'évêque de S.-Malo, Vincent-François Desmarets, 
neveu de Colbert. Ge choix du consécrateur démon- 
trait amplement combien le nouvel évêque de Vannes 
versait déjà dans les idées de Port-Royal : Desmarets 

j était ouvertement favorable au jansénisme. A Vannes, 
Gaumartin n'eut pas à s'inquiéter longtemps de son 

j nouveau poste, car le cardinal de Noailles, qui le vou- 
lait plus près de lui, obtint pour lui en 1719 le siège 
de Blois, devenu vacant par la mort du premier évêque 
de ce diocèse fondé depuis peu, David-Nicolas de 
Bertier. Celui-ci, pendant ses vingt et un ans d'épisco- 
pat, avait cherché avant tout à reprendre en mains 
ses diocésains au point de vue spirituel. Gaumartin 
voulut plutôt compléter l'organisation de son diocèse 
et ainsi le séparer tout à fait de son ancien chef-lieu, 

I Ghartres. En 1730, il publia un rituel spécial à Blois. 
et plus tard un bréviaire aussi blésois. L'église cathé- 
drale choisie par de Bertier était l'église S.-Solemne; 
Gaumartin voulut la consacrer et en même temps 
changer le patronage; il la consacra le 9 juill. 1730, 
en lui donnant comme patron S. Louis. Gaumartin se 
montra favorable aux jansénistes; s'il ne fut pas 
appelant lui-même, il ménagea vraiment trop, au dire 
de tous ses contemporains, les opposants à la bulle 
Unigenitus. D'ailleurs, le concile d'Embrun eut en lui 
un opposant acharné et il ne changea de conduite que 
lorsque le cardinal de Noailles adhéra à la bulle. 
Gependant, il laissa des convulsionnaires s'installer 
dans le diocèse et faire grand bruit. La faveur qu'il 
montra au jansénisme sembla, à un moment donné, 
gagner le clergé lui-même, mais cela ne dura pas. 
Le Nécrologe des amis de la Vérité (c.-à-d. des jansé- 
nistes) mentionne son nom. II mourut le 30 août 1733. 
Auparavant, dès 1729, il avait obtenu l'union de 
l'abbaye bénédictine N.-D. de Pontlevoy à son évêché. 

Armand Jean, Les évêques et archevêques de France 
depuis 1682 jusqu'à 1801, 1891, p. 293-94, 455. — Gall. 
christ., XIV, 1856, col. 151, 864, 938. — Abbé Gaudron, 
Essai histor. sur le dioc. de Blois et le départ, de Loir-et- 
Cher, Blois, 1870, p. 298-304. — Abbé Tresvaux, L'Église 
de Bretagne, 1839, p. 173-74, 245, 554. 

P. Galendini. 
CAUMONT, Calmontnm, couvent de moniales 
de l'ordre de Prémontré, situé au dioc. de Laon, près 
de N.-D. de Liesse et de Marie, départ, de l'Aisne, 
relevant de la circarie de Floreffe et filiale de The- 
nailles. Ce monastère fut fondé entre 1131 et 1134 et 
remonte probablement aux origines de l'ordre, car il 
fut doté par Barthélémy de Joux, évêque de Laon. 
Déjà en 1087 la maison servait de résidence à des 
ermites. Elle passa aux Prémontrés avec l'approba- 
tion de l'archevêque .Salmon de Reims et du pape 
Eugène III en 1147. On raconte qu'au début une 
; fille de chevalier fut introduite de force dans la maison 
j par son père. L'abbé Walfride de Thenailles la ren- 
I voya dans sa famille, mais celle-ci se vengea en ruinant 
les possessions du monastère. Le pape Alexandre III 
approuva (18 mars 1160) la décision prise à ce sujet 
par l'abbé et par le chapitre général de l'ordre. Le 
monastère cessa d'exister quelques années plus tard 
par suite de la décision de l'ordre de ne plus recevoir 
i de moniales. 

î C.-L. Hugo, Annales Praem., i, 537. — - Gall. christ., 
I, 567. — R. Van Waefelghem, Répertoire, 52. 

M. -A. Erens. 
CAUNES, ancienne abbaye se trouvant dans la 
commune de Cannes (départ, de l'Aude, anc. dioc. de 
Narbonne, act. dioc. de Carcassonne). .\ ne pas 



13 



C A U N E S 



14 



confondre avec le prieuré S.-Étienne de Cannes (éga- 
lement dép. de l'Aude, mais sur la commune de 
Fonties-d'Aude), qui relevait de La Grasse. L'église 
monastique est devenue paroissiale. La nef date 
du xiv« s., mais le transept, les absides et le clocher- 
porche au nord de la nef remontent au dernier tiers 
«lu xii"; le mobilier, très riche, est l'œuvre du xviii" s. 

Les documents conservés aux archives départ, de 
l'Aude ou transcrits au xvii' s. nous renseignent bien 
sur l'histoire du monastère, et plus d'un nous donne 
des détails intéressants sur la vie des religieux. 
L'abbaye d'ailleurs, tout en tenant une place im- 
portante dans la région, n'a jamais joué un rôle de 
premier plan. 

L'abbaye de Cannes doit son origine à deux monas- 
tères fondés vers 775. L'un, sous le titre des SS.-Pierre- 
et-Paul, commençait à être construit par l'abbé Da- 
niel, au lieu même de Caunes, dit Businlis. L'autre, 
appelé S. -Jean in Exlorio, ou Exequariensis, se trou- 
vait un peu au Nord, sans doute près de Citou; il était 
dirigé par l'abbé Anian, qui gouvernait également le 
monastère S. -Laurent in Otibeyio. Il règne quelque 
obscurité sur l'identilication de ce dernier monastère : 
le mieux semble être de le situer à S. -Laurent de Ver- 
Mosoubre, près de S.-Chinian (Hérault); son impor- 
tance minime l'aurait fait dépendre, après 897, de 
l'abbaye S.-Aignan de S.-Chinian (fondée en 826); il 
lui aurait été uni par une union personnelle, avant 
899, puis par une union réelle : en effet, à partir de 
cette dernière date, le monastère de S.-Chinian porte 
le titre des SS.-Laurent-et-Aignan, tandis que S. -Lau- 
rent de Vernosoubre n'a plus d'abbé propre. 

L'abbé Daniel ne tarda pas à placer SS.-Pierre-el - 
Paul sous l'autorité d'Anian, qui gouverna ainsi trois 
monastères, comme le montrent les documents de la 
fin du VIII*' s. Mais SS.-Pierre-et-Paul fusionna avec 
S.-Jean; et Citou ne fut plus qu'une dépendance, le 
monastère principal étant à Caunes (Cnunae, de 
Caunis), dans l'ancienne villa de Busintis, ou Buftnlis. 
L'ensemble du terroir de Caunes est donné à Anian, en 
791, par Milon, comte de Narbonne. Le 10 juill. 794, 
Anian était à Francfort, où il se plaçait sous le maim- 
bour royal, tandis que Charlemagne confirmait les 
biens, déjà importants, du monastère. En 817. Louis le 
Débonnaire n'en comptera pas moins Caunes parmi 
les monastères qui ne doivent que des prières ])our le 
roi. Anian était un ])ersoiinage assez considérable, en 
relation avec S. lîenoît d'Aniane et Théodulphe d'Or- 
léans. Un de ses premiers soins avait été d'achever la 
construction du monastère; la dédicace de l'église se 
jilace un 13 novembre. 

On ne saurait entrer dans le détail des actes d'ad- 
ministration, qu'on trouvera indiqués soit par le 
Gullia ou par de Vie et Vaissete, soit mieux par Mahul 
ou par Béziat. Pendant tout le ix"" s. et le x"", Caunes 
étend ses possessions, non seulement aux environs de 
la vallée de l'Argentdouble, mais bien au delà, ce qui 
amènera parfois les abbés à faire des échanges avec 
d'autres Églises. Ainsi se constitue un territoire homo- 
gène, qui n'est d'ailleurs pas toujours à l'abri des 
fléprédations et des usurpations, comme en témoi- 
gnent plusieurs plaids (802, 821, 852, 873) et des 
chartes de conlirniation. Ils sont nombreux ceux qui 
cherchent à se constituer un domaine et à se bâtir une 
forteresse aux dépens des biens du monastère, qni 
linira par prendre un avoué. 

C'est au cours du x'' s. que les saints de (faunes font 
leur apparition dans l'histoire : une charte de 983 les 
mentionne pour la première fois. On ne les retrouve 
pas ensuite avant 1080. Ils sont quatre : Aniand. 
I.uce, Alexandre, Audalde. La légende fait découvrir 
leurs corps dans un champ, par un laboureur. L'his- 
toire de ces saints, fêtés le 5 juin, est très obscure. 



Leurs Actes peuvent avoir un fond authentique : ils 
auraient été martyrisés à Nivedunum, sans doute 
près de Genève. Mais rien ne permet de savoir com- 
ment leur culte a pu s'établir à Caunes. 
; Au début du xi<= s., l'avouerie de Caunes appartient 
; au comte de Carcassonne, sans doute depuis un certain 
temps; elle passera bientôt à l'évêque de Girone, qui, 
en 1034, la transmettra à son neveu Roger \", comte 
de Foix. L'évêque de Girone avait sans doute d'autres 
droits sur l'abbaye, puisque c'est lui qui, en 1021, 
confirme l'élection de Guillaume, moine de La Grasse. 
Cette élection fut d'ailleurs attaquée, comme simo- 
niaque, par l'archevêque de Narbonne, Guifred de 
Cerdagne, ou plutôt par ses tuteurs; et Guillaume ne 
fut reconnu qu'en 1059. Il n'en avait pas moins régi 
son monastère et reconstruit son église. En 1067, 
l'abbaye est possédée par le comte de Rouergue : dans 
l'échange du comté de Carcassonne, Raymond Bé- 
renger la cède en fief à Raymond-Bernard Trencavel 
et à sa femme qui, en 1070, s'engagent à ne la vendre 
ni aliéner en faveur de qui que ce soit. 

Les départs pour la croisade furent l'occasion de 
nouvelles donations, ou de restitutions. De leur côté, 
les abbés rachetaient des biens et droits tombés en 
mains séculières. On voit, au début du xii'' s., un effort 
I de l'abbaye pour consolider sa situation et se libérer 
I de tutelles gênantes : la bulle de Gélase II, confirmant 
j en 1119 les biens du monastère, couronne cet effort. 
; En même temps, les moines fortifient leur monastère 
! et ses dépendances. Et en 1136, Roger, comte de 
! Carcassonne, accorde des lettres de sauvegarde. A la 
fin du siècle, le comte abandonnera l'abbaye à l'abbé 
et aux moines. Au cours de la même époque, d'autre 
part, les habitants de Caunes s'organisent et ob- 
tiennent des moines le rachat de certains droits (1149). 
Le xin<= s. a])porte île grands changements dans le 
! Midi toulousain. Ils ont leur répercussion à Caunes, 
' où les abbés règlent leur conduite d'après les événe- 
ments. Leur tendance générale est de prendre le parti 
du roi, et d'en profiter pour augmenter leurs do- 
maines, recevant leur part des biens confisqués aux 
hérétiques. Ces accroissements sont loin de compenser 
la diminution de valeur des anciennes possessions, 
ruinées i)ar la guerre. En 1236, le monastère compte 
! quatorze religieux, chacun pourvu de bénéfices, ce 
qui ne favorisait guère la |)auvreté dans une maison 
relativement riche et peu nombreuse, .\ussi, lorsque 
i l'abbé Pierre Raymond voulut imposer une vie plus 
I sévère, se heurta-t-il à une vive résistance, qui fut 
assez longue à se calmer. Le monastère a, en même 
temps, des difiicultés avec l'archevêque de Nar- 
bonne, à propos des églises à lui données. De leur côté, 
, les habitants de Caunes, et d'autres villages, ob- 
tiennent, en 1239, la suppression des droits de main- 
morte. Sous des dehors brillants, le monastère de 
Caunes subit donc une crise, que les fluctuations de la 
situation politique sont loin d'apaiser. Les difficultés 
' qu'il vient de traverser pendant la première moitié 
du xiiC s. se renouvellent, sur d'autres points, pen- 
dant la seconde : les rapports avec les différentes 
autorités, religieuses ou laïques, sont souvent l'occa- 
i sion de contestations. On assiste au développement de 
la puissance royale dans le Minervois, tandis que la 
|)apauté adresse, de loin, ses témoignages de bien- 
veillance et de protection. U faudrait, en regard des 
bulles peu nombreuses, mettre la longue liste des 
hommages, sentences arbitrales, assemblées des ordres 
de la sénéchaussée, ventes domaniales, lettres royaux. 
J Et la vie intérieure semblera assez terne, si on la 
juge par le seul document qui nous la fasse connaître 
i pour ce siècle : un règlement culinaire, augmentant 
j les rations afin d'encourager la conventualité. La 
succession de Sicard de Montignac, en 1301, est 



15 



CAU 



NES 



16 



l'occasion d'une véritable compétition entre Isarn de 
.Monlignac et Arnaud de Sobiraa; on alla même 
jusqu'aux violences et à l'excommunication. La paix 
revient en 1308, mais pour faire bientôt place à une 
opposition entre la communauté et l'abbé. Finale- 
ment, l'archevêque de Narbonne envoie l'abbé « vac- 
quer à ses études » durant six ans et nomme des 
administrateurs : trois ans plus tard, un nouvel abbé 
est institué par Jean XXII. Aux privilèges, aux 
concessions de bulles, aux confirmations de règle- 
ments, la papauté ajoute la nomination du supérieur 
en 1.323, en 135.5, et sans doute en 1405; elle multiplie 
les interventions. De leur côté, les agents du roi 
témoignent d'un zèle probablement intempestif, 
puisque Philippe VI intervient plusieurs fois en faveur 
du monastère. La communauté s'est d'ailleurs accrue 
depuis un siècle, car une bulle de 1346 fixe son effectif 
à 26 profès et 4 prêtres séculiers établis à perpétuité 
pour célébrer l'office avec les religieux. Tous les reli- 
gieux ne sont peut-être pas exemplaires, mais tous, 
surtout, sont très préoccupés de leurs bénéfices et de 
leur subsistance : le dernier quart du xiv« s. nous a 
laissé plusieurs accords entre l'abbé et le couvent à ce 
sujet. Mentionnons de plus une bulle de 1366, enle- 
vant Caunes à la juridiction de l'archevêque de Nar- 
bonne, au profit de S. -Victor de Marseille : cette 
bulle d'Urbain V ne semble pas avoir reçu exécution. 

La tenue des chapitres provinciaux de moines noirs 
ne paraît pas avoir eu grande influence sur la vie 
intérieure de Caunes, pas plus que l'envoi aux univer- 
sités, à partir de 1376, de deux religieux étudiants. 
Les abbés, souvent absents, administrent par des 
vicaires généraux; la scission est profonde entre 
l'abbaye et le convent : celui-ci se fait représenter, en 
face des vicaires généraux, par des procurateurs. Les 
abbés ne sont pas pris dans le sein de la communauté : 
choisis par elle, ou indiqués à elle de façon plus ou 
moins impérative, ils sont étrangers à la maison, jus- 
qu'à résigner leur charge ou à permuter avec d'autres 
abbés. Le nombre des religieux diminue ; 15 en 1416, 
7 en 1547. l-"t en 1467 la commende est définitivement 
implantée à Caunes : le Souverain pontife nomme les 
abbés, en attendant de céder ce droit au roi de P'rance 
par le concordat de Bologne. Les religieux n'essaye- 
ront guère qu'en 1467 et 1591 d'élire un candidat, qui 
ne pourra que s'incliner devant le commendataire. La 
discipline se relâche, au point que le parlement de 
Toulouse ordonne, en 1577, la reformation des reli- 
gieux par le vicaire de l'archevêque et par l'abbé. 
Quant aux biens du monastère, les guerres de reli- 
gion leur nuisirent considérablement, surtout dans 
certains prieurés, qui demeurèrent ruinés. 

Au début du xvii« s., le commendataire Jean d'Ali- 
bert. natif de Caunes et moine du lieu, semble remettre 
un peu de vie dans ce monastère qui s'en va. 11 est 
supérieur de la congrégation des Exempts, et préside, 
en cette qualité, les chapitres généraux de 1623 et 
1625. Ses deux successeurs ne reçurent pas leurs 
bulles : un moine, Étienne de Maurel, fut alors élu 
vicaire général en 1655. Avec le prieur claustral, Jean 
Saluze, il fit admettre par les treize autres religieux 
leur affiliation à la congrégation de S.-Maur. L'alTaire, 
commencée en juin 1659, reçut son exécution en 1663; 
mais la transaction entre l'abbé de (;aunes et la 
congrégation ne date que de 1695. Plusieurs anciens 
cédèrent leurs bénéfices pour une pension. A l'excep- 
tion de l'église et du chapitre (qui semble avoir été 
une nef basse, à l'ouest de l'église), les bâtiments 
étaient dans un état lamentable; les grands travaux 
de reconstruction furent commencés en 1696, en 
même temi)s que l'église recevait un magnifique 
mobilier. 

l'ar ailleurs, les actes d'administration sont ceux 



que la congrégation pratique en toutes ses maisons, 
avec ce souci qu'elle a toujours eu de l'ordre dans ses 
affaires temporelles, quitte à être un peu exigeante à 
l'occasion. En 1747, les religieux obtenaient de l'abbé 
une nouvelle répartition des biens du monastère entre 
les deux menses abbatiale et conventuelle : jusqu'alors, 
abbé et religieux possédaient tout en indivis, l'abbé 
percevant les deux tiers des revenus et acquittant les 
charges et réparations; dorénavant, il y aura deux 
menses égales et indépendantes. C'est toujours le 
même souci d'ordre et de sécurité. Mais il ne garan- 
tissait pas l'avenir. Les religieux ne paraissent pas 
avoir exercé au xviii'' s. de rôle social; on se plaignait 
même qu'ils ne donnassent plus les aumônes accoutu- 
mées. Qu'on fasse la part d'une propagande antireli- 
gieuse, dont on trouve l'écho en telle diatribe du 
maire de Caunes, il n'en reste pas moins que les der- 
niers mauristes, au nombre de sept, vivaient complè- 
tement indifférents à la population. Le monastère fut 
supprimé en 1791, et vendu au citoyen Cathala, à 
l'exception de l'église, réservée à la commune. 

D'après d'Hozier, le couvent de religieux avait pour 
armes, en 1696 : de vair à un pal fuselé d'or et de 
sinople. Vers la même époque, la gravure du Monasli- 
con indique : de ...à deux clefs en sautoir et une épée 
en pal, accompagnées de trois fleurs de lis en chef, 
l'une en pal au-dessus de l'épée et les deux autres 
dans le prolongement des clefs. 

Liste des abbés : Anian, 779-808. — Jean I", 820-21. 

— Azenarius, 823. — Jean II, 825-32. — Gonzalve, 
843-52. — Donnadieu, 853-56. — Godescalc, 858-63. — 
Egika, 865-69. — Daniel, 873-74. — Hildéric, 875- 
920. — Baldemarus, 923-27. — Robert, 931-45. — 
Elianus, 948-61. — Giscafred, 971-77. — Aimery, 
979-83. — Radulphe, 987. — Udalgarius, 993. — 
Guillaume I", 1021. — Isarn, 1083-98. — Gérard l", 
1101. — Arnaud I", 1108. — Pierre I" de Siran, 
1124-1147. — Castus, 1152. — Raymond I" de Ca- 
pellan, 1157-63. — Bérenger de Hrugairolles, 1164. — 
Pierre II de Villalier, 1177. — Bernard I", 1185. — 
Arnaud II d'Espéraza, 1187-89. — Hugues I'"' de La 
Livinière, 1194-1211. — Gérard II de \'illeneuve, 
1212-28. — Pierre III Ravmond, 1231. — Pierre IV, 
1240. — Hugues II du Pont, 1285-96. — Sicard de 
Montignac, 1298. — Arnaud III de Sobiran, 1301. — 
Guillaume II d'Olargues, 1323. — Bernard II de 
Meynard, 1339. — Embrin de Durban, 1351. — 
Jean III de Castelpers, 1380. — Raymond II de Ras, 
1405-1409. — Salomon de Monasti'es, 1416. — Ber- 
trand de Roqueville, 1416. — Jean IV de Gosis, 
1420. — Pierre V de Gaudiac, 1429-32. — Guarin de 
Tournel, 1437-1449. — Rigauld d'Albignac, 1450-65. 

— Guillaume III de Bousquet, 1466. 
Commendataires : Jean de Geoffroy, 1467-73. — 

Étienne de Blosset, 1474-1505. — Antoine le \'eneur, 
1506. — Gabriel le Veneur, 1511. — Jean de Vesc, 
1519-24. — Antoine de \'esc, 1525. — Ponce Drogon 
de Pompeirenc, 1534-45. — Augustin de La Tré- 
moille, 1546. — Nicolas de Pessaiio, 1547-49. — 
Marc-Antoine de Saulis, 1551. — Bertrand de S.- 
Martin-le-Vieux, 1566-91. — Jean d'AIibert, 1598- 
1626. — Saturnin de Narbonne, 1627-53. — Hugues de 
Terlon, 1661. — Marc-Antoine de Brisay de Denon- 
ville, 1689. — .Jean Dubois. 1723. — Bernardin- 
François F'ouquet, 1727. — Esprit-Joseph de Vcrnon, 
1769-90. 

Inventaire des arch. départ., i, 243-345. — Bibl. Nat., 
coll. Doat, vol. Lviii, lit. dcclxxxvu-mcdlxviii; ms. 
lat. 12760 (D. Estiennot), fol. 186; 12664 (Uulaura), 272; 
11818, 398; 11831, 109. — A. S., juin, i. — Baichère, A'o/cs 
sur les droits et prérogatives de l'abbé et des bénédictins de 
Caunes dans les lieux de leurs seigneuries respectives au 
XV/H' s., dans Mémoires de la Soc. des arts de Carcassonne, 



17 



CAUNES — 



CAUSSIN 



18 



X, 1904, p. 192-204. — Baluze, Capitularia..., ii, 399 sq. — 1 
Beaunier-Besse, iv, 123. — L. Béziat, Hist. de l'abbaye de 
Caunes au dioc. de Narbonne, d'après les documents origi- [ 
naux, Paris, 1880. — Calvet, Notice sur les saints martyrs 
de Cannes..., Toulouse, 1894. — Congrès archéologique, i 
Lxxiii, 52-54. — Douet d'Arcq, m, 8587. — Galinier, i 
La paroisse de Caunes pendant la Révolution, dans Mémoires 
de la Soc. des sciences de Carcassonne, xi, 1905, p. 228-304. 
— Gall. christ., vi, 155. — Jallé, 6670. — Layettes du trésor 
des chartes, iv, 444, 447. — Mabillon, Annales, ii, m, iv, 
VI ; De re diplomatica, 396. — Mahul, Cartulaire de... 
Carcassonne, iv, 67-135. — Martène-Charvin, Hist. de la 
Congr. de S.-Maur, i, 106. — Martène, Thésaurus Anec, 
I, 250... — Montfaucon, Bibl. bibl. mss., ii, 1240. — 
P. L., xcvii, 980; CLxni, 521. — Potthast, Reg., 10509, 
14763, 15096, 17348. — A. Sabarthès, art. Amand (S.), 
dans D. H. G. E., ii, 935. — Von Sickel, Die Urkunden 
der Karolinger, ii, 57, 374, 363. — Stein, 808-809. — De 
Vic-Vaissete, éd. Privât, i, 734; ii, 327-29; iv, 464-71. 

J. HOURLIER. 

CAUNOS (KaOvos), évêché de Lycie, dépendant 
de Myre. Les ruines de la ville de Caunos ont été iden- 
tifiées près du village de Daylan, sur la rive droite du 
Calbis (auj. Dalyan Tcliai), à 5 km. environ de la mer. 
La forme du nom varie beaucoup suivant les listes 
épiscopales; on a Kàvvoç, Kàvos, Kéva, mais le vocable 
authentique est certainement KaOvoç. On connaît 
quatre titulaires du siège à l'époque romano-byzan- 
tine. Basile assista au concile de Séleucie en 351 
(Mansi, m, 321 B). Antipatros prit part à celui de 
Chalcédoine et en signa les actes (451) (Mansi, vi, 
576 A, 948 C, 981 B, 1058 A, 1085 G; vu, 124 B, 
153 C). Il eut probablement comme successeur Nico- 
las, qui figure parmi les évêques de la province de 
Lycie qui écrivirent à l'empereur Léon I" à propos 
du meurtre de Protèrius d'Alexandrie (458) (Mansi, 
VII, 580 C). Étienne prit part au second concile de 
Nicée (787) (Mansi, xii, 998 B, 1106 E; xni, 145 E, 
369 E). Il est probable que l'évêché de Caunos ne sub- 
sista pas longtemps après l'installation des Turcs 
vers la lin du xii<^ s., si même il dura jusque-là. 

Le titre de Caunos n'a encore été conféré qu'une 
seule fois dans l'Église romaine, en faveur de Mgr Ju- 
vence Hospital, des Ermites de S. -Augustin, élu le 
18 sept. 1911 vicaire apostolique du Hounan septen- 
trional. Démissionnaire de son vicariat apostolique 
en mars 1917, le prélat est entré à la chartreuse 
d'Aula Dei, près de Saragosse, dont il est devenu 
prieur en 1924. 

Le Qulen, i, 1740, col. 981-82. — Smith, Dictionary of 
Greek and Roman geography, i, p. 576. — Pauly-Wissowa, 
XI', 85-88. — Ann. pont., 1916, p. 384; 1936, p. 365. 

R. .Janin. 

CAUSSADE (Jean-Pierre), jésuite, né en 
1675, t à Toulouse le 8 déc. 1751. Entré au noviciat 
en 1693, il était en 1696 professeur de grammaire à 
Auch, résida à Perpignan et à Toulouse et fut recteur 
du collège d'Albi. Sa célébrité fut plutôt posthume. 
En 1741 parut à Perpignan un livre intitulé : Instruc- 
tions spirituelles en forme de dialogues sur les divers 
états d'oraison suivant la doctrine de M. Bossuet, 
évesque de Meaux, par un Père de la Compagnie de 
Jésus, docteur en théologie. L'imprimatur i)our ce livre 
est donnée par le P. C. de Lamotte, provincial de 
Champagne, au P. Paul-Gabriel Antoine qui s'en est 
fait l'éditeur; le livre est approuvé par deux docteurs 
de Perpignan et le permis d'imprimer accordé par le 
procureur général du roi au Conseil souverain du 
Roussillon. L'éditeur, le P. .Antoine, est le célèbre 
moraliste antiprobabiliste, auteur de la Tfieologia 
moralis universa qui avec Gonet et Bailly fut long- 
temps classique dans les séminaires français. Les 
Mémoires de Trévoux, en présentant un peu tard le 
nouvel ouvrage (nov. 1745, p. 2085), disent que 
l'auteur en est le P. Caussade, jésuite — « du moins le 



privilège l'annonce ainsi ». Dans la première édition 
de 1741 il n'est trace ni du privilège ni du nom de 
l'auteur. En 1752, les Nouvelles ecclésiastiques parlent 
d'abord vaguement du livre (3 avr.), puis l'attaquent 
perfidement (23 avr.). Ces attaques intimidèrent peut- 
être les supérieurs de la Compagnie et eurent |)0ur 
effet qu'on se contenta de donner la deuxièir.e partie 
pratique de l'œuvre en laissant de côté l'exposé théo- 
rique (éd. de 1758). Une édition complète parut 
en 1825 chez Se^in aîné. Puis, en 1895, sur les obser- 
vations du P. Louis de Besse, le chanoine Bussenot, 
qui avait donné deux éditions de la partie pratique 
faute de connaître la première, fit paraître aussi 
celle-ci, donc l'œuvre entière, avec une introduction 
du P. L. de Besse. L'abbé Bremond en donna une 
nouvelle édition en 1931, Bossuet, maître d'oraison 
(avec introd. et notes). Il est probable que le P. An- 
toine avait retouché le texte de Caussade et que c'est 
de lui que vient l'ajouté : Manière courte et facile pour 
faire l'oraison en foi et de simple présence de Dieu, 
par Mgr Bossuet, évêque de Meaux. Cet exercice 
d'oraison avait été composé par Bossuet à l'inten- 
tion des religieuses de la Visitation de Meaux, et 
Mme de Bassompierre en apporta une copie à Nancy. 

L'alïaire du quiétisine et la controverse Bossuet- 
Fénelon n'avait pas seulement discrédité la fausse 
mystique mais jeté la suspicion sur la vraie mystique. 
Le P. Caussade, dans ses Instructions, présente une 
apologie hardie de la mystique, mais il a l'habileté 
d'emprunter ses arguments à V Instruction pastorale 
sur les états d'oraison de Bossuet. Avec une candeur 
qui ne manque peut-être pas d'une jiointe de malice, 
Caussade déclare que c'est Bossuet qui l'a prévenu en 
faveur des mystiques. De là son ouvrage, dont Bos- 
suet a fourni le « sujet du premier livre et le dessein 
du second ». Le P. Caussade avait envoyé une série 
de lettres à une religieuse, sans évidemment les desti- 
ner à l'impression ni à former un corps d'ouvrage. 
On les groupa en une copie manuscrite attestant leur 
origine, sous le titre assez peu signiticatif : Traité où 
l'on découvre la vraie doctrine de la perfection du salut. 
L'ordonnance en était confuse et les en-têtes des 
onze chapitres n'en exprimaient guère le contenu. Le 
ms. se trouvait, après la grande Révolution, au troi- 
sième monastère de la Visitation à Paris, d'où il 
passa aux mains du P. Roger, S. .]., fondateur de la 
congrégation des religieuses de Nazaretli. Celles-ci 
en furent les dé])Ositaires et leur supérieure, Mme de 
Vaux, le comnmniqua au P. IL Ramière. Ce dernier 
en établit ingénieusement et pourtant objectivement 
le plan, afin d'en tirer un corps de doctrine exposé 
dans un ordre logique. Les différentes i)arties de 
l'ouvrage étant le développement d'une seule grande 
pensée, l'abandon à l'action de la Providence divine, 
il lui donna comme litre : L'abandon à la Providence 
divine envisagée comme le moyen le plus facile de sancti- 
fication. Les éditions se suivirent et la dernière, la 20<^, 
date de 1928. 

Sommervogel, ii, 900-02. — Ramière, Introd. de l'éd. 
de l'Abandon à la Providence divine, 1861. — Éd. des 
Instructions, Paris, Lecoffre, 1895; De l'oraison. Instruc- 
tions spirituelles... suivant la doctrine de Bossuet..., par le 
R. P. de Caussade..., I" part., Inlrod. du P. Ludovic de 
Besse. — Bremond, éd. des Instructions, 1931, dans Bossuet, 
maître d'oraison, Introd. — Poiu^rat, La spiritualité chré- 
tienne, t. IV, Les temps modernes, 2" part.. Du jansénisme 
à nos jours, 1928, p. 341-46. — Bremond, Ilist. littér. 
du sentiment religieux en France, i, 394; ii, 159, 597-600^ 
602; IV, 571; viii, 178, 322, 357; xi, 59; Suppl., 96 et 341. 

A. !)!■. Bu.. 

CAUSSIN (Nicolas), jésuite, né à Troyes le 
28 mars 1583, f à Paris le 2 juill. 1651. Maître ès arts 
à vingt ans, il poursuivit ses études, mais entra au 
noviciat, avant de recevoir la prêtrise, le 23 sept. 1607. 



19 



CAUSSIN 



20 



Successivement professeur d'humanités, puis de rhé- 
torique au collège de Rouen (1609-14), de rhétorique 
au collège de Clermont à Paris, il composa plusieurs 
ouvrages de poésie et de rhétorique. En oct. 1620, il 
fut appliqué à la prédication à la maison professe de 
Paris, et prêcha avec grand succès. C'est de cette 
époque que datent plusieurs de ses ouvrages d'élo- 
quence sacrée et d'ascétisme. Son œuvre la plus im- 
portante, qui eut de son vivant 14 éditions et qui fut 
traduite en plusieurs langues, est La cour sainte. 
Déjà fort en vue, il fut, sur le conSfeil de Richelieu, 
désigné en 1637 pour prendre la place du P. Gordon 
comme confesseur du roi Louis XIII. Le 23 mars, le 
P. Caussin reçut un billet de la main du cardinal qui 
le priait de vouloir confesser le roi le 2.5 mars, mais 
de passer le 24 par Rueil, où séjournait le cardinal. 
Dans cette entrevue, Richelieu accabla le P. Caussin 
de bons conseils ressemblant beaucoup à des direc- 
tives. Il lui parla de l'afïection du roi pour Mlle de La 
Fayette, bien innocente sans doute, mais que le 
Père devrait tâcher de découdre. Le P. Caussin se 
tint sur la réserve. Le 25, il entendit la confession du 
roi et, rentré à Rueil, apprit que le roi le prenait 
pour confesseur ordinaire. La décision qu'avait prise 
Mlle de La Fayette d'entrer en religion valut au 
P. Caussin de nombreux ennuis, mais ce fut surtout 
la politique de Richelieu qui lui causa des dilTicultés. 
Déjà au moment où il prit la succession du P. Gor- 
don, celui-ci lui avait remis une lettre anonyme où 
l'on menaçait le confesseur du roi des jugements de 
Dieu, s'il n'éclairait la conscience de son pénitent sur 
son devoir de « remédier à la misère du peuple, à 
l'oppression de tous les ordres de l'État, à l'exil de 
la reine mère et aux divisions de la famille royale ». 
Lors de la prise de voile de Mlle de La Fayette, la 
reine Anne d'Autriche lui avait parlé dans le même 
sens. Sans entrer en discussion, le P. Caussin avait 
répondu qu'il ne craindrait jamais d'éclairer le roi 
sur tout ce qui intéressait sa conscience. A ces appels, 
à ceux aussi de Sœur Louise-Angélique, d'autres 
vinrent se joindre. Le P. Mutins Vitelleschi, général 
de la Compagnie de Jésus, qui était sans aucun doute 
le porte-parole de la Curie pontificale, lui dépeignait 
les misères de tant de nations qui soupiraient après 
la paix. 11 recommandait cependant au confesseur 
d'user d'une grande prudence. Une lettre du P. Caus- 
sin nous révèle que, sous l'impulsion de ces conseils, 
il était résolu à proposer au roi la paix de la chré- 
tienté, le soulagement de ses peuples réduits à la 
dernière misère, l'union de la maison royale, une 
sainte et cordiale affection pour la reine « dans l'es- 
poir que Dieu verserait ses bénédictions sur son 
mariage ». Le bruit d'une nouvelle alliance turque 
projetée par Richelieu et le P. Joseph précipita 
l'exécution. Résolu à représenter au roi qu'il chargeait 
sa conscience de tous les désordres du gouvernement, 
il sollicita le 8 décembre un entretien avant d'en- 
tendre la confession du roi. Celui-ci parut fort troublé 
de ces représentations. Richelieu, rapidement informé, 
riposta par une lettre où il chargeait le confesseur. 
Louis XIII conçut alors le projet de concilier les 
directions de son confesseur avec les maximes de 
son ministre. Il proposa à Caussin de faire une 
démarche auprès de Richelieu, sans trahir toutefois 
qu'elle était concertée avec le roi. Celui-ci, survenant, 
appuierait les vues que Caussin se chargeait d'intro- 
duire à propos dans l'entretien. Caussin se doutait 
fort bien des risques qu'il courait. Il partit pourtant 
pour Rueil, bien décidé à faire ce qu'il considérait de 
son devoir. Richelieu esquiva adroitement l'entrevue 
à trois et congédia le confesseur avant l'arrivée du 
roi. Caussin cei)endant était resté à Rueil, s'attendant 
à être rappelé. Quand le roi s'informa du Père, Riche- 



lieu lui répondit qu'il était parti. Cette apparente 
dérobade devait donner au roi l'impression que Caus- 
sin n'était pas trop assuré de ses principes. Richelieu 
mit enfin le roi devant l'alternative : ou son ministre 
ou son confesseur. Louis XIII se déclara prêt à 
sacrifier ce dernier, à condition qu'on ne lui fît aucun 
mal. Quand, le lendemain, le roi dit au P. Caussin : 
« On ne vous a point vu à Rueil », celui-ci répondit : 
« J'y ai été. Sire, mais M. le Cardinal me fit retirer à 
votre arrivée. » L'explication demeura sans résultat, 
car, dès le 10 déc, une lettre de cachet exilait le 
P. Caussin à Rennes, lui défendait toute communi- 
cation même par écrit, lui interdisait toute visite à 
j un couvent de religieuses, soit à Paris, soit pendant 
j le voyage. La rigueur de cet ordre fit croire au pro- 
j vincial, le Père Binet, que le confesseur s'était rendu 
coupable d'une faute grave, et redouter que l'irrita- 
tion du cardinal n'eût les conséquences les plus 
désastreuses pour les établissements de la Compagnie 
en France. Le supérieur de la résidence, peut-être 
quelque peu prévenu contre le P. Caussin, ne manqua 
i pas d'accentuer ces impressions. Bref, le Père fut 
expédié sans pouvoir se défendre et cette version de 
l'affaire transmise à Rome, où d'ailleurs Richelieu, 
lui aussi, agissait. De là aussi vinrent des blâmes et 
des sanctions, tant de l'assistant de France, le P. Char- 
let, que du général, Mutins Vitelleschi. Richelieu 
eût même voulu qu'on expédiât le P. Caussin au 
Canada. On lui fit observer que l'envoi à cette mission 
eût passé pour une marque de faveur. L'exil à Rennes 
s'aggrava bientôt en relégation à Quimper-Corentin. 
Le P. Caussin fut en outre privé du droit de voix 
active et passive. Il ne se fit pas faute de se défendre 
en plusieurs lettres dont des copies se trouvent dans 
un ms. de la bibliothèque de Louviers (fol. 58, 483). 
On peut estimer que le confesseur manqua de doigté 
dans sa façon d'agir, qu'il a peut-être inconsciemment 
manœuvré, avec les meilleures intentions, dans un 
milieu pétri d'intrigues. Il serait injuste, comme le 
fait Richelieu, de lui reprocher d'avoir manqué aux 
devoirs essentiels de sa charge, aux instructions de 
Claude Aquaviva pour les confesseurs des princes 
j et aux can. 12 de la 5° et 13 de la 7« congrégation 
! générale. Une autre accusation plus injuste encore est 
! celle d'avoir intrigué contre Richelieu et d'avoir 
I machiné sa perte en accord avec le P. Monod, une 
autre victime des rancunes du grand ministre. Les 
démarches du P. Caussin, lettres au général, au pape 
Urbain VIII même, restèrent vaines jusqu'après la 
mort de Richelieu en 1643. Il dut aux instances de la 
régente Anne d'Autriche d'être rappelé à la résidence 
de Paris. En réponse à sa lettre du 12 août 1643, par 
laquelle il annonçait au général son retour à Paris, il 
reçut une lettre pleine d'amabilité qui lui rendait 
tous ses droits et levait toutes les sanctions. 

Quand parut la Théologie morale des Jésuites d'An- 
toine Arnauld, le P. Caussin, sur la demande de son 
; provincial, y répliqua par la Réponse au libelle inti- 
\ lulé la « Tliéologie morale des Jésuites «, qui devint 
VApologie des religieux de la Compagnie de Jésus. 
L'université de Paris déféra cet écrit au Parlement 
pour en faire condamner la doctrine pernicieuse. 
En 1644, l'Apologie du P. Caussin eut trois éditions 
à Paris et deux réimpressions à Rome et à Liège. 
Comme fruit de son exil, le P. Caussin donna la même 
année une édition complètement remaniée de La cour 
sainte. Il publia en outre quelques traites de piété et 
un livre De regno et domo Dei (1650) qui lui attira 
] une nouvelle disgrâce. Le P. général Piccolomini y 
blâmait les dissertations XLII et XLIII où certains 
I passages étaient de nature à blesser le cardinal 
j Mazarin; Caussin, à la demande de la reine sur 
! plaintes de Mazarin, subit un second exil à Eu. Il n'y 



21 



CAUSSIN 



— GAVA 



22 



resta que deux mois. Pour les autres écrits, v. Som- 
mervogel. 

L'affaire du P. Caussin a été travestie par les polé- 
miques protestante et portugaise du xviii« s., au 
point d'^attribuer sa disgrâce au P. Piccolomini qui 
aurait châtié de la sorte le refus du P. Caussin de 
divulguer les confessions du roi Louis XIIL 

De Rochemonteix, Nicolas Caussin et le cardinal de Ri- 
chelieu, 1911 (avec blbliogr. jusqu'à cette date). — • Fou- 
queray, S. J., Hist. de la Compagnie en France, v, p. 80- 
106. — B. Duhr, S. J., Jesuiten-Fabeln, éd. de 1899, 
p. 635 sq. — Sommervogel, ii, 902-927. 

A. De Bil. 

1. CAVA, S. Maria Magdalena alla Cava, an- 
cienne abbaye cistercienne sur la rive gauche du Pô, 
non loin de Crémone, en Lombardie. En 1229, le 
chapitre général de Cîteaux déléguait les abbés de 
Columba et de Fontevivo pour aller prendre connais- 
sance de la situation de l'abbaye de Cava qui était 
offerte; des chanoines réguliers l'avaient précédem- 
ment occupée. Le résultat de l'enquête fut satisfai- 
sant et l'abbaye de Cerredo envoya une colonie de 
ses moines; la vie régulière commençait en 1231. 
Cava entra dans la congrégation de S. -Bernard d'Ita- 
lie créée momentanément par les bulles d'Alexandre VI 
en 1497 et définitivement en 1511 par Jules II. En 
1565, l'abbaye, assez pauvre, était taxée par le cha- 
pitre général pour la somme de trois écus. Cava dis- 
parut avec tant d'autres institutions au début du 
xix« siècle. 

Cottineau, 635. — Janauschek, Origines cisterc. Vienne, 
1877, p. 233. — Lubin, Abbatiarum liai, brevis notifia, 
Rome, 1693, p. 95. — Statuta cap. gen. ord. Cisterc, 
éd. Canivez, Louvain, 1933-41, i-viii, passim. 

J.-M. Canivez. 

2. CAVA (SS. Trinita di), abbaye nullius de 
bénédictins, dans la province de Salerne (Italie méri- 
dionale). En 1011, un ermite, Alfler, se retirait avec 
deux compagnons dans une grotte voisine de Sa- 
lerne, à Cava. Proche parent des princes lombards de 
Salerne, Alfler avait été envoyé auparavant en am- 
bassade en F'rance. Tombé malade en route, il s'était 
arrêté à l'abbaye de S. -Michel de la Chiuse (prov. de 
Cuneo, en Piémont) et y avait demandé l'habit mo- 
nastique. S. Odilon de Cluny s'y trouvait alors; il em- 
mena le novice à Cluny. Après quelques années, Alfler 
fut rappelé en Italie par le prince de Salerne, dans le 
dessein de réformer les monastères de sa principauté. 
A cette époque, l'Italie méridionale, hellénisée depuis 
les victoires de Bélisaire, était encore grecque en 
grande partie et semée d'ermitages et de laures, où 
s'abritaient d'innombrables moines orientaux, basi- 
liens pour la plupart, que les hérésies et les troubles 
d'Orient chassaient vers des terres plus hospitalières. 
La principauté de Salerne cependant était demeurée 
latine et possédait quelques modestes maisons béné- 
dictines, assez peu prospères. Les efforts d'Alfier pour 
les réformer demeurèrent infructueux, à cause des 
difficultés que lui opposèrent les avoués de ces mo- 
nastères. Alfler, renonçant à son mandat, se fit 
ermite. Des disciples lui arrivèrent. Il construisit un 
monastère sous la grotte qu'il habitait et le dédia à la 
Ste Trinité. Il mourut en 1050. (Sur les origines de 
Cava, et ses quatre i)remicrs abbés, v. surtout les 
Vilae quatuor priorum abbatum Cavensium, auctorc 
Hugone abbate Venusino, dans Rerum Italicarum 
medii aevi scriptores, t. vi, pars V», Bologne, 1941.) 

Sous son successeur, Léon (1050-1079), les dona- 
tions, nombreuses déjà sous Alfler, se multiplièrent. 
Cava reçut une quantité de petits monastères aban- 
donnés, les restaura, les repeupla. Tous ceux qui se 
trouvaient dans le Cilento entrèrent dans son patri- 
moine et passèrent sous sa juridiction. 



Sur ces entrefaites, les Normands avaient conquis 
le sud de l'Italie et s'étaient emparés des principautés 
de Capoue et de Salerne. Ils allaient coopérer acti- 
vement à la fortune de Cava, en favorisant à la fois 
les évêques et les moines latins. Une sage politique 
leur commandait de s'attacher les abbayes par des 
liens très étroits et durables, d'user des monastères 
comme de précieux auxiliaires pour affermir leur auto- 
rité dans cette région encore mal soumise. Mais quelle 
observance doimer au monachisme latin, naguère 
inexistant et qui promettait une si grande prospérité? 
En Normandie, on le sait, les abbayes s'étaient refu- 
sées à se soumettre à Cluny, tout en vivant d'un esprit 
assez semblable. En Italie également, les elTorts des 
abbés clunisiens n'avaient pas réussi à y établir 
l'empire de l'abbaye bourguignonne. La solution vint 
tout naturellement des circonstances. Alfler avait 
reçu sa formation monastique à Cluny; le successeur 
de Léon, Pierre Pappacarbone (1079-1123), avait 
lui aussi vécu à Cluny : il fit de Cava une réplique de 
Cluny, en y introduisant les Consuetudines Clunia- 
censes selon la rédaction du moine Bernard. Mais il les 
adapta aux temps et aux lieux et n'établit aucun lien 
entre son monastère et celui de Bourgogne. Gré- 
goire VII prit Cava sous sa « protectio » et lui recon- 
nut la juridiction exclusive sur toutes les maisons (12) 
du Cilento. On peut voir dans cet acte pontifical la 
charte de fondation de la congrégation de Cava 
(Kehr, It. pont., viii, 316). L'ordo Cavensis, ainsi créé, 
s'organisa sur le modèle de l'ordo Cluniacensis, tout 
en n'admettant pas les chapitres généraux. L'autorité 
du chef suprême lui suffisait. La politique des princes 
normands servit à souhait le nouvel ordre. Princes, 
seigneurs, évêques (latins) donnèrent à Cava, sans 
compter, des églises et des monastères de leurs posses- 
sions ou de leurs diocèses, qu'ils fussent latins ou 
grecs. Le nombre de ces derniers qui furent soumis à 
Cava est considérable. Ils étaient concentrés surtout 
en Calabre (L. Mattei Cerasoli, La badia di Cava e i 
monasteri greci délia Calabria superiore, dans Archivio 
slorico per la Calabria et la Lucania, vin, 1938, p. 167- 
182, 265-285; ix, 1939, p. 279-318). Durant son long 
abbatiat, P. Pappacarbone reçut 40 abbayes, 35 prieu- 
rés et plus de 60 églises. Il donna l'habit monastique, 
dit-on, à plus de 3 000 religieux. 

Parallèlement à cet accroissement spirituel, le pou- 
: voir féodal de l'abbé de Cava s'affirmait et grandis- 
j sait (Rivisla storica benedettina, 1908, p. 201; M. Mar- 
I tini, Feudalità e monachismo cavense in Puglia, Mar- 
: tina Franca, 1915; [Senatore G.], // lerritorio giuris- 
j dizionale délia badia di Cava, Salerne, 1894). L'in- 
j fluence économique de la congrégation se développait, 
i et l'ordre prenait flgure, en Italie méridionale, d'agent 
I commercial et maritime important (A. Cafaro, Dell' 
\ altiuità commerciale... di Cava, dans Rivisla storica 
benedettina, 1921, p. 65-87, 181-204; 1922, p. 41-62; 
j J. La Bolina, La marina dell' ordine monastico di 
S. Benedetto, dans Rassegna nazionale, xxxvii, 1915, 
! p. 123-28; GuiWaume, Le navi cavensi net Mediterraneo, 
j Cava, 1876). 

! En 1092, le pape Urbain II consacra l'église abba- 
tiale et accorda à l'abbé la juridiction ordinaire (épi- 
scopale) sur le monastère et ses dépendances, ainsi 
que d'amples privilèges, tels que le droit d'administrer 
la conflrmation. 

! Ces faveurs des papes et des princes, la sainteté des 
premiers abbés (douze d'entre eux furent canonisés 
ou béatifiés) expliquent la rapidité extrême des 
accroissements de l'ordre, au i^' s. de son existence. 
L'épiscopat également s'y est montré favorable. Les 
moines de Cava, en efiet, construisaient et desser- 
vaient de nombreuses églises dans les campagnes, 

[ subvenant ainsi aux nécessités de l'apostolat rural. 



23 



CAVA 



24 



Chaque monastère exerçait la cura animarum. Si l'on 
compte que la congrégation groupa environ 400 mai- 
sons et églises, on se fera une idée de son importance 
pour la vie religieuse et le ministère des âmes dans 
le sud de la péninsule à cette époque. L'aire de la 
domination de Gava couvrait le territoire compris au 
sud d'une ligne partant de Naples vers Capoue, Béné- 
vent, Luceria et le mont Gargano, jusques et y com- 
pris la Sicile. Dans l'île, Gava occupa les églises de 
Paternô, de Petralia, de Tramutola. En 1176, Guil- 
laume II lui donna la splendide abbaye de Montréal 
qu'il venait de fonder et qui fut élevée, dès 1182, à la 
dignité de siège archiépiscopal. Sur toutes ces pro- 
vinces, Gava régna sans rival, tandis que le Mont- 
Gassin dominait au nord de la ligne susdite, surtout 
dans le Capouan et le Bénéventain. 

L'ordo Cavensis était organisé à peu près comme 
celui de Gluny, avec quelques divergences. Il n'avait 
pas dû, en efl'et, passer par les tâtonnements qui mar- 
quèrent les origines de l'ordre clunisien. Il avait pu 
profiter des expériences faites par son modèle. Moins 
étendu, concentré en une seule région, il recevait plus 
régulièrement les visites de son chef. Il formait un 
corps plus homogène, dont les éléments lui étaient 
pacifiquement soumis. Sans doute, les avantages 
civils et économiques dont jouissaient les maisons de 
Gava contribuaient-ils à cette heureuse harmonie et 
resserraient-ils les liens qui les unissaient. Ges maisons 
l)ou valent se partager en trois groupes : les prieurés et 
les celles qui ne formaient qu'une famille monastique 
avec la communauté de Gava; les monastères soumis 
à Gava, mais qui gardaient leur autorité sur leurs 
propres dépendances et recevaient des novices pour 
leur propre compte; enfin, les abbayes qui n'avaient 
avec Gava que la communauté d'observance; c'était 
le cas, entre autres, de Montréal. 

Pendant près de trois siècles, la congrégation de 
Gava prospéra. Elle représente, en somme, la seule 
réussite durable de l'idée ckinisienne, hors de Gluny 
même. Son développement coïncida avec la formation 
de la féodalité dans l'Italie méridionale, résultat de la 
conquête normande, résultat si différent de ce qui se 
passa dans les autres régions de la péninsule. 

Déjà, en 1260, les guerres entre les maisons d'Anjou 
et de Souabe furent désastreuses pour les possessions 
de Gava et la discipline monastique de ses monastères. 
L'abbé Léon (1268-95) parvint heureusement à ré))a- 
rer les désastres. Plus graves furent les coups portés, 
sous les papes d'Avignon, par les conflits qui mirent 
aux mains les princes d'Aragon et ceux d'Anjou. 
L'ordre s'eûrite; il perd de nombreuses maisons et 
églises, des possessions étendues. Plusieurs monas- 
tères deviennent des bénéfices ciue le pape confère 
directement à ses créatures, à des séculiers. L'abbaye 
elle-même en donne à des étrangers, voire à des fran- 
ciscains. Avec le système bénéficiai, le faste et la 
mondanité s'introduisent dans la congrégation. Les 
avantages temporels l'emportent sur les intérêts spi- 
rituels. L'abbé Mainerius (1340-1366) est plus séculier 
qu'ecclésiastique. Tout annonce le proche déclin. Le 
7 août 1394, Boniface IX, sur les instances du roi de 
Naples, Ladislas, élève l'abbaye au rang d'évêché, et 
Gava aura à sa tête quatre abbés-évêques (1394- 
1431). Le dernier, Angelotto de Fosco, créé cardinal 
en 1431, retint en commende l'évêché de Gava. Ge fut 
le début de l'ère des commendataires (1431-97). Dé- 
sormais, on ne ])eut plus guère parlèr de la congréga- 
tion de Gava. A Gava, vivaient une douzaine de reli- 
gieux stipendiés par les commendataires; au dehors, 
quelques moines, disséminés dans les prieurés et les 
paroisses, y vivaient en bénéficiers. La juridiction 
spirituelle et temporelle était exercée par les cvêques 
nommés par les commendataires. 



Le dernier cardinal qui eut la commende de Gava, 
Olivier Garafa (1485-1497), était un prélat sincèrement 
j pieux. Il offrit aux moines de Gava d'y faire refleurir 
! la vie religieuse. G'est grâce à lui que l'abbaye, avec 
toutes ses dépendances, finit par être incorporée à la 
congrégation de Ste- Justine de Padoue; le cardinal 
résigna sa commende et l'évêché fut supprimé (1497). 

L'église paroissiale de Gorpo di Gava ayant été 
déclarée siège du nouvel évèché de Gava, en 1513, il 
s'ouvrit une période, longue de près de deux siècles, 
remplie de conflits incessants entre l'abbaye d'une 
part et soit la Gurie romaine, soit la cour de Naples 
d'autre part. L'abbaye voulait qu'on reconnût ses 
droits et ses privilèges, tout spécialement son exemp- 
tion, et sa juridiction d'Ordinaire sur ses dépendances 
et les quelques paroisses qui constituaient son petit 
diocèse. 

Aux xvie et xvii" s., l'union à la congrégation de 
Ste-Justine, dite peu après cassinienne, se révéla très 
profitable pour Gava, jusqu'à la fin du xviii« s. Les 
sécularisations causées par l'invasion des troupes 
françaises révolutionnaires faillirent supprimer l'ab- 
baye. Mais le nouveau roi de Naples, Joseph Bona- 
parte, fit pour Gava ce qui avait été décrété pour le 
Mont-Cassin et Montevergine : il déclara le monument 
« Archives du royaume », lui donnant le nom d'éta- 
blissement national. Les moines en habit laïque en 
étaient les gardiens, avec une rente annuelle de dix- 
sept mille lires. Restaurée en 1825, l'abbaye recouvra 
la majorité de ses biens, grâce à Pie VII. En 1866, la 
loi de suppression des couvents atteignit Gava. Cette 
fois encore, les moines purent y demeurer en qualité 
de gardiens du monument national et l'abbé fut 
reconnu comme Ordinaire diocésain. En 1867, l'abbaye 
ouvrit un collège pour jeunes gens laïques; peu après, 
elle rouvrit le séminaire pour jeunes ecclésiastiques. 

Rappelons qu'en 1830 trois bénédictins espagnols de 
la congrégation de Valladolid supprimée se réfu- 
gièrent à Gava où ils firent profession. Deux d'entre 
eux partirent ])our les missions d'Australie dont ils 
furent les pionniers célèbres : c'étaient doin Rudesinde 
Salvado et Joseph Serra, qui fondèrent le territoire 
de Nuova Norcia. Salvado devint évèque de Porto 
Vittorio; Serra fut évêque de Perth. 

Liste des abbés perpétuels de Cava, jusqu'à l'union à 
la congrégation de Ste-Justine qui n'admettait que 
des abbés temporaires : S. Alferio Pappacarbone, 
1011-50. — S. Leone, 1050-79. — S. Pietro Pappa- 
carbone, 1079-1123. — S. Costabile, 1123-24. — 
B. Simeone, 1124-41. — B. Falcoiie, 1141-46. — 
B. Marino, 1146-70. — B. Benincasa, 1171-94. — 
B. Pietro II, 1191-1208. — B. Balsamo, 1208r32. — 
B. Leonardo, 1232-55. — Tommaso, 1255-64. — 
Giacomo, 1264-66. — Americo ou Amico, 1266-68. 

— B. Leone II, 1268-95. — Rainaldo, 1295-1300. — 
l'.oberto, 1301-11. — Bernardo de Starreri, 1311-16. 

— Filippo de Laia, 1316-31. — Guttardo, 1332-40. — 
Mainerio, 1340-66. — Golferio, 1366-74. — Antonio, 
1374-83. — Ligorio de Maiorini, 1383-94. 

Abbés-évêques : Francesco de Aiello, 1394-1407. — 
Francesco Mormille, 1407-19. — Sagace dei Conti, 
1419-26. — Angelotto de Fusco, 1426-31. 

Cardinaux commendataires : Angelotto de Fusco, 
1431-44. — Luigi Scarampa, 1444-65. — Giovanni 
d'Aragon, 1465-85. — Oliviero Garafa, 1485-97. 

Annales Cauenses, dans M. G. H., SS., m, 185-97. — 
Morcaldi, Synopsis historico-diplorQatica monasterii et tabu- 
larii..., t. i du Codex diplomaticus Cavensis, Naples-Mllan, 
1873-93, 8 vol. — Clironicon Cavense, dans Muratori, 
Rev. liai, medii aei>i script., vu. — Leone Mattci Cerasoli, 
La badia delta SS. Trinitù di Cava (1011-1928), dans 
j Ullalia benedettina, Rome, 1929, p. 155-227. — La badia 
I délia SS. Trinità di Cava. Cenni storici, Cava, 1942. — 



25 



GAVA — 



CAVALCA 



26 



G. Colavolpe, La coiigregazione cauense. Gava, 1923. — 
P. Guillaume, Essai histor. sur l'abbaye de Cava, Gava, 
1877. — Z. Spiotta, La storia letteraria délia badia di Cava, 
Valle di Pompei, 1019. 

Ph. Schmitz. 

CAVAGNIS (Félix), canoniste italien, cardi- 
nal (1841-190G). Voir D. D. Can., m, 124. 

CAVAILLON, commune du Vaucluse (France), 
située en face de.s cscariiemcnts ouest du Lubéron, 
entre la rive droite de la Durance et le Coulon, au 
jjied sud du mont S. -Jacques. Son diocèse, supiirimé 
en 1801, correspondait à l'ancienne civitas Cabellico- 
nim. L'existence en est attestée dès 396, date à laquelle 
Genialis, qui est considéré comme le fondateur du 
siège, prit part au concile de Nîmes. A l'époque de la 
Révolution, l'évêché de Cavaillon, qui avait dépendu 
autrefois d'Arles puis avait été rattaché à Avignon, 
comprenait 17 paroisses, dont 13 étaient situées dans 
le Comtat, et 4 en Provence. L'évèque, coseigneur de 
la \'ille, en partageait les revenus avec la Chambre 
apostolique. La cathédrale, rebâtie au xii^'-xiii^ s., 
avait été consacrée, en 1251, par Innocent IV. Son 
chapitre se composait d'un prévôt, d'un archidiacre 
et de douze chanoines. Le diocèse possédait en outre 
deux collégiales, établies l'une à L'Isle-sur-la-Sorgue 
(fondée en 1212 par l'évèque Bertrand de Durfort), 
l'autre à Oppède (fondée par Jean de Meynier, baron 
d'Oppède). 

Avec l'abbaye cistercienne de Sénanque (fondée en 
1148 par l'évèque Alfant), Cavaillon ou son diocèse 
posséda des maisons de templiers, de bénédictines 
(établies à Aiguillères, puis à Sénas, finalement à 
Cavaillon, à la suite des guerres de religion), de domi- 
nicains (couvent fondé, en 1526, par le baron de 
Ceyreste : Gaucher de Brancas), de capucins (1594, 
hors Cavaillon), de Pères de la Doctrine chrétienne 
(1611, dont le fondateur. César de Bus, était origi- 
naire de Cavaillon, 1544-1607), de bernardines (1641), 
de carmélites (fondées en 1566 par C. de Bus) et de 
pénitents (noirs, 1539; blancs, 1540; gris, 1619). 

Liste des évêques : Genialis, fondateur du siège, 396. 

— Asclepius, 449, 451. — Philagrius, 517, 533. — Prae- 
textatus, 549, 554. — S. Veranus, patron de Cavaillon, 
585, mentionné par Grégoire de Tours pour des faits 
dont la série atteint 589. — Lupus, 788. — Réginard, 
906-16. — Héribert, 951. — Thierry, c. 965. — Desi- 
derius, c. 972. — Gauchard, 976-c. 980. — Thierry, 
982. — Engelran, 991-1014. — Pierre, c. 1031-32. — 
Clément, 1040-56. — Radulfus, 1070-75. — Désiré, 
1082-95. — Jean, 1103. — Alfant, 1148-54. ~ Benoît, 
1156-78. — Pons, 1179. — Bermond, 1184-c. 1204. — 
Bertrand de Durfort, c. 1205-23. — Rostan Belinger, 
1224-61. — Giraud, 1261-78. — André (?), 1278 (?). — 
Bertrand, c. 1282. — Imbert, 1284,88. — Ponce 
Augier de Laneis, 1311-17. — GeolTroy, 1322-26. — 
Philippe de Cabassole, 1334-66. — François de Car- 
daillac, 1366-87. — André, 1395-1403. — Pierre, 1405. 

— Guillaume, c. 1408. — Nicolas de Johannac, 
c. 1409-21. — Guillaume, 1421-c. 1427. — Bernard 
Carbonet de Riez, 1427-30. — Ferrier Galbert, c. 1432. 

— Jean de la Roche, 1434-36. — Barthélémy, 1437- 
39. — Pierre Porcher, 1439-47. — Palamède de Car- 
rète, 1447-76. — Toussaint de Villeneuve, c. 1484. — 
Jean Passert, c. 1496. — Louis Passert, c. 1501. — 
Bernardin Camberia, c. 1504. — Jean-Baptiste Palla- 
vicini, c. 1510-24. — Marius MafTei, 1525-37. — Jé- 
rôme Ghinucci (administrateur), 1541. — Pierre 
Ghinucci, 1541-68. — Christophe Scotti, 1569-84. — 
Dominique Grimaldi, 1585. — Pompeius Rocchi, 
1585-91. — Jean-François Bordini, 1592-97. — Jé- 
rôme Centelli, 1597-1608. — Octave Mancini, 1610- 
16. — Fabricius de la Bourdaisière, 1616-46. — Louis 



de Fortia, 1646-57. — François Hallier, 1657-59. — 
Richard de Sade, 1660-63. — Jean-Baptiste de Sade de 
Mazan, 1666-1707. — Joseph de Guyon de Crochans. 
1709-42. — François-Marie de Manzi, 1742-57. — 
Pierre-Joseph Artaud, 1757-60. — Louis Crispin 
des Achard de la Baume, 1761-93. 

J.-M. Basse, Abbayes et prieurés de l'anc. France, ii, Paris- 
Ligugé, 1909, p. 153-56. — E. Clouzot, Fouillés des prou. 
d'Aix, d'Arles et d'Embrun, Paris, 1923, p. xciv-xcviii, 
209-12. — Duchesne, i, 262. — Eubel, i, 178; ii, 123; m, 
176; IV, 143. — J.-J. Expilly, Dictionn. des Gaules et de 
la France, ii, Amsterdam, 1764, p. 128-32. — Gall. chrisl., 
I, 939-64; Append., p. 155-58. — Gams, p. 531-32. — 
H. Labande, Les chartes de l'évêché et les évêques de C. au 
XIII" s., dans Rev. d'hist. de l'Église de France, i, 1910, 
p. 82-104, 188-209, 316-28; ii, 1911, p. 576-91, 734-42. — 
G. De Manteyer, Les chartes du pays d'Avignon, Mâcon, 
1914, n. 62, 69, 74, 85, 95, 102, 110. — Richard et Giraud, 
Biblioth. sacrée, xxviii, Paris, 1827, p. 221-23. — H. Ho- 
berg, Taxae pro communibus serviliis..., Vatican, 1949, 
p. 33. 

M. -H. Laurent. 
CAVALCA (DoMENico), dominicain, né à Vico 
Pisano (prov. de Pise) vers 1270. 11 prit l'habit des 
frères i)rêcheurs, à une date qui ne nous est pas 
connue, au couvent de Ste-Catherine de Pise, où il 
passa la plus grande partie de son existence. Conseiller 
de Bonagiunta de Pise en 1300, il fut, la même année, 
nommé confesseur des Dames de la Miséricorde. En 
1342, il fonde le couvent de Ste-Marie, pour y recevoir 
les pécheresses publiques désireuses de se réhabiliter. 
Cavalca mourut à Pise durant les derniers mois 
de 1342. 

Par son abondante production littéraire (de 1320 
à 1342), Cavalca prend place parmi les meilleurs 
écrivains de langue toscane de la première moitié 
du xiv" s. Parmi ses ouvrages en prose, souvent im- 
primés et dont nous ne signalerons ici que la meilleure 
édition, les uns sont des œuvres originales, tels par 
ex. : Medicina del cuore ovvero trallato délia pazienza, 
éd. Bottari, Rome, 1756; Lo specchio délia croce, éd. 
Bottari, Rome, 1738; Trallato délie trenta stoltizie et 
Disciplina degli spirituali, éd. Bottari, Rome, 1756; 
Specchio de'peccati, éd. Del F'uria, Florence, 1829; 
Frulti delta lingua. Milan, 1837, etc.; les autres sont 
des traductions en toscan de traités composés en 
latin, tels par ex. : Le Vite dei SS. Padri volgarizzate 
da Fr. D. Cavalca, éd. Sorio-Racheli, Trieste, 1858; 
éd. Naselli, Turin, 1926; Volgarizzamento del Dialogo 
di S. Gregorio e dell'epistola di S. Girolamo a Eusto- 
chio, éd. Bottari, Rome, 1764; Volgarizzamento degli 
Atti degli Aposloli, Florence, 1837; Pungilingua, éd. 
Bottari, Rome, 1751, etc. Ses compositions en vers 
(sonnets, laudes, sirventes) ont peu de valeur (cf. 
L. Simoneschi, Saggio di poésie di Fr. D. C, Florence, 
1888). 

On a, d'autre part, sans fondement attribué à 
Cavalca divers ouvrages, tels par ex. une version de 
l'Apocalypse en langue toscane (éd. Beschi, Pisloie, 
1842), un Trallato delta Spirito Santo (éd. Zambrini, 
Imola, 1886). Par contre, on a tenté de refuser à notre 
dominicain la paternité d'un certain nombre d'œuvres 
dont l'authenticité est des plus certaines (N. Mattioli, 
Fra Giovanni da Salerno... e le sue opère votgari iné- 
dite, Rome, 1901 p. 165-320), pour les attribuer soit à 
,Iean de Salerne, soit à Simon de Cascia; contre sem- 
blable hypothèse, cf. G. Volpi, La questione del 
Cavalca, dans Archivio storico italiano, sér. V, xxxvi, 
1905, p. 302-18. 

Cronaca del convento di Santa Caterina... in Pisa, dans 
Arcliivio storico italiano, vi, 2' part., Florence, 1848, 
p. 508-14. — E. Falco, Domenico Cavalca moralista, 
Lucques, 1892. — C. Naselli, Domenico Cavalca, Gittà di 
Gastello, 1925. — Quétif-Échard, i, Paris, 1719, p. 878. — 



27 



CAVALCA 



— CAVEIRAC 



28 



N. Sapegno, Storia letteraria d'Italia, Il Trecento, Milan, 
1934, p. 549-54. 

M. -H. Laurent. 
CAVALCA NT I (Aldobrandino), dominicain, 
né à Florence vers 1217, reçut l'habit des frères prê- 
cheurs des mains du B. Jean de Salerne, au couvent de 
Santa Maria Novella (1230 ou 1231). Inquisiteur en 
Toscane, il fut en relation avec S. Pierre de "Vérone; 
prieur du couvent de Florence en 1245, 1250, 1256, il 
fut désigné comme socius du défmiteur, puis du pro- 
vincial de la province romaine lors des chapitres géné- 
raux de 1255 et 1262. Prieur du couvent de Lucques, 
il fut élu en 1262 provincial de sa province, charge 
qu'il devait conserver jusqu'en 1268. Nommé évêque 
d'Orvieto par Grégoire X (1272), le même Souverain 
pontife le désigna, le 20 août 1273, pour être son 
vicaire dans la Campanie, les Marches d'Ancône, le 
duché de Spolète et la Toscane (Potthast, Reg., 
n. 19845, 20753). En 1274, Cavalcanti fut choisi par 
le pape pour remplir le même office dans le diocèse de 
Rome. S'étant démis du siège d'Orvieto, Cavalcanti 
se retira à Florence où il mourut le 20 août 1279. 

V. Fineschi, Memorie istoriche degli uomini illustri di S. 
Maria Novella, i, Florence, 1790, p. 121-59. — T. Masetti, 
Monumenta el antiquiiates... in provincia Romana, i, Rome, 
1864, p. 224-28. — H.-C. Scheeben, Accessiones ad histo- 
riam Romanae provinciae saec. XIII, dans Archivum Fr. 
praedicatorum, iv, 1934, p. 132 (avec bibliogr.). — G. Bucco- 
linî, Série critica dei vescoi'i... di Orvieto, Pérouse, 1941, 
p. 44-5. 

M. -H. Laurent. 
CAVALCANTI (Augustin), religieux théatin, 
polémiste (f 1748). Voir D. T. C, ii, 2044. 

CAVALIERI (Joseph-Michel), augustin ita- 
lien et liturgiste (f 1757). Voir D. A. CL., u, 2687- 
2690. 

CAVALLA, métropole provisoire de Macé- 
doine. La ville maritime de Cavalla se trouve sur la 
côte de Macédoine, en face de l'île de Thasos. Elle 
occupe le site de l'antique Néapolis. Les Byzantins la 
nommèrent Christopolis, mais elle fut plus tard appelée 
Cavalla, mot dont l'étymologie est contestée. Les uns 
prétendent que les Génois lui donnèrent ce nom parce 
qu'elle présente l'aspect d'un cheval (caballo), d'au- 
tres parce qu'elle fut réoccupée par des gens qui 
venaient de l'ancienne localité dite Scavalla (auj. 
Eski-Cavalla). C'est une ville industrielle et commer- 
çante de plus de 50 000 hab. Au début d'oct. 1924, le 
Saint Synode de Constantinople y fonda une métro- 
pole sous le nom de Cavalla et Nestos (KagâAAaç Kai 
NÉCTTOu), mais le désir de faire revivre l'antique titre 
de Philippes lui a fait substituer celui de Philippes, 
Néapolis et Nestos (décision du Saint Synode du 
3 déc. 1939). Voir à Christopolis et Philippes. 

G. N. Nicotsaras, au mot KogàX^a, dans MsyàAri éXAT|viKf| 
ÉyKUKAoïraiSEÎa, xiii, 418-420. — 'OpSoSo^ia, i, 128; iv, 
541; V, 34. 

R. Janin. 

CAVANYHAC (Jean de), chancelier du car- 
dinal de Givry, évêque de Langres. Prieur d'Aubi- 
gny (Hte-Marne) en 1532, curé de diverses paroisses, 
chanoine de Langres de 1551 à 1568, il meurt en 1570. 
Il est l'auteur d'une Historia brevis Lingonensium 
episcoporum, ms. qui semble perdu. 

Lelong, Biblioth. hist. de la France, i, 9001. — Abbé 
Roussel, Le dioc. de Langres, i, 1873-99, p. 162; ii, 415, 
431, 443; m, 141; iv, 100. — L.-E. Marcel, Le cardinal 
de Givry, i, 1926, table; n, 259. 

G. Drioux. 

CAVE (William), historien ecclésiastique an- 
glais (1637-1713). Voir D. T. C, ii, 2044-45. 



CAVEDONI (Venance-Célestin), prélat et 
archéologue italien (1795-1865). Voir D. A. C. L., 
II, 2703-10. 

CAVEIRAC (Jean Novi de) (1713-1782), na- 
quit à Nîmes le 6 mars 1713; après avoir fait de fortes 
études théologiques, il embrassa l'état ecclésiastique 
et eut une grande autorité en Languedoc; il fut le 
confident de plusieurs évêques de la province. Lors- 
que, en 1752, Voyer d'Argenson projeta d'adoucir le 
sort des protestants, Caveirac appuya, en de nom- 
breux écrits, les décisions prises par les évêques contre 
le projet du ministre; il semble d'ailleurs que Caveirac 
ait été l'inspirateur de ces décisions. Il approuva et 
défendit la révocation de l'Édit de Nantes, car il était 
convaincu que la religion catholique et le protestan- 
tisme ne pouvaient pas coexister dans un état monar- 
chique, et, plus tard, il prit la défense des jésuites 
contre les parlements. L'ouvrage qu'il publia contre 
la décision approuvée par l'autorité royale lui valut 
des poursuites. Caveirac se réfugia en Italie, à Li- 
vourne, et fut condamné par contumace, au Châtelet, 
en 1764. Il ne revint en France qu'après la disgrâce 
de Choiseul et la dissolution du parlement qui avait 
condamné les jésuites. Pendant son séjour en Italie, 
il publia un Éloge chrétien du dauphin présenté à 
Clément XIII (Rome, 1766, in-8'>). L'abbé de Caveirac 
mourut en 1782. 

La plupart des écrits de Caveirac ont pour objet la 
question des protestants : La vérité vengée ou Réponse 
à la dissertation sur la tolérance des protestants, Paris, 
1756, in-12; Mémoire politico-critique où l'on examine 
s'il est de l'intérêt de l'Église et de l'État d'établir 
pour les calvinistes du royaume une nouvelle forme de 
se marier et où l'on réfute l'écrit qui a pour titre : 
« Mémoire théologique et politique sur les mariages 
clandestins des protestants de France », Paris, 1756, 
in-80; Apologie de Louis XIV et de son Conseil sur la 
révocation de l'Édit de Nantes, pour servir de réponse 
à la lettre d'un patriote (Antoine Court) sur la tolé- 
rance civile des protestants, avec une dissertation sur 
la journée de la S. -Barthélémy, s. 1., 1758, in-8° : 
dans cet écrit, Caveirac affirme que la religion n'eut 
aucune part aux massacres des protestants; les mas- 
sacres d'ailleurs ne furent point prémédités; d'autre 
part, la révocation de l'Édit de Nantes s'imposait, 
car, dans un État monarchique qui veut l'unité, 
deux religions ne peuvent coexister; l'Apologie parut, 
à la même date, sous un titre différent : Paradoxes 
intéressants sur la cause et les effets de la révocation de 
l'Édit de Nantes; la dépopulation et la repopulation 
du royaume, l'intolérance civile et rigoureuse d'un 
gouvernement, s. 1., 1758, in-8°; la Dissertation sur la 
journée de la S. -Barthélémy a été publiée avec des 
notes historiques par M. Roisselet de Sauclières, 
Montpellier, 1841, in-16. 

L'abbé de Caveirac prit la défense des jésuites dans 
l'Appel à la raison des écrits publiés contre les jésuites 
de France, Bruxelles, 1762, in-12; réédité et augmenté 
de plusieurs choses intéressantes, parmi lesquelles 
deux extraits de lettres de M. le cardinal de Fleury, 
Bruxelles, 1762, in-12, et un Nouvel appel à la raison 
des écrits et libelles publiés par la passion contre les 
jésuites de France, Bruxelles, 1762, in-8". 

Caveirac répondit au.^c attaques de J.-J. Rousseau 
dans la Lettre du Visigoth à M. Fréron sur sa dispute 
harmonique avec M. Rousseau, Septimaniopolis, 1754, 
in-8'>, et dans Nouvelle lettre ù M. Rousseau de Genève, 
s. 1., 1754, in-12. Il eut aussi une discussion avec Vol- 
taire, dans la Lettre du docteur Chlévalès à M. de Vol- 
taire, en lui envoyant la copie manuscrite d'une autre 
lettre à laquelle il ne paraît pas qu'il ait répondu, post- 
scriptum du morceau de prose que M. de Voltaire 



29 



CAVEIRAC 



— CAYLUS 



30 



avait fait imprimer à la suite de la première édition 
qu'il donna de son Ode sur la mort de la princesse de 
Bareth; seconde lettre à M. de Voltaire, Paris et 
Genève, 1772, in-8». 

Comme l'abbé de Caveirac publiait la plupart de 
ses écrits d'une manière anonyme, on lui a attribué 
quelques écrits dont il n'est peut-être pas l'auteur, 
par ex. L'accord de la religion et de l'humanité sur la 
religion, s. 1., 1762, in-12, attribué aussi à l'abbé de 
Malvaux, et Réponse aux recherches historiques concer- 
nant les droits du pape sur la ville et l'État d' Avignon, 
avec les pièces justificatives (de Cl. F. Pfeffel von 
Kriegelstein), s. 1., 1769, in-8°. 

Michaud, Biogr. universelle, vu, 271-72. — La nouvelle 
biogr. générale, ix, 292. — Quérard, La France littéraire, 
II, 90. — De Feller-Weiss, Biogr. universelle, ii, 466. 

*J Ca.rreyre 

CAVELIER DE LA SALLE (Jean), né à 
Rouen le 27 oct. 1636, entra au séminaire S.-Sulpice 
le 15 févr. 1659. On le qualifie souvent de docteur 
en théologie. Il avait été reçu maître ès arts le 
3 juin 1657, mais son nom ne figure ni sur la liste 
des licenciés, ni sur celle des docteurs. Il partit pour 
le Canada, où il arriva le 7 sept. 1666. Au bout de 
dix années de séjour, il revint en France. M. Tronson, 
en 1682, l'envoya au séminaire de Viviers. En 1685, il 
retourne au Canada, avec son frère Robert Cavelier 
de La Salle, le célèbre explorateur. Il emmenait avec 
lui deux de ses neveux, Jean-Nicolas Crevel de Mo- 
ranger et François de Chefdeville, entrés au sémi- 
naire S.-Sulpice en 1680. Cette expédition pour la 
découverte de l'embouchure du Mississipi avait été 
encouragée par M. Tronson qui avait la pensée de 
fonder dans la Louisiane une colonie chrétienne sur le 
modèle de Montréal et un séminaire. L'assassinat de 
Robert de La Salle au cours du voyage par un de ses 
compagnons ruina cette entreprise. Jean Cavelier 
avec ses compagnons fidèles traversa l'Amérique à 
travers mille dangers et rentra au Canada. Après 
avoir liquidé la succession de son frère assez obérée, 
il revint en France en oct. 1688 et se retira à Rouen 
chez une de ses nièces. Le 19 mars 1719, le maréchal 
d'Estrées lui demanda les mémoires, journaux et 
cartes des pays découverts par son frère Robert de 
La Salle. Il répondit que pour la plupart ils avaient 
été perdus après la mort violente du chef de l'expédi- 
tion et il lui annonçait l'envoi de tout ce qui lui 
restait (Bibl. nat., fr. n. acq. 9301). Il a écrit lui-même 
une relation de son voyage qui a été éditée, sous le 
titre Relation du voyage entrepris par feu M. Robert 
Cavelier, sieur de La Salle, pour découvrir dans le 
golfe du Mexique l'embouchure du fleuve Mississipy, 
par son frère, M. Cavelier, prêtre de S.-Sulpice, l'un 
des compagnons de ce voyage (à Manato, 1858, petit 
in-8"). Jean Cavelier mourut à Rouen, le 24 nov. 1722, 
et fut inhumé dans le chœur de Ste-Croix-S.-Ouen. 

L. Bertrand, Bibliolh. sulpicienne, i, 211-12. — Registres 
du séminaire S.-Sulpice, Lettres de M. Tronson. — Bibl. 
nat., Papiers Margry, Nouv. acq., fr., 9088-9093. — Jour- 
nal hist. du dernier voyage que feu A/, de La Salle fit dans 
le golfe du Mexique..., par M. Joutel, l'un des compagnons 
de ce voyage, rédigé par M. de Michel, Paris, 1713, in-12. 
— P. Margry, Mémoires et documents pour servir à l'hist. 
des pays d'outre-mer, m. — Ch. de la Roncière, Le père de 
la Louisiane, Cavelier de La Salle, Tours-Paris, 1936, jn-8°. 

E. Levesque. 

CAVELLUS (Hugh), Mac Cawell, frère mi- 
neur irlandais, théologien, archevêque d'Armagh (v. 
1575-t 1626). Voir D. T. C, u, 2045-46. 

CAVOUR (Sainte-Marie), Caburro, Caburrensis, 
abbaye de bénédictins au diocèse de Turin. Fondée 
par l'évêque Landulphe (f 1037), elle dépendit de 



S. -Michel de Chiusa et fut placée en commende en 
1590. 

F. Alessio, Cavour e la sua abazia, dans Boit. sior. bibl. 
subalp., XIV, 1909, p. 279-95. — Cavour, abazia, vescovado, 
plebania e vicaria, Pignerol, 1911. — B. Bandi, Cartario 
délie abazia di Cavour, dans Bibl. soc. stor. subalp., m, 
[ 1900, p. 1. — Cottineau, 638. — Kehr, //. pont., vi, n, 95. 
— Mabillon, Annales, iv, 214-16. — - A. Peyron, L'abazia 
di S. Maria di Cavour, dans Boll. soc. Piem. arch., xiii, 
1929, p. 58-61. — G. B. Semeria, Storia délia Chiesa metro- 
pol. di Torino, 453. — Ughelli, iv, 1443. 

R. Van Doren. 
CAVVADIOS (Macaire), Kabadios, théologien 
grec (xviii^ s.). Voir D. T. C, ii, 2046. 

CAXAL (Antonio), Taxai, Quechal, A. de Mer- 
cede, religieux mercédaire, né à Tarragone en 1360 (?), 
général de son ordre en 1406, fut chargé par le roi 
d'Aragon d'ambassades auprès de divers souverains 
et de Benoît XIII. Représentant de Ferdinand I^', 
puis d'Alphonse V, au concile de Constance, il prit 
une part importante aux délibérations et s'y fit le 
champion de l'union. On a conservé le texte de cer- 
tains de ses discours (Finke, op. cit.). Il mourut à 
Constance en 1417, entre le mois d'avr., lorsqu'il 
participait encore aux négociations avec les Castillans, 
et le 26 juill., date de la déposition de Benoît XIII. 

Finke, Acta conc. Constanc., ii-iv. Munster, 1923-28, 
passim. — ■ B. Fromme, Die span. Nation und dos Konst. 
Konzil, Munster, 1896. — N. Antonio, Bibl. hisp. vet., ii, 
204-05. — Enc. eur.-amer., xn, 717-18. 

É. Van Cauwenbergh. 

CAXIAS, évêché du Brésil, dans l'État de Rio 
Grande do Sul, érigé le 8 sept. 1934, dépendant de la 
métropole de Porto Alegre. La cathédrale est dédiée 
à Ste Thérèse de l'Enfant- Jésus. Évêque : Joseph 
Barea, 1935. 

Acta Ap. Sedis, xxvii, 1935, p. 359-61, 441. — Ann. 
pont., 19.36, p. 191; 1937-39, p. 141; 1948, p. 104. 

É. Van Cauwenbergh. 

CAXIAS DE MARANHAO, évêché du 
Brésil, érigé le 22 juill. 1939, par le démembrement du 
diocèse de San Luis de Maranhao, dont il devint 
suffragant. L'église paroissiale de N.-D. dos Remedios 
devint cathédrale. Évêque : Luis de G. Marelim, 1941. 

Acta Ap. Sedis, xxxir, 1940, p. 109-12. — Ann. pont., 
1948, p. 104. 

É. Van Cauwenbergh. 

CAYES (Les), Les Caies, évêché d'Haïti (An- 
tilles). A la suite du concordat conclu en 1860 entre 
le S. -Siège et la république d'Haïti, la province ecclé- 
siastique de Port-au-Prince fut établie avec quatre 
évêchés sufïragants, dont Les Cayes, érigé par bref 
de Pie IX, du 3 oct. 1861. Le diocèse fut administré 
par l'archevêque de Port-au-Prince jusqu'en 1893. 

Évêques : J.-M.-A. Morice, 1893, dém. 1914. — 
I.-M. Le Ruzic, adm. ap., év. 1916, déni. 1919. — 
J.-V.-M. Pichon, 1919, dém. 1941. — Fr.-J. Person, 
coadj. 1937, év. 30 août 1941, f 24 sept. 1941. — 
J.-L. Collignon, 30 sept. 1942. 

Louvet, Miss, caih., Lyon, [1894], p. 306. — Ann. 
pont., 1948, p. 96. 

É. Van Cauwenbergh. 
CAYET (Piehre-Victor-Palma), polygraphe 
français (1525-1610). Voir D. T. C, ii, 2046-48. 

CAYLUS (Daniel-Charles-Gabriel de Pes- 
TEL DE Levis DE TuBiÈRES DE) (1669-1754), naquît 
à Paris le 20 avr. 1669, devint docteur de Sorbonne, 
puis aumônier du roi, vicaire général du cardinal de 
Noailles, enfin, le l'"'mars 1705, évêque d'.A.uxerre. En 
1714, il fut un des quarante prélats qui acceptèrent 
la bulle Unigenitus, mais, dès 1717, il suivit Noailles 



31 



CAYLUS — CAYRON 



32 



et fit appel de la bulle. A cette occasion, il eut de vives 
discussions avec sou chapitre et il devint désormais 
un des plus ardents adversaires de la Constitution 
Unigenitus : il refusa de signer raccommodement de 
1720 et, en 1727, fut l'un des douze prélats qui s'éle- 
vèrent contre la condanniation de l'évêque de Senez 
par le concile d'Embrun. Gallican convaincu, il pro- 
testa contre la légende de Grégoire VII et, en 1730, 
contre la déclaration royale qui regardait la bulle 
Unigenitm comme une loi de l'Église universelle. 
Il engagea de longues disputes contre son métropo- 
litain Languet, archevêque de Sens, et condamna 
plusieurs propositions enseignées par les jésuites de 
son diocèse. 11 fut partisan des miracles de S.-Médard, 
mais rejeta le fanatisme de certains convulsionnaires. 
Il mourut à Rennes le 3 avr. 1754. 

Principaux écrits. — Harangue au roi, pour la 
clôture de l'assemblée du clergé le 13 avr. 1707, et le 
30 oct. 1715. A partir de 1717, les œuvres de Caylus se 
rapportent toutes, plus ou moins directement, aux 
polémiques soulevées en France par la publication de 
la bulle Unigenitus le 8 sept. 1713; il avait d'abord 
accepté cette bulle, mais il en fut bientôt l'adversaire 
le plus ardent : Lettre à un chanoine de son église cathé- 
drale au sujet d'une conclusion du chapitre du 14 mai 
1714, pour la réception de la Constitution « Unigenitus », 

17 avr. 1717; Réponse à Mgr l'évêque de..., qui lui 
avait écrit au sujet de son mandement du 4 oct. 1718, 
Paris, 1719, in-4"; Lettre à Son Éminence Mgr le 
cardinal de Noailtes, archevêque de Paris, où il lui 
expose les motifs pressants qui l'obligent à partir pour 
son diocèse sans prendre congé de S. É. et à ne point 
prendre part à l'accommodement de 1720, 6 juill. 1720, 
s. 1., in-4°; Lettre ù Mgr l'évêque de Soissons [Languet], 
à l'occasion de ce que ce prélat dit de lui dans sa première 
lettre à Mgr l'évêque de Boulogne, 1722, s. 1., in-4°; 
Seconde lettre ù Mgr l'évêque de Soissons au sujet de 
l'infaillibilité que ce prélat attribue aux jugements 
de Rome, 1722, s. 1., in-4° (lettre condamnée par un 
décret du S.-OfTice, du 14 juill. 1723); Lettre au roi 
au sujet du refus que lui a fait M. le Garde des sceaux 
d'une continuation de privilège pour l'impression des 
livres ù l'usage de son diocèse, 12 déc. 1729, s. 1. n. d. ; 
Lettre au roi au sujet du bref qui condamne son man- 
dement sur la légende de Grégoire VII, 11 févr. 1730, 
s. 1., 111-4°; Lettre à Mgr l'archevêque de Paris, prési- 
dent de l'assemblée générale du clergé de France, 

18 août 1730, et Lettre à Messeigneurs les archevêques 
et autres députés de l'assemblée générale du clergé de 
France, 18 août 1730, s. 1. n. d., in-4'>; Lettre à 
M. Chambon, 4 mai 1732, s. 1. n. d., in-4o; Lettre 
pastorale adressée au clergé et aux fidèles de son diocèse 
au sujet de la seconde lettre pastorale que M. l'arche- 
vêque de Sens [Languel] lui a écrite en date du 25 déc. 
1732, s. 1. n. d., in-4o; cette lettre est la première des 
six lettres qu'il écrivit, de 1732 à 1750, à son métropo- 
litain, rarchevêque de Sens Languet de Gergy, an- 
cien évèque de Soissons, et toujours pour des ques- 
tions soulevées par le jansénisme. 

Avec les jésuites de son diocèse, Caylus eut des 
discussions plutôt vives qui durèrent assez long- 
temps. Voir l'Ordonnance et instruction pastorale por- 
tant condamnation de plusieurs propositions extraites 
des cahiers dictés au collège d'Auxerre par le P. Le 
Moyne, de la Compagnie de Jésus, 18 sept. 1725; une 
Réponse à cette ordonnance fut publiée, Cologne, 1725, 
in-4'', et une Remontrance au sujet de cette ordonnance, 
Paris, 1726, in-4''. Caylus répliqua par une Instruction 
pastorale au sujet des remontrances que les jésuites 
lui ont adressées pour la défense des propositions ex- 
traites des cahiers du P. Le Moijne, que ce prélat a 
condamnées par l'ordonnance du 18 sept. 1725, Paris, 
1727, in-4°. Plus tard, Caylus publia une Ordonnance 



au sujet des entreprises de quelques jésuites, régents du 
collège d'Auxerre, contre la hiérarchie et les droits des 
curés, 25 avr. 1733, in-4''. 

Caylus fut également mêlé à des questions litur- 
giques qui intéressaient le jansénisme; il publia, en 
1729, un Rituel qui souleva quelques discussions, mais 
c'est surtout l'afïaire de la légende de Grégoire VII 
qui eut un grand retentissement, même en dehors 
du diocèse : Mandement qui défend de suivre l'office 
imprimé dans une feuille volante qui commence par 
ces mots : Die XSV maii, in festo S. Gregorii VII, 
24 juill. 1729, in-4''. Ce mandement, où Caylus dis- 
tingue les deux puissances et s'élève contre la Cour 
de Rome, provoqua de vives polémiques; il fut 
condamné par un bref du 17 sept. 1729; Caylus publia 
une longue Requête au Parlement contre ce bref avec 
une consultation de plus de cent avocats (14 févr. 1730), 
une Lettre au roi (17 févr. 1730) et une Lettre à l'as- 
semblée générale du clergé de 1730 (8 août 1730); enfin 
une Lettre à l'archevêque de Paris, le 3 mars 1733, 
lorsque fut imprimée la déclaration de l'assemblée du 
clergé. 

Les curés du diocèse d'Auxerre s'élevèrent aussi 
contre leur évêque dans les Très humbles remontrances 
au sujet de la doctrine du catéchisme qu'il vient de 
donner dans son diocèse, 29 mai 1735, in-4''; Caylus 
répondit par une Instruction pastorale, 30 déc. 1735, 
et publia les Très humbles et très respectueuses remon- 
trances au sujet d'un arrêt du Conseil d'État du 18 déc. 
1735 qui supprime son catéchisme, 27 avr. 1736, 
in-l". Un anonyme publia les Lettres d'un théologien 
à M. d'Auxerre au sujet de sa dernière Instruction 
pastorale; les quatre lettres portent les dates des 
9 avr., 9 mai, 17 juill. 1736, et 9 févr. 1737, in-4o. 

A M. de Charancy, successeur de son ami Colbert 
de Croissy, évêque de Montpellier, Caylus écrivit 
deux lettres assez vives : la première, à l'occasion de 
ce que ce prélat dit de lui dans son mandement du 
i'"' juill. 1742, 1743, in-4''; et la seconde à l'occasion 
de sa réponse à ce prélat, 1" avr. 1744, 1745, in-4''. 
Les ouvrages de Caylus ont été publiés de 1750 à 1752, 
en 10 vol. in-12. 

Les dernières années de ce prélat batailleur furent 
plus calmes; d'ailleurs tous ses amis qui avaient 
combattu la bulle Unigenitus étaient morts les uns 
après les autres. 

La Constitution « Unigenitus » déférée à l'Église univer- 
selle ou Recueil général des actes d'appel interjetés au 
futur concile, ii, Cologne, 1757, p. 613-76, 4 vol. in-fol. — 
Abbé Dettey, Vie de M. de Caylus, Paris, 1765, 2 vol. 
m-12, et Nouvelles ecclésiastiques des 26 juin et 14 août 1766, 
p. 105-08, 134-36. — Tous ces écrits sont remplis d'éloges 
et les Nouvelles ecclésiastiques en particulier ont cinq pages 
recensées à la Table des matières, i, 155-60. 

J. Carreyre. 

CAYRON (Pierre-Jean), jésuite, né à Rodez en 
1672, t à Toulouse le 31 janv. 1754. Entré au noviciat 
de Toulouse le 7 déc. 1687, il enseigna la philosophie 
à Carcassonne, à Tournon et à Rodez, la rhétorique 
à Toulouse; il fut recteur du noviciat de cette ville et 
maître des novices, recteur du collège de Toulouse, 
supérieur de la maison professe et instructeur du 
troisième an. Grand dévot de S. François Régis, il se 
fit le promoteur infatigable de son culte; il adressa 
en 1708 un mémoire aux États du Languedoc réunis 
à Narbonne pour promouvoir l'introduction de la 
cause du saint, et un rapport à l'assemblée générale 
du clergé; il fut vice-postulateur de la cause intro- 
duite à Toulouse et à Rome. Après la béatification, 
il poursuivit ses démarches en vue de la canonisa- 
tion, s'adressant à la cour, au clergé et aux assem- 
blées des États et des provinces ecclésiastiques avec 
lesquelles François Régis avait eu des rapports, et 



33 



CAYRON — 



CEAD WALA 



34 



obtint des lettres de Louis XV et de Marie Leczinsl<a 
en faveur de la canonisation, qui fut prononcée en 
1737. Il ne cessa de travailler à répandre le culte du 
saint et obtint des guérisons merveilleuses par son 
intercession. Sa vie pleine de vertus et d'initiatives 
charitables lui valut la réputation d'un saint. Sa 
cause a été introduite. 

Em. Bouniol, S. J., Le serviteur de Dieu Pierre-Jean 
Cayron, S. J., Toulouse, 1886. — J.-B. Couderc, S. J., 
Le R. P. Jean-Pierre Cayron, S. J., sa vie d'après le P. Jean 
Sérane, Paris, 1904. — Kempf, Die Heiligkeit der Gesell- 
schaft Jesu, Einsiedeln, 1922. 

A. De Bil. 

CAZ, Casensis, Caxiensis, Katsis, couvent de 
moniales de l'ordre de Prémontré, situé au diocèse 
de Coire (Suisse), relevant de la circarie de Souabe et 
placé sous le patronage de S. Luzi (S. Lucius). 
Il fut fondé en 1154 ou 1156 et disparut au début de 
la Réforme au xvi« s. Il n'est pas certain qu'il ait 
appartenu à l'ordre de Prémontré. Quoi qu'il en soit, 
les sœurs suivaient la règle de S. Augustin. En 1537, 
leur couvent fut laïcisé; la communauté ne comptait 
plus alors que deux sœurs. 

C. L. Hugo, Annales Praem., i, 497. — A. Brackmann, 
Helvetia ponlificia, 101-03. — A. Eichorn, Episcopatus 
Curiensis in Rhetia, S.-Blaise, 1797, p. 342-47. — H. J. Leu, 
Allgemeines helvetisches Lexicon, ix, 55-57 (avec liste des 
abbesses et prieures). — J. G. Mayer, Die Inscbrift der 
Stifter des Kloslers Cazis, dans Kath. Schweizer Blatter, 
VII, 1891, p. 504 sq. ; Geschichte des Bisiums Chur, ii, 
727 sq. (avec liste des abbesses et prieures). — E. F. von 
MUlinen, Helvetia sacra, Berne, 1858-61, ii, 75. — A. Nu- 
cheler. Die Gotteshauser der Schweiz, i, p. 96. — J. Simo- 
net, Geschichte des Klosters Cazis, 127-83. — R. Van 
Waefelghem, Répertoire, 52-53. — Diverses archives de 
cette maison se trouvent à l'évèché de Coire. 

M. -A. Erens. 

CAZALÈS (Edmond de) (1804-1876), né le 
3 août 1804 à Grenade-sur-Garonne (Hte-Garonne), 
était le fils de l'orateur illustre qui, sous la Révolu- 
tion, fut le défenseur de la monarchie et de la foi 
chrétienne. Il fit d'abord ses études de droit et exerça 
la fonction de juge auditeur à Provins (1827-29), puis 
s'intéressa au mouvement des idées religieuses sous 
la monarchie de Juillet (1830); il fut un des membres 
fondateurs du Correspondant en 1843 et il collabora 
à la Revue européenne et à l' Université catholique 
fondée en 1835 par Bonnetty. Nommé professeur à 
l'université catholique de Louvain, il publia, en par- 
tie, dans la revue de Bonnetty, ses leçons sur l'histoire 
générale de la littérature. Ordonné prêtre en 1843, il 
devint vicaire général et supérieur du séminaire de 
Montauban. Lorsque éclata la révolution de févr. 1848, 
l'abbé de Cazalès fut élu député du Tarn-et-Garonne; 
à l'Assemblée nationale, il fut un zélé défenseur des 
droits de l'Église et de la liberté d'enseignement, à 
côté de Falloux et de l'abbé Dupanloup. Puis il 
rentra dans la retraite et mourut le 21 janv. 1876. 

Cazalès n'a publié que deux ouvrages personnels : 
Études historiques et politiques sur l'Allemagne contem- 
poraine, Paris, 1853, in-8°, et Nos erreurs et leurs 
remèdes, Paris, 1876, in-8". Il traduisit de l'allemand 
plusieurs écrits traitant de Anne-Catherine Emme- 
rich. Il collabora activement aux 20 premiers volumes 
(jusqu'en déc. 1845) de l'Université catholique de 
Bonnetty, et publia de nombreux articles dans la 
Revue des Deux Mondes et dans Le Correspondant. 

Hoefer, Nouvelle biogr. générale, ix, 319-20. — Feller- 
Weiss-Busson, Biogr. universelle, ir, 468-69. — De Cham- 
pigny. L'abbé de Cazalès, dans Le Correspondant dxi 10 févr. 
1876, CH. 371-74. 

J. Carrevue. 
CEADDA (Saint), ou Chad, évêque de Mercia, 
t 672. Il naquit en Northumbrie, devint disciple de 

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés. 



S. Aidan, abbé de Lindisfarne, et reçut sa formation en 
Irlande, au monastère de Rathmaelisa. Avec son frère 
S. Cedd, il travailla beaucoup à la conversion des Mer- 
ciens et des Saxons de l'est de l'Angleterre. II succéda 
à son frère Cedd dans le gouvernement du monastère 
de Lastingham, près de Whitby. Sur les instances du 
roi Oswy, il fut promu au siège d'York, mais, après 
qu'il eut gouverné cet évêché pendant quelque temps, 
des doutes surgirent sur la validité de son sacre, ou 
bien parce que Wilfrid avait été élevé au même siège, 
ou bien — raison plus probable — parce qu'il avait 
été sacré par des évêques scots et bretons. A cette 
époque, en effet, les Scots et les Bretons s'écartaient 
de la discipline et de la liturgie romaines, et dès le 
vii« s. les ordinations, comme d'ailleurs tous les sacre- 
ments administrés par eux, étaient tenues pour sus- 
pectes en Angleterre. Pour éviter la communion avec 
des évêques scots, Wilfrid alla se faire sacrer en pays 
franc, à Compiègne. Ceadda vit la validité de son 
ordination contestée par Théodore, archevêque de 
Canterbury, à cause probablement de la part qu'y 
avaient prise deux évêques bretons. Ceadda fit preuve 
d'une grande humilité : « Si vous croyez, dit-il, que je 
n'ai pas été canoniquement consacré, je suis tout prêt 
à résigner une fonction dont je ne me suis jamais senti 
digne et que je n'ai acceptée que par obéissance. » 
Il se retira au monastère de Lastingham. A la mort de 
Jaruman, évêque de Mercie, Théodore transféra 
Ceadda à ce siège, mais le soumit à une réordination 
per omnes gradus. Ceadda fixa son siège à Lichfield, 
bâtit une cathédrale et fonda pour ses prêtres un 
régime de vie commune. Il mourut en 672, d'une peste 
qui dévastait la région, et fut enterré près de sa cathé- 
drale. Aussitôt il devint objet d'un culte très répandu. 
Bède le Vénérable, presque l'unique source de nos 
renseignements au sujet de Ceadda, nous en a laissé un 
portrait génial. Sa fête tombe le 2 mars. On conserve 
encore à la bibliothèque de la cathédrale de Lichfield 
« le livre de S. Chad », que la tradition attribua au 
premier évêque de Lichfield. C'est un évangéliaire qui 
date du viii« ou du ix« s., en écriture demi-onciale 
scotte, mais l'attribution à Ceadda est certainement 
fausse. 

B. H. L., n. 1716-1717. — D. N. Biogr., ix, 391-93. — 
R.-H. Warner, The life and legends of St Chad, Londres, 
1872. — Eddius, Vita Wilfridi, dans The historians of the 
Church of York, éd. J. Raine, Londres, 1879, p. 18, 22, etc. 
— J. Kenney, Sources for the early history of Ireland, t. i, 
Ecclesiastical, New- York, 1929, p. 639, n. 468. — Bède, 
Hist. eccles., éd. C. Plummer, Oxford, 1896, passim; voir 
index. — F. Masai, Essai sur les origines de la miniature 
dite irlandaise, Bruxelles, 1947, pl. xix, etc. 

F. O'Briain. 

CEADWALLA, ou Cadwallon, roi des Galles 
du Nord, f 634, est fréquemment confondu, même par 
Bède dans son H. E., avec Caedwalla, roi de Wessex en 
Grande-Bretagne (D. H. G. E., xi, 136). Quoique 
chrétien, il mit plusieurs obstacles à l'évangélisation 
des Saxons de l'Ouest. Fils de Cadvan, Ceadwalla fut 
le dernier roi des Galles à réclamer le droit de régner 
sur la Grande-Bretagne, droit qu'il ne réussit pas à 
faire respecter. Il lutta contre Éduin, roi des royaumes 
unis de Deira et Bernicia, lui infligea une défaite à la 
bataille de Hatfield (632) et, menaçant de chasser tous 
les Anglais hors de Bretagne, il ravagea la Northum- 
brie, tua Éduin et ses deux flls, Osric et Eànfrid, et 
prit possession d'YorI<. Mais S. Oswald, rex clxristiu- 
nissimus, mit en déroute l'armée de Ceadwalla à la 
bataille de Denisesburn, en 634, au cours de laquelle 
périt le roi gallois. 

Bède, Hist. eccles., éd. C. Plummer, ii, Oxford, 1896, 
p. 93. 114-15. 1279. — D. C. Biogr., i, 371-72. 

F. O'Bhiain. 

H. — XIL — 2 — 



35 



CE AD WALL A 



— CÉCILE (SAINTE) 



36 



CEADWALLA. Voir Caedwalla, D. H. G. E., 
XI, 136. 

CE ARA, arclievèché du Brésil. Voir l-'om aleza. 

CEBU, ou Nom de Jésus, évêché puis archievèché 
dans l'île et la province du même nom, aux Philippines. 
Magellan découvrit l'île en 1.521, mais mourut, avec la 
plupart de ses compagnons, dans l'île voisine de Mac- 
tan. Les survivants, dont le P. Urdaneta, augustin, 
regagnèrent l'Espagne par la voie de l'Ouest, réalisant 
ainsi le premier périple du monde. Urdaneta revint en 
avr. 1565 à Cebu, qui devint le berceau du christia- 
nisme aux Philippines, et y construisit un monastère. 
Les Jésuites y arrivèrent en 1595 et y édifièrent des 
forts et même des églises fortifiées, comme défense 
contre les incursions des Morus. - Lorsque, le 
14 août 1595, la province ecclésiastique de Manille fut 
érigée, Cebu fut parmi les évèchés sutîragants; le 
25 mai 1865, Rome en détachait une partie qui deve- 
nait le nouveau diocèse de Jaro; enfin, le 28 avr. 1934, 
une Constitution apostolique démembrait la province 
de Manille : Cebu devenait métropole, avec cinq 
évêchés sufTragants. 

Évêques. — Pedro de Agurto, 1595. — P. M. de An- 
drade, 1611. -- P. Arce, 1612. — J. Vêlez, 1653. — 
J. Lopez, 1664. — D. de Aguilar, 1680. — M. Bayot, 
1696. — P. S. de la Vega, ne prit point poss. — Seb. 
de Foronda, 1723 (ou 1724). — M. A. de Osio y Ocam- 
po, 1733. — P. Cabezas, 1741. — M. L. de Espeleta, 
1759. — M. J. Rubio de Arevalo, 1775. — I. de Sala- 
manca, 1789. — J. E. de la Virgen de Sopeteran y 
Ruiz, 1805. — Fr. Genoves, 1826. — S. G. Maranon, 
1830 (ou 1831). — J. Gil y Orduna, 1842. — - R. Ji- 
meno, 1847. — B. R. de Madridejos ô del Rosario, 
1876. — M. G. Alcocer, 1887. - Ph. A. Hendrick 
(1" év. de nat. amér.), 1903. — J. P. Gorordo, 1910. 
— G. M. Reyes, 1932; archev., 28 avr. 1934. 

Arm. pont., 1936, p. 191 ; 1948, p. 104. — Acta Ap. sedis, 
1935, XVII, 263-64. — Off. calh. direclory, New- York, 1943, 
p. 773-74. — Cath. Enc, m, 471 ; suppl. i, 1 69 sq. — L. T. K., 
it, 801. — Gams, 113. 

É. V.\N CAU\VENBKK(iH. 

CEBULKA (Nicolas), Czechoivski, chanoine de 
Sandomierz, apparaît en 1410 comme nularius duc.alis 
de Witold, grand-duc de Lithuanie, qu'il devait servir 
jusqu'à la mort de ce prince. En 1410, il est envoyé à 
Prague auprès du roi de Bohème, Wenceslas IV ; 
en 1412, il est promu chanoine de la collégiale de San- 
domierz; en 1415, il assiste au concile de Constance et 
y obtint la confirmation de Pi^re, nouvel évêque de 
Wilno. Il remplit encore plusieurs autres légations, 
auprès du roi de Pologne, auprès du grand-maître de 
l'Ordre teutonique, auprès de l'empereur Sigismond 
(en 1420) et est chargé de la rédaction des lettres les 
plus secrètes adressées à divers souverains. On ignore 
s'il a reçu les ordres; en 1428 il est mentionné comme 
« le chevalier sévère ». Son rôle politique prit fin à la 
mort de Witold. La date de sa mort est incertaine. 

J. Dlugosz, Historiae Poloniae, iv, Cracovie, 1877, p. 246, 
247, 253. — J. Caro, Liber cancellariae Stanislai Ciolek, 
dans Archiv jiir ôsterr. Gesch., Vienne, 1871, p. 45. — 
Varsovie, Bibl. nation., ms. Q. /. 13. — K. Piotrowicz, 
Cebulka, dans Polski sloumik hiografteznij, m, Cracovie, 
1937, p. 212-13. 

J. OSTROWSKI. 

CECARDUS (Saint), évêque de Luni, est placé 
par Ughelli, qui en fait un martyr, en 600 (16 juin ou 
16 juin.). Mais les bollandistes, à cause de son nom 
lombard, le reculent jusqu'en 892. On n'a aucun détail 
biographique sur ce saint, dont les reliques sont 
conservées à Carria. Il y eut une reconnaissance au 
xvii* siècle. 



A. S., juin, IV, 118; oct., xii, 802. — Gams, 817. — 
Lanzoni, 588. — Ughelli, i, 834. 

R. Van Doren. 
CECCANO, noble famille originaire de Terracine 
(prov. de Rome), a fourni trois cardinaux à l'Église, 
trois cisterciens et tous trois d'abord abbés de Fossa- 
nova. Jordan, créé cardinal-diacre par Clément III le 
12 mai 1188, devint cardinal-prêtre du titre de Ste- 
Pudentienne; t 23 mars 1206 (ms. 132, de Bruges, bibl. 
ville, fol. 110 \°). — Son neveu Éiienne, créé cardinal- 
diacre de S. -Ange in Pescheria par Innocent III en 
1212, cardinal-prêtre du titre des XII Apôtres en 1213; 
ami de S. Dominique et homme de « grande science », 

j il mourut le 23 sept. 1227 et reçut la sépulture à Ste- 
Marie-Majeure. — Thibaud, créé cardinal par Gré- 
goire X, mourut à 50 ans en 1279 et fut inhumé près 

' de S. Thomas d'Aquin, décédé, lui aussi, à Fossanova. 

I Eubel, I, 4. — Jaffé, 870, 886. — Potthast, Reg., 1558, 
1609, 14958. — Dom Willi, Papsie, Knrdinàle imd Bischôfe... 
cisterc, Bregenz, 1912. 

J.-M. Canivez. 
CECCO D'ASCOLI (Slabili Francesco dit), 
hérétique italien brûlé à Florence en 1327. Voir 
D. r. C. II, 2048-49. 

CECERITA. Voir Caeciritana (Ecclesia). 
D. H. G. E., XI, 134-35. 

CÉCILE. Voir aussi Caecilia. 

1. CÉCILE, C ecilia, Ceciria, martyre à Sir- 
mium (S juill.), est mentionnée par le martyrologe 
hiéronymien comme compagne de Sostrate. Il s'agit 
de Gliceria, martyre d'Héraclée. 

! A. S., .juin., 11, 578. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 358-59. 

R. \'an Doren. 
I 2. CÉCILE (Sainte), martyre romaine, fêtée le 
[ 22 nov. « Ste Cécile est si célèbre dans l'Église, sa 
I légende a été si souvent racontée, que beaucoup de 
I personnes ne peuvent se faire à l'idée qu'il règne 
quelque obscurité dans l'histoire de son martyre et des 
origines de son culte; que le dernier mot n'ait pas été 
: dit à ce sujet dans de gros livres et que la critique ait 
encore le droit de discuter des questions définitivement 
résolues. Pourtant, actuellement encore, il est permis 
d'affirmer qu'il n'y a peut-être pas de sujet plus em- 
brouillé dans toute l'hagiograpliie romaine. » H. De- 
lehaye, l'Aude sur le léijetidier romain : les saints de 
nonembre et de décembre. Bruxelles, 1936, p. 73-74. 
La légende de Ste Cécile est bien connue; on peut se 
1 contenter de la résumer en quelques lignes. Cécile, 
! vierge illustre, est fiancée à Valérien ; mais elle a consa- 
cré à Dieu sa virginité; et la nuit de ses noces elle 
déclare à son époux qu'un ange veille sur elle et la 
défendra contre toute atteinte. Valérien désire voir 
cet ange. Cécile lui répond qu'il le verra aussi s'il se 
fait baptiser et elle l'envoie à l'rbain. qu'il trouvera au 
troisième mille de la voie Appienne. Valérien trouve 
l'évêque au lieu indiqué, reçoit le baptême et, lorsqu'il 
revient à la maison, il voit l'ange qui converse avec 
Cécile et qui remet aux époux une couronne de lys et 
une couronne de roses. 

Là-dessus, Tiburce, frère de Valérien, est à son tour 
converti à la suite d'une exhortation de Cécile et bap- 
tisé par Urbain. Or le préfet de Rome, Turcius .\lma- 
chius, tourmente à ce moment les chrétiens. Il apprend 
que Valérien et Tiburce sont baptisés et il les fait 
arrêter. Les deux frères ne tardent pas à être mis à 
mort ainsi que le corniculaire Maxime qui a été 
converti par leur exemple et leurs enseignements. 

Cécile à son tour est arrêtée par ordre d'Almachius, 
mais elle obtient un sursis et demande à l'évêque Ur- 
bain de venir dans sa maison : il y baptise plus de 



37 



CÉCILE 



(SAINTE) 



38 



quatre cents personnes, entre autres le clarissime 
Gordianus, qui érige la maison de Cécile en titre, sous 
son nom. Cette maison devient ainsi une église et le 
pape Urbain y célèbre chaque jour les saints mystères. 

Cependant Cécile finit par comparaître devant le 
tribunal d'Almachius : après un long dialogue, elle est 
condamnée à mort. On essaie d'abord de la tuer dans 
l'eau chaude de son bain; mais elle n'y éprouve qu'une 
douce fraîcheur. Finalement, le préfet ordonne de la 
décapiter : après trois coups, le bourreau ne réussit 
pas à séparer la tête du tronc et la laisse à moitié 
morte. Cécile survit encore trois jours au supplice et 
peut, avant de mourir, faire don au pape de ses biens 
et de sa maison. Lorsqu'elle est morte, Urbain ense- 
velit son corps parmi ses collègues les évêques, les 
martyrs et les confesseurs. 

La légende de Ste Cécile nous est parvenue dans un 
grand nombre de manuscrits, dont l'étude critique est 
à peine commencée. Toutefois, on en sait assez pour 
être assuré que partout on retrouve le même récit 
sans modifications notables. Certains manuscrits ren- 
ferment des interpolations, d'autres des abréviations 
ou des suppressions : il n'y a là rien de plus que les 
accidents habituels de la littérature hagiographique, 
et l'on n'a pas le droit de dire que l'un ou l'autre de 
ces manuscrits est particulièrement digne de créance. 
Tous ont exactement, du point de vue historique, la 
même valeur, qui est nulle. 

Il est admis, en effet, que le premier rédacteur des 
Actes de Ste Cécile s'est inspiré de l'Histoire de la per- 
sécution vandale de "Victor de Vite, qui écrivait en 486. 
Nous lisons dans cette Histoire qu'un chef vandale, 
pour s'attacher davantage deux esclaves dont le ser- 
vice lui était particulièrement précieux, Martinianus 
et Maxima, s'était avisé de les marier. Martinianus 
s'était prêté non sans empressement aux désirs de son 
maître; mais Maxima, qui avait voué à Dieu sa virgi- 
nité, avait déclaré à son fiancé qu'elle avait choisi le 
Christ pour époux et l'avait engagé à se consacrer lui- 
même à son service. Martinianus se laissa convaincre; 
il amena même ses trois frères à l'imiter, et tous les 
quatre allèrent s'enfermer dans le même monastère. 
Maxima, de son côté, entra dans un couvent de reli- 
gieuses où elle vivait encore lorsque Victor de Vite 
écrivit son Histoire. Ressemblances littéraires et ana- 
logies des situations, rien ne manque pour que nous 
ayons le droit d'affirmer que les Actes sont postérieurs 
au récit de Victor de Vite et qu'ils s'en inspirent. On a 
encore signalé des emprunts faits par les Actes à Ter- 
tullien, Apolog., ii; à S. Augustin, De Trinitate, x, 14. 
Si intéressants que soient ces derniers rapprochements, 
ils sont secondaires. Le fait capital est celui de l'em- 
prunt à Victor de Vite, qui a fourni le thème de la 
narration. 

Tous les détails ajoutés à ce thème sont des lieux 
communs de la littérature hagiographique : discours 
sur la virginité, conversions nombreuses et baptêmes 
donnés à des infidèles, maison transformée en église, 
exécution de la martyre dans sa maison, etc. Il n'était 
pas difficile à un fabricant de romans hagiographiques 
de combiner toutes ces données, de manière à faire un 
récit émouvant et varié. 

X'y a-t-il donc rien d'historique dans les Actes de 
Ste Cécile? Si, il y a les noms de ses compagnons de 
martyre : Tiburce, Valérien et Maxime sont des mar- 
tyrs authentiques du cimetière de Prétextât sur la 
voie Appienne, inscrits au martyrologe hiéronymien 
le 14 avr. Sans doute, on retrouve à la date du 11 août 
Tiburce associé à Valérien en même temps qu'à Cécile, 
mais c'est le fait d'un interpolateur maladroit qui 
avait lu la Passion, et qui confond le Tiburce de la voie 
Appienne avec celui de la Via Lavicana inter duas 
lauros. Les trois martyrs de Prétextât sont bien réels; 



leur rapprochement de Ste Cécile est l'œuvre d'un 
pieux romancier. Quant à leur histoire, elle est tota- 
lement inconnue. 

Le nom de l'évêque Urbain, qui figure dans les 
Actes de Ste Cécile, pose une série de problèmes sur 
lesquels il n'y a pas lieu d'insister ici. Le rédacteur des 
Actes n'hésite pas à identifier Urbain au pape de ce 
nom, le successeur de Calliste sur le siège pontifical. 
Deux Urbains reposaient sur la voie Appienne, l'un au 
cimetière de Calliste et l'autre au cimetière de Pré- 
textât. Le premier n'est pas nécessairement le pape de 
ce nom, en dépit des premières apparences, car la liste 
de Sixte III le range parmi les évêques étrangers, et le 
second pourrait l'être, puisque le Liber pontiflcalis, 
dans sa notice sur Urbain, assure que celui-ci a été ense- 
veli au cimetière de Prétextât. Il nous suffit de souli- 
gner le fait que les Actes ont mis Ste Cécile en rapport 
avec le pape Urbain. 

Le préfet de Rome, Turcius Almachius, qui figure 
dans les Actes, est parfaitement inconnu : on cite des 
Turcii au iV s., un Amachius en Phrygie à la même 
époque; ce sont des rapprochements sans intérêt et 
sans valeur. I-e rédacteur a donné au persécuteur un 
nom quelconque, sans aucun souci de l'histoire. D'ail- 
leurs il ne se préoccupe pas du tout de la chronologie; 
il ne cherche même pas à signaler un empereur ou un 
consul; et lorsque les historiens ont essayé de fixer une 
date quelconque pour le martyre de Cécile, ils se sont 
attaqués à un problème insoluble. Le règne de Marc- 
Aurèle a rencontré assez souvent la faveur des érudits, 
parce qu'Adon prétend placer la mort de Ste Cécile au 
temps de Marc-Aurèle et de Commode; mais le rensei- 
gnement fourni par Adon résulte d'une combinaison 
artificielle dont la Chronique de Bède a donné les élé- 
ments et n'a aucune valeur. H. Quentin, Les martyro- 
loges historiques du Moyen Age, p. 496-502. Pas davan- 
tage n'a de valeur l'indication du Liber pontificalis, qui 
place le pontificat d'Urbain temporibus Diocletiani, ce 
qui, par voie de conséquence, nous amènerait à placer 
le martyre de Ste Cécile à l'époque de la grande persé- 
cution. « Définitivement, Cécile nous apparaît comme 
une figure idéale, au-dessus des contingences de la 
durée. » H. Delehaye, op. cit., p. 83. 

Le problème de la depositio de Ste Cécile n'est pas 
moins complexe. Les Actes restent très vagues à ce 
sujet; ils se contentent de dire que S. Urbain déposa 
son corps parmi ses collègues les évêques, là où sont 
placés tous les confesseurs et les martyrs. Dès le v^ s., 
les pèlerins comprirent qu'il s'agissait de la catacombe 
de Calliste et c'est là qu'a été d'abord localisé le culte 
de Ste Cécile. 

En même temps, ce culte a été localisé à l'église 
Ste-Cécile du Transtévère. On lit en effet dans les 
Actes, et à deux reprises, que la maison de la sainte a 
été convertie en église : une première fois, un clarissime 
du nom de Gordien intervient pour y établir un titre; 
plus loin, Cécile elle-même donne sa maison à Urbain 
qui est chargé d'en faire une église. On a supposé que 
l'église en question avait commencé par porter le 
nom de titulus Gordiani (P. Franchi de' Cavalieri, 
Recenti studi iniorno a S. Cecilia, p. 10). Cela est pos- 
sible. En toute hypothèse, il reste probable que 
l'église Ste-Cécile est bâtie sur la maison de la sainte, 
et même qu'avant d'être appelée titulus sanctae Caeci- 
liae, elle a porté le nom de titulus Caeciliae. On peut 
dès lors se représenter les choses de la façon suivante : 
« Cécile, qui appartenait probablement à l'illustre 
famille des Caecilii, représentée par plus d'un de ses 
membres dans la catacombe de Calliste, s'était acquis 
par ses libéralités des titres spéciaux à la reconnais- 
sance de l'Église. Le privilège d'être ensevelie à côté 
des papes et des martyrs attira sur sa tombe l'atten- 
tion des fidèles et lui valut des honneurs que son titre 



39 



CÉCILP: (SAINTE) 



— CÉCILE COPPOLI 



40 



seul de fondatrice ne suffit pas à expliquer. Il est pos- 
sible, probable même, que cette tombe, placée au 
milieu de tant de sépultures illustres, passa bientôt 
pour être celle d'une martyre et que l'hagiographe ne 
lit qu'exploiter une idée déjà répandue dans les mi- 
lieux populaires. Qu'on ne s'étonne pas d'une jiareille 
transformation. Le titre de martyr jouissait d'un tel 
prestige qu'on croyait souvent ne pas pouvoir le 
refuser à des saints entourés d'honneurs exceptionnels, 
et plus d'une fois les hagiographes se sont chargés 
d'opérer cette sorte de promotion ou de la consacrer. » 
H. Delehaye, op. cit., p. 86. 

L'histoire des reliques de Ste Cécile n'est pas plus 
claire que celle de sa depositio. Nous venons de le 
rappeler : le corps de Ste Cécile a commencé par être 
vénéré au cimetière de Calliste, et nous savons déjà 
qu'au cimetière de Prétextât reposaient les corps des 
martyrs "Valérien, Tiburce et Maxime. Or il arriva 
qu'au ix'' s. le pape Pascal 1"^ (817-24) voulut recons- 
truire l'église de Ste-Cécile qui tombait en ruines. Il 
désirait vivement enrichir, une fois la restauration 
achevée, cette église des reliques de sa patronne. Mais 
le bruit courait à Rome que ces reliques avaient été 
emportées à Pavie en 756 par le roi Astaulfe, avec 
beaucoup d'autres d'ailleurs, si bien que le pape 
renonça à des recherches qu'il jugeait inutiles. Cepen- 
dant, un jour, il eut un songe : s'étant endormi au 
chœur par suite de sa grande fatigue, il vit Cécile lui 
apparaître et lui déclarer que les Lombards n'avaient 
pas réussi à enlever son corps, parce qu'ils ne l'avaient 
pas trouvé, qu'il fallait donc reprendre et poursuivre 
les recherches. Là-dessus, le pape Pascal I'^"' fit fouiller 
dans le cimetière de Prétextât; et il y trouva en effet 
le corps de la sainte, avec ceux de Valérien, de Tiburce, 
de Maxime et des papes Urbain et Lucius. Tel est, 
dans ses grandes lignes, le récit du Liber pontiftcalis. 

Ce récit est assez extraordinaire, car on se demande 
comment on a pu retrouver à Prétextât un corps qui 
avait été été enseveli et honoré à Calliste. Les histo- 
riens ont parlé souvent d'une translation; mais cette 
translation est purement hypothétique et nul, dans 
l'antiquité, n'en a conservé le souvenir. Il n'est pas 
plus facile d'admettre le transfert de Cécile à Prétex- 
tât que celui de Valérien et des autres à Calliste, et 
c'est bien à Prétextât qu'ont été faites les recherches 
de Pascal. Le problème reste intact. Le R. P. De- 
lehaye. op. cit., p. 91 sq., suppose, il est vrai, que 
les reliques de Ste Cécile, conservées à Calliste, 
auraient été réellement enlevées par Astaulfe, et que 
Pascal, qui savait, par les Actes, l'ensevelissement de 
Valérien à Prétextât, a naturellement fait des 
recherches dans cette catacombe. Il y a trouvé des 
corps saints, et il s'est imaginé que c'étaient ceux qu'il 
souhaitait. Cette solution reste hypothétique et elle a 
l'inconvénient de ruiner toute l'histoire postérieure 
des reliques de Cécile. 

Le Liber pontiftcalis ajoute que Pascal I^'', après 
l'invention des restes sacrés, détacha du corps la tête 
de la sainte martyre et la fit placer dans un reliquaire 
d'argent. Sous le pape Léon IV (847-855), la tête de 
Ste Cécile figure au nombre des reliques conservées 
dans l'église des Quatre-Couronnés. 

On sait qu'en 1599 le cardinal Sfondrati fit faire la 
reconnaissance des reliques conservées à Ste-Cécile-du- 
Transtévère. Les procès-verbaux de la cérémonie 
furent rédigés par deux témoins oculaires, Baronius 
et Bosio, et la statue de Maderno est censée résumer 
les constatations de ceux qui assistèrent à l'ouverture 
de la châsse. 11 faut avouer tpie de nouveau ces consta- 
tations sont assez troublantes, car les témoins de 1599 
retrouvèrent un corps intact, avec la tête inclinée, 
tandis que, nous l'avons vu, la tête de la sainte avait 
été mise à part par le pape Pascal I''' et transportée 



j ailleurs. D'ailleurs, la lecture des procès-verbaux 
j suffit à prouver qu'en réalité les témoins n'examinèrent 
pas les reliques avec l'attention voulue et qu'on ne 
! peut s'appuyer sur leurs déclarations, en dépit de 
i leur apparente précision. 

Concluons de tout cela que la popularité de Ste 
Cécile doit dater du v« s. Au sortir des persécutions, 
l'Église romaine ne célèbre pas encore de vierge mar- 
tyre qui porte ce nom. Ni Damase, ni Ambroise, ni 
Jérôme, ni Prudence, si ardents à louer les saintes 
vierges de la capitale, ne la signalent. Au vi« s., au 
contraire, son culte est définitivement installé et le 
22 nov. est le jour consacré à honorer sa mémoire : 
en 545, le pape Vigile fut enlevé ce jour-là par un 
officier impérial, durant la célébration de son anni- 
I versaire. On peut admettre que la fondatrice du 
iitulus Caeciliae fut transformée en martyre par la 
piété populaire. Encore n'y a-t-il là qu'une hypothèse. 

La blbliograpliie de Ste Cécile est immense. Nous ne 
citerons que quelques titres : J.-B. de Rossi, Roma sotter- 
ranea, ii, p. xxxii-XLin. — Erbes, Die hl. Caecilia im 
Zusammenhang mit der Papstl<rypta, dans Zeitschrift fiir 
Kirchengescinchte, 1888, p. 1-66. — J.-P. Kirsch, Die hl. 
Caecilia in der roniischen Kirche, Paderborn, 1910; Id., 
Die rôniische Titelkirchen im Altertum, Paderborn, 1918, 
p. 113-16, 155, 156. — H. Quentin, Cécile (sainte), dans 
D.A.C. L., Il, 2712-2738. — P. Franchi de' Cavalieri, Recenti 
studi intorno a S. Cecilia, dans Note aijiograflche, iv, Rome, 
1912, p. 3-38. — F. Lanzoni, I titoli presbiterali di Roma 
antica, dans Rivista di arctieologia cristiana, ii, 220-24. — 
H. Delehaye, Étude sur le légendier romain : les saints de 
novembre et de décembre, Bruxelles, 1936, p. 73 sq. Je dois 
beaucoup à cette dernière étude. 

G. B.\RDY. 

3. CÉCILE (Use). Cécile, que l'on a longtemps 
considérée sans preuve comme ayant appartenu à la 
famille romaine des CESAR INI, naquit dans les pre- 
mières années du xiii'^s. Moniale de Santa Maria in lem- 
pulo (Rome), où l'on suivait la règle de S. Benoît, elle 
fit partie du groupe de religieuses qui, sous la direction 
de S. Dominique, constituèrent la communauté pri- 
mitive de S. -Sixte (carême 1220). Envoyée vers 1223 
au monastère de Ste-Agnès à Bologne, elle eut l'occa- 
sion d'y raconter les faits merveilleux que l'on attri- 
buait au fondateur des Frères Prêcheurs et dont elle 
avait entendu parler à Rome. Quelques-uns de ces 
récits, plus ou moins transformés, furent consignés 
par écrit par sœur Angélique, et cela entre 1264 et 
1288, date à laquelle Fr. Gérard d'Allemagne, de pas- 
sage à Bologne, en lit faire une copie qu'il commu- 
niqua à Thierry d'Apolda (éd. I. B. Melloni, Alti e 
memorie delli uomini illiistri... in Bologna, ii, 1, Bo- 
logne, 1788, p. 392-403; I. Taurisano, Fontes selecti... 
$. Dominici, Rome [s. d.], 42-53, etc.). La Bse Cécile 
serait morte à Bologne, vers 1290. 

B. Altaner, Der lit. Dominikus, Untersuchungen und 
Tex<e,Breslau,1922,p.l65-70. — I. Taurisano, Fon<essc/ecti... 
S. Dominici, Rome [s. d.], 38-40. — H.-Cli. Scheeben, Der 
hl. Dominikus, Fribourg-en-Br., 1927, p. 329-31. — 
D. Delalande, Fr. Dominique, père des Prêcheurs, .luvisy, 
1934, p. 85-88. 

M. -H. Laiirent. 

4. CÉCILE COPPOLI, née à Pérouse en 
1426 de la noble famille des Coppoli, reçut une éduca- 
tion classique soignée. Elle fut donnée en mariage à 
Robert de' Signorelli, sans partager pourtant la vie 
commune avec celui-ci. F.n 1444 ou 1115, elle s'enfuit 
de la maison paternelle jiour se faire Clarisse à P'oligno. 
En 1448, elle fut vicaire du couvent cl, en cette qua- 
lité, envoyée à Pérouse pour reformer le monastère 
des clarisses. I^n 1449 elle retourna à Foligno où elle 
fut élue abbcsse. Six ans après, les S(rurs de Pérouse 
l'appelèrent pour présider leur communauté. De 1460 
à 1475, elle gouverna le monastère de Foligno où, 



41 



CÉCILE COPPOLI 



— CEDD 



42 



abandonnant la règle mitigée par Urbain IV, elle fit 
adopter la règle primitive de Ste Claire. Déposée de 
sa fonction d'abbesse en juill. 1475, elle fut reléguée 
au monastère d'Urbino, où l'on observait la règle pri- 
mitive des clarisses et où elle fut élue abbesse (nov. 
1475). Elle devint encore deux fois abbesse de Foligno 
en 1485 et en 1489. Elle mourut en odeur de sainteté 
à Foligno, le 2 janv. 1500. 

Jacobilli, Vite de' sanli e beali deW Umbria, i, Foligno, 
1647, p. 12-15. — Wadding, Ann. Min., x, Quaracchi, 1932, 
p. 115 ;xn, 1932, p. 749; xiv, 1933, p. 553 ;xv, 1933, p. 247- 
48. — Sbaralea, Stipplemenlum et castigaiio, i, Rome, 1908, 
p. 196. — Faloci-Pulignani, Notizia délia b. Cecilia Coppoli 
di Perugia, Pérouse, 1891. — Ciro da Pesaro, Nell' Umbria 
verde... Notizie storiclie sulla b. Cecilia Coppoli, Rome, 1908. 

— Fantozzi, Documenti intorno alla b. Cecilia Coppoli 
clarissa (1426-1500) , dans Arch. franc, histor., xix, 1926, 
p. 194-225, 334-84. 

.\. \'an den Wyngaert. 

1. CECILIANUS, martyr à Saragosse, fêté le 
16 avr. , est déjà cité avec dix-sept autres martyrs par 
Prudence (Perisfeph., iv). Mentionné par l'hiérony- 
mien, il est repris par le martyrologe romain qui, après 
Usuard, le place sous le préfet Dacien. 

A. S., avril, ii, 406-10. — Férotin, Le Liber ordiniini, 
460-61 ; Id., Le Liber mnzarabicus sacramentorum, 272-78. 

— Hubner, Inscr. Hisp. christ., 152. — Mari. Hier., 
éd. Delehaye, 55. — Mari. Hom., 140-41. 

R. Van Doren. 

2. CECILIANUS, évèque de Spolèle vers 354. 
Les fragments d'œuvres historiques de S. Hilaire, 
dont on admet généralement l'authenticité, con- 
tiennent une lettre que le pape Libère, avant de partir 
en exil, envoya à Cécilien, évêque de Spolète. 

D. T. C, VI, 2404-408. — Gams, 727, — P. L., x, 688. 

R. Van Doren. 
CECILIANUS, Cécilien. Voir aussi Caeci- 

LIANUS. 

CECI L lus. Voir Caecilius. 
CECIRIA. Voir Cécile. 

CECRA (Saint ou Sainte), figure au martyro- 
loge hiéronymien le 16 oct.; mais les mss. ne sont 
d'accord ni sur sa patrie, l'Afrique ou l'Asie, ni sur son 
nom exact, puisqu'ils l'appellent encore : Caecrae, 
Cereae, Cacrae, Caere, Carre; les commentateurs 
hésitent même sur son sexe. 270 ou 260 martyrs lui 
sont adjoints; il est impossible de dire si c'est à tort 
ou à raison. La date de la Passion est tout aussi 
incertaine. 

Propylaeum ad A. S. dec, p. 456-57. — A. S., oct., 
VII, p. 797. — Mort. Hier., éd. de Rossl et Duchesne, 
dans A. S., nov., ii, pars I', p. 132; éd. Delehaye et Quen- 
tin, pars II», p. 558. 

J. Ferron. 

CECROPIUS, évêque de Nicomédie. C'était un 
semi-arien que l'empereur Constance transféra de Lao- 
dicée à ce siège. Nous le connaissons surtout par 
S. Athanase. Celui-ci l'accuse, ainsi qu'Auxence de 
Milan et Épictète, d'avoir calomnié les orthodoxes. 
Cecropius assista au concile de Sirmium et fut l'un des 
auteurs de la déposition de Photinus, Hisloria ariano- 
rum ad monachos; P. G., xxvi, 784 B; Epistola ad 
episcopox Aegypti et Lihyae, 7; P. G., xxvi, 55.3 B. 
>sous savons aussi qu'il ]irit part à la consécration de 
l'église construite par Basile d'.\ncyre dans sa ville 
épiscopale (358). Il fut un des évêques à qui Georges 
de Laodicée adressa une lettre contre Eudoxe (Sozo- 
inène, Hisl. eccl., IV, xiii; P. G., lxvii, 1145 A). 
Constance lui envoya Aétius et plusieurs de ses parti- 
sans pour se justifier des accusations portées contre 
eux, ibid.,ÏW, xxiv; col. 1189 C. Il mourut écrasé lors 



du tremblement de terre qui dévasta Nicomédie en 
358, ibid., IV, xvi; col. 1156 A. 

W. Smith et H. Wace, A Diclionary oj Christian bioijnt- 
phy, i, 429-30. 

R. Janin. 

CEDAMUSA, évêché de la Maurétanie siti- 
fienne. C'est la notice de 484, Notitia prov. et civ. 
Africae, Maurilania sitifensis, 29; Victor de Vite, éd. 
Petschenig, p. 133; P. L., lviii, 275, 352, qui révèle 
son existence : un Monlanus Cedanmaensis est placé le 
29" sur la liste de cette province. Il y a unanimité pour 
rapprocher ce nom de Cedamousa des Koi5atJioÛCTioi, 
KîiéocpioÛCTioi ou Ki5a|ioûaioi, mentionnés par Ptolé- 
mée, Claudii Ptolemaci Geographia, IV, ii, § 21, 
éd. Nobbe, i, Leipzig, 1843, p. 231 (cf. le tableau des 
principaux noms donnés par les Romains aux Berbères, 
Cdt. Chaligne, Occupation romaine de l' Afrique, dans 
Rcc. de Conslanline, 1921-22, p. 8); l'emplacement de ce 
siège épiscopal est donc à chercher dans la petite Kaby- 
lie, à l'ouest et sur le cours moyen de l'Amsaga des ins- 
criptions, l'Ampsaga des textes, l'actuel Oued-el-Kbir 
et l'actuel Oued-bou-Merzouq (cf. J. Bosco, dans Rec. de 
Comst., XLViii, 1914, p. 230-39). S'il faut aussi rappro- 
cher, comme c'est probable, Cedamusa du nom de la 
grande tribu berbère des Ketama ou Kotânia, dont 
nous connaissons l'existence certaine et l'extension à 
l'époque arabe du Moyen Age (Ibn-Khaldoun, Histoire 
des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afr. .sept., 
trad. de Slane, i, Alger, 1856, p. 291-93; cf. aussi 
appendice, p. 575; Berbrugger, Les époques militaires 
de la grande Kabilie, Alger-Paris, 1857, p. 231; de 
Slane, trad. de Al-Bakri, DescrifA. de l'Afr. sept., 
Alger, 1913, p. 115, note 1 ; G. Marçais, Les Arabes en 
Berbér ie du XI au XI v s., dans Rec. de Const.,-Ki.\\\, 1913, 
le mot Kotâma à l'index, etc.), le champ des recherches 
s'élargit à toute la région de l'ancienne Sitifienne 
comprise entre Bougie, Sétif et l'Amsaga. Même si 
elle doit s'interpréter des Kotâma, ce qui n'est pas sûr 
du tout, l'inscription, C. /. L., viii, 8379 = 20216, 
d'époque chrétienne (vi-vii«), trouvée à « Souk-el-Ké- 
dim », à 250 m. environ au sud du col de Fdoulès, 
n'apporte comme renseignement que celui de la pré- 
sence des Cédamousiens-Kétamiens en cet endroit, 
sous la domination byzantine (Cat, Maurétanie césa- 
rienne, Paris, 1891, p. 71; Tissot, Géogr. comparée, 
I, 1884, p. 462; Féraud, Histoire des villes de la province 
de Constantine, dans Rec. de Const., xiv, 1870, p. 96). 

Morcelli, Africa clir., i, Brixen, 1816, clxh, p. 132. — 
Notitia dignit., éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot. 
p. 630, 653. — L.-Ch. Féraud, loc. cit., p. 31-32. — Gams, 
465. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afr. sept., 
dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 93; Trésor de chro- 
nologie, Paris, 1889, p. 1871. — Mgr Toulotte, Géogr. de 
l'Afr. cliréi., Maurétanies, Montreuil-sur-mer, 1894, Sitif., ix, 
p. 196. — St. GseU, Allas arch. de l'Algérie, Alger-Paris, 
1911, f. 8, Phillppeville, 102. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., 
Paris, 1912, p. 412. — • H. Jaubert, Anciens évêchés de lu 
Numidie et de la Sitif., dans Rec. de Const., xlvi, 1912, 
p. 114-15, § 9. 

J. Ferron. 

CEDD, saint anglais, évêque des Saxons de l'est 
de l'Angleterre, f 664. Lui et ses trois autres frères, 
Ceadda, Celin et Cynibill, jouèrent un très grand 
I rôle dans la conversion des Anglo-Saxons au viii^ s. 
Cedd, originaire de Northumbrie, trouva sa formation 
ascétique et littéraire au monastère scot de Lindis- 
farne, fondé par S. Aidan, alors le foyer d'influence 
I religieuse le plus puissant de l'Angleterre. Après la 
I mort d'Aidan en 651, un autre Scot, Finan, lui succéda 
comme abbé et évêque de Lindisfarne, et contribua à 
la diffusion du christianisme hors des frontières de la 
Northumbrie. II baptisa deux rois païens, Peada, roi 
des .Middle Angles, et Sigbert, roi des Saxons de l'Est. 
Finan envoya quatre prêtres chez les Middle Angles, 



43 



CEDD 



— CEDRENUS 



44 



au nombre desquels figura Cedd, qui travailla chez le 
peuple de ce pays avec un grand succès. Finan lui 
confia ensuite la mission d'extirper le paganisme du 
royaume des Saxons de l'Est sous le patronage du roi 
Sigbert. Après un tour apostolique fructueux, Cedd 
retourna à Lindisfame et fut élevé, à l'instance de 
Finan, à l'épiscopat, et se vit confier comme évêché 
toute la province du roi Sigbert. Grâce à son génie 
apostolique, les Saxons de l'Est embrassèrent la reli- 
gion chrétienne. Sorti de l'école austère de Lindis- 
farne, Cedd ne prenait, au dire de Bède, durant toute 
l'année, en dehors des dimanches, aucune nourriture 
avant l'heure des vêpres, et son unique repas consis- 
tait en un peu de pain, un œuf de poule, et un peu de 
lait mélangé d'eau. C'était, disait-il, une coutume 
qu'il tenait de ceux qui lui avaient appris la discipline 
régulière, c.-à-d. des Scots. Il travailla à bâtir des 
églises dans son diocèse, à former des candidats pour 
la prêtrise et à ériger des monastères. Il fonda une 
abbaye à Ythancester, une autre à Tillaburg, aujour- 
d'hui Tilbury, et encore le monastère de Lestingay, 
dans lequel il plaça des moines sous le régime d'un 
abbé choisi parmi les Scots de Lindisfarne. La fonda- 
tion de ce monastère date de 658. Le roi Sigbert ayant 
été assassiné en 661, Suidhelm, encore païen, lui 
succéda. Il fut vite converti par Cedd et peu à peu le 
christianisme s'affermit dans le royaume. 

Cedd assista à la conférence célèbre de Streneshalch 
(Whitby), en 664, tenue pour régler les différends entre 
les Scots et les romanisants au sujet de la tonsure et de 
la célébration de la Pâque. Le roi Oswy, lui-même 
éduqué en Irlande, disciple spirituel des Scots, et 
favorable à leur manière de voir, présida. Colnian, 
abbé et évêque de Lindisfarne, expliqua la tradition 
scotte, tandis que Wilfrid soutint la tradition romaine. 
Le roi, la majorité de l'assemblée, l'évèque Cedd, lui- 
même élevé par les Scots à l'épiscopat et qui servit en 
la circonstance d'interprète à Colman, se rangèrent 
du côté de Wilfrid. Cette même année Cedd fut la 
victime d'une peste qui ravagea la région et il mourut 
le 26 oct. dans le monastère de Lestingay. Sa fête fut 
fixée plus tard au 7 janvier. 

Bède, Hist. eccles., III, ch. xxi-xxiii, éd. C. Plummer, 
Oxford, 1896, i, p. 170-76; ii, p. 48, 133, 178. — B. H. L., 
n. 1718. — A. S., janv., i, p. 373-75. — D. N. Biogr., m, 
1322-23. 

¥. O' Briain. 

CEDIAS, localité de la province romaine de 
Numidie. Elle existe à l'état de municipe sous les règnes 
simultanés de Dioclétien et de Maximien, ou du moins 
comme sallus, pagus, civilas. castellum (le fort qu'on y 
a trouvé ne remonte qu'à l'époque byzantine) ayant 
reçu le droit de s'administrer lui-même {G. I. L., 
VIII, 10727 = 17655,10728 = 17656,10729 = 17657, 
2212 = 10730 = 17654, 10731 = 17662, 10732 = 
17664). Masqueray, Ruines anciennes de Khenchela 
(Mascula) à Besseriani (Ad maiores), dans Rev. Afr., 
xxii, 1878, p. 456-57, a réussi à trancher la question de 
son identification avec l'Henchir Um Kîf, situé à 
17 km. au S.-E. de Khenchela, peut-être sur une voie 
qui venait de Mascula pour se continuer dans la direc- 
tion de la plaine de Guert (St. Gsell, Atlas arch., 
f. 28, Ain Beida, 138, p. 8, col. 1, route 4 et f. 39, 
Chéria, 52). Le nom de Cedias se lit Cezas, Chezas, et 
même Adhezas, Accedias, Acedius, Quida, KapivSîaç 
sur certains mss., bel exemple de la manière dont les 
copistes peuvent déformer un mot. L'ethnique se 
disait Cediensis. 

L'existence du christianisme et d'un évêché en ce 
lieu est établie à partir de 256 : Secundinus a Cedias, qui 
devait être martyrisé en 259 à Lambèse avec l'évèque 
.\gapius, le diacre Jacques et le lecteur Marien (La 
passio SS. Mariani et lacobi, 3, éd. P. Franchi de' 



Cavalieri, dans Sludi e testi, Rome, 1900, p. 58; trad. 
dans Monceaux, La vraie légende dorée, Paris, 1928, 
p. 202-19; cf. H. Delehaye, Les origines du culte des 
martyrs, Bruxelles, 1933, p. 382; voir aussi D.H. G. E., 
au mot Secundinus), donne son avis le 11* sur la ques- 
tion du baptême des hérétiques dans le concile le plus 
important qu'ait réuni S. Cyprien, Sententiae episco- 
porum, 11, éd. Hartel, p. 442; P. L., ui, 1089-90 (cf. 
aussi S. Augustin, De bapt. contra Donat., vi, 18, éd. 
Barreau, xxviii, p. 294-95; P. L., xliii, 209). 

Oubliant ses glorieuses origines, Cedias devient, 
dans la suite, un fief du donatisme, puisqu'elle n'est 
représentée à la conférence de 411 que par l'évèque 
! schismatique Fortis (Gesta coll. Carth., i, 163; P. L.. 
XI, 1323; cf. P. Monceaux, Hist. litt., iv. Paris, 1912, 
p. 135). L'épigraphie (Gsell, Bull. Com., 1907, 
p. cLXxxvi, et Atlas arch., 1911, f. 39, Chéria, 43; 
suppl., p. 25-26) a livré le nom d'un autre pasteur du 
lieu, Secundus; son appartenance à la secte ne paraît 
pas douteuse à P. Monceaux, L'épigraphie donatiste, 
dans Rev. de philol., xxxiii, 1909, p. 129-30, ou même 
texte dans Hist. litt., t. cit., p. 454, étant donné que les 
auteurs de la dédicace où le nom se lit s'intitulent 
orgueilleusement sancti et décernent le qualificatif de 
pater à leur évêque; l'inscription n'a pas permis de 
déterminer la date à laquelle siégeait Secundus, 
bâtisseur d'église, line autre trace de donatisme a été 
révélée par l'épigraphie : C. /. L., viii, 2223, el Bull. 
Com., 1887, p. 80, n. 165 : sur un débris d'architecture 
est gravée l'acclamation Deo laudes au-dessous d'un X 
et d'un agneau. Les catholiques paraissent cependant 
avoir toujours été rejjrésentés à Cedias par un groupe 
plus ou moins important, comme en témoigne l'ins- 
cription où ils se qualifient, par réaction contre les 
donatistes, de Cedienses peccatores, C. /. L.. viii, 
2309 = 17759, et P. Monceaux, op. cit., p. 457. 

{-omme témoins du christianisme, Cedias peut en- 
core montrer une église à trois nefs, des morceaux 
d'architecture et de sculpture, des colonnes avec le 
monogramme du Christ, une pierre ornée d'un calice 
avec deux cerfs et un oiseau. Des fouilles dans les 
hypogées que l'on a découverts sous l'église (A. Bi- 
geard, Notice archéologique sur Henchir Ounikif, dans 
Rec. de Constant., 1907, p. 12) permettraient de juger 
si l'on est vraiment en présence de catacombes dans le 
genre de celles qui sont situées à 9 km. N.-O. de là, sur 
le versant est du Djaafa (Ch. Vars, Inscriptions iné- 
dites, dans Rec. de Const., 1898, p. 362-70, et Mgr Ley- 
naud. Les catacombes africaines, Alger, 1937, p. 459-62). 

Morcelli, Africa c/ir., i, Brixen, 1816, clxiii, p. 132-33. 

— Notitia dignitatum, éd. Bôcking, ir, Bonn, 1839-53, 
annot., p. 654-55. — Payen, Inscript, inédites de la subdivi- 
sion de Batna, dans Annuaire de Const., 1858-59, p. 102-03. 

— E. Dewulf, Inscript, trouvées dans le cercle d'Aïn-Beîda 
en 1S66, dans Rec. de Const., 1867, p. 218-19. — Gams, 
465. — Masqueray, Bull, de corr. afr., i, 1882-83, p. 326. 

— Farges, Bull. d'Hippone, xxii, 1886 (en réalité 1887), 
p. 116. — J. Hérald, Comptes rendus de l'Acad. d'Hippone, 
1889, p. xvni. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. cbrét., 
Numidie, Rennes-Paris, 1894, xli, p. 103-05. — A. Bigeard, 
toc. cit., p. 11-19. — H. Jaubert, Notes d'Iiist. et d'arch., 
Bône, 1911, p. 29. — P. Mesnage, L'Afr. clxrél., Paris, 1912, 
p. 346-47. — H. Jaubert, Anciens évêchés, dans Bec. de 
Const., XLVi, 1912, p. 29-30, § 39. 

J. Ferron. 

CEDMON. Voir Caedmon. 

CEDRENUS (Georges), fecopyios ô Ke5pr|v6s, 

chroniqueur byzantin, dont la biographie est ignorée 
et qu'on suppose avoir été moine (première moitié du 
xii^ s.). Il est l'auteur d'une chronique universelle, 
Zûvovfiiç iCTTopicôv, de la création du monde à l'avè- 
j nement d'Isaac Comnène (25 août 1057). Cette chro- 
i nique n'est d'ailleurs qu'une compilation de chro- 



45 



CE DRE NUS 



— CEFALU 



46 



niques antérieures : Georges le Syncelle, Tiiéophanes 
(d'après un ms. apparenté à Cod. Paris. 1711, xi^ s.), 
la rédaction B de VEpitome du pseudo-Syméon Ma- 
gister, Georges le Moine, une source inconnue, qui lui 
est commune avec Zonaras. Enfin, de l'année 811 à 
1057, il reproduit mot à mot le texte de Skylitzès, y 
compris une partie de la préface de cet historien. I.a 
chronique de Cedrenus n'a donc aucune valeur en elle- 
même, mais ses mss. sont utiles à l'examen critique des 
textes qu'il emploie. Il continuera surtout à être d'une 
grande utilité tant qu'on ne se décidera pas à i)ublier 
une édition du texte grec de Skylitzès. 

C'est ce qui explique que la chronique de Cedrenus 
ait paru très commode aux historiens postérieurs. 
.Michel Glykas s'en sert du vivant même de l'auteur 
(avant 1059, date de son horrible supplice) et le succès 
de Cedrenus est attesté |)ar ses 9 mss., copiés du xii« 
au xvii<! s. Comme l'a montré Karl Schweinburg 
{Hyzant. Zeitschrijt, 1930), comme il est arrivé à toutes 
les chroniques universelles, la chronique de Cedrenus 
fut interpolée à diverses reprises au cours des siècles : 
1" du vivant de l'auteur, dans le Brilish Mus. udd. 
26112, ms. le plus ancien, branche principale de la 
tradition. — 2° Le Paris, gr. 1713 et 1713 a, fin du 
xii" s., constitue une autre branche. — 3" Le Vatic. gr. 
7903, xiiif s., rejirésente le texte primitif; les additions 
sont en marge. Ot archétype représente un groupe 
dont font ])artie le Marcianus gr. cl. vir, 12 et le 
Coislin 135 (xin»-xivf s.), qui contiennent de nom- 
breuses interpolations non reproduites dans les autres 
mss. (groupe 1, co). — 4° Le groupe U, vf est formé du 
Paris, gr. 1713 et 1713 a, déjà cité (fin du xii" s.), du 
Paris, gr. .S'i/p/i. 115S (xiii<^ s.), du Coislin 313 (xiv- 
xv* s.) qui est le plus récent et qui se rapproche des 
mss. du groupe I, co. ce qui lui donne une grande 
valeur. — 5'' Un ms. perdu du groupe II, >f a été utilisé 
par l'édition princeps de 1566, que les autres éditeurs 
ont reproduite. Ce sont là des prolégomènes à une 
édition critique qui n'existe pas encore. 

Éditions. — Xylander, chez Fugger, Bâle, 1566. - 
Fabrot (Byzantine du Louvre), 1647, commentaire de 
Goar et traduction latine. — Bekker, Bonn, 2 vol., 
1838-18,39 (collation du Cod. Coislianus 137): repro- 
duction dans la P. G., cxxi-cxxii. 

Krumbacher, Gesch. d. bgz. Literalur, Municli, 2« éd.. 
1897, p. 368-.369. — Giulya Moravcslk, Byzantino-turcica, 
I, Die byzanfiniscben Quellen..., Budapest, 1942, p. 143-45. 
— K. Schweinburg, Die urspriinyliche Form der Kedrenkro- 
nik, dans Buz. Zeilschrift, xxx, 1930, p. 68 sq. 

Louis Bréhieh. 

CEFALENSIS (Ecclesia), ou Caefalensis. lue 
par erreur Caesalensis, appartient à la Proconsulaire, 
puisque, au concile de Carthage de 646, un Crescis 
Caefalensis souscrit, avec les évêques de cette province, 
le libelle contre le monothélisme adressé à Paul, 
patriarche de Constantinople, Hardouin, Collect. con- 
ril., III, 750. Ce qui confirme cette attribution, c'est 
qu'un évêque du même endroit, Fidentius, déclare, à la 
conférence de 411, n'avoir plus de rival depuis la dis- 
parition toute récente d'un homonyme donatiste ( Gesla 
coll. Carth., i, 133; P./.., xt. 1302), surtout s'il fait 
allusion ainsi à sa propre conversion, comme paraît 
l'indiquer la réflexion très amère de Valentinien, 
diacre du primat schismatique de Carthage, Primia- 
nus. Mais une simple équivalence de sons ne paraît 
pas un motif suffisant pour identifier cet évêché, 
comme le font Toulotte et Mesnage, avec la Cephali- 
lana Possessio de la Passio .SS. Maximae, Secundae et 
Donatillae, dans Anal, boll., ix, 1890, p. 110-16 (cf. 
DoNATiLLA, dans D. H. G. E.)..A plus forte raison 
n'est-il pas permis de s'appuyer sur la seule identité de 
sens des mots en grec et en latin pour assimiler la 
Cefalensis à la Promontoriensis ecclesia dont il est 



I question dans le De miraculis S. Stephani, 1. I, 
! c. vu; P. L., xLi, 838. 

Morcelli, Africa clir., i, Brixen, 1816, clxiv, p. 133. — • 
Notilia dignitatum, éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot. 
p. 640. — Gams, 465. — ■ Ch. Tissot, Géographie comparée, 
II, Paris, 1888, p. 773. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés 
de l'Afr. sept., dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 86; 
Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1868. — Mgr Tou- 
lotte, Géogr. de l'Afr. chrét.. Proconsulaire, Rennes-Paris, 
1892, xxxiv, p. 159-60. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., Paris, 
1912, p. 189-90. 

J. Ferron. 

CEFALU, ville de la Sicile septentrionale (pro- 
: vince de Païenne), située le long de la côte, au pied 
d'un vaste promontoire. Son diocèse, qui comptait, 
en 1948, environ 140 000 âmes réparties en 32 pa- 
: roisses, est, depuis Pie IX, sufîragant de Palerme. La 
i date de fondation de ce siège est inconnue. A l'époque 
i byzantine, il dépendait de l'éparchie de Syracuse, et 
\ c'est comme tel qu'il figure dans la troisième Notifia 
' episcoporum, composée vraisemblablement au début 
de la querelle iconoclaste. Au ix" s., le clerc arménien 
Basile le mentionne de même dans sa \otitia, écrite 
■ vers 840. On en perd ensuite la trace, et il ne figure 
I plus dans le Diatopsis de Léon VI. Kii 838 et en 858, 
' Cefalù eut à subir deux longs sièges et se rendit aux 
, Arabes. Toutefois, en 869, un Nicétas, évêque de 
i Cefalù, figure parmi les |)rélats qui s'opposèrent à 
l'intrusion de Photius, lors du concile de Constanti- 
iioi)le. Libérée du joug musulman en 1063, Cefalù ne 
! re(levint ville épiscopale qu'en 1131 (lettres d'Ana- 
I clet 11 dans Jafîé-Loew., n. 8421. 8422). Grâce à 
' Huggiero 11, le nouveau siège fut doté d'un chapitre, 
qui comprend de nos jours douze chanoines, six 
, inansioniiaires et huit bénéficiers. La construction 
; d'une vaste cathédrale fut entreprise par les soins du 
; même souverain. Fn 1223, cédant aux injonctions de 
Frédéric II, l'évèque de Cefalù dut abandonner la 
Sicile. Il ne put recouvrer ses droits sur la ville et le 
: château que sous le pontificat d'Alexandre IV et 
grâce à l'intervention de ce pape. Au cours des âges, 
1 nombreux furent les ordres religieux (bénédictins, 
I dominicains, frères mineurs [conventuels, observants, 
observants réformés, capucins], augustins, frères de 
S. ,Jean de Dieu, bénédictines, ursulines) qui s'éta- 
blirent à Cefalù ou dans diverses villes du diocèse, 
j telles que Gratteri, Polizzi, ou Santo Stefano de 
I Camastra, 

IJ sic des évêques. - Gaucelme, 1 131-50. — Ardouin, 
1 150-59. — Bosson de Gorra, 1160-73. — Gui d'Ana- 
gni, 1177-1193. - Benoît, 1193-95. — Jean, 1196- 
1215. Ardouin, 1217-c. 1239. — Gaucelme, 1240. — 
Richard Grizetta, 1249-53. — Thomas de Butero, 
1253-54. - Jean de Stefano, 1254-59. — Jean Fran- 
gigena, 1266. — Pierre. 1260-74. — Jean de Rome, 

j 1274-après juin 1284. — Giunta de Palerme, 1284- 
déposé en 1290. - - Jacques de Nernia, 1304-23. — 
Ruggiero de San Giovanni, 1324. — Pierre de Caltagi- 
rone. 1342-'? Galgano de Florence, 1342-51. — 
Nicolas de Bocello, 1353. — Guillaume de Salomone, 
1388-97. — Julien de Mileto, 1406-10. - André de 
Campisio, 1411-'? — (Antoine de Florence, nommé en 

j 1412 par Jean XXIII, et Philippe, en 1414, par 
Benoît XIII]. — Antoine de Ponticorona, 1422-1445. 
Luc de Sarzana, 1445-71. — Jean Gatti, 1472- 

\ 1475. — Bernard Margarit, 1475-79. — Jean Gatti, 
1479-84. — François de Noia, 1484-92. François 
Orsini, 1492-'? — Paul de Cavalleria, 1495-96. — 
Lazare, 1496. — Raynald de Montoro, 1496-1512. — 

i Jean de Requesens. 1512-17. — Jean Sanchez, 1517- 
18. — Guillaume Raymond de Vich, card. adminis- 

j trateur, 1518-25. - François d'Aragon, 1525-61. - 

I Antoine Faraon, 1562-69. — Rodrigucz de Vadillo, 



47 



CEFALU — 



CELANOVA 



4 



1569-78. — Octavien Preconi (ou Premi), 1578-87. — 
l'Yançois Gonzague. 1587-94. — Nicolas Stizzia, 1594- 
95. — Emmanuel Quero Turillo, 1596-1606. — Martin 
.Mira, 1607-20. — Étienne Muniera, 1621-32. — Octave 
Braccioforte.' 1633-1638. — Pierre Corsetto, 1638-44. 

— Marc-Antoine Gussio, 1644-50. — François Gri- 
solfo, 1650-60. — Jean Roano, 1660-73. — Matthieu 
Orlancii, 1673-95. — .Joseph Saur, 1696-98. — Mat- 
thieu Muscella, 1702-23. — Dominique Valguarnera, 
1732-51. — .\gatino Riggio, 1751-55. — Joachim 
Castelli, 1755-88. ~ François Vanni, 1789-1803. — 
Dominique Spoto, 1804-09. — Jean Sergio, 1814-27. 

— Pierre Tasca, 1827-39. — Visconte Marie Proto, 
1844-54. — Ruggiero Blundo, 1854-88. — Gaétan 
d'Alessandro, 1888-1906. — Anselme Ev. Sansoni, 
1907-21. — Jean Pulvicenti, 1922-33. — Émilien 
Cagnoni, 1934. 

V. Amico [trad. G. Dimarzo], Dizionario topografico 
délia Sicilia, Palerme, 1855, i, 309-12. — CappeUetti, xxi, 
540-47. — Carandino, Descriptio ecclesiae Cefalaeditanae, 
Mantoue, 1592. — I. Carini, Un codice siilla fondazione del 
duomo di Cefalù, dans Arch. st. siciliano, 1883, viii, 137- 
39. — M. Gallina, Chiesa di Cefalù, série cronologica de' 
suoi vescovi dalla fine del sec. XVII al 1900, dans La 
Sicilia sacra, 1901, lu, 241-49, 449-54; 1902, iv, 75-78, 
264-73, 424-27. — H. Gelzer, Ungedruckte und ungenûgend 
verôffenllichte Texte der Notitiae episcopatuiim, dans Abh. 
der k. bayer. Akad. der Wiss., 1901, xxi, 5.50-51, 553. — 
G. Parthey, Hierocles Synecdenios et notitiae graecae epi- 
scopatuum, Berlin, 1866, p. 178. — F. Pirri, Sicilia sacra, 
.3« éd., Palerme, 1733, ii, 792-840. — A. Salinas, Di alcune 
iscrizioni cefal. del s. XIII, dans Arch. st. siciliano, 1879, 
IV, 328-37. — G. Samona, Il duomo di Cefalii, Rome, 
1939. — R. Starrabba, I diplomi di fondcczione di chiese 
episcopali di Sicilia, dans Arch. st. siciliano, 1893, xviii, 
131-33. 

M. -H. Laurent. 
CEIÇA, Ceyza, Sejicia, Sertia, Sazeta, etc., an- 
cienne abbaye située au diocèse de Coïmbre, Portugal, 
près de l'embouchure du Mondego. A l'origine, simple 
oratoire dédié à une Vierge miraculeuse; le roi 
Alphonse I'"'' y crée une abbaye qu'occupent d'abord 
les moines bénédictins venus de Lorban, et que rem- 
placent en 1195 des cisterciens d'AIcobaça appelés 
|)ar Sanche I". Dès 1198, l'abbé recevait des déléga- 
tions pontificales. Dans la suite, le nom des abbés de 
Ceiça fut rappelé plus d'une fois dans les décrets 
capitulaires et pas toujours de façon laudative. En 
1565 les abbés de Ceiça et de Tamarès sont nommés 
visiteurs et réformateurs pour les maisons cister- 
ciennes du Portugal; une lettre du chapitre général les 
faisait accréditer à ce titre auprès du pouvoir civil. 
L'abbaye disparut au début du liiK^ siècle. 

Archives, cf. Erdmann, Papsturkunden in Portugal, 
Berlin, 1927, p. 85, 130. — Ant. Brandào, Monarchia 
Lusitana, Lisbonne, 1632, m, p. 201; iv, p. 55. — Cisterc. 
Chronik, 1910, p. 187 (texte d'une supplique du 20 juill. 
1347). — D'Achery, Spicilegium, m, Paris, 1723, p. 558. 

— Janauschek, Origines cisterc. Vienne, 1877, p. 199. — 
Potthast, Reg., 217, 218. — Statttta cap. gen. ord. cisterc, 
éd. Canivez, Louvain, 1933-41, i-viii, passim. 

J.-M. Canivez. 
CE ILLIER (Dom Remy), bénédictin de S.- 
Vanne, théologien et historien français (1688-1763). 
Voir D. T. C, ii, 2049-51. 

CEITINN (Geoffkkv),, Keaiing Sealhrùn, 
prêtre, poète, historien, et écrivain irlandais. II naquit 
à Burges, dans le comté de Tipperary, d'une famille 
d'origine normande (fils d'Étienne), vers 1570. A cause 
de la persécution qui sévissait alors contre les catho- 
liques, Ceitinn alla étudier sur le continent et conquit, 
à Bordeaux, le doctorat en théologie. Vers 1610, il 
regagna l' Irlande où il travailla pendant une quaran- 
taine d'années dans des circonstances dilTiciles, obligé 



qu'il fut de se déguiser pour échapper aux persécute» i 
protestants. Il composa plusieurs œuvres de poésii 
d'ascétique, de prédication en langue irlandaise don. 

le style reste un modèle pour la prose irlandaise. >i 

Entre 1628 et 1640, il rédigea un ouvrage historique 64 
de toute première importance pour l'histoire primitive 

d'Irlande, qui va de l'antiquité au règne de Henri II C 

d'Angleterre. Ceitinn s'y révèle comme un compila- lif 

teur diligent mais manquant de sens critique. 'Tou- «' 

tefois il a utilisé des mss. maintenant perdus, et de ce rei 

chef son témoignage est très précieux. Il mourut un pc 

peu avant 1650 et fut enterré à Tubrid dans une tii 

église qu'il avait lui-même érigée. ui 

On possède des travaux de Ceitinn plusieurs édi- sii 

fions avec traduction anglaise. Ses poèmes religieux ff 

ont été édités par le R. P. J. Mac Erlean, Dânla m 

amhrâin is caointe Sheathrûin Ceitinn, Dublin, 1900. 

Sa Défense de la messe ( Eochair-sgiath an aijrinn) fut 1( 

publiée par P. O' Brien, Dublin, 1898; un autre ^ 

ouvrage ascétique très populaire. Les trois dards de la S 

mort, a été édité par R. Atkinson (Tri bior-qhaoithe V 

nn bhàis. Dublin, 1890) et plus récemment par O. Ber- p 

gin, Dublin, 1931. Son ouvrage sur l'histoire de l'Ir- î 

lande a été traduit en anglais par Dermot O' Connor ) 
(Dublin, 1723) et par John O' Mahony (New- York, 

1868). La meilleure édition a été faite par D. Comyn e 

et P. Dinneen avec traduction anglaise, Dublin, ( 

Irish Texts Society, en 4 vol., 1902-14. | 

Pour la bibliographie, voir R.-I. Best, Bibliography of 
Irish philology and of printed and manuscript literature, ' 
Dublin, I, 202, 248, 255; n, n. 758, 1696, 1702, 2041, 
2042, 2116-2118. 

F. O' Briain. 
CÉLADION, évèque d'Alexandrie au ii^ s. I 
Eusèbe, H. E., IV, xi, 6, nous apprend que Céladion 
succéda à Marc sur le siège épiscopal d'Alexandrie; et 
il ajoute, un peu plus loin, H. E., IV, xix, qu'après 
un épiscopat de quatorze ans il fut remplacé par 
Agrippinus. II place l'élection d'Agrippinus la huitième 
année de Marc-Aurèle, soit en 167-68; l'élection de 
Céladion serait donc à placer en 153-54. On ne 
connaît rien de son épiscopat. 

G. Bardy. 

CELANOVA (S. Salvador), Cella nova, Caelum 
novum (?), abbaye bénédictine du diocèse d'Orense 
(Espagne). Ses origines sont bien connues : elle fut 
fondée par S. Rudesind, évêque de Mondoiiedo, vers 
937, dans la localité de Villar, située dans l'une des 
plus belles régions de la Galice et donnée au fonda- 
teur par son frère, Froilân Gutiérrez, par diplôme daté 
du 12 sept. 936. Ses premiers habitants, avec son 
premier abbé Franquila, vinrent de S. -Étienne de 
Rivas de Sil. Dès le commencement, elle fut richement 
dotée par la famille Gutiérrez et, durant tout le bas 
Moyen Age, par les rois de Galice, de Léon et de 
Castille. Elle devint ainsi une des plus importantes 
abbayes d'Espagne, et son abbé exerçait la juridic- 
tion sur plus de 50 monastères, ainsi que sur un grand 
nombre d'églises et d'hôpitaux, tant en qualité d'abbé 
de Celanova qu'en celle d'archidiacre d'Orense. Ses 
domaines étaient considérables et ses serfs si nom- 
breux que la charge d'avoué ou Pertiguero fut, pendant 
plusieurs siècles, très sollicitée par les principales fa- 
milles de la région : Arjona, Ulloa, Noboa, Maceda, 
etc. 

Le monastère dépendait d'abord de l'évêquc 
d'Orense, puis fut placé sous la juridiction directe du 
S. -Siège. Avec VEncomienda. C. perdit beaucoup de 
son importance; pour se soustraire à ce fléau, il s'unit 
le 28 juill. 1506 à la congrégation de Valladolid. Le 
dernier abbé commeiidataire fut le cardinal Jean 
de Colonna. 

Dans la congrégation de Valladolid, il joua aussi un 



49 



CELANOVA 



— CELE 



50 



rôle important; en 1538, il devint le siège d'un des 
collèges de la congrégation; d'après le chapitre, il 
compta, en 1563, 40 moines et ses dépenses annuelles 
s'élevèrent à 600 000 maravedis; en 1614, il avait 
64 moines et en 1785 environ 71. 

Une pieuse tradition nous parle de la translation à 
C. du corps de S. Torquatus, l'un des varones aposlô- 
licos et premier évèque de Guadix (v. P. David, op. 
cit., 235); sous Philippe II, les habitants de Guadix 
reçurent des reliques de ce saint. D'autre part, l'abbaye 
posséda quelques lettrés de renom. Ses archives men- 
tionnent un Egeredus Magister, un JuUanus Magister, 
un Argimirus Magister, etc.; une donation de 1087 
signale l'abbé Pelayo qui était Abbas doclorum mona- 
ctiorum; en 1189 le prieur Ordono termina son Expo- 
mogeron ou Rational des ofTices divins; ce même 
Ordono composa la Vie de S. Rudesind. Parmi ses fils 
les plus renommés à l'époque moderne, il faut citer 
Alvaro de Sotomayor, Rosendo Mùjica et Ferdinand 
Sotomayor, tous trois abbés généraux de la Congr. de 
Valladolid; l'écrivain Benoît Uria, général lui aussi, 
puis évêque de Ciudad Rodrigo, Maure de Somoza et 
Pierre Blanco, enfin Antoine de Sotomayor, abbé de 
Montserrat de Praga et évèque. 

Liste des abbés. — Après beaucoup de recherches 
dans VArchivo de la congr. de Valladolid, dans les 
Capitulas générales et les Visitas de la même congré- 
gation, qui se trouvent aujourd'hui au monastère de 
Silos (Burgos), nous avons pu reconstruire la liste 
presque complète des abbés de C. depuis 1508. La série 
des abbés antérieurs à cette date est empruntée à la 
Coronica de Yepes. — Franquila (937-59). — S. Ru- 
desind (959-77). — Manilano (977-1002). — Diego 
(986, 1006). — Hermenegildo (1006-30). — Aloito I 
(1030-54). — Arriano I (1054-65). — Pelavo I (1076). 

— Gonzalo (1080). — Pelayo II (1086-87) .— Pedro I 
(1090-1118). — Aloito II (1126-34). — Pelayo III 
(1140-56). — Arriano II (1156-58). — Pedro II 
(t 1165). — Pelayo IV (1196). — Gômez (1216). — 
Pedro III (1226). — Fernân Lôpez (f 1239). — 
Alonso Arias (1262-82). — Esteban Femândez (1312). 

— Munio (1321). — Pedro IV (1328). — Juan Pérez 
(1342). — Fernân Pérez (t 1362). — Alvaro (f 1391). 

— Martin de Orozco (1508). — Rodrigo Campuzano 
(1524; 1528). — Juan de Peiialver (1532). — Francisco 
de Valladolid (1538). — Dionisio de Hontiberos (1541 ; 
1544). — Alfonso de Valladolid (1548). — Miguel de 
Guimeranes (1550). — Diego de Lerma (1552). — 
Andrés de Zamora (1553). — Miguel de Zamora 
(1556). — Rosendo de San Martin (1561) — Juan 
Sarmiento (1562; 1588) — Antonio de Chantada 
(1565; 1568; 1577). — Francisco del Campo (1580; 
1583). — Pedro de Castro (1585). — Juan de Aren- 
zana? (1589). — Jerônimo de Gante (1592). — Clau- 
dio Tenorio (1595). — Alonso de Santalla (1598). — 
Francisco Gutiérrez (1601; 1610). — Diego de Estre- 
miaiia (1604). — Pedro de Hoyos (1607; 1617; 1625). 

— Alvaro de Sotomayor (1613; 1621). — Pedro Deza 
(1629). — Gabriel de Puga (1633). — Torcuato Ortiz 
(1637; 1645). — Leandro Salvador (1641; 1657). — 
Leandro Noguerol (1649). — Rosendo Mùjica (1653; 
1661; 1673; 1681; 1685). — Mauro Velâzquez (1665). 

— Jeronimo de Solis (1669). — Mauro de la Parra 
(1677). — Francisco de Lamadrid (1689). — José de 
Arriaga (1693; 1709). — Manuel de Pimentel (1697). 

— Benito Pazos (1701). — José Sotelo (1705: 1713; 
1721). — Antonio Ecuejo (1717). — Juan de Villa- 
marin (1725; 1745). — Pedro Blanco (1729; 1737). — 
Pablo Monroy (1733). — Benito Gesto (1745). — 
Antonio Sanz (1749; 1757). — Juan de Puga (1753). — 
Miguel Francos (1761; 1777). — Fulgencio Bovles 
(1765). — Benito Uria (1769). — Simôn Robles 
(1773). — Anselme Bara (avant 1781). — Fernando 



Monténégro (1781). — José Lanza (1785). — José 
Albareda (1789). — Manuel Caballero (1793). — 
Mauro Campo (1797). — Lorenzo Feijôo (1801; 1814). 

— Félix Vitorero (1805; 1827). — Aniceto Pastor 
(1818). — Vicente Valcarce (1824). — Bonifacio 
Ruiz (1832). 

Archive de la congreg. de Valladolid, i, 237, 303; n, 
33; XX, 149; xxil, 222; .xxv, 87, 448; xxvi, 204, 230, 349; 
XXIX, 51; XXXIII, 297; xxxiv, 258; xxxv, 584, 607; 
XXXVI, 301. — Capit. gêner, y partie, de la Congr. de Vall.; 
Visitas gêner, de la Congr. de Vall.; Mémorial... Congr. de 
S. Benito de Vall., passim. — ■ Madoz, Dicc., vi, 1847, 
p. 298. — Flôrez, E. S., xvii, 21-26. — Mabillon, Ann., 1749, 
iii, 424, 584, 634, 646; iv, 136; v, 428. — Id., Acta 
sanct. O. S. B., 1733, vu, 514-35. — Chevalier, T. B., 
s. i). — • Cottineau, s. v. — P. David, Études hist. sur la 
Galice et le Portugal du VI' au XII" s. (Coll. portug. pu- 
bliée sous le patron, de l'Inst. fr. au Portugal, 7* vol.), 
Lisbonne et Paris, 1947. 

F. PÉREZ. 

CELE (Jean). Un des premiers promoteurs de la 
« Dévotion moderne », né à ZwoUe (Pays-Bas) d'une 
famille notable de cette ville, entre 1340 et 1345. 
Après de bonnes études dans sa ville natale, et proba- 
blement à Deventer, Paris et Prague, il fut fait recteur 
de l'école paroissiale de Zwolle, qu'il sut développer 
et rendre prospère; sa renommée y attira jusqu'à mille 
élèves. C'était aussi un musicien qui fut maître de 
chœur et organiste. Gérard Groote et lui se rencon- 
trèrent probablement à Munikhuzen, chartreuse dont 
Eger Calcar était prieur, en 1374-75, et nouèrent dès 
lors une fervente amitié. Ensemble ils se rendent à 
Groenendael auprès de Jean Ruysbroeck qui conquiert 
Cele à son idéal mystique et lui apprend que le 
thiois peut servir à exprimer les plus hautes doctrines 
spirituelles. C'est sans doute à son exemple que Cele 
abandonne le latin dans ses sermons aux clercs et 
devient ainsi le créateur de la langue dévote et le 
propagandiste de la « Dévotion moderne », en accord 
avec Gérard Groote. Il contribua à la fondation, en 
1394, à Zwolle, d'une maison de Frères de la Vie com- 
mune, mais lui-même n'en fit point partie. Tandis que 
Gérard Groote disparaît de la scène, frappé de suspense 
par l'évêque d'Utrecht (1383) et enlevé par la mort 
(1384), Cele continuait son œuvre de façon plus dis- 
crète et peut-être plus efficace, dans la direction de son 
école et ses instructions dominicales; Zwolle compta 
bientôt deux maisons de Frères et cinq de Sœurs de la 
Vie commune. A la suite de conflits entre l'autorité 
religieuse et le magistrat de Zwolle, Cele dut quitter 
son école, dont la ville se saisit. C'était en 1 115. Cele 
mourut peu après, au début de mai 1417, et fut enterré 
chez les chanoines réguliers de Windesheim, le 9 mai 
de cette même année. 

Il laissait un ms. de ses sermons, au nombre de 46, 
auxquels d'autres s'ajoutèrent, jusqu'à un total de 59. 
Quoique anonymes, leur authenticité ne fait point de 
doute. Ils correspondent exactement à la description 
qu'en a faite Jean Busch ; on y trouve détaillés, à l'in- 
tention de ses élèves, les principes et les méthodes 
pratiques de la « Dévotion moderne », avec quelques 
allusions aux doctrines mystiques de Ruysbroeck. 

Des lettres que Gérard Groote lui envoya, on retire 
l'impression que Cele était d'un tempérament hésitant 
et porté au scrupule. 

Les sermons de Cele se trouvent en ms. aux Archives 
communales de Zwolle, série 11, ms. 1; éd. partielle par 
Th.-J. De Vries, Duutsche sermoenen door Magister Joan 
Cele, Zwolle, 1949. — Registrum Zwollense, et Sfadsreke- 
ningen, mêmes archives. — Thomas a Kempis, Clironicon 
Montis S. Agnetis, éd. Pohl, Opéra, vu, 509 sq. — .J. Busch, 
Clironicon Windesemense, éd. K. Grube, i, 29; ii, 68-71. 

— Id., De reformatione monasteriorum, même éd. — .Jac. 
de Voecht, Narratio de inchoatione clericorum in Zwollis, 
éd. Schoengen, Amsterdam, 1908, passim. — Gerardi 



51 



CELE 



— CELERINA 



52 



Magni epistolae, éd. Mulders, Anvers, 1933, lettres 10, 11, 
13, 14, 18, 32, 33, 34, 48 et 64, et passim. — Acquoy, Het 
klooster te Windesheim, Utrecht, 1875-1880, 1. 1, 217, n. 5 et 
passim. — Schoengen, Die Scbule von Zwolle, Fribourg-en- 
Br., 1898, p. 27 sq. — R. Post, De moderne Devolie, Amster- 
dam, 1940. — Th.-J. De Vries, Gildewoelingen en interdUcl, 
dans VersI. en mededel. van Overrijs. Rechi en Geschiedenis, 
1945 et 1946, fasc. 60 et 61 ; 2" série, 36 et 37. — Le même. 
De stille straat, Zwolle, 1946. — Nieuw Ned. biogr. woordenb., 
IV, 407-408. 

P. Debongnie. 

CELE I A, aujourd'hui Cely, antérieurement Cillij, 
en Yougoslavie (Slovénie), une des cités de l'ancien 
Norique, fut le siège d'un évêché dont on ignore la 
date de fondation, mais dont l'existence est attestée 
au vi« s. par deux de ses titulaires, les seuls qui soient 
connus et dont le second paraît avoir été le dernier. 
Le premier des deux, Gaudentius, n'est connu, et 
depuis peu de temps, que par une inscription décou- 
verte dans le voisinage de la ville et qui a été publiée 
par Rudolf Egger (Eine altchristliche Bischofsinschrift, 
dans les Milleilungen des Vereines klassischer Philolo- 
gen in W'ien, iv, 1927). C'est une épitaphe métrique 
acrostiche, dont les lettres initiales des huit vers qui la 
composent donnent le nom Oaiidenti. Elle présente de 
lui un éloge assez banal, qui ne fournit aucun rensei- 
gnement utile sur sa personne et sa vie, ni même sur 
l'époque à laquelle celle-ci doit être rapportée. Seule 
la paléographie permet de l'attribuer au vi^ s. Comme 
il n'y est fait aucune allusion à un événement de 
quelque importance qui aurait marqué l'épiscopat de 
Gaudentius, on peut penser qu'il a dû correspondre à 
la période du vi° s. antérieure aux troubles qui en 
ont marqué, pour les cvêchés de l'Illyricuni occiden- 
tal, le dernier tiers. 

A cette ultime période au contraire se place l'épisco- 
pat du second titulaire du siège de Celeia dont le nom 
soit parvenu jusqu'à nous : Johannès. Son histoire fut 
assez mouvementée, et le siège antique de Celeia 
semble avoir disparu avec lui. On lit la signature de 
Johannès au bas des Actes d'un douteux concile qui 
se serait tenu à Grado en 579 (Mansi, iv, 923 sq.), 
sous la présidence du patriarche Hélie d'Aquilée et 
aurait marqué une reprise des relations avec Rome 
d'une partie des évêques illyriens i)articipant au 
schisme d'Aquilée, consécutif à la querelle des Trois 
Chapitres; mais tous les documents authentiques 
connus montrent au contraire en cette année Hélie 
encore en état d'hostilité vis-à-vis de Rome et il 
devait en être de même des titulaires des sièges qui 
gravitaient autour du sien. Mais, lors du concile de 
Marano, en 589 ou 590, Johannès de Celeia appuya le 
successeur d'Hélie, Sévère, rentré momentanément 
dans la communion romaine, sous la pression de 
l'exarque byzantin Smaragde. 

Il semble que cette séparation d'avec les schisnia- 
tiques ait valu à Jean de Celeia l'hostilité de ses 
collègues illyriens persévérant dans leur opposition à 
Rome. Chassé en effet de son siège par l'invasion 
avare et réfugié à Citta Nova en Istrie, il en fut 
expulsé par r« évêque d' Istrie c.-à-d. l'évêque du 
diocèse, à moins que ce n'ait été par le patriarche 
même d'Aquilée, métropolitain d'istrie, retourné au 
schisme. On ignore la suite de son histoire. Et l'on ne 
sait rien d'autre non plus sur la suite immédiate de 
celle de Celeia tombée sous la domination avare. 

Mais on doit signaler qu'on y a retrouvé les restes 
d'une basilique de 32 m. de long, dont le sol portait 
un pavement de mosaïque, où quelques lettres dessi- 
naient les noms de divers personnages de l'Église 
locale, le diacre .Justinianus, le scholaslicus Léo, le 
clarissime Marcellinus et un Syrien d'origine nommé 
Abraham. Ces inscriptions semblent dater du V ou du 
VI'' s. Le monument lui-même paraît avoir été détruit 



I par le feu, vraisemblablement lors des invasions 
avares qui dévastèrent le Norique à la fin du vi^ s. et 
mirent fm, pour un temps, à la Celeia chrétienne. 

Paul Diacre, Histor. Langobardor., m, 26. — Mansl, ix, 
155. — C. /. L., m, 14368, 14368', 14368», 14368". — 
Sur tout ceci, outre l'article cité de R. Egger, cf. J. Zeiller, 
Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de 
l'Empire romain, Paris, 1906. 

.J. Zeiller. 
CELENDERIS (KeAévSepis), évêché de la pro- 
vince d'Isaurie, dépendant de Séleucie. Les Phéniciens 
fondèrent en cet endroit un comptoir fortifié, mai.s la 
légende grecque, rapportée par Apollodore, III, iv, 3. 
en attribue la création à Sandocos, fîls d'Astynous et 
petit-fils de Phaéton. La ville fut plus tard colonisée 
par les Samiens. Elle n'eut jamais une grande impor- 
I tance et son port servait surtout au cabotage. A 
l'époque gréco-romaine, elle s'enrichit de monuments 
d'une certaine élégance, comme on peut en juger par 
les sarcophages et l'arc de triomphe que l'on voit sur 
son emplacement à Kelenderi (ou Celendere). 
I On ne sait à quelle époque Celenderis fut doté d'un 
' évêché. Peut-être ne fut-ce qu'au iv» s. On n'en con- 
naît que quatre titulaires : Musonius, qui assista au 
concile œcuménique de Constantinople en 381 (Mansi, 
III, 570 A); Julien, qui prit part à celui de Chalcédoine, 
451 (Mansi, vi, 569 A, 944 B, 1089 E; vu, 37 CD, 
121 A, 144 A); c'est certainement le même personnage 
qui signa en 458 la lettre des évêques d'Isaurie à l'em- 
pereur Léon après le meurtre de Protérius d'Alexan- 
drie, bien que le texte latin, le seul qui nous soit 
jiarvenu, porte Jules (Mansi, vu, 563 C); Pierre fut un 
des membres du concile in Trullo (691-692) (Mansi, 
XI, 1000 A); Eusèbe prit part au second concile de 
Nicée (787) (Mansi, xii, 999 A, 1110 A; xiii, 149 D. 
373 C, 397 B). Un cinquième, dont le nom est resté 
inconnu, fut sacré par Photius et traduit pour ce fait 
devant le huitième concile œcuménique comme adver- 
saire d'Ignace (869). 

Le titre de Celenderis ne semble encore avoir été 
conféré que deux fois dans l'Église romaine, en fa- 
veur de : Mgr François-Xavier Vogt, St-Esp., élu le 
25 juin. 1906, vicaire apostolique de Bagomoyo à la 
même date, administrateur du vicariat apostolique du 
Cameroun en avr. 1922, vicaire apostolique du Came- 
roun (act. Yaoundé) le 1" mai 1923; t 24 févr. 1943; 
— Mgr René-Désiré-Romain Boisguérin, vie. ap. de 
Suifu, élu le 10 janv. 1946. 

V. Cuinet, La Turquie d'Asie, ii, Paris, 1892, p. 81. — 
L.-M. Alishan, Le Sissouan, Venise, 1899, p. 384-85. — 
Boite, Kelenderis, dans Realencyclopàdie (Pauly-Wissowa), 
XI', 137-138, — Lequien, ii, 1015-1016. — ^nn. pon<., 1916, 
p. 365. 

' R. Janin. 

CELER. Voir Cehealis. 

CELERINA (Sainte), une des plus anciennes 
martyres de Carthage, grand'mère du saint lecteur 
Celerinus (cf. plus loin ce mot). Nous ne possédons ni 
les Actes ni la date précise de son martyre; tous nos 
renseignements se limitent à un passage nécessaire- 
ment très laconique d'une lettre de S. Cyprien. 
Epist., XXXIX, 3, § 1, éd. G. Budé, i, 99; éd. Hartel, 
p. 583; P. L., IV, 322-23 (epist. xxxiv) : Avia eius 
Celer ina iam pridem martyrio coronala est. Item patruus 
eius et avunculus Laurcntinus et Egnatius in castris et 
ipsi qiiondam saeciilaribus militantes, sed vert et spiri- 
tales Dei milites, dum diabolum Christi confessione 
prosternant, palmas Domini et coronas inlustri passione 
meruerunt. Sacripcia pro eis semper, ut nieministis, 
offerimus, quoliens martijrum passiones et dies anniver- 
saria commemoratione celebramus. Il faut écarter, avec 
les Bollandistes, A. S., févr., i, 325, la persécution de 



53 



CELERINA — CELERINUS 



54 



Dèce, puisque c'est au cours de cette dernière que 
l'évêque rappelle à son clergé et à ses fidèles l'habitude 
qu'ils ont d'offrir des sacrifices au jour anniversaire 
des passions de Celerina et des oncles de Celerinus, 
Laurentinus et Egnatius. Dans l'ensemble les historiens 
modernes placent, avec Monceaux {Hist. litt., ii, 
Paris, 1902, p. 70), les trois martyres sous Septime- 
Sévère. S. Cyprien sépare pourtant très nettement le 
couronnement de Celerina de celui des deux autres 
par l'adverbe de temps iam pridem, qui ne porte que 
sur le premier. Ces trois morts glorieuses ne peuvent, 
d'autre part, trouver place qu'entre les Scillitains, 
auxquels Tertullien {Scap., ni) attribue la priorité 
pour ce genre de combat en Afrique, et la persécution 
de Scapula (212-13) sous Caracalla : l'Église d'Afrique 
connaît ensuite une longue période de paix, comme le 
confirment les défections si nombreuses provoquées 
par la seule promulgation de l'édit de Dèce (Mon- 
ceaux, op. cit., I, 47). Nous sommes par suite amenés à 
mettre la passion de Laurentinus et celle d'Egnatius 
au moins sous Caracalla. C'est à peine si une dizaine 
d'années nous sépare de la mise en application de 
l'édit de Septime-Sévère, durée qui ne paraît pas 
suffisante pour légitimer l'emploi du terme comparatif 
iam pridem. Avant l'édit de 202, les chrétiens 
d'Afrique, depuis le proconsul Saturninus (180), ne 
sont mis à mort qu'en vertu des rescrits des Antonins; 
les magistrats donnent nettement l'impression de 
n'agir que lorsqu'ils ne peuvent vraiment faire autre- 
ment, comme on le voit dans l'affaire des Scillitains; 
lorsque la populace, révoltée contre les disciples du 
Christ, essaie de faire pression sur les représentants de 
Rome, ceux-ci font manifestement traîner les choses 
en longueur, en se contentant d'emprisonner un cer- 
tain nombre de chrétiens, ces martyres designati de 
Tertullien. Le cas « Celerina » paraît bien être une 
répétition de celui des Scillitains, et devoir se placer, 
selon les exigences du iam pridem, à une date assez 
rapprochée de cette première exécution africaine. De 
cette façon se trouve expliquée aussi et surtout l'asso- 
ciation de Celerina aux Scillitains comme patrons 
d'une basilique de Carthage mentionnée par Victor 
de Vite (Hist. perseculionis, i, 3, éd. Petschenig, p. 5) : 
Celerinae vel Scillitaiiorum, avec une évidente priorité 
de Celerina sur les provinciaux de Scilli dans la véné- 
ration des Carthaginois, ses concitoyens; l'hypothèse 
de la désignation de l'église par sa fondatrice n'est pas 
à écarter (Comm. Martyr. Hieron., dans A. S., nov., 
éd. Delehaye et Quentin, p. 76; cf. aussi H. Delehaye, 
Les origines du culte des martyrs, Bruxelles, 1933, 
p. 379); mais elle paraît peu probable, n'étant d'ail- 
leurs appuyée sur rien. Les deux autres membres de la 
famille de Celerinus peuvent avoir souffert sous Sep- 
time-Sévère; le iam pridem garde encore tout son sens. 
Il n'est d'ailleurs pas sûr qu'ils appartiennent l'un et 
l'autre à la même persécution. 

Pour le reste de ce qui concerne Celerina, ainsi que pour 
la bibliographie, voir art. Celerimis. 

J. Ferron. 

CELERINENSIS (Ecclesia) n'est pas connue 
autrement que par la souscription d'un Donatus, 
episcopus plebis Celerinensis, à la conférence de 411 
(Gesta coll. Carth., i, 180; P. L.,xi, 1325). L'absence de 
compétiteur catholique en face de lui depuis le début 
de son épiscopat favorise la localisation de ce siège 
en Numidie. 

Morcelli, Afr. christ., i, Brixen, 1816, clxv, p. 133. — 
Notifia dlgnit., éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot. 
p. 655. — Gams, 465. — Ch. Tissot, Géogr. compar., ii, 
Paris, 1888, p. 781. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêcixés de 
VAfr. sept., dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 86; Tré- 
sor de chron., Paris, 1889, p. 1868. — Mgr Toulotte, Géogr. 
de l'Afr. chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894, xui, p.105-06. 



— P. Mesnage, L'Afr. clirét., Paris, 1912, p. 295-96. — 
H. Jaubert, Anciens évêchés de la Numidie, dans Rec. de 
Constant., xlvi, 1912, p. 30, § 40. 

J. Ferron. 

1 . CELERINUS, clerc de Carthage,l'un des plus 
vaillants confesseurs de l'Église d'Afrique et le pre- 
mier en date de la persécution de Dèce (3 févr. 250). 
Il avait de qui tenir : son aïeule Celerina (cf. ce mot), 
ses oncles, paternel et maternel, Laurenti(n)us, E(Y 
ou I)gnatius, avaient donné leur sang pour le Christ. 
Quand paraît l'édit en janv. 250, Celerinus, qui donne 
l'impression d'être plus souvent à Rome qu'à Car- 
thage, se trouve dans la Ville éternelle; arrêté avec 
plusieurs Romains des deux sexes, il endure une très 
pénible captivité de dix-neuf jours; les membres 
étroitement serrés dans des entraves qui devaient 
laisser sur son corps de glorieuses cicatrices et qui 
l'obligeaient à rester étendu sur le sol dans une posi- 
tion incommode, il avait subi les tourments de la 
faim et de la soif; c'est avec une chair émaciée et toute 
couverte de blessures qu'il comparaît ensuite devant 
l'empereur lui-même; nous ignorons les détails de 
l'interrogatoire; mais, au témoignage de S. Cyprien 
et de Lucianus, l'un des confesseurs de Carthage, 
Epist., XXII, 1 et Epist., xxxix, 4, éd. Hartel, p. 533 
et 583, éd. G. Budé, i, 60 et 99; P. L., iv, 280 (epist. 
xxi) et 323 (epist. xxxiv), ce fut un triomphe, qui 
provoqua l'admiration du persécuteur et l'élargisse- 
ment de l'athlète. Quelque temps après la fête de 
Pâques, ayant appris que les confesseurs de Carthage 
se montraient particulièrement larges pour la distri- 
bution de billets d'indulgence aux lapsi, il écrit à celui 
qui dirige le mouvement, Lucianus, pour obtenir, par 
son intermédiaire, de ceux qui consommeront les 
premiers leur martyre la rémission de leur faute à deux 
de ses sœurs dans le Christ, Numeria et Candida, dont 
la première avait eu la faiblesse de se procurer un cer- 
tificat de sacrifice et dont l'autre avait réellement 
sacrifié (S. Cy priant opéra omnia, Epist., xxi, Hartel, 
529-32, Budé, i, 56-59; Epist., xxii, iam cit., Hartel, 
533-35, Budé, i, 59-61; P. L., iv, 274-79 [epist. xx] et 
279-82); l'hospitalité que ces deux Romaines ont 
donnée aux chrétiens d'Afrique immigrés à Rome est 
invoquée à l'appui de la demande. Lucianus fait droit 
à sa requête aux conditions suivantes : retour de la 
paix de l'Église, examen de la cause devant l'évêque 
et aveu de la faute par les intéressées et par tous ceux 
qui sont ou seront dans le même cas. En apprenant la 
chose, Cyprien, Epist., xxvii, 3, Hartel, 542-44, 
Budé, i, 66-67; P. L., iv, 285-86 (epist. xxii), blâme 
l'initiative de Lucianus et met en parallèle la modéra- 
tion, la prudence, l'humilité et la réserve dont té- 
moigne la lettre de Celerinus. Aussi est-il heureux de 
l'accueillir, lorsqu'il vient lui apporter l'assurance de 
l'approbation affectueuse de Rome, un moment refu- 
sée {Epist., xxxvii, 1, Hartel, 576, Budé, i, 92; P. L., 
IV, 264-65, epist. xv). Ce voyage doit se placer au 
commencement de l'année 251 et non à l'automne 250, 
parce que Cyprien dans sa lettre spécifie bien, en liai- 
son avec les lignes précédentes, toi veslrae laudes quoi 
dies, quoi mensium curricula tôt incrementa meritorum. 
que les confesseurs de Rome sont depuis plus d'un an 
dans les fers, et qu'ils n'ont, par conséquent, rien à 
envier aux dignitaires du monde, magistrats et 
consuls, dont la charge durait de janv. à janv.; tout 
ce qu'il dit ensuite du soleil, de la lune et des saisons 
est d'ordre mystique et n'a pas d'autre but que de 
montrer que rien n'a manqué à cette année privilégiée 
pour être pleine et féconde, comme le prouve la phrase 
sur laquelle s'achève toute la tirade : Sic apud serves 
Dei annus evolvitur. L'évêque de Carthage manifeste 
à Celerinus la satisfaction qu'il éprouve de sa conduite, 
en l'introduisant dans son clergé et en l'élevant à la 



55 



CELERINUS — 



CÉLESTIN 1er 



56 



dignité de lecteur; les martyrologes historiques parlent 
de diaconat, pour avoir sans doute interprété ainsi les 
passages de la missive épiscopale où il est question de 
lecture de l'Évangile (EpisL, xxxix, iam cit., Hartel, 
581-85, Budé, i, 97-100; P. L., iv, 320-24; dom Quen- 
tin, Les martyrologes historiques du Moyen Age, Paris, 
1908, p. 288, n. 5). Cyprien réservait d'ailleurs Celeri- 
nus pour l'honneur de la prêtrise; mais nous ne savons 
si celui-ci vécut assez pour dépasser le lectorat, qu'il 
n'avait accepté qu'après une indication surnaturelle 
sous forme de vision nocturne. Il est très probable que 
le Celerinus qui se laissa entraîner de bonne foi dans le 
schisme novatien (Cornelii papne epist. IX ad Fabium 
Antiochenum, i; P. L., m, 735-36) doive s'identifier 
avec le nôtre. 11 revint à l'Église, dès qu'il s'aperçut 
(le l'erreur. En tout cas, après l'exil du pape à Centum- 
celles (253), les rapports de Celerinus et de Corneille 
sont assez chauds, puisque Cyprien transmet par son 
lecteur le courrier qu'il destine à l'exilé (cf. Tillemont, 
Mémoires pour servir à l'histoire eccl. des six premiers 
siècles, III, Paris, 1695, p. 397, et aussi 395-400). Nous 
perdons ensuite la trace de l'héroïque confesseur. Tous 
les martyrologes historiques, à la suite de Florus de 
Lyon, joignent le nom de Celerinus à celui de sa sainte 
parente, le 3févr. ; mais il est impossible de savoir sur 
quoi l'initiateur de cette insertion s'est basé et aussi 
ce que représente au juste cette date. 

Th. Ruinart, Acta martyrum sincera, Vérone, 1731, 
p. 175. — Propylaeum ad A. S. dec, p. 47 et 48. — A. S., 
févr., I, 325-32. — Mort. Hier., éd. de Rossi et Duchesne, 
17; éd. Delehaye, 76, .531. — P. AUard, Histoire des persé- 
cutions pendant la 1" moitié du III' s., Paris, 1886, p. 95. 

— P. Monceaux, Hist. littéraire, ii, Paris, 1902, p. 69-74. 

— Dom Quentin, op. cit., p. 288, 378, 417, 481. — 
Ch. Bayard, S. Cyprien, correspondance (coll. Budé, iam 
cit.), I, Paris, 1925, p. xx-xxii. — H. Delehaye, Les ori- 
gines du culte des martyrs, Bruxelles, 1933, p. 14 et 379-80. 
— ■ Baudot et Chaussin, Vies des saints, ii, Paris, 1936, 
p. 59. 

J. Ferron. 

2. CELERINUS est cité le 6 mai au martyro- 
loge hiéronymien, comme martyr de Milan. Ce saint 
doit appartenir à l'Afrique et être identifié avec le 
saint rappelé le 3 févr. L'éloge que fit de lui S. Cy- 
prien a inspiré la notice du martyrologe romain. Tou- 
tefois Cyprien dit que Celerinus était lecteur, et non 
diacre, comme le suppose le martyrologe. 

A. S., mai, ii, 101. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 95, 
234. — Mart. Rom., 47. 

R. Van Doren. 

3. CELERINUS (Saint). Deux martyrs afri- 
cains de ce nom sont inscrits dans la très longue liste 
que le martyrologe hiéronymien range sous la rubrique 
in Africa le 7 mai. Ils ne semblent pas appartenir au 
même groupe. L'un d'entre eux est qualifié d'évêque 
et confesseur par Canisius. Nous ignorons la date et le 
lieu de leur martyre. 

A. S., mai, ii, 136-37. — Mari. Hier., éd. de Rossi et 
Duchesne, dans A. S., nov., ii, pars I», p. 56; éd. Delehaye 
et Quentin, pars II», p. 235-37. 

J. Perron. 

CÉLESTE. Voir Caelestius et Celestius. 
CÉLESTIN. Voir aussi Caelestinus. 

1. CÉLESTIN. Ce nom revient au martyrologe 
hiéronymien les 21 janv., 17 févr. et 8 mai. Mais les 
personnages cités à ces endroits ne semblent pas appar- 
tenir à l'histoire. 

A. S., janv., ii, 703; févr., m, 10; mai, ii, 288. — Mart. 
Hier., éd. Delehaye, 53-,54, 103, 239. 

R. Van Doren. 

2. CÉLESTIN, martyr, 2 mai. A cette date le 
martyrologe romain mentionne comme martyrs ro- 



mains Saturninus et ses compagnons : Neopolis — 
dont, au début du xix<= s., on fera le patron de Napo- 
léon — Germain et Célestin, qui après leur supplice 
furent jetés en prison et y moururent. Cette citation 
provient de l'hiéronymien, fort corrompu en cet en- 
droit (Neopolis, par ex. , est le nom de la ville de Naples). 
Il ne dit pas cependant que ces martyrs appartiennent 
à Rome ou sont morts en prison. Germain et Célestin 
restent pour nous de simples noms. 

A. S., mai, i, p. 184; vu, not. 37. — Mart. Hier., éd. De- 
lehaye, 216-25. — Mart. Rom., 68. — Delehaye, La légende 
de S. Napoléon, Bruxelles, 1926. 

R. Van Dorkn. 

3. CÉLESTIN I" (Saint), pape, 10 sept. 422- 
28 juin. 432. Selon le Liber ponlificalis, Célestin était 
d'origine romaine et avait pour père un certain 
Priscus. Nous ne possédons pas de renseignements sur 
son enfance ni sur son éducation qui fut exclusive- 
ment latine. Peut-être passa-t-il quelque temps à 
Milan auprès de S. Ambroise (Arnobe le Jeune, Con flirt, 
cum Serap.). D'assez bonne heure, il entra dans le 
clergé romain : en 416, S. Innocent I" parle d'une 
lettre que le diacre Célestin, son fils, lui avait écrite 
touchant quelques difilcultés soulevées par Decentius, 
évêque d'Eugubium. En 418, S. Augustin écrit une 
lettre fort respectueuse au diacre Célestin, qui semble 
bien être aussi le futur pape. 

Lorsqu'en 422 le trône pontifical devint vacant par 
la mort de S. Boniface, Célestin fut élu sans contesta- 
tion pour succéder au défunt. Le parti eulalien, qui 
devait, une dernière fois, faire parler de lui en 423 
après la mort d'Honorius, se tint tranquille et le 
nouvel élu entra pacifiquement en possession de son 
siège. Tout de suite, il fut évident qu'il gouvernerait 
avec autorité et sagesse. 

Ses premières décisions furent cependant malheu- 
reuses en ce qui concerne les affaires d'Afrique. S. Bo- 
niface avait accueilli favorablement les plaintes d'An- 
toine de Fussala et lui avait donné des lettres qui le 
rétablissaient sur son siège. Il fallut que S. Augustin 
écrivît à Célestin, tout nouvellement élu, une lettre 
fort énergique où il rétablissait la vérité et menaçait 
de donner sa démission (Epist., ccix) pour que l'his- 
toire n'eût pas de suites. Célestin, qui aurait pu être 
instruit par ce précédent, n'en reçut pas moins avec 
faveur Apiarius, lorsque celui-ci, excommunié pour la 
seconde fois, se présenta à lui. Il le réexpédia en 
Afrique, avec une lettre pour les évêques de ce pays, et 
le fit accompagner d'un légat, Faustin, déjà trop bien 
connu outre-mer pour sa raideur maladroite. L'affaire 
tourna à la confusion de Faustin, car Apiarius finit 
par avouer ses crimes et le légat dut reprendre le 
chemin de Rome, emportant avec lui une lettre (Cod. 
canon, écoles. Afric, 138) dans laquelle le pape était 
exhorté à ne plus admettre avec tant de facilité les 
plaignants venus d'Afrique (426). Cf. P. Batiflol, Le 
catholicisme de S. Augustin, 456-71. 

Célestin fut plus heureux dans ses rapports avec les 
Églises de Gaule. Le 25 juill. 428, il adressa aux 
évêques de Viennoise et de Narbonnaise une lettre 
(Jaffé-Wattenbach, 369) qui définit l'action du Siège 
apostolique dans leur pays : « Nous sommes, dit-il, 
placé par Dieu dans un poste d'observation et nous 
avons à prouver la diligence de notre vigilance en cou- 
pant court à ce qui doit être interdit et en sanction- 
nant ce qui doit être observé. » Partant de là, le pape 
interdit aux évêques de se singulariser par un costume 
spécial; il blâme ceux d'entre eux qui refuseraient la 
pénitence aux mourants; il condamne les ordinations 
épiscopales reçues par des candidats qui n'auraient 
pas auparavant passé par les degrés inférieurs du 
clergé; il évoque devant son tribunal le cas d'un 
certain Daniel, qui, après avoir longtemps causé du 



57 



CÉLESTIN I" — CÉLESTIN II 



58 



scandale en Orient, a réussi à se faire ordonner 
évêque dans un diocèse de Gaule. Il demande enfin 
que chaque province ait son métropolitain et qu'aucun 
métropolitain n'intervienne dans des provinces qui ne 
sont pas de son ressort. 

Cette règle n'empêclie d'ailleurs pas le pape de 
confier à certains évêques des missions de confiance : 
c'est ainsi qu'en 429 Célestin enverra S. Germain 
d'Auxerre en Angleterre pour y poursuivre les parti- 
sans du pélagianisme (Prosper, Chronic, ad aan. 429). 

C'est encore à propos de la Gaule que S. Célestin 
s'occupe des controverses semipélagiennes. Deux 
moines de Marseille, Hilaire et Prosper, qui avaient 
déjà eu l'occasion de défendre, contre les conférences 
de Cassien, la doctrine de S. Augustin, crurent devoir, 
en présence de la persistance de leurs adversaires, 
s'adresser à Rome et se rendre personnellement auprès 
du pape. Ils obtinrent de lui une lettre (Jafîé-Watten- 
bach, 381) adressée à Venerius de Marseille, aux 
évêques Marinus, Leontius, Auxonius, Arcadius, Fillu- 
cius et autres, dans laquelle est loué leur zèle pour la 
vérité. Sans faire de reproches à ses correspondants, 
le pape leur demande de veiller sur la prédication de 
leurs prêtres et de rester fidèles à S. Augustin, que 
Rome a toujours eu dans sa communion. A cette lettre 
est annexé un syllabus que l'on a attribué longtemps 
au diacre Léon, le futur S. Léon, mais qui pourrait 
bien être l'œuvre de Prosper lui-même, selon l'opinion 
défendue par dom Cappuyns, dans Reu. bénédicl., 
1929, p. laG-70. 

En condamnant le semipélagianisme, S. Célestin 
restait fidèle à la position qu'il avait toujours gardée. 
Au début de son pontificat, Celestius avait essayé de 
recommencer ses intrigues : une décision impériale 
avait ordonné son expulsion d'Italie. Plus tard, Nesto- 
rius était intervenu en sa faveur. Tout au moins, peu 
de temps après son élection sur le siège de Constanti- 
nople, avait-il écrit au pape pour lui demander d'ins- 
truire personnellement l'affaire de Julien d'Éclane et 
de trois autres évêques italiens déposés pour cause de 
pélagianisme, afin, disait-il, que l'attitude que l'on 
pourrait prendre à Constantinople à leur égard ne fût 
pas une cause de division ou de malentendu avec Rome 
((Epist. Fraternas, dans F. Loofs, Nesturiana, 165-68). 

Cette lettre de Nestorius demeura sans réponse. 
L'évêque de Constantinople revint à la charge en se 
plaignant du silence du pape et en lui demandant avec 
insistance une solution (Epist. Saepe; ibid., 170-72). 
Célestin ne put, lorsque le 11 août 430 il répondit 
enfin à son correspondant, que lui rappeler les justes 
condamnations portées à Rome et ailleurs, voire à 
Constantinople, par Atticus et par Sisinnius (Jafïé- 
Wattenbach, 374). 

Une affaire plus grave que la controverse pélagienne 
devait occuper les dernières années du pontificat de 
S. Célestin. Dans la lettre Fraternas, qui date de 429, 
Nestorius avait déjà signalé au pape les controverses 
soulevées autour du nom de Mère de Dieu donné à la 
Vierge Marie et marqué nettement son propre senti- 
ment à ce sujet. Il était revenu sur la même question 
dans la lettre Saepe scripsi. Mais déjà, à Rome, on était 
renseigné par d'autres que par l'évêque de Constanti- 
nople. S. Cyrille d'Alexandrie, dès sa première lettre 
à Nestorius (Epist., ii), pouvait assurera son corres- 
pondant que ses sermons faisaient très mauvaise im- 
pression au pape et aux évêques italiens. Après Pâques 
430, il écrivit lui-même à S. Célestin pour lui dénoncer 
l'erreur de Nestorius {Epist. .xi) et il semble que, dès 
avant le reçu de cette lettre, Cassien aurait reçu du 
diacre Léon, agissant sans doute comme mandataire 
du siège pontifical, la mission d'étudier les sermons de 
Nestorius et de réfuter les erreurs qu'ils contenaient. 
En tout cas, dès le 11 août 430, S. Célestin écrivit plu- 



sieurs lettres destinées à S. Cyrille (Jafié-Wattenbach, 

372) , à Jean d'Antioche, à Juvénal de Jérusalem, à 
Rufus de Thessalonique, à Flavien de Philippes (ibid.. 

373) . à Nestorius (ibid., 374): aux prêtres, diacres, 
clercs, serviteurs de Dieu et peuple catholique de 
Constantinople (ibid., 375). Toutes ces lettres sont des 
condamnations de Nestorius; elles indiquent en même 
temps la procédure qui doit être suivie contre lui et 
l'obligation où il est mis de se soumettre dans les dix 
jours après la réception de la sentence portée contre 
lui. 

Nous n'avons pas à rappeler ici le détail des événe- 
ments qui suivirent. Lorsque le concile d'Éphèse 
eut été convoqué par l'empereur, Célestin écrivit à 
Cyrille le 7 mai 431 (Jafïé-Wattenbach, 377) pour lui 
donner des conseils de modération et de prudence; et 
le 8 il adressa au futur concile ses instructions en même 
temps qu'il désignait ses légats et leur donnait ses 
ordres (ibid., 378-79). L'œuvre du concile d'Éphèse 
fut encore approuvée par S. Célestin, qui ne mourut 
pas avant d'avoir appris la déposition de Nestorius et 
l'élection de son successeur Maximien. Des lettres 
furent adressées par lui le 15 mars 432 aux évêques qui 
avaient élu Maximien (ibid., 385); à l'empereur Théo- 
dose II (ibid., 386); à Maximien lui-même (ibid., 387); 
au clergé de Constantinople (ibid., 388). Toutes ces 
lettres manifestent la conscience la plus claire du 
danger que Nestorius avait fait courir à la foi catho- 
lique : elles s'inquiètent encore de penser que l'héré- 
siarque est insuffisamment éloigné pour être mis dans 
l'impuissance de nuire; elles approuvent le choix de 
Maximien; elles rappellent enfin la sagesse tradition- 
nelle du Siège romain, et l'autorité qu'il possède pour 
juger des causes de cette importance. 

Comme on le voit, le pontificat de S. Célestin fut 
rempli par bien des préoccupations. La condamnation 
du pélagianisme et celle du nestoriaiiisme ont été les 
principaux soucis du pape; mais elles n'ont pas été 
seules à l'intéresser, et partout où l'autorité de son 
siège était en question, S. Célestin est intervenu pour 
la maintenir et la fortifier. Lorsqu'il meurt le 27 juill. 
432, l'an'aire iiestorienne est loin d'être terminée, mais 
le pélagianisme a cessé d'être dangereux; les novaliens 
de Rome ont perdu leurs églises (Socrate, Hisl. eccles., 
VII, II) et doivent se réunir en des maisons parti- 
culières; les questions relatives à l'Illyricum et aux 
droits de l'évêque de Thessalonique ont été résolues 
dans le sens traditionnel (Jaffé-Wattenbach, 366). 
On peut dire que S. Célestin a bien servi l'Église. 

Tillemont, xiv, 148-157. — P. Batiffol, Le siège aposto- 
lique de 359 à 451, Paris, 1924; Le catholicisme de S. Augus- 
tin, Paris, 1919. — A. Fliche et V. Martin, Histoire de l'Église, 
IV, Paris, 1937, p. 256 sq. — É. Amann, L'affaire Nesto- 
rius vue de Rome, dans Rev. des sciences relig., xxiii, 
1949, p. 5-37, 207-244. 

G. Bardy. 

4. CÉLESTIN II. Après la mort de Ca- 
lixte II, les cardinaux et le peuple, réunis à l'église 
S. -Pancrace (16 déc. 1124), choisirent pour lui succé- 
der le candidat des Pierleoni, Tebaldo Buccapecci ou 
Boccapecora, cardinal-prêtre de Ste-Anastasie depuis 
déc. 1122 (l'article Honorius II du D. T. C. lui donne 
le prénom de Thomas et en fait un cardinal de Ste- 
Sabine). L'élu accepta, à contre-cœur semble-t-il; il 
prit le nom de Célestin et revêtit la chape rouge; mais, 
tandis qu'en son honneur on chantait le Te Deum, 
Lambert d'Ostie fut élu à son tour, par suite d'une 
manœuvre des Frangipani, et proclamé sous le nom 
d'Honorius II. Spontanément ou sur les instances des 
cardinaux, Buccapecci s'elïaça devant le nouvel élu 
qui. lui aussi, offrit de résigner sa charge afin de per- 
mettre aux deux parties de se mettre d'accord (voir 
art. déjà cité), (^et épisode est raconté par les 



59 



CÉLESTIN II 



60 



cardinaux Pandulphe et Boso. On ignore la date de la 
mort de Buccapecci (au plus tard 1126). N'ayant été 
ni sacré, ni intronisé au Latran, son nom ne figure pas 
sur la liste des papes et le Célestin suivant est considéré 
comme le second du nom. 

Jané, I, p. 822-824. — Pandulfus, Vita Honorii, et Boso, 
Vita Honorii, dans Watterich, Pontif. Roman. Vilae, ii, 
157-59. — Pétri Chron.mon.Cassin.,iv, c. 83, dans M. G. H., 
Script., VI, 804. — D. T. C, vu, 132-133. — Ann. pont., 
1928, p. 121, n. 12. 

Roger Mols. 

5. CÉLESTIN II, pape. Successeur d'Inno- 
cent II, élu le 26 sept. 1143, f 8 mars 1144. 

Guido di Castello doit son nom à la petite ville de 
Città di Castello (Tifernum Tiberinum), en Ombrie, 
d'où il était originaire selon toute vraisemblance. Les 
arguments en faveur de Macerata, défendus par 
R. Foglietti, ont été définitivement réfutés par A. Wil- 
mart, p. 102, n. 1. 

On ignore tout de la date de sa naissance, ainsi que 
des années de sa jeunesse. Un nécrologe le signale 
comme chanoine du chapitre cathédral de Castello. 
Cf. G. Muzi, Memorie ecclesiasliche di Città di Castello, 
Castello, II, 1842, p. 55. Il est mentionné pour la 
première fois à la Curie romaine dans un document 
pontifical du 6 avr. 1123, donné per mamim Guidonis 
Romanae Curiae camerarii (P. L., clxiii, 1290). Le 
titre de Magister qu'on lui décerne parfois (ex. Chron. 
Mauriniac, dans Recueil des hist. de la France, xii, 
87 b) rend hommage à sa science peu ordinaire, due 
en partie à Pierre Abélard, dont il aurait suivi l'en- 
seignement, dont il possédait au moins deux ouvrages 
(le Sic et Non et la Théologie; cf. Wilmart, 100) et 
pour lequel il garda, sa vie durant, une profonde 
amitié. 

Il est difficile de dire de quand datent ces relations; 
elles remontent, selon toute vraisemblance, au delà 
des années 1139-1140, au cours desquelles Guido fut 
chargé d'une mission de plusieurs mois en France. 
Dans sa lettre 192, écrite, semble-t-il, peu après le 
concile de Sens (1140 ou 1141), S. Bernard le met vive- 
ment en garde contre les dangers possibles d'une 
sympathie profondément enracinée pour l'auteur 
du Sic et Non (P. L., clxxxii, 358; voir aussi la 
lettre 193). Avant cette date, la présence ininter- 
rompue de Guido, soit auprès de la cour pontificale 
d'Innocent II, soit en mission, oblige de remonter à 
plus de dix ans en arrière. Pourtant, il n'y a aucune 
preuve positive d'un séjour de Guido en France pour [ 
raisons d'études, mais un ensemble convergent de 
très légers indices; voir Wilmart, p. 100, note 2. 

D'autre part, W. Giesebrecht (Arnaldo da Brescia, 
Munich, 1873, p. 22 sq.) et Bernhardi {Konrad III., 
p. 740, n. 21) ont fait justice de l'opinion de ceux, 
par ex. Gregorovius {Geschichte der Stadt Rom, iv, 
457-58), qui voyaient en lui le cardinal légat Guido, 
protecteur d'Arnaud de Brescia et destinataire de la 
lettre 196 de S. Bernard (P. L., clxxxii, 363-64). Il 
s'agit d'un homonyme. 

En déc. 1127, Guido fut promu cardinal-diacre du 
titre de Ste-Marie in via Lata. Lors de la double élec- 
tion pontificale de 1130, il fit partie des électeurs 
d'Innocent II : son nom figure sur la liste donnée par 
Boso dans sa Vita Innocenta II (Watterich, ii, 174), 
et la même conclusion semble nettement présupposée 
par sa présence à l'entrevue de Salerne (voir plus 
loin). Elle a été admise par R. Zoepfi'el, qui, dans son 
ouvrage Die Papstwahlen, 369 sq., consacre une étude 
spéciale à l'élection de 1130. Toutefois Bernhardi ne 
l'admet qu'avec réserves (Lothar, p. 295-96, n. 61 et 
p. 778, n. 60 fin) : tout en étant du parti d'Innocent II, 
il se pourrait que le cardinal Guido n'ait pas assisté à 
l'élection proprement dite. 



Guido accompagna dans sa fuite en France le pon- 
tife qu'il avait élu et fit partie du voyage au cours 
duquel Innocent II rencontra l'empereur Lothaire à 
Liège (22 mars-début avr. 1131; Chronicon Mauri- 
niacense, dans Recueil des historiens de la France, 
1 XII, 80 c, et Bernhardi, Lothar, 356). Il n'est pas 
prouvé qu'il fut de tous les déplacements entrepris 
par le pape au cours de l'été suivant; mais il fut cer- 
tainement présent au concile de Reims, où il fit partie 
de la commission spéciale instituée par le pape pour 
connaître de certaines plaintes formulées par les 
moines de Marmoutiers (Mansi, xxi, 467-68). 

A la fin de la même année, il est un des trois cardi- 
naux légats envoyés à Cologne, à l'occasion de l'élec- 
tion de l'archevêque (départ de Troyes, après le 
23 nov. 1131, cf. Pflugk-Harttung, Acta, i, n. 165; 
passage probable par Langres, cf. Bachmann, 30; 
séjour à Cologne durant l'hiver 1131-32, cf. Annal. 
Col. Max., 2e recension, M. G. H., SS., xvii, 756, 
hgne 19, et Bachmann, 30-32). Vers Pâques, 10 avr. 
1132, quatre légats, dont Guido de Ste-Marie in via 
Lala, sont présents à la diète lotharingienne d'Aix- 
la-Chapelle (Stumpf, 3267; Bernhardi, Lothar, 424); 
après quoi, ils font route vers l'Italie où le pape les a 
déjà devancés. Leurs signatures sur les documents 
pontificaux (Jaffé, 7584 et 7587) prouvent qu'ils doi- 
vent l'avoir rejoint probablement à Crémone, avant 
le 15 juillet. 

En déc. 1133, Guido di Castello devient cardinal- 
prêtre de S. -Marc. On peut donc l'identifier avec 
l'auteur de la signature presbijter Guido indignus 
sacerdos, qui figure sur les documents pontificaux, du 
12 janv. 1134 au 16 mai 1143, en même temps que 
disparaît son ancienne signature (dernière mention, 
21 déc. 1133). L'identification est d'autant plus vrai- 
semblable que son successeur au titre de S. -Marc, le 
cardinal Gilbert, signera parfois indignus sacerdos 
lit. S. Marci. Cf. Brixius, p. 87, n. 52. Il s'ensuit, quoi 
qu'en disent Ciacconius et ceux qui l'ont suivi, que ce 
n'est pas lui, mais un homonyme, qui fut nommé gou- 
verneur de Bénévent, en 1137-38, lorsque cette ville 
retomba sous l'autorité du pape. Il s'agit en effet d'un 
cardinal-diacre. Cf. Falco Benevent., Chronicon, dans 
Muratori, anc. éd., v, 130 D, 131 B. 

En nov. 1137, Roger II de Sicile ayant, sur le 
conseil de S. Bernard, convoqué à Salerne trois délé- 
gués de chaque parti, témoins de l'élection de leur 
pape respectif, afin d'examiner en une conférence la 
! valeur de ces élections et de mettre fin ainsi au schisme 
qui durait depuis 1130, Guido fut un des trois délégués 
d'Innocent II. A la suite de cette entrevue, le roi 
ayant demandé qu'un cardinal de chaque parti l'ac- 
compagnât à Palerme, où la question serait à nouveau 
débattue vers la Noël, Guido l'accompagna, mais sa 
mission se solda par un échec. 

Vers la mi-juill. 1138, il eut à intervenir, en présence 
de l'empereur Lothaire, comme avocat de la cause 
romaine dans un conflit opposant le S. -Siège et le 
Mont-Cassin {Chron. monast. Cassin., Muratori, anc. 
éd., rv, 566, 573). Revenu à Rome (avant le 17 déc), 
il se vit confier la mission en France dont il a été 
question plus haut. 

Prévoyant sa mort prochaine et désireux d'éviter 
un schisme. Innocent II désigna en 1143 le cardinal 
Guido parmi les cinq candidats auxquels il accordait 
sa préférence pour lui succéder (Chronica Cisterciens. 
S. Mariae di Ferraria, éd. Gaudenzi, Monum. slorici 
edit. dalla Società Napolitana di Storia Palria, sér. I, 
Chronache, Naples, 1888, p. 27). 

L'accord des cardinaux se fit sur la personne de 
Guido. Élu le 26 sept., il fut couronné le 3 oct. 1143. 

Célestin II ne fit que passer sur la chaire de S. Pierre. 
Durant les cinq mois de son pontificat, il ne quitta pas 



61 



CÉLESTIN II 



— CÉLESTIN III 



62 



Rome. Ses deux principaux actes, par lesquels il revint 
sur des décisions de son prédécesseur, concernent la 
France et la Sicile. Sur la demande de Suger et de 
S. Bernard, il leva l'interdit qu'Innocent II avait ful- 
miné contre le domaine royal français, parce que le roi 
Louis VII avait opposé son propre candidat au siège 
de Bourges, un clerc nommé Cadure, à Pierre de la 
Châtre, qui avait été régulièrement élu par le chapitre. 
D'autre part, il se refusa à ratifier le traité de Mi- 
gniano que son prédécesseur avait conclu avec Ro- 
ger II; mais la situation critique des frontières de 
l'État pontifical, surtout de Bénévent, l'obligea à mo- 
dérer son intransigeance initiale et à envoyer, tout à la 
fin de sa vie, deux cardinaux en ambassade à la cour 
de Palerme. Cf. Chron. Ferrar., 27 et Chalandon, 
II, 112. La quasi-totalité de ses autres actes sont des 
mesures de faveur ou des confirmations de privilèges 
concédés à des monastères. 

En prévision de sa mort prochaine, il légua « pour le 
rachat de son âme, à l'église de S.-Floridus » (c.-à-d. 
à la matrice de Città di Castello; Wilmart, 98), les 
56 volumes de sa bibliothèque personnelle. Voir liste 
dans Wilmart, 100-01. Il avait contribué également à 
enrichir le trésor artistique de cette cathédrale. Cf. 
Seroux d'Agincourt, Hist.de l'art par les monuments, 
II (sculpture), 49; iv (sculpture), pl. xxi, Paris, 1823, 
et Rohault de Fleury, La messe, i, 212 et pl. lxxxviii, 
Paris, 1883. 

Il mourut au monastère du Palladium, le 8 mars 
1 144, et fut inhumé au Latran. Cf. Johannes Diaconus, 
Appendix ad libellas Ordinis Romani, dans Mabillon, 
Musaeum Italicum, ii, 568. 

Sous son pontificat, il y eut de nouveaux cardinaux. 
Mais les auteurs ne s'accordent ni sur leur nombre, ni 
sur leurs noms, ni sur la date de leur promotion. 
Ciacconius, i, 1011-20, en donne douze (en réalité 
onze, par suite d'un double emploi), tous créés le mer- 
credi des Cendres 1144. Brixius, 49-50, en mentionne 
dix, tous créés le 17 déc. 1143. La liste de VAnn. pont., 
1928, p. 133-35, en comprend douze, promus à des 
dates différentes. 

On sait que, selon l'interprétation habituelle, c'est 
avec le pontificat de Célestin II que débute la prophé- 
tie des papes attribuée à S. Malachie. 

Sources : Jallé, ii', 1-7, 716, 758. — P. L., clxxix, 761- 
820. — Chevalier, B. B., i, 830. — L. Pont., ii, 385, 449. — 
Watterich, Pont. Rom. Vitae, ii, Leipzig, 1862, p. 276-78. 
— - Von Pflugk-Harttung, Acta pontificum Romanoruni 
inedita, t, 170-73, 290, 417; ii, 333-35, 337, 403, 430; m, 
39-55. — Id., Iter Italicum, 463, 851. — Kehr, //. pont., 
1, p. XXI ; II, p. xxni; m, p. xxxiii-xxxiv; iv, p. xxiv; 
V, p. XXXI ; vi-1, p. xxvi; vi-2, p. xx-xxi; vii-2, p. xx; 
viii, p. XLV. Voir aussi les Nachtràge, dans Nachrichten 
V. d. kôn. Gesellsch. d. Wiss. zu Gôttingen, Phil.-hist. Kl. — 
Kehr, Germ. pont., i, p. xix; ii-l, p. xvi; m, p. xvii. — 
J. Ramackers, Papsturkunden in den Niederlanden, 
Abhandl. der Gesellsch. der Wiss. zu Gôttingen, Phil.- 
hist. Kl., 3» série, fasc. 8, Berlin, 1933, n. 45-47. — Id., 
Papsturkunden in Frankreich, même coll., nouv. série, 
fasc. 2, Gœttingue, 1937, n. 19; fasc. 4, 1942, n. 42. — 
W. Holtzmann, Papsturkunden in England, même coll., 
3« série, fasc. 15-2, Berlin, 1936, n. 33. 

Travaux : J.-M. Brixius, Die Mitglieder des Kardinalkol- 
legiums von 1130 bis 1151, Diss., Strasbourg, 1910. — 
R. Zœpffel, Die Papstwahlen und die mit ihnen in nâchsten 
Zusammenhang stehenden Ceremonien in ihrer Entuiicklung 
vom 11. bis zum 14. Jhdt, Gœttingue, 1871, p. 267-395. 
— • A. Corietti, L'intervenzione del popolo nelV elezione di 
Celestino II (1143), Velletri, 1920. — G. Mercati, Quando 
fu consecrato papa Celestino II ?, dans Quellen und Forsch. 
aus ital. Arch. u. Bibl., xni, 1910, p. 377. — Von Pttugk- 
Harttung, Die Bullen der Pàpste bis zum Ende des zwôlften 
Jahrhunderts, Gotha, 1901, p. 342-48. — Hefele-Leclercq, 
v-1, 760, 795 sq. — Ann. pont., 1928, p. 125, 133-135. — 
Ciaconius Oldoiniis, Vitae et res gestae pontif. Roman, et 
S. R. E. cardlnallum, t. i, Rome, 1677, p. 967-68, 1011-20. 



— A. Certinl, Vita di papa Celestino II da Città di Castello, 
Foligno, 1716. — W. Bernhardi, Lothar von Supplinburg 
(Jahrbûcher der deutschen Geschichte), Leipzig, 1879. — 
A. Wilmart, Les livres légués par Célestin II à Città di Cas- 
tello, dans Revue bénédictine, xxxv, 1923, p. 98-102. — R. 
Foglietti, Per le origini di Macerata : Un papa maceratese, 
Macerata, 1905. — F. Chalandon, Histoire de la domination 
normande en Italie et en Sicile, u, Paris, 1907, p. 81, 112-13. 

Roger Mols. 
6. CÉLESTIN 111, pape, successeur de Clé- 
ment III; élu le 30 mars (?) 1191, t 8 janv. 1198. 

I. Avant le cardinalat. — Hyacinthe, fils de 
Petro Boboni et d'une délia Casa Scotta, originaire du 
« rione » romain d'Arenula, né vers 1105-06, entra de 
bonne heure au service de la cour pontificale. D'après 
une indication de Pierre de Blois (lettre 123, P. L., 
ccvn, 366 sq.), il aurait été sous-diacre dès 1126. 
Brixius, 52, l'identifie au « premier sous-diacre 
Hyacinthe » dont la signature figure encore plus an- 
ciennement sur divers documents pontificaux. Voir 
4 mars 1121 (U. Robert, BiiUaire du pape Callixte II, 
I, 323); 6 mai 1122 (P. L., clxiii, 1247); 16 mai 1122 
(Robert, op. cit., ii, 46); 21 juill. 1126 (P. L., clxvi, 
1265); 22 avr. et 1" mai 1138 (Pflugk-Harttung, 
Acta, II, 295 et P. L., clxxix, 362). Sur les membres 
de sa famille à cette époque et sur les rapports de 
parenté unissant les Boboni aux Orsini, voir C. de Cu- 
pis, Regesto degli Orsini, dans Bolletino délia Società di 
Storia patria Ant. Lod. Antinori negli Abruzzi, 
XIV« année, 2^ série, 1902, p. 129-52; voir aussi le 
tableau généal. IV, dans Brezzi, Roma e l'impero 
medioevale, Bologne, 1947, appendice. 

Hyacinthe aurait séjourné à Paris pour ses études et 
aurait compté Abélard parmi ses professeurs. Ainsi 
s'expliquerait la hardiesse qu'il mit, conjointement 
avec Arnaud de Brescia, à prendre sa défense au 
concile de Sens (1140 ou 1141; cf. Hist. pont., c. 31, 
M. G. H., SS., XX, 537), attitude qui fut vivement 
déplorée par S. Bernard dans sa lettre 189 à Inno- 
cent II (P. L., CLXxxii, 357; voir aussi lettre 338, 
ibid., 543). 

II. Le cardinalat. — Hyacinthe Boboni fut 
nommé cardinal-diacre de Ste-Marie in Cosmedin. 
Cette promotion date soit du 13 févr. 1144, sous 
Célestin II (Ann. pont., 1928, 134, n. 11 ; Hofmeister, 

I 142, n. 3; Wenck, 445), soit du 22 déc. 1144, sous 
j Lucius II (Leineweber, 9; Brixius, 104). La première 
, opinion s'appuie sur des arguments psychologiques : 
similitude des mentalités entre les deux Célestin, 
parenté des attitudes dans l'affaire d' Abélard, choix 
du même patronyme pontifical. La seconde repose sur 
un sérieux argument diplomatique : absence de sa 
signature sur les documents pontificaux avant le 
27 déc. 1144. 

' Il garda ce titre durant 47 années, sous neuf ponti- 
1 flcats successifs. En cette qualité, il signa de nom- 
breuses bulles pontificales; voir leur calendrier dans 
Jaffé, II, 7, 20, 90, 103, 146, 431, 493, 528, 536, repris 
par l'Ann. pont., 1928, p. 134. 

1° Première légation en Ibérie (1154-56). — Envoyé 
par Anastase IV, sur la demande d'Alphonse VII de 
Castille, il part probablement en févr. 1154. Alors qu'il 
est déjà en route, le pape lui fait parvenir les bulles, 
datées du 8 avr., destinées à chacun des trois arche- 
vêques de Braga, Santiago de Compostelle et Tarra- 
gone; il lui confie aussi la mission de faire reconnaître 
la prééminence du siège de Tolède par ces trois 
archevêques et renforcer ainsi les tendances unifica- 
trices dans la péninsule (cf. Jaffé, 9901 ; in extenso dans 
Pflugk-Harttung, Acta, ii, 149 et Fita. Boletin de la 
R. Academia de Historia, xiv, 1889, p. 546; la datation 
de cette dernière pièce, 15 mai 1154, est incertaine. 
Cf. Kehr, Nachr. v. d. Kôn. Gesellsch. der Wissensch. 
zu GOltingen, Phil.-hist. Kl., 1902, p. 429, n. 9). 



63 



CÉLESTIN III 



64 



De nombreux actes conserves aux archives per- 
mettent de retracer les étapes de sa légation (Kehr, 
Abh. der preuas. Akad. der Wiss.. 1928, n. 4, p. 52). 
A l'aller, il passe par Narbonne (31 mars; Kehr, 
Papsturkunden in Spanien, i, n. 66), Tudela (mai), 
Tarragona, Calahorra, Soria. Au début de juill., il a 
rejoint le roi à Ségovie (Boletin de la R. Acad. de 
Historia, viii, 59-61). Le 8 oct., il est reçu procession- 
nellement à Coïmbre; il séjourne plus d'un mois dans 
le nord du Portugal. Vers la mi-nov., au cours d'une 
entrevue à Tuy, il tente en vain de régler à l'amiable 
les conflits de juridiction entre Braga et Compostelle 
(Papsturkunden in Portugal, p. 222, n. 55). Fin janv. 
1155, il est présent au concile interprovincial de 
Valladolid (Actes du concile et dépositions ultérieures 
des témoins publ. par Erdmann, dans Abh. der preuss. 
Akad. der Wiss., Phil.-hist. Kl., 1928, n. 5, p. 55-63). 
L'archevêque de Braga, Jean Peculiaris, n'ayant pas 
comparu, malgré sa promesse, le légat procède contre 
lui à des sanctions canoniques (Nâjera, 3 mars 1155; 
cf. Fita, Boletin de la R. Acad. de Hist., xiv, 551 et 
XXIV, 474; Kehr, Nachr. v. d. Kôn. Gesellsch.d .Wiss. 
zu Gôttingen, Phil.-hist. KL, 1903, p. 158, n. 13). Pas- 
sant ensuite par Logrofio, Estella, Calahorra, Tudela, 
Huesca, il assiste à Lerida, fin avril, à un concile 
national (cf. F. Valls y Taberner, Ein Konzil zu 
Lerida im Jahre 1155, dans Papsttum und Kaiserium, 
364-68). Continuant sa route vers le Languedoc, il y 
séjourna au moins deux mois (Narbonne, 8 mai; S.- 
Gilles-les-Boucheries, près de Nîmes, 22 juin; Kehr, 
Papsturkunden in Spanien, n, n. 79). Il se pourrait 
qu'en automne il soit retourné en Catalogne. Dès le 
début de 1156, il est de retour à Rome. 

2" Légation auprès de Frédéric Barberousse (1158). 
— Désirant tenter un rapjjrochement avec l'empe- 
reur, Adrien lY chargea de cette mission délicate les 
deux cardinaux Henri des Saints-Nérée-et-Achillée et 
Hyacinthe de Ste-Marie in Cosmedin. Leur départ de 
Rome est certainement postérieur au 18 mars, le 
premier des deux ayant encore signé un acte ce jour-là 
(Jafîe, 10392; cf. Pflugk-Harttung, Acta, i, 225); 
contre Leineweber (p. 15) qui fixe le départ au 
29 janv. D'ailleurs la date de la bulle adressée aux 
trois électeurs ecclésiastiques (19 mars, Jafïé, 10393) 
est un indice de plus en ce sens, que cette bulle soit 
fausse ou non. 

Arrivés à Ferrare au cours de leur voyage, les légats 
firent un détour par Modène, afin d'y rencontrer les 
envoyés de l'empereur; puis ils continuèrent par Vé- 
rone et Trente. Poursuivant leur route à travers le 
Trentin, ils furent arrêtés et retenus prisonniers dans 
le château fort des comtes d'Ezza ou d'Eppan et ne 
recouvrèrent leur liberté que parce qu'un frère 
d'Hyacinthe Boboni vint s'olîrir en otage. Ils arri- 
vèrent au camp impérial devant Augsbourg le 
14 juin 1158 (cf. Ragewin, Gest. Frid. Imp., m, 21-23; 
M. G. H., SS., XX, 429-30). L'empereur, mis en garde 
contre eux par son envoyé en Italie Rainald de Dassel 
(L. Sudendorf, Registrum, ii, p. 133, n. 54), leur 
réserva un accueil plutôt froid. La réception dura 
deux jours. Leur message transmis, les légats entrèrent 
en ville où ils logèrent chez le doyen, Roger de 
Reichersberg (frère de Gerhoh), qu'ils réconcilièrent 
avec l'évêque (P.L., cxciii, 570; M. G. H., Libelli, 
III, 499). Sur les autres traces de l'activité des légats 
dans le diocèse d'Augsbourg, durant leur séjour du 
14 juin jusqu'après le 21 juill., et sur les relations 
qu'ils nouèrent avec Otto de Freising, voir Kehr, 
Germ. pont., i, 334, 16 a; 337, 1; 365, 7 a; ii-l, p. 44, 
n. 56 et Monumcnta Boica, vi, 487. 

Un mois plus tard, Hyacinthe est dans le nord de 
l'Italie en compagnie de l'empereur : fin août, il 
assiste à Ravenne à l'installation du nouvel arche- 



vêque; début septembre, il séjourne à Milan. Sa 
signature se retrouve sur les documents pontificaux 
à partir du 14 janv. 1159 (Jaffé, 10534; Pflugk- 
Harttung, Acta, m, 190-91). 

3» Sous Alexandre III : en France (1162-1165). — 
A la mort d'Adrien IV, le cardinal Hyacinthe fut du 
parti d'Alexandre III (7 sept. 1159) contre l'antipape 
Octavien (Victor IV), ce qui lui valut d'être nommé- 
ment excommunié par ce dernier au synode de Pavie 
(13 févr. 1160; Watterich, ii, 472). 

Il suivit Alexandre III dans ses principaux dépla- 
cements et fut chargé par lui de plusieurs missions de 
confiance. Il se pourrait qu'il ait été légat à Gênes, 
en oct.-nov. 1160. Cf. Dunken, 62; Ohnsorge, 50, 
note 169. 

Peu après l'arrivée du pape en France, après une 
première nomination rapportée (Jafïé, 10711; P. L., 
ce, 138), il fut envoyé auprès du roi Henri Vil pour pré- 
parer l'entrevue de Souvigny (entre le 26 juill. et le 
18 août 1162). Aussitôt après, il fit partie du groupe de 
cinq cardinaux chargés par le pape d'accompagner le 
roi de France à l'entrevue projetée avec l'empereur et 
l'antipape, démarche qui resta sans suite (S. -Jean 
de Losne, 29 août). Voir le récit de ces deux épisodes 
dans Hugues de Poitiers, Hist. de Vézelag, M. G. H., 
SS., xxvi, 146 sq.; le récit de ces faits donné par 
Boso, Lib. pont., est inexact. 

Deux ans plus tard, sur le conseil du roi de France, 
le pape fit une dernière tentative pour renouer avec 
Barberousse, qui se trouvait alors à Pavie. Deux cardi- 
naux, dont Hyacinthe, furent chargés de négocier 
avec lui. Mais leur ambassade, se voyant refuser le 
sauf-conduit impérial, ne poussa pas plus loin que Suse 
(début avr. 1164). 

Lors du retour d'Alexandre III en Italie (15 août 
1165), le cardinal Hyacinthe fut envoyé en avant 
avec mission de préparer le voyage du Souverain pon- 
tife et de sa suite. 

4" Deuxième légation en Ibérie (1172-1174). — 
Chargé d'aplanir les difficultés entre le Portugal et la 
Castille-Léon, il part peu avant le 19 mai 1172 
(Jafïé, 14291 ; cf. Kehr, Nachr. v. d. Kôn. Ges. d. Wiss. 
zu Gôttingen, Phil.-hist. KL, 1903, p. 153, n. 7). Il 
passe par Lérida, Tudela, séjourne à Coïmbre, puis à 
Braga avec le roi Alphonse I" (janv. -févr. 1173). Il 
assiste à Léon à un concile régional (mars 1173), 
séjourne à Astorga (fin mars, Florez-Saenz, Espana 
sagrada, xli, 326), est présent au concile de Lérida 
(juill. 1173; la date du 6 févr. donnée, d'après Florez- 
Saenz, Espaila sagrada, xlviii, 297, par beaucoup 
d'auteurs est inexacte; cf. Erdmann, p. 44, n. 3). 
Il retourne alors en Castille, où il a convoqué un 
concile à Salamanque; son passage est signalé fin 
août à Burgos, fin oct. à Sahagun. Le 18 janv. 1174, il 
célèbre, à Saragosse, le mariage du roi d'Aragon avec 
une infante de Castille. Début mars, il est à Barcelone, 
sur le chemin du retour. 

Au cours de cette légation, il procéda à la canonisa- 
tion de S. Rosendo de Celanova (1" sept. 1172) et à la 
translation des reliques des SS. Claudius, Lupercus et 
Victoriens (22 avr. 1173), actes qu'il devait confirmer 
comme pape en 1195. 

Comme dans la précédente, le cardinal Hyacinthe 
fit preuve, au cours de cette mission, d'une très grande 
indépendance d'action à l'égard des directives dont il 
était porteur et dont il considérait sur place qu'elles 
étaient dépassées par les événements. Une de ses 
décisions concernant le monastère de San-Salvador de 
Leire, en Navarre, lui valut à son retour, de la part 
d'Alexandre III, une remontrance sévère et peu ordi- 
naire dans les habitudes administratives de la Curie 
(Anagni, 30 juin 1174; cf. Kehr, Papsturkunden in 
Spanien, ii, n. 135). 



65 



CÉLESTIN III 



60 



5" Entrevue de Venise (1177). — Le cardinal Hya- 
cinthe y fut une des figures marquantes. Il fit partie 
rtu groupe des six cardinaux envoyés en avant pour 
entrer en premier contact avec les personnalités im- 
périales; ils partirent de Siponto ou de Viesti, au plus 
tard le 28 janv. 1177, arrivèrent fm févr. à Ravenne, 
puis à Bologne. Le pape ayant rejoint Venise par mer, 
Hyacinthe fut de toutes les commissions et déléga- 
tions chargées de mettre sur pied un accord entre le 
pape, l'empereur, la Ligue lombarde et les Siciliens 
(cf. Romuald de Salerne, Annales, M. G. H., SS., 
XIX, 443-58; comparer au récit de Boso, L. pont., 
II, 435). Il participe aux délibérations de Ferrare (mi- 
mai 1177), à l'entrevue de Chioggia. Il accueille l'em- 
pereur à son arrivée à Venise. Le 24 juill., il fait partie 
de la députation pontificale chargée de réconcilier 
Barberousse avec l'Église et de lever les censures por- 
tées contre lui. Le 1" août il est présent à la prestation 
de serment de conclusion de la trêve (M. G. H., Const., 
1, 367-68). Fin sept., il est un des trois cardinaux 
choisis par l'empereur pour faire partie de la com- 
mission chargée de trouver un accord au sujet des 
questions territoriales pendantes entre le pape et 
l'empereur. 

Durant les années suivantes, l'activité du cardinal, 
devenu septuagénaire, se restreint. Au printemps 1181, 
il est encore chargé d'une légation en Italie du Nord; il 
séjourne à Milan, à Plaisance (mai), à Viterbe (19 juin) 
(cf. Kehr, Ital. pont., v, 457, 481). 

III. Le pontificat. — 1° Élection de Célestin III 
et couronnement de l'empereur Henri VI ( 30 mars- 
15 avril 1191 ). — A la mort de Clément III, le cardinal 
Hyacinthe fut choisi pour lui succéder. Les circons- 
tances précises de cette élection pontificale restent 
obscures, de même que sa chronologie. Le désaccord 
des sources à ce sujet est tel que les auteurs des 
regestes pontificaux renoncent à se prononcer entre 
les six dates données pour la mort de Clément III et 
les quatre dates données pour l'élection de son succes- 
seur, toutes comprises entre le 20 mars et le 10 avr. 
1191. Parmi elles, les plus précises sont celles des 
Annales Ratisponenses (M. G. H., SS., xvii, 590) : 
élu le jour de la fête de S. Benoît (21 mars), le len- 
demain de la mort de son prédécesseur; celles d'Ans- 
bert, Hist. de exped. Freder. Imperat. (dans Fontes 
Rer. Austriac, Script., v, 75) : élu vers la mi-carême, 
ordonné prêtre le samedi Sitientes (30 mars); celles de 
Wagnus de Reichersberg (Chronicon; M. G. H., SS., 
xvii, 518) : Clément III mort vers la mi-carême, 
Célestin III élu le samedi Sitientes. Voir l'énuméra- 
tion des autres données dans Haller, 556, note 1, et 557, 
note 4. La date du 30 mars est admise dans la plus ré- 
cente liste chronologique des papes, établie par 
A. Mercati; cf. Mediaeval Studies, ix, 1947, p. 71-80. 

Les seules dates certaines sont celle du dernier 
document connu de Clément III (13 mars) et celle de 
la consécration de Célestin (jour de Pâques, 14 avr.), 
laquelle fut suivie, le lendemain, du couronnement de 
l'empereur Henri VI et de l'impératrice Constance, 
dans la basilique de S. -Pierre. 

Il est certain aussi que des tractations eurent lieu 
entre les Romains, le nouveau pape et l'empereur, 
concernant les conditions mises au couronnement et 
peut-être aussi les modalités du cérémonial à adopter. 

En effet, celui-ci semble s'être écarté quelque peu de 
l'ancienne formule du Cencius et avoir subi alors des 
innovations, dont on n'a pu déterminer jusqu'ici ni 
l'ampleur ni la paternité. 

S'il faut en croire Arnold de Lubeck {Chron. Slav., 
V, 4, M. G. H., SS., XXI, 181), ces tractations auraient 
même conduit le pontife élu à différer sa propre 
consécration, afin de pouvoir tenir la dragée haute au 
candidat empereur. Peut-être a-t-il envisagé ou mena- 

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés. 



cé de le faire? En fait, la date de Pâques était la 
première date possible : pour une cérémonie d'apparat 
et pour des tractations à objet multiple, un délai de 
deux semaines n'était pas de trop. 

L'obscurité règne aussi sur les motifs du choix 
d'Hyacinthe Boboni. Haller (p. 560) suppose que le 
Sénat romain, où il comptait plusieurs parents, n'y 
fut pas étranger. Il est certain que le cardinal Hya- 
cinthe jouissait d'une très grande considération dans 
tous les milieux. Les témoignages de ses contempo- 
rains sont unanimement louangeurs à son égard 
(voir références à Baldéric de Trêves, Pierre de Blois, 
Henri de Clairvaux, dans Wenck, p. 443). S. Thomas 
Becket, qui avait entretenu avec lui des relations 
épistolaires, le considérait comme un « ami spéciale- 
ment cher » et comme un des deux seuls membres in- 
tègres de la Curie. Cf. Materials for the history oj Thomas 
Becket, éd. J. C. Robertson {Rer. Britan. M. Aev. 
Script., 67), lettres 315 et 444, vi, 1882, p. 213, 475; 
voir aussi lettre 706, vu, 372. En outre, les nombreuses 
légations dont il avait été chargé avaient enrichi son 
expérience des affaires d'Église. 

Il ne paraît pas qu'il se soit heurté à un fort parti 
d'opposition; cependant Radulf de Diceto affirme 
qu'il n'accepta son élection que pour éviter un schisme 
(éd. M. G. H., SS., xxvii, 280; éd. Stubbs, ii, 89). 
Attitude nullement étonnante de la part d'un vieillard 
qui avait vécu de près les schismes de 1130 et 1159 et 
comprenait que, depuis la mort de Guillaume II, la 
succession de Sicile ne pouvait manquer d'envenimer 
encore les divisions au sein du Sacré-Collège. 

L'élection d'un nouveau pape venait mod,ifler, une 
fois de plus, les rapports entre Rome et l'Empire. 
Pour Henri VI qui justement s'approchait en forces de 
la ville, assuré d'y recevoir enfin la couronne impériale 
promise dès 1189 par le pape défunt, elle était un 
fâcheux contretemps. Les négociations furent menées 
rondement; mais il fallut passer par les conditions des 
Romains qui exigèrent que leur rivale haïe, Tusculum, 
leur fût remise, et en signe de méfiance tinrent fermées 
les portes de leur ville durant toute la cérémonie du 
couronnement. L'empereur accepta; il fit évacuer 
Tusculum par la garnison allemande qui l'occupait et 
rendit la ville au pape, qui la livra aux Romains, les- 
quels s'empressèrent de la détruire de fond en comble. 
Nous suivons ici la version des faits donnée par Roger 
de Hoveden, M. G. H., SS., xxvii, 155. D'autres ver- 
sions diffèrent quelque peu, surtout celle d'Arnold de 
Lubeck, M. G. H., SS., xxi, 181. 

Les historiens anti-romains ont essayé d'attribuer au 
pape l'initiative de ce marchandage peu reluisant. 
A tort, semble-t-il. Mais il reste que le seul fait de s'y 
être prêté sans protester, et d'avoir accepté que les 
biens immobiliers (tenimenta) de la malheureuse cité 
fussent confiés au Saint-Siège, forme une tache dont il 
est difficile de laver sa mémoire. 

2° Célestin III et Henri VI. — Leurs deux règnes 
sont à peu près contemporains. Durant les sept années 
qu'ils se firent face, les occasions de friction ne man- 
quèrent pas. Si la rupture ouverte put être évitée, 
malgré des provocations réitérées de Henri VI, ce ne 
fut que grâce à l'attitude temporisatrice de Célestin. 
Cette attitude a été diversement jugée, ainsi que le 
caractère même de ce pape. La plupart des historiens 
actuels lui reprochent d'avoir fait preuve d'une trop 
grande faiblesse et d'une indécision plus grande en- 
core; ils ne font là que répéter un jugement déjà for- 
mulé par le propre successeur de Célestin III, Inno- 
cent III, un pontife d'une tout autre trempe (Toeche, 
173, n. 1). S'écartant de cette opinion, Haller (p. 658- 
62) en a proposé une autre, voyant dans la temporisa- 
tion pontificale l'expression d'une résistance passive 
I voulue et calculée avec une énergie à toute épreuve. 

H. — XII. — 3 — 



67 



CÉLRSTIN III 



68 



Cette opinion n'a pas été suivie et ne semble |ias devoir 
être retenue. 

Il est certain que, mis en face d'un autocrate dénué 
de scrupules, le pape a tout fait pour ne pas devoir 
couper les ponts; dans ce but, il a poussé fort loin la 
l)atience. 11 est certain aussi que Célestin n'était pas 
un homme de tempérament belliqueux, mais plutôt 
de naturel conciliant, désireux d'éviter à tout prix 
une attitude capable d'éteindre une lueur qui brille- 
rait encore. L'explication dernière du contraste entre 
les deux attitudes pourrait bien consister dans la diffé- 
rence des âges (cf. NVenck, p. 443). Le vieux pontife, 
trois fois aussi âgé que l'empereur, crut sans doute 
que le plus sage était de s'appuyer sur la force d'inertie 
en attendant les événements; il n'avait ni la force 
de caractère, ni les forces |)hysiques pour agir autre- 
ment. 

Aussitôt après son couronnement, Henri VI pour- 
suivit son expédition contre Tancrède de Sicile. Cer- 
taines sources énumérées par Haller (p. noteS), et 
suivies entre autres par Hauck (iv, (i(i4 (691 1), font état 
d'une protestation pontificale. 

Si protestation il y eut, elle se borna sans doute à 
quelques timides conseils de renoncer à l'expédition 
projetée, conseils dictés par la crainte de voir Rome 
encerclée par des territoires impériaux. L'empereur, 
en passant outre, pouvait en toute bonne foi s'imagi- 
ner, comme il le lui dira dans une lettre un an plus tard 
{M. G. H., Const., i, 490), qu'il restait avec le pape en 
relations d'amitié. 

Il se trompait. Par toute son altitude, (Célestin 111 a 
bien montré qu'il ne désirait pas, comme plusieurs de 
ses j)rédécesseurs, a|)puyer son pouvoir sur la protec- 
tion impériale. Mais il ne désirait pas davantage la 
lutte ouverte. S'abstenir de tout engagement; ne 
reconnaître aucune atteinte directe aux droits de 
l'Église; ne se départir qu'à la dernière extrémité de 
son attitude de neutralité expectante, tout en ap- 
puyant en sous-niaia les forces anti-impériales, afin 
d'éviter tout encerclement des États pontificaux; « ne 
dire ni oui ni non, et dire cependant non à force de ne 
])as dire oui » (C. Poulet, Hist. du christiaiiixme. ii, .574), 
telle est la ligne de conduite qui se dégage de ses actes. 
(;ette ijolitique fut-elle son œuvre ])ersonnelle, ou lui 
fut-elle dictée par l'une des deux puissantes factions 
cardinalices? Impossible de le déterminer. 

3° Les années de conflit larvé ( 1191-1 194 ). - La 
première expédition sicilienne de Henri VI ayant 
piteusement échoué au siège de Naples (24 août 1 191 ) 
et Tancrède ayant fait des offres alléchantes, afin de 
sonder les dispositions pontificales (M. G. H., SS.. 
VI, 429), le pape se rapprocha du parti sicilien. Pour la 
punir de son attitude pro-impériale, l'abbaye du Mont- 
Cassin fut mise en interdit et son doyen, Aténolf, 
excommunié (fin 1191). Tandis qu'il négociait du côté 
sicilien, le pape délégua auprès de l'empereur l'abbé de 
Casamari (févr.-mars 1192) afin de lui proposer sa mé- 
diation en vue d'un armistice avec Tancrède. La 
réponse impériale (11 mars 1192, M. G. H., Const., 
I, 491, n. 344) n'étant qu'un refus plein de hauteur, 
Célestin III fit activer les pourparlers siciliens : ses 
deux plénipotentiaires, Albin, évêque d'Albano, et 
Grégoire, cardinal de Sainte-Marie in Aquiro, con- 
clurent avec Tancrède le concordat de (Iravina (juin 
1192. M. G. H., Const., i, 593-94, n. 417) : le pape 
reconnaît Tancrède comme roi de Sicile et obtient en 
contre-partie une prestation d'hommage (Alba, fin 
juin, M. G. H., Const., i, 592, n. 416) et divers avan- 
tages d'ordre ecclésiastique : extension du droit d'ap- 
pel à Rome, élections épiscopales, droit de légation 
(cf. Chalandon, ii, 465-66). De plus, il obtient - sans 
que le concordat fasse mention de cette clause — que 
'Pancrède remette entre ses mains l'impératrice Cons- 



tance, que les habitants de Salerne lui avaient livrée 
pour se faire pardonner leur défection initiale. 

Cet éi)isode concernant l'impératrice a été diverse- 
I ment raconté et expliqué. Les deux récits les plus com- 
j ])lets sont impossibles à concilier : Annal. Casinenses, 
: 2'- version, ann. 1192, M. G. H.,SS.,xix,3Ui:— Annal. 

Ceccanenses, ann. 1193, M. G.H.,SS.,xix, 292. Les in- 
j ler|)rétations de Chalandon (ii, 467), Hampe (190) et 
: Toeche (314) ne tiennent pas devant celle de Haller 
: (578-79) et de Friedlànder (78-80) : ce gage précieux 
I devait prémunir le pape contre le mécontentement 
que ressentirait l'empereur à la nouvelle du concordat 
sicilien et lui servir en même temps à forcer un modus 
Vivendi entre les deux souverains. Ajoutons le désir de 
ré|)arer envers l'impératrice le tort causé par l'attitude 
inqualifiable des Salernitains. 

La fuite de l'impératrice, échappant à la vigilance 
de l'escorte cardinalice chargée de la ramener à Rome, 
I dérangea les calculs du pape en le découvrant du côté 
impérial. 

Pourtant tout conflit décisif fut évité : l'empereur 
se borna à interdire toute communication entre Rome 
et le territoire impérial. Le pape fit le mort et, s'il se 
rapprocha du parti guelfe, il mit le plus grand soin à ne 
pas heurter l'empereur de front. 

Dès le 5 août 1191, il avait accordé à Henri le Lion 
le privilège de ne pouvoir être excommunié que sur 
son ordre exprès (Jatïé, 16736). Mais il n'intervint pas 
dans la coalition des princes saxons. 

S. Albert de Louvain, évincé du siège de Liège par 
Lothaire de Hochstade, candidat imposé par l'em- 
|)ereur, étant venu à Rome pour en appeler au pape, 
Célestin III confirma son élection et chargea l'arche- 
vêque de Cologne et, à son défaut, celui de Reims de 
lui conférer la consécration épiscopale (Gilles d'Orval, 
Vita Alberti, M. G. H., SS., xxv, 146 sq.). Mais 
l'assassinat du prélat par deux chevaliers du parti im- 
périal (24 nov. 1 192) ne provoqua à Rome qu'une 
mesure de sanction contre l'évêque intrus et rien 
contre l'empereur, malgré la protection ouverte que 
celui-ci accorda aux assassins (Vita Alberti, ibid., 
162-64; Gisleberl de Mons, Chron. Hanon.. éd. Van- 
derkindere, (^omm. roy. d'Hist., in-S", 280). 
j Même dans l'aftaire de Richard Coeur de Lion, Cé- 
lestin III se départit à peine de son mutisme. A son 
retour de croisade, le roi d'Angleterre, passant par 
l'Europe centrale, fut arrêté et emprisonné par le duc 
Léopold d'Autriche avec la complicité de l'empereur 
i (21 déc. 1192; Toeche, 259). Malgré trois appels émou- 
I vants adressés à (Célestin par la reine-mère Éléonore 
' (l'authenticité du troisième est incertaine), le pape 
fit preuve d'une modération frisant la pusillanimité. 
Peut-être a-t-il brandi devant Henri VI le spectre de 
l'excommunication et de l'interdit (Roger de Hove- 
den, M. G. H., SS., xxvii, 161)? Peut-être a-t-il prêté 
une oreille favorable aux projets impériaux du duc de 
Louvain (Gislebert de Mons. op. cit., éd. cit., 282; 
éd. M. G. H., SS., xxi,582)? Il est certain qu'il n'est 
; pas allé plus loin. 

Plus tard seulement, bien ai)rès la libération du pri- 
sonnier contre rançon et otages, il chargea l'évêque 
de Vérone d'intervenir énergiquement auprès du duc 
Léopold d'Autriche (6 juin 1194. Jatfé, 17119; P. 1.., 
ccvi, 1036). 

Puis, Léopold étant mort, il api)rouva les mesures 
énergiques prises par l'archevêque Adalbert de Salz- 
bourg pour obtenir la libération des otages et la resti- 
tution du reUquat des 150 000 marcs touchés pour 
la rançon de Richard (22 mars 1195; Magnus de 
Reichersberg, Chronicon, M. G. H., SS., xvii, 522). 
\'is-à-vis de l'empereur, pas un geste. 

Durant ce temps, par des mesures unilatérales, 
l'empereur empiétait de plus en plus sur les droits de 



G9 



CÉLESTIN III 



70 



l'Église dans les territoires contestés (Toscane, Oni- 
brie, Marche) et jusqu'aux environs immédiats de 
Rome. 

4" Le projet de croisade impériale (1195-1196). — 
Empereur et pape continuèrent à s'ignorer récipro- 
quement, jusqu'à la mort de Tancrède (20 févr. 1194) 
et l'achèvement de la seconde campagne de Sicile 
(automne 1194-hiver 1194-95). 

Toutefois, l'empereur caressait un rêve, pour lequel 
il ne lui suffisait pas d'obtenir l'assentiment réticent 
des seigneurs impériaux (diètes de Worms, Mayence, 
Wurzbourg, déc. 1195-avr. 1196). Transformer l'Em- 
pire en une monarchie héréditaire, et pour cela faire 
recevoir l'onction royale, en même temps que le bap- 
tême, à son fils Frédéric-Roger qui venait de naître; 
c'était chose impossible, sans le concours du pape. Il 
s'agissait donc de l'amadouer et de rétablir les rela- 
tions normales. 

Dans ce but, il se décida à jouer la carte de la croi- 
sade. Pour sonder les dispositions romaines, il adressa, 
non directement au pape, mais aux cardinaux, une mis- 
sive où il fit miroiter le mot magique, sachant bien 
qu'il toucherait ainsi au grand idéal de Célestin III. Il 
chargea Wolfger de Passau d'ouvrir les négociations 
(cf. Kalkoïï, Wolfger von Passau, 1882). 

Alors le pape, ne pouvant faire grise mine à un pro- 
jet de croisade, se vit contraint, bon gré mal gré, de 
sortir de son silence. Sa première réponse fut pour 
s'assurer des bonnes dispositions de l'empereur : 
demandes de dédommagement pour injustices subies 
et leçons de morale sur les devoirs des princes chré- 
tiens (texte dans Magnus de Reichersberg, Chron., 
M. G. H., SS., XVII, 523, et Watterich, ii, 741 sq.; in- 
terprétations très diverses : Caro, Toeche, Leine- 
weber, Traub, Hauck, Leonhardt, Haller). 

Wolfger ayant rejoint l'empereur avec une réponse 
qui n'était pas une fin de non recevoir, mais pas non 
plus l'acceptation enthousiaste que suppose Leine- 
weber (p. 7), Henri VI résolut de brusquer les événe- 
ments. Le vendredi saint, 31 mars 1195, à Bari, au 
cours d'une cérémonie secrète, en présence de 3 cha- 
pelains seulement, il se fit mettre la croix (cf. Annal. 
Marbac, M. G. H., S. R. G. in usum sc/io/., 65); le jour 
de Pâques il proclama officiellement la croisade 
(M. G. H., Const., i, 514) et dix jours après il envoya 
dans tout l'empire une missive de recrutement (ibid.j. 

Menacé d'être battu de vitesse dans son projet le 
plus cher, le pape prit l'affaire en mains. Il envoya 
deux cardinaux, dont Pierre de Sainte-Cécile, en mis- 
sion vers l'empereur (départ avant le 29 avr.); ils 
rejoignirent Henri VI dans la Marche d'Ancône et 
poursuivirent leur route vers l'Allemagne en prêchant 
la croisade, dont la bulle fut promulguée par le pape, 
le 1" août (Jaffé, 17274; Sudendorf, Registrum, i, 82, 
n. 37; Annal. Marbac, éd. cit., 85). La mission des 
cardinaux en Allemagne rencontra un très bon accueil 
(itinéraire dans Friedlânder, 89-95; liste des partici- 
pants : Annal. Marbac, éd. cit., p. 66, 1. 15 sq.; à 
compléter par Leonhardt, p. 10). Par ailleurs, une 
invitation à participer à la croisade fut aussi adressée 
au roi d'Angleterre par l'entremise de l'archevêque 
de Canterbury (25 juill. 1195. Jaffé, 17270; Traub, 
15 sq.). Le délai pour la croisade, fixé d'abord à mars 
1196, fut ensuite reculé d'un an. 

Durant ce temps, le cardinal Pierre de Sainte- 
Cécile, sa mission terminée, retourna auprès de l'em- 
pereur et l'accompagna pendant plus d'un an, sans que 
les négociations avec Rome avançassent d'un pas. Par 
ailleurs, des plaintes très vives, adressées au pape par 
l'impératrice Constance, chargée du gouvernement de 
la Sicile, prouvent bien que Célestin III ne recon- 
naissait pas le nouveau régime imposé à ce pays par le 
pouvoir impérial et continuait à revendiquer les droits 



octroyés au Saint-Siège par le concordat de Gravina 
(lettre du 3 oct. 1195; Jaffé, 17270, publ. par Kehr 
dans l'édit. du recueil de lettres de Thomas de Gaète, 
Quellen und Forsch., vu, 1905, p. 50-52, n. 9). 

5° L'offre mystérieuse de Henri VI (1196). — Dans 
les relations entre Célestin III et Henri VI, il est un 
épisode fort obscur qui a exercé la sagacité des histo- 
riens : c'est celui des pourparlers d'automne 1196. 

On sait que l'empereur, ayant franchi les Apennins, 
prêt à entreprendre sa troisième campagne sicilienne, 
prit d'abord le chemin de Rome; dès le 20 oct., il 
arrive aux environs de la ville; ensuite, pendant plus 
de six semaines, il décrit autour d'elle un large cercle, 
séjournant en diverses localités : Tivoli, Palestrina, 
Ferentino. Ce fut alors un va-et-vient d'ambassadeurs 
impériaux, pontificaux et sénatoriaux. Finalement, 
l'empereur poursuivit sa route vers le Sud, après avoir 
envoyé au pape une missive déplorant vivement la 
non-réussite des négociations, alors qu'il lui avait 
offert des avantages tels que ni son père, Frédéric 
Barberousse, ni aucun de ses prédécesseurs n'en 
avaient jamais proposé de pareils au Saint-Siège. 
Cette lettre fut probablement envoyée de Capoue, 
18 déc. 1196, M. G. H., Const., i, 525, n. 376; la date 
est controversée; l'original contenait Capue xV kal. 
decembris, chose impossible, Henri VI se trouvant du 6 
au 26 nov. à Tivoli. Contre les interprétations de 
Haller (624-27), Winter (Erbreichsplan, 78 sq.), Fried- 
lânder (159), la datation donnée plus haut est défen- 
due par Stumpf, 50-53, et Pfaff, 56 sq., une erreur de 
date étant plus admissible qu'une erreur de lieu. 

Ce passage mystérieux de la lettre impériale a trouvé 
bon nombre d'exégètes : J. Caro, Die Beziehungen 
Heinrichs VL zur Rômischen Kurie wàhrend der 
Jahre 1190-1197, Rostock, 1902, p. 43 sq., y voit une 
offre de renonciation au droit de régale. Dans une étude 
qui a renouvelé le sujet {M. L Oe. G., xxxv, 647-57) 
et dans de nombreux ouvrages qui suivirent , Haller sup- 
pose que l'empereur aurait proposé à Célestin III de 
lui faire l'hommage pour l'Empire. Son opinion, fondée 
surtout sur une interprétation nouvelle d'un passage 
de la Deliberalio super facto imperii de tribus electis 
d'Innocent III, trouva peu d'écho (Sperling, Studien 
zur Geschichte der Kaiserkrônung und Weihe, Diss., 
Fribourg, 1918, p. 44; Mack, Die kirchliche Steuer- 
freiheit in Deutschland seit der Dekretalgeselzgebung, 
dans Kirchenrechtliche Abhandlungen, lxxxviii, 1916, 
p. 42). 

La réfutation de son argumentation, faite coup sur 
coup par É. Jordan (Mélanges Ferdinand Lot, 1925, 
p. 285-98) et par V. Pfaff (Heidelberger Abhandlungen, 
n. 55, 1927, p. 19-26), entraîna le rejet de l'hypothèse. 
Une autre explication rapproche le passage en ques- 
tion d'un chapitre du Spéculum Ecclesiae de Girald de 
Barry, dit le Cambrien. Dans ce chapitre (dist. IV, 
ch. xix; M. G. H., SS., xxvii, 397), l'auteur, dont les 
rapports avec la Curie romaine furent étroits durant 
les premières années du xiii*' s., affirme ceci : Henri VI, 
se rendant compte des difficultés financières dans les- 
quelles se débattait le Saint-Siège, par suite des pertes 
territoriales toujours plus grandes auxquelles il était 
incapable de s'opposer et auxquelles l'empereur, prin- 
cipal bénéficiaire, ne voulait pas remédier, proposa au 
pape un arrangement en vertu duquel le Saint-Siège se 
verrait assuré de la meilleure prébende de chaque 
église métropolitaine et des plus riches églises épisco- 
pales dans tout le territoire impérial; l'on proposerait 
ensuite d'étendre cet arrangement à toute la chrétien- 
té, au cours d'un concile général. Ainsi pensionné par 
l'ensemble de l'Église, le pape pourrait plus facilement 
renoncer à ses revendications territoriales. De fait, en 
1182-83, Frédéric Barberousse avait proposé à Lo- 
thaire III un arrangement analogue, mais s'étcndant 



71 



CÉLESTIN TII 



72 



seulement à 2/10 à percevoir sur tous les revenus im- 
périaux d'Italie, en échange d'une renonciation aux 
territoires contestés. Il se peut qu'il faille voir là la i 
grande ofTre de Henri VT. (;f. Hampe, Meister dcr 
Politik. I, ()(i2 sq.; Rauer, (Inlersuchiingen ziim Erb- 
reichsplan Ileinrichs VI., Leipzig, 1921, \). lOfi; 
Cambridge Mediaeval Hislory. v, 477; PfalT, 33-44; 
Jordan, dans VHist. générale de G. Glotz, Moyen Age, 
iv-1, p. 163, note 31. 

6° La dernière année (1197). — L'insuccès de la 
« grande olTre » impériale ralentit les pourparlers entre 
Henri VI et Célestin IIL Le délai de réflexion demandé i 
par celui-ci ayant expiré, l'empereur revint à la charge, 
d'abord par une lettre (10 févr. 1197; M. G. H., 
Const., I, 514), ensuite par une légation avec pleins 
pouvoirs (mars 1197; cf. Pfafl, 65). La réponse du 
pape (M. G. H., Const., i, 525 sq.; date probable fin 
févr. 1197, Pfalï, 61-64, contre Haller, 92) était, une 
fois de plus, dilatoire. 

Tandis que les pourparlers avec l'empereur traî- 
naient en longueur, la diplomatie pontificale tissait sa 
toile sur toute l'Italie. Après une première mission 
pacificatrice à Pise et à Gênes en mars 1196 (Kehr, 
Ital. pont., III, 363, n. 47; vi-2, 341, n. 90), le cardinal- 
légat Pandulphe fut envoyé une nouvelle fois à Flo- 
rence (l"mars 1197); l'objet officiel de sa mission était 
de régler deux conflits mineurs concernant San Marti- 
ne et Santa Maria Novella ; mais, selon toute vraisem- 
blance, ce n'était là qu'un prétexte : son séjour en 
Toscane se prolongea plus de huit mois et fut couronné 
par la conclusion, en sa présence, de la Ligue toscane 
(San Genesio, 11 nov. 1197. Voir R. Davidsohn, 
Gescliicfite von Florenz, i, 611-17). Pise, qui s'obstinait 
dans son alliance impériale, fut mise en interdit. 

Une autre réunion importante pour le regroupement 
des forces de la résistance italienne, sous l'égide de 
l'Église, fut celle de Fonte Avellana (31 août 1197). A 
l'occasion d'une consécration d'église, treize évêques 
de rOmbrie et de la Marche s'y réunirent, sous la pré- 
sidence d'un légat pontifical, Gentile. Cf. Kehr, liai, 
pont., IV, 97. En nov. de la même année, le pape félicita 
l'évêque de Fermo et l'abbé de Farfa pour leur zèle 
anti-impérial. JafTé, 17585. 

Par contre, rien ne prouve que Célestin III ait 
trempé dans la conspiration sicilienne du printemps 
1197, dont les auteurs et les complices devaient être 
si inhumainement châtiés par l'empereur. La seule 
source qui fasse mention d'une soi-disant complicité 
pontificale (Annal. Marbac., M. G. H., S. R. G. in 
usum sctiol., 69) en parle comme d'un bruit incer- 
tain. 

Durant l'été 1197, le pape tomba sérieusement ma- 
lade, ce qui ralentit encore le rythme des négociations 
avec l'empereur. Pourtant ce ne fut pas le pape nona- 
génaire qui mourut le premier. Le 28 sept. 1197, 
Henri VI était emporté soudainement par la fièvre, à 
Messine, tandis qu'il présidait aux préparatifs d'une 
croisade. Il laissait un testament, qui semble bien être 
authentique et dans lequel il cédait sur toute la ligne; 
en particulier, il reconnaissait les droits de l'Église 
sur les territoires contestés. Sans s'appuyer sur ce 
document resté secret, dont il n'eut jamais connais- 
sance, le pape, aussitôt parvenue la nouvelle de la 
mort de Henri VI, chargea deux légats en Ombrie et 
dans la Marche d'exiger de la part des autorités une 
reconnaissance effective de ses droits, d'excommunier 
Markward d'Annweiler et tous les partisans d'une 
collaboration avec le parti impérial et ainsi « d'établir 
une paix perpétuelle entre les fils de l'Église » (22 et 
23 déc. 1197). Kehr, Ital. pont., iv, 118, 138, 150, 154; 
Jaffé, 17585; publ. dans Nachrictiten der Gesellschaft 
der Wissensch. zu Gôttingen, Phil.-liist. Klasse, 1898, 
fasc. 1, p. 43-44. 



Sentant ses forces s'affaiblir et la mort approcher, 
Célestin III aurait risqué une tentative restée unique 
i dans l'histoire de la papauté. Le jour de Noël 1 197, il 
aurait insisté auprès des cardinaux réunis, pour qu'ils 
désignent comme son successeur le cardinal de Sainte- 
Prisque, Jean Colonna, plus souvent appelé ,Ican de 
Saint-Paul (biographie dans Wenck, 456-73). Il aurait 
même proposé d'abdiquer la tiare, au cas où sa propo- 
sition aurait été admise. Cet épisode s'appuie sur la 
seule autorité de Roger de Hoveden (éd. Stubbs, iv, 
30 sq.; éd. M. G. H.. SS., xxvir, 176). Winkelmaun 
i (PlùUpp von Scliwaben, 1873), p. 488-92 en admet l'his- 
toricité. Son avis a été repris par la thèse de K. Holder, 
Die Désignation der Naelijolger durch die Pàpsle, Fri- 
bourg (Suisse), 1892, p. 68-70, et par J. Hollweck, 
Kann der Pupst seinen Nachfolger bestimmen?, dans 
Arch. jûr kath. Kirchenrectit, lxxiv, 1895, p. 123-24. Ce 
projet aurait échoué devant le refus des cardinaux. 

7° Célestin III et les autres pays de la chrétienté. — 
Durant ce pontificat, les relations entre le S. -Siège et 
riimpire ont occupé l'avant-plan de la scène. Avec 
les autres pays, les rapports furent plus elïacés. 

Envers Philippe Auguste le pape fit montre de la 
même réserve qu'envers l'empereur. A son retour de la 
croisade interrompue (début nov. 1191), le roi de 
France fut reçu à Rome avec les honneurs réservés 
aux seuls vrais croisés (Cartellieri, ii, 251-52), mais il 
ne parvint à obtenir du pape aucun acte inamical à 
l'égard du roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion. 
Spécialement dans les conflits concernant les affaires 
normandes, Célestin ne dévia jamais de sa position de 
stricte neutralité. 

Il fit preuve d'une plus grande énergie dans la triste 
affaire matrimoniale dont Isemborg (Ingeburge) de 
Danemark fut la malheureuse victime. Le roi l'avait 
épousée par politique (15 août 1193); peu après, pré- 
tendant n'avoir pu consommer son mariage, il deman- 
da un divorce, qui fut accordé, pour des motifs imagi- 
naires, par une réunion de prélats français (Compiègne, 
5 nov. 1193). Pressé d'intervenir, le pape fit défense au 
roi de prendre une autre épouse (13 mai 1195, Jaffé, 
17241-17243; P. L., ccvi, 1095, 1098). Le roi viola la 
défense et épousa sa cousine Agnès de Méran. Dès lors, 
les rapports furent très tendus entre Rome et Paris, 
mais le conflit n'atteignit son point culminant que 
sous Innocent III. 

Avec les pays de la péninsule ibérique, l'ancien car- 
dinal Hyacinthe entretint des rapports excellents, à 
part deux conflits avec Alphonse IX de Léon. Le 
premier fut encore une affaire matrimoniale. Le roi de 
Léon avait épousé l'infante Teresa de Portugal, bien 
qu'elle fût sa parente à un degré prohibé. Dans un 
concile à Salamanque, un légat envoyé par le pape dé- 
clara nul le mariage royal. Le roi s'obstinant, Célestin 
l'excommunia et mit ses États en interdit. Le conflit 
dura jusqu'en 1 195 et reprit un an plus tard parce que 
le roi de Léon avait traité avec les Sarrasins, affai- 
blissant ainsi le front commun des forces chrétiennes 
de la Reconquista (31 ocl. 1196, Jalfé. 17433). 

En Angleterre, Célestin III dut intervenir dans deux 
questions très importantes, la i)remière de nature poli- 
tique, l'autre d'administration ecclésiastique. Sur leurs 
rétroactes, voir R. Foreville, L'Église et la Royauté 
en Angleterre sous Henri II Planlagenet ( 1154-1189) , 
Paris, 1943, p. 589. 

La première opposait l'évêque d'Ely, Guillaume 
Longchamp, chancelier du roi, grand justicier d'An- 
gleterre et légat apostolique, à un parti de rebelles, 
composé d'évêques et de grands féodaux, soutenus 
par le frère du roi, Jean sans Terre, et dont le porte- 
parole était l'archevêque Walter de Rouen. A la suite 
d'un coup d'État, Longchamp fut déposé et expulsé 
en oct. 1191 ; les deux partis se couvrirent l'un l'autre 



73 



CÉLESTIN III 



74 



de censures ecclésiastiques et vinrent cliercher soutien 
à Rome. 

La seconde question était celle de la substitution, 
auprès des sièges épiscopaux, de chapitres séculiers à 
la place des anciens couvents bénédictins. Pendante 
depuis longtemps, elle eut un regain d'actualité en 
1197, quand l'archevêque de Canterbury obtint du 
pape l'érection du chapitre séculier à Lambeth près de 
Londres (9 juin 1197, Jaffé, 17564), malgré les efforts 
déployés en sens opposé par une délégation de moines. 
Par contre, une solution identique, achetée à Rome 
sous Clément III par l'évèque de Coventry, fut annulée 
par Célestin (Jaffé, 17600, date probable nov. 1197). 

Si tous les documents mentionnant ces deux afïaires 
méritent créance (références dans Wenck,447-49,notes, 
et460-62, notes), Célestin y aurait adopté une attitude 
fort louvoyante, annulant ses propres décisions, reve- 
nant à plusieurs reprises sur des assurances données à 
chacun des partis en présence et allant même jusqu'à 
refuser de reconnaître ses propres actes. 

8° Célestin III el l'empire byzantin. — Envers l'em- 
pire d'Orient, l'attitude de Célestin III fut dominée 
par la nécessité d'adopter une politique de bascule 
entre l'impérialisme de Henri VI et celui d'Isaac II 
l'Ange. Deux autres problèmes tout aussi importants 
augmentaient encore la complexité de la situation 
réciproque : l'union des Églises et les croisades. 

Le rapprochement initial du pape avec Tancrède de 
Sicile se doubla d'un rapprochement avec Byzance, 
dont les troupes avaient repris position sur les rivages 
de l'Adriatique. Le mariage de Roger, fils de Tancrède, 
avec la princesse Irène, mariage peut-être suggéré par 
le pape, en fut le couronnement. Au cours des négo- 
ciations préliminaires à ce mariage. Isaac r.\nge avait 
fait savoir au prince de Capoue (c.-à-d. |)robablement 
Roger lui-même; cf. Laurent, 30-31) l'intérêt qu'il 
portait à l'union des Églises. Des])ote mégalomane et 
visionnaire illuminé, ce basileus concevait cette union 
sous un angle césaropapiste. Célestin III. averti par le 
prince normand, envoya une première lettre au basi- 
leus, lequel répondit iiar un véritable hymne, accordé 
selon le mode byzantin, à l'unité chrétienne el à l'in- 
divisibilité du Corps Mystique du Christ » (Laurent, 
46; document 3 décrit par Laurent, 29-31, date pro- 
bable : 1192. Cf. aussi Festa, dans Bessarione, v, 1899, 
p. 43-44, note). 

Une seconde mis.sive du pape (1192-93?) devait 
contenir une demande d'aide au secours de la croi- 
sade. On répondit de Byzance par un chrysobulle 
d'Isaac II et une lettre du patriarche Georges Xiphilin 
(1" et 2'- document décrits par Laurent, 27-29 et 29, 
avec références ultérieures); le chrysobulle est pro- 
bablement identique à F. Dôlger, Regeslen der Kaiser- 
itrkunden des Ostrômischen Reiclics, ii, n. 1615 {Corpus 
der griectiisclien Urltunden des Mittelalters und der 
Xeueren Zeit, série A, V partie). En ce cas, ces 
documents furent remis au pape par l'ambassade 
byzantine qui assista le 1" octobre 1193 à la canonisa- 
tion de S. Jean Gualbert. La lettre du patriarche traite 
avant tout de la primauté du siège romain. La réponse 
de l'empereur est, somme toute, une dérobade byzan- 
tine assaisonnée d'assurances lointaines et de reven- 
dications transparentes. L'empereur s'excuse de ne 
pouvoir soutenir effectivement les Latins; il estime 
d'ailleurs que les croisades sont une entreprise sans 
lendemain à cause des divisions intestines des Occi- 
dentaux; il signale non sans malice que l'activité paci- 
ficatrice du pape a un large champ d'action à l'inté- 
rieur de la chrétienté et lui demande d'intervenir à 
Buda pour faire évacuer des territoires byzantins 
occupés par les Hongrois. 

Célestin n'insista pas, mais après la conquête de la 
Sicile par Henri VI et son couronnement à Palerme 



(25déc. 1194), et plus encore après la chute d'Isaac li 
et ses négociations avec l'empereur allemand (avr. 
1195), Byzance se sentit directement menacée. Le 
nouveau basileus, Alexis III, ayant reçu un ultimatum 
comminatoire de Henri VI, tenta de recourir au pape. 
Mais son message fut intercepté par la police impé- 
riale (été 1196, Dôlger, op. cit., u, n. 1635). Déjà la 
diplomatie pontificale était intervenue spontanément 
en obtenant de l'empereur qu'il renonçât à toute 
agression contre Byzance, afin d'assurer plus rapi- 
dement les secours promis à la Terre sainte. Le juge- 
ment de Norden sur la politique byzantine de Céles- 
tin III (Das Papsttum und Byzanz, Berlin, 1903, 
p. 114-33) doit donc être corrigé sur plusieurs points. 
Cf. Laurent, 55-58. En particulier, les sujets traités au 
cours des premiers rapports épistolaires montrent cjue 
le reproche fait au pape d'avoir relégué dans l'ombre 
les questions religieuses au bénéfice des tractations 
politiques est sans fondement. 

9° Célestin III et Rome. — Pape romain, pouvant 
compter sur l'appui des Orsini, dont les Boboni for- 
maient une lignée collatérale, Célestin III avait encore 
renforcé sa position à l'intérieur de la Ville Éternelle 
en souscrivant dès l'aube de son pontificat aux 
demandes des Romains concernant 'Tusculum, leur 
rivale haïe, et en concédant, par libéralité spéciale, les 
presbiteria aux sénateurs surnuméraires (Brezzi, 378). 
Seul cet appui intra muros pouvait lui permettre 
d'adopter vis-à-vis de l'empereur son attitude d'indé- 
pendance temporisatrice. Pourtant l'instabilité du 
régime politique intérieur de Rome rendait cet appui 
fort précaire. Durant son pontificat, ce régime fut 
modifié à trois reprises : au gouvernement oligar- 
chique des 56 sénateurs, dont une bonne part tout 
dévoués aux Orsini, succéda en 1191 le pouvoir per- 
sonnel d'un sununus senator, dont les titulaires appar- 
tinrent à des factions rivales, d'abord populaires puis 
patriciennes. Cf. Halphen, Études sur l'administration 
de Rome uu Moyen Age (751-1252), p. 161. 

(irâce à la diplomatie du vieux pontife, les relations 
entre la ville et le Saint-Siège ne furent pourtant 
jamais sérieusement troublées. Le pape mena sa poli- 
tique en toute liberté et, de leur côté, les contingents 
romains vinrent plus d'une fois renforcer les armées 
impériales {Annal. Casin., M. G. H., SS., xix, 326). 

10° Activité spirituelle, artistique et missionnaire. - - 
A l'inlérieur de la chrétienté, le vieux pontife encoura- 
geait l'évolution de la vie religieuse, suivant des for- 
mules adaptées aux besoins de son temjjs. Ses favoris 
furent les ordres militaires. En 1 191. il confirme l'ordre 
des Chevaliers Teutoniques. A plusieurs reprises, 
il accorde aux Frères du S. -Sépulcre, aux Hospi- 
taliers de Jérusalem et surtout aux Templiers, protec- 
tions et faveurs (Jaffé, 16708, 17324; 16868, 17589; 
16722, 16742, 16743, 16769, 16841, 16911, 17042, 
17107 a, 17437, 17446). 

Les ordres voués à des travaux d'utilité publique 
ou de charité, comme les frères pontifes, les hospices 
alpestres, les léproseries, ne sont pas oubliés, n encou- 
rage aussi la fondation de communautés de béguines; 
il exempte de la dîme diverses chartreuses (Jafïé, 
16996, 17012); il approuve le monastère bénédictin de 
Monte Vergine et ses constitutions (4 nov. 1191). 11 
accorde aux enfants présentés dans les monastères dès 
leur plus jeune âge la faculté de quitter le cloître une 
fois devenus adultes. 

Plusieurs mesures témoignent aussi de son intérêt 
pour la propagation de la foi et pour son développe- 
ment dans les régions récemment christianisées à l'est 
et au nord-est de l'Europe. Il félicite Meinard, évôque 
de Livonie, des progrès de l'apostolat, accorde de très 
larges facultés aux missionnaires dans les pays Baltes 
(27 avr. 1193, Jaffé, 16991; P.L., ccvi,995). En 1197 il 



75 CÉLESTIN III 76 



soutient la croisade entreprise par son successeur 
Bertold. Cf. Heinricus, Chron. Livoniae, M. G. H.,SS., 
XXIII, 242-43). Il envoie le card. Cynthius en légation 
au Danemark (1192). II intervient en Suède pour déli- 
miter les évêchés de Linkôping et de Wexjô; Jaflé, 
16781. En Hongrie, il confirme à l'archevêque d'Ezs- 
tergom le droit de couronner le roi (Mon. Hung. Hist., 
I, XI, 182; Jalïé, 16773.) 

Célestin III procéda à plusieurs canonisations. 
Moins d'un mois après son élévation au pontificat, il 
faisait savoir à l'Église qu'il avait élevé sur les autels 
Pierre de Tarentaise, cistercien devenu évêque 
(10 mai 1191; A. .S'., mai, ii, 347; P. L., ccvi, 869-71). 
Il décerna les mêmes honneurs à l'bald de Gubbio 
(4 mars 1192), Bernward de Hildesheim (8janv. 1193. 
Jaffé, 16943). Au cours d'un consistoire du l"''^ oct. 
1193, il canonisa le fondateur de l'ordre de Vallom- 
breuse, Jean Gualbert. Le 27 avr. 1197 il annonça la 
canonisation de Géraud, fondateur et premier abbé du 
monastère de Sauvemajeure (Jafle, 17527). D'après 
Baronius, Ladislas, roi de Hongrie, Gaucher, chanoine 
de Limoges, auraient, eux aussi, été canonisés par lui. 
En ce qui concerne le roi de Hongrie, il y a sans doute 
confusion avec une permission donnée en vue de son 
exhumation. A. S., Propijlaeum ad Ada decembr., 
Martyrologium Romanum, 259. 

Onze nouveaux cardinaux furent créés par Céles- 
tin III. Les détails donnés à ce sujet par Ciacconius et 
par Cristofori sont souvent inexacts et doivent être 
corrigés par la nomenclature donnée dans Ann. pont., 
1928, p. 157-59. Ce sont : en 1191, Nicolas Boboni, un 
neveu, card. de Ste-Marie in Cosmedin; Rofïredo, abbé 
du Mont-Cassin (sans doute pour l'encourager dans son 
attitude d'indépendance vis-à-vis de Henri VI), card. 
des SS.-Pierre-et-Marcellin ; Guy, card. de S. -Marc; 
Jacques Cesarini, card. de Ste-Praxède. En 1192, 
S. Albert de Louvain, lors de son voyage à Rome (mis 
en doute par J. Heller dans son éd. des Gesta episcopo- 
rum Leodiensium, M. G. H., SS., xxv, 136; de même 
Schneider, Hist. Zeitschr., série, i, 645; G. Smets, 
Henri I", p. 53); la thèse affirmative s'appuie sur la 
Vita Alberti, M. G. H., SS., xxv, 146, la bulle Régis 
aeterni de Paul IV (9 août 1613) confirmant son culte 
(cette dernière lui donne par erreur le titre de card. de 
Ste-Croix) et sur d'autres arguments exposés par 
É. de Moreau, Albert de Louvain, Bruxelles. 1945, 
p. 47-48). En 1193, Jean Colonna dit de S. -Paul, card. 
de Ste-Prisque, qui devint son bras droit dans l'exer- 
cice de sa charge et qu'il voulut imposer à l'Église 
comme son successeur; Fidantius, card. de S. -Marcel; 
Maître Pierre de Capoue, card. de Ste-Marie /7i viaLata, 
apôtre zélé, excellent théologien et habile diplomate; 
Bobon, un parent, card. de S.- Théodore; Cencius Sa- 
velli, card. de Ste-Lucie, camerlingue et vice chance- 
lier, qui devint, en 1216,lepapeHonorius Ill(financier 
hors ligne, il rédigea durant le pontificat de Céles- 
tin III le Liber censuum de l'Église romaine. Cf. 
P. Fabre, Étude sur le Liber censuum de l'Église 
romaine, Paris, 1892). En 1194 ou 1195, Simon de 
Limbourg, cousin de S. Albert le Grand et candidat 
au siège de Liège. 

Parmi les œuvres d'art dont Rome est redevable à 
Célestin III, figure en premier lieu l'église de S. -Jean 
Porte-Latine. Complètement transformée, coilïée d'un 
campanile, enrichie dans sa nef centrale d'une série 
de fresques formant un des plus beaux ensembles pic- 
turaux de cette époque (cf. P. Styger, La decorazione 
a fresco del Xii. sec. delta chiesa di S. Giovanni ante 
portam Latinam, Studi Romani, 1914, p. 261 sq.; 
F. Hermanin, L'arte in Roma dal sec. viii al XIV, Sto- 
ria di Roma, xxvii, Bologne, 1945, p. 255-59), elle fut 
consacrée par le pape en 1191 (l'inscription donne 
par erreur 1190). Ensuite il faut mentionner le cloître 



et le campanile de S. Lorenzo fuori; une série d'autres 
campaniles (Hermanin, op. cit., 88-89) et les portes de 
bronze de S. -Jean de Latran (sacristie et chapelle de 
S. -Jean l'Évangéliste au baptistère), œuvre des fon- 
deurs Uberto et Pietro (1196), dont le premier tra- 
vailla aussi à la Confession de S. -Pierre. 

Sources. — Jaffé, ii, p. 7, 20, 90, 103, 146, 431, 493, 
528, 536 (avant le pontificat); p. 577-644, 727, 771-72 
(n. 16675 à 17679). — Pfiugk-Harttung, Acta ponliftcum 
Romanorum inedita, i, 352-83; n, 396-402. — P. L., ccvi, 
col. 863-1280. — Chevalier, B. B., i, 830. — Lib. pont., u, 
405, 406, 423, 439, 443, 451. — Watterich, Pont. Roman. 
Vitae, II, 708-48. — Kehr, Germ. pont., i, p. xxix-xxx, 
334, 337, 365, 399; ii-2, p. xxii; ni, p. xxii-xxiii. — Kehr, 
//. pont., 1, p. xxv-xxvi; ii, p. xxx; m, p. xlix-lii; iv, 
p. xxxii-xxxiv; V, p. L-Liii; vi-1, p. XLii-xnv et p. 12; 
vi-2, p. xxxiv-xxxvii; vii-1, p.xxxii-xxxiv; vii-2, p. xxvi- 
xxvii; viii, p. u-Lii. — Kehr, Nachtràge zu den Papstur- 
kunden Italiens, Nacfirictiten v. d. kôn. Gesellscli. d. Wiss. 
zu Gottingen, Phil.-liist. KL, 1908, 295-304. — P. Kehr, 
Papsturkunden in Spanien (Abhandl. der Gesellsch. der 
Wiss. zu Gottingen, Pliil.-hist. KL, nouv. série, xviii, 2), 
fasc. 1, Berlin, 1926, n. 237-275; fasc. 2, Berlin, 1928, p. 37- 
39, 131-36 et n. 69-71, 73-80, 128, 131, 135. — C. Erdmann, 
Papsturkunden in Portugal (même coll., nouv. série, xx, 3), 
Berlin, 1927, n. 54-56, 68-71, 127-59. — H. Meinert, 
Papsturkunden in Frankreich, fasc. 1 (même coll., 3' série, 
m), Berlin, 1932, n. 278-327. — J. Ramackers, Papstur- 
kunden in Franlveich, fasc. 2-4 (même coll., 3" série, 
vol. xxi, xxiii, xxvn), Gœttingue, 1937-42, n. 300-344, 
182-87, 335-368. — W. Holtzmann, Papsturkunden in En- 
gland (même coll., nouv. série, xxv, 1 et 3" série, xv), fasc. 1, 
Berlin, 1930, n. 274-346; fasc. 2, Berlin, 1936, n. 259-92.— 
J. Ramackers, Papsturkunden in den Niederlanden (même 
collection, 3' série, viii), Berlin, 1933, n. 326-76. — F. Fita, 
Primera legacion del Cardenal Jacinto en Espana. Butas 
ineditas de Anastasio IV. Nuevas luces sobre et concilia 
nacional de Valladolid (1155) y otros datos ineditos, dans 
jBof. de la R. Acad. de la Historia, xiv, 1889, p. 530-55. — 
C. Erdmann, Das Papsltum und Portugal im ersten Jahr- 
Itundert der portugiesischen Geschichte, Abliandl. der preuss. 
Akad. der Wiss., Phil.-hist. Klasse, 1928, n. 5. — P. Kehr, 
Das Papsltum und die Kônigreiclie Navarra und Aragon bis 
zur Mille des XII. Jhts, ibid., 1928, n. 4, p. 45-55. — C. Ma- 
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Arcliivio delta Soc. Romana di Storia patria, xlvii, 370, 
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ibid., II, 1876, p. 218. — W. Wattenbach, ibid., xi, 1885, 
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scriptores, n. 67), v, 53, 389 (lettres 33 et 196); vi, 55, 214, 
475 (lettres 249, 315, 444); vu, 350, 372 (lettres 694 et 706), 
Londres, 1881-1885. 

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II, 2061-62. — Ciaconius-Oldoinus, Vitae Rom. pont., i, 
1018-19, 1151-166. — Hefele-Leclercq, v-2, 1163-178. — 
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Gesctiictite Papst Coelestins III., Diss., léna, 1905. 

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von 1130 bis 1181, Diss., Strasbourg, 1910, p. 52. J. Bach- 

mann, Die pdpstlichen Legaten in Deutschland und Skandi- 
navien (1125-1159), Hist. Studien, 115, Berlin, 1913, p. 129- 
135. — G. Dunken, Die poliliscite Wirksamkeit der pàpstli- 
chen Legaten in der Zeit des Kampfes zwischen Kaisertum 
und Papsltum in Oberitalien unter Friedrich I., H isl. Studien, 
209, Berlin, 1931. — R. Eichner, Beilràge zur Geschichte des 
Venetianer Friedens-Kongress vom Jahr 1177, Diss., Ber- 
lin, 1886. — F. Fita, Concilios nacionales de Salamanca en 
1154 y de Valladolid en 1155, dans Boletin de la Real Acad. 
de la Historia, t. xxiv, 1894, p. 449-450, 467-75. — A. Hof- 
meister, Studien iiber Otto von Freising, Neues Archiv, 
xxxvii, 1912, 142-43. — W. Ohnsorge, Die Legaten Alexan- 
ders III. im erslen Jalirzehnl seines Pontifikats (1159- 
1169), Hist. Studien, 175, Berlin, 1928, p. 14, 50, 55-57, 62. 
• — W. Ribbeck, Kaiser Friedrich und die Rômische Kurie 
in die Jahren 1157-1150, Diss., Berlin, 1886. — G. Saebekow, 
Die pdpstlichen Legationen nach Spanien und Portugal bis 
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dard, Vie de S. Bernard, ii, Paris, 1910, p. 142-43. — 



77 



CÉLESTIN IH 



— CÉLKSTIiN IV 



78 



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Bologne, 1947, p. 376-81. — A. CarteUieri, Philipp H. 
August, Kônig von Frankreich, ii et m. — F. Chalandon, 
Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile, 
II, Paris, 1907, p. 445-91. — I. Friedlânder, Die pàpstlichen 
Legaten in Deutschland und Italien am Ende des XII. Jhts 
(1181-1198), Hist. Studien, 177, Berlin, 1928, surtout 
p. 148 sq. — ■ J. Haller, Heinrich VI. und die Romische 
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XXXV, 1914, p. 545-59. — L. Halphen, Études sur l'admi- 
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1906. — • L. Homo, Rome médiévale (Bibliothèque histo- 
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à Célestin III de lui faire hommage pour l'Empire? dans 
Mélanges F. Lot, 1925, p. 285-306. — V. Laurent, Rome et 
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Der Kreuzzugsplan Kaiser Heinrichs VI., Diss. Gôttingen, 
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Berlin, 1927. — V. PfaH, Kaiser Heinrichs VI. hôchstes 
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Verhdltnis Papst Coelestins III. zu den Klôstern, Diss., 
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Die rômischen Pdpste zwischen Alexander III. und Inno- 
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Brackmann, Munich, 1926, p. 432-474. 

Roger Mols. 

7. CÉLESTIN IV, pape, succède à Grégoire IX 
le 25 oct. 1241, t le 10 nov. 1241. - Gaufridus 
(Goflredo) de Castiglione était issu d'une noble famille 
milanaise; son père, Jean, avait été anuuruni dux et 
avait épousé Cassandre, la sœur d'Hubert Crivelli, 
lequel devait devenir (9 janv. 1185, Gams, 796) arche- 
vêque de Milan. Grâce à la protection de son oncle, 
GeolTroy fut archiprêtre de la basilique et chancelier de 
l'archevêché (1185). A la fin de la même année, son 
oncle, devenu le pape l'rbain III, chargea GoU'redo 
d'administrer son diocèse en son nom. Après la mort 
d'Urbain III (1187), son neveu démissionna et se 
retira à l'abbaye cistercienne de Hautecombe en 
Savoie, l.a durée de son séjour là-bas est inconnue. 
I,e 31 mars 122(1, il assista, en l'église principale de Pa- 
(loue, à une cérémonie en l'honneur de Boncompagims 
de Florence; Bôhmer, Reg. Imp.. v, 12926 b. Il est 
qualifié alors de chancelier de Milan. Le 18 sept. 1227 
(Ann. pont., 1929, p. 117), il figura parmi la première 
promotion cardinalice de Grégoire IX, avec le titre de 
S. -Marc (Eubel, i, 6); il le garda jusqu'après le 
24 mars 1239, et devint avant le 15 avr. cardinal- 
évêque de Sabine. 

.\u début de son cardinalat, il fut chargé d'une léga- 
tion en Toscane et en Lombardie (févr. 1228-nov. 1229) 
(cf. Bôhmer. Hey. Imperii. v, n. 12985-13041 et 
p. cxLvin-cxLrx). En Toscane, il obtient la cessation 
des hostilités entre Pise et Lacques (21 mars 1228), 
entre Florence et Pistoie (25 juin). En Lombardie, son 
activité se déploie dans une double direction : resser- 
rement de l'alliance avec la Ligue lombarde et lutte 
contre les hérétiques. .\ Milan, le 22 janv. 1229, il se 
fait promettre par les communes lombardes l'envoi 
rapide de renforts vers les États pontificaux (cf. Ann. 
Plac. Guelfi, M. G. H., SS., xviii, 445), jiromesse qui 
fut fort mal tenue, malgré plusieurs rappels du pape 
(M. G. H., Epist. suec. xii, i, n.396, 405). En avril-mai 
il séjourne à Brescia, où il reçoit mission d'amener 
Padoue et Trévise à conclure la paix (Bôhmer. op. cit., 
v,n.6763). Le 21 mai 1229, il est présent au synode de 
Lodi (Mansi, xxiv, 881; H. Finke, Konzilienstudien, 
56; Bôhmer, op. cit., v, n. 13029). Il dut frapper la 



ville de Bergame de peines canoniques (Bôhmer, op. 
cit., n. 6923 et 13032 a) pour non-observation de ses 
décrets concernant les hérétiques. Durant cette léga- 
tion, il se rendit aussi en Savoie (10 avr. 1228), où il 
reçut le serment de fidélité du comte de Savoie pour la 
forteresse d'Avigfiana qu'il lui avait confiée en fief. 
' Cf. Theiner, Cod. dipl. dom. temp., i, ep. 147, p. 86. 
1-e dernier document de GofTredo comme légat date 
du 8 sept. 1229 (Bôhmer, op. cil., v, n. 13041). 
D'après plusieurs sources littéraires reprises par Mo- 
roni, XI, 54, il se serait aussi rendu au Mont-Cassin, 
où il aurait eu une entrevue avec Frédéric II pour 
lui demander des secours pour la Terre sainte. Mais 
les Regestes de l'empereur ne font aucune mention de 
pareille visite. 
; Grégoire IX étant mort alors que l'Yédéric II s'ap- 
prochait de Rome (22 aoiit 1241), les dix cardinaux qui 
se trouvaient en ville tergiversèrent en attendant que 
l'empereur voulût bien libérer leurs deux collègues 
qu'il tenait prisonniers. Des négociations furent 
ouvertes à cet effet, mais le sénateur romain Matteo 
Rosso Orsini, peut-être sur les conseils du pape dé- 
funt (supposition émise par Wenck, 138-39; voir ob- 
jections de E. RufTini .Avondo, Le origini del conclave 
fmpale, dans Alli délia R. .\ccad. délie Scienze di 
Torino, vol. lxu, 1926-27, p. 276-79), brusqua la 
situation. Il enferma les cardinaux dans un ancien 
palais délabré de Septime-Sévère, dénommé Seplizo- 
niiim, et les mit en demeure de procéder sans tarder 
au choix d'un nouveau pape, 
j Pendant longtemps, les détails partiels conservés par 
I les chroniqueurs au sujet de ce « premier conclave de 
j l'histoire » laissèrent fort à désirer et mirent les histo- 
! riens dans l'embarras. La clarté s'est faite, depuis la 
j découverte à la Bibliothèque municipale de Reims 
! d'une lettre écrite par un groupe de cardinaux, après 
j la mort de Célestin IV, pour justifier leur refus de 
j retourner à Rome par la crainte de devoir subir une 
! réédition de leur séjour au Seplizonium. Cette lettre, 
t publiée par K. Hampe, raconte en détail les épisodes 
! et les conditions de vie inhumaines de ce conclave 
j forcé (voir, en particulier, p. 9-10 et 28). 
! Le premier scrutin (avant le 26 sept. 1241) donna 
5 voix au cardinal de Sabine contre 3 au cardinal de 
Porto. D'après Mathieu Paris, Chronica Major, éd. 
Luard, iv, Londres, 1878, p. 165, l'empereur aurait 
approuvé l'élection du premier. Quoi qu'il en soit, la 
majorité des deux tiers n'était pas atteinte; il fallut 
I recommencer. L'accord ne parvenant pas à se faire 
sur un membre du Sacré-Collège, les cardinaux se 
i mirent d'accord sur une personnalité étrangère au 
I Collège, mais dont ils se refusèrent avec obstination à 
livrer le nom. Cet épisode raconté par Albert de Stade, 
j M. G. H., .SS., XVI, 367, avait éveillé certaines suspi- 
cions hypercritiques. Le document publié par Hampe 
' en prouve l'historicité. Reste à déterminer quel fut cet 
extraneus. Wenck suppose qu'il s'agit du prieur géné- 
ral des Dominicains, Humbert de Romans. Il bâtit 
cette hypothèse sur un passage du Bonum universale 
de apibus de Thomas de Cantimpré (éd. de Douai, 
; 1627, 1. II, ch. i.vii, § 60) qu'il cite textuellement, 
|). 153, note 116. 

Mais le sénateur Orsini déclara ne pouvoir admettre 
pareille solution, et menaça les cardinaux de leur faire 
subir les pires sévices et de transformer Rome en un 
I bain de sang, s'ils n'élisaient pas un des leurs. 

Une tradition, dont plusieurs auteurs se font l'écho 
I (Jacques de Voragine, Légende dorée, éd. 1502 [Argen- 
I tinae], cap. 126, col. 6; éd. Graesse, 1850), c. 130, 
p. 590; — Holweck, Fasti Mariant. Fribourg-en-B., 
! 1892, p. 210), et dont Wenck (p. 147) admet l'histo- 
j ricitc, rapporte que les cardinaux, alïaiblis par les pri- 
vations et les mauvais traitements et fortement im- 



79 



CÉLESTIN IV 



— CÉLESTIN V 



80 



pressionnés par la mort d'un des leurs, l'Anglais Robert 
de Somercote (2(5 sept., Bohmer, op. cit., v, 7378 e), 
firent vœu, s'ils en réchappaient, de doter d'une octave 
la fête de la Nativité de la Vierge. Finalement les neuf 
cardinaux survivants se mirent d'accord : le cardinal 
Goffredo fut élu : sa santé fortement ébranlée per- 
mettait d'espérer à bref délai une nouvelle vacance 
du Saint-Siège. L'événement répondit à leur attente. 
.Mais les cardinaux, libérés de leur prison, avaient mis 
à profit les quelques jours de pontificat de Célestin 
IV pour quitter Rome et se réfugier à Anagni. A la 
mort du pape, comme nous le savons, ils se refusèrent 
à tenter de nouveau l'expérience. La vacance du 
Saint-Siège devait durer jusqu'au 25 juin 1243. 

L'incertitude régna fort longtemps au sujet de la 
chronologie de cet épisode. Les dates données par 
.\rgelati ne sont plus admises depuis longtemps. Dans 
une longue discussion, Baronius (Ann. Eccl. ,ann. 1241, 
n. 85-87) cite toutes les données connues à son époque. 
Une solution, qui semble bien définitive, est exposée 
par Bohmer, Regesta Imperii, v, 1258 : le pontificat de 
Célestin IV, un des plus courts de l'histoire, ne dura 
que 17 jours, du 25 oct. au 10 nov. 1241. D'ailleurs, 
dès le surlendemain de son élection, si l'on en croit la 
Chronique de S. -Pierre, p. 259, il serait tombé malade 
et n'aurait donc pu exercer aucune activité pontificale. 
Pourtant, d'après une autre source (cf. A. Mercati, 
Mediaeval Studies, ix, 1947, p. 71 sq.), il aurait été 
couronné le 28 oct. et aurait officié le jour de la Tous- 
saint. Il fut inhumé à S. -Pierre. Argelati donne la 
reproduction de son épitaphe et l'énumération de ses 
œuvres qui ne comprend que de la correspondance 
privée et peut-être quelques opuscules spirituels rédi- 
gés du temps de son séjour à Hautecombe. Moroni, 54, 
y ajoute une histoire d'Écosse écrite à la même époque. 

Sources. — Potthast, Reg., u, 938, 940-41. — L. pont., 
II, 454. — Eubel, i, 6. — J.-F. Bohmer, .1. Ficker, E. Win- 
kelraann,i?e(;eifa Imperii, v, p. 1258-1259,2229 et p. cxlvui- 
cxLix. — K. Hampe, Ein iingedruckter Bericht iiber dos 
Conclave von 1241 im rômischen Septizoniiim, dans Sitzungs- 
ber. der Heidelb. Akad., Phil.-hist. KL, 1913, n. 1. 

Travaux. — Ann. pont., 1929, p. 117. — Argelati, Bibl. 
Mediol., I, II, 440-442. — V. Castiglione, Celestino IV papa, 
Milanese, nipote di papa Urbano III Crivello Milanese, 
conservato alla famiglia ed alla patria, Turin, 1661. — 
F. Fehling, Kaiser Friedrich II. imd die rômischen Kardi- 
nale in den J. 1227 bis 1238 (Hist. Studien, 21), Berlin, 
1901. — H. Finke, Konzilienstudien zur Geschichte des 
XIII. Jhts, Munster, 1891, p. 56-58. — O. Joelson, Die 
Papstivahlen des XIII. Jhts bis zur Einfûhrung der Con- 
claveordming Gregors X. (Hist. Studien, 178), Berlin, 1928, 
p. 19-37. — P. Litta, Famiglie celebri d'Italia, ii, table 
Castiglioni di Milano I. — K. Wenck, Dos erste Konklave 
der Papstgeschichte. Rom, August bis Okt. 1241, Quellen und 
Forsch. aus ital. Arch. u. Bibl., xvni, 1926, p. 101-170. — 
E. Winkelmann, Kaiser Friedrich II., 2' vol. : 1228-1233 
( Jahrbùcher d. dt. Geschichte), Leipzig, 1897. — H. Zimmer- 
mann, Die pâpstliche Légation in der ersten Hàlfte des 
XIII. Jhts (1198-1241) (Gorres-Gesellschaft, Verôffentl. 
der Sektion fûr Rechts-u. Sozialwissenschajt, 17), Paderborn, 
1913. 

Roger Mols. 

8. CÉLESTIN V(S. Pierre CÉLKSTiN), né entre 
1209 et 1222, t 19 mai 1296; ermite; fondateur des Cé- 
lestins; pape (élu 5 juill. 1294; consacré 29 août 1294; 
abdique 13 déc. 1294). Fête le 19 mai. 

Sommaire : I. Avant le pontificat. II. Pontificat : 
1° L'élection et ses rétroactes; 2° De l'élection à la 
consécration pontificale; 3° De la consécration ponti- 
ficale à l'abdication; 4" L'abdication. III. Après le 
pontificat. IV. Canonisation. 

I. Avant le pontificat. — • Pierre Angeleri, fils de 
Angelerio et de Maria de Leone, naquit probablement 
à Isernia, dans les Abruzzes, le onzième d'une famille 
très modeste de douze enfants. Aucune date n'est 



certaine. Celles qu'on a proposées vont de 1209 à 1222. 
En faveur de la première, on trouve l'indication de la 
Vita C, c. XLVii, p. 431, qui le fait mourir dans sa 
87* année; en faveur de 1215, un document mentionné 
par l'art, de Jorio.dans Celeslino V...,p. 81. Les indices 
en faveur des diverses dates sont exposés dans Baeth- 
gen, Beilrâge, p. 268, note 3. — Le lieu semble prouvé 
par deux pièces d'archives, de 1289 et 1292, qui le 
qualifient de « citoyen d' Isernia » (références, art. de Jo- 
rio, op. cit., 78 sq.; réserves formulées par Baethgen, 
p. 269, note 1). 

Pierre avait eu un frère plus âgé destiné aux ordres, 
mais qui, au désespoir de sa mère, mena une vie trop 
mondaine. Voyant les qualités de son avant-dernier, 
et malgré les sarcasmes de ses autres fils qui estimaient 
que « c'était déjà bien assez d'un fainéant dans la 
famille » (Aulob., c. v, p. 422 C-D), cette dévote chré- 
tienne, devenue veuve, entreprit de lui faire donner 
une formation qui le préparerait à la cléricature. 

Ses efforts furent couronnés de succès : Pierre se 
sentit rapidement attiré par la vie monastique, par 
celle surtout où il remarquait plus d'austérité. Agé 
d'un peu plus de vingt ans (Autob., c. v, p. 422 E), il 
quitta sa famille et entra au couvent bénédictin de 
Ste-Marie in Fayfolis, non loin de sa ville natale; il y 
prononça ses vœux et reçut l'habit religieux {Vita C, 
c. XV a, p. 404; Potthast, Reg., 23976; en 1231 selon 
une tradition locale). Suivant une déposition au procès 
de canonisation (Seppelt, Monum. Celest., p. 232, 
n. 23), il pouvait avoir environ 24 ans lorsqu'il se dé- 
cida à mettre à exécution son rêve de solitude et fit 
choix d'une grotte de 11 m. x 4, dont le même témoin 
lui avait signalé l'existence sur les flancs du Monte 
Morrone, non loin de Sulmona. 

Son Autob., c. vu, p. 423 B, parle de trois autres 
années de vie érémitique passées à une époque plus 
reculée, dans une solitude du Monte Palleno, ainsi que 
d'un voyage à Rome, où il aurait été ordonné prêtre. 
Mais il est malaisé de rétablir la chronologie exacte de 
ces événements. La i>lupart des indications fournies 
par les sources sont vagues ou prêtent à suspicion. 
Plusieurs biographes modernes, entre autres Celidonio 
(i, 94 sq.; ii, 20-21), ont eu le tort de les prendre pour 
argent comptant. 

S'il y a peu à tirer des sources anciennes concernant 
les détails chronologiques, elles sont par contre des 
témoignages psychologiques de premier ordre. L'.4.u/o- 
biographie et, pour un âge plus avancé, les biographies 
de ses disciples et les dépositions des témoins au 
procès de canonisation permettent facilement de 
reconstituer le portrait moral et psychique du saint. 

Pierre y apparaît avant tout comme un inadapté, 
possédant une imagination très sensible aux rêves et 
peut-être douée de la faculté de produire des images 
éidétiques. Sa vie fourmille de preuves nombreuses 
d'une simplicité peu commune : elle seule explique 
qu'il ait jugé bon de raconter par le menu comment il 
fut libéré de certains scrupules en matière délicate par 
la vision drastique d'un âne accomplissant ses besoins 
sur les marches d'un palais royal (Autob.. c. ix, 
p. 424 C-D). 

Sa soif de prières et de pénitence dépassait toute 
mesure et, à en juger par des signes extérieurs relevés 
par d'abondants témoignages, il devait avoir atteint 
un degré peu commun d'union à Dieu. L'n de ses com- 
pagnons de vie érémitique qui le connaissaient le 
mieux, Barthélémy de Trasacco, a laissé une descrip- 
tion de sa vie (Vita C, c. i-viii) et a complété son récit 
par sa déposition au procès de canonisation (éd. Sep- 
pelt, 333). Il résulte de ce témoignage que Pierre de 
Morrone possédait les vertus de pénitence, d'humilité 
et de charité à un degré héroïque. Il jeûnait tous les 
jours, sauf le dimanche, et redoublait ses austérités 



81 



CÉLESTIN V 



82 



durant ses quatre carêmes annuels. Sa biographie 
(Vila C, c. vi) raconte comment, à la fm d'un de ces 
carêmes où la température avait été particulièrement 
inclémente, des visiteurs montés à son ermitage n'y 
trouvèrent plus qu'un glaçon vivant : des dix pains 
qu'il avait emportés pour tout son carême, cinq étaient 
encore intacts. Ayant ainsi réservé une large part à 
Dieu, il consacrait le reste au service du prochain ; 
sans parler des conseils de vie spirituelle, en vue des- 
quels il s'était constitué un florilège de textes scrip- 
turaires et patristiques (les Opuscula, voir infra), nul 
de tous ses contemporains n'avait plus que lui le souci 
de soulager la misère; pour cela, il distribuait jusqu'à 
la dernière piécette toutes les aumônes qu'on lui 
apportait; et plus tard, étant devenu fondateur 
d'ordre et sa renommée faisant aflluer les quéman- 
deurs, il fît vendre au besoin les calices et les vêtements 
précieux des églises de son ordre; apprenait-il que 
dans quelque monastère de son ordre les troupeaux de 
moutons devenaient plus nombreux, il les faisait 
vendre : ainsi il disposait toujours d'un fonds où il 
pouvait puiser (Vita C, c. xvi). — On ne peut nier non 
plus qu'il ait été thaumaturge, même si les récits et les 
dépositions consacrés à ses « miracles » sont loin d'avoir 
tous la même valeur probante. 

Pierre aurait passé environ cinq ans dans son 
premier ermitage du Morrone; deux compagnons 
étaient venus partager sa vie solitaire. Estimant leur 
retraite trop proche des lieux habités, ils partirent 
alors à la recherche d'une solitude plus âpre, non loin 
du sommet des Monts Majella, à plus de 2 000 m. d'al- 
titude. Ils y fondèrent, autour d'un oratoire dédié au 
Saint-Esprit, une petite colonie d'ermites, VEremum 
S. Spiritus de Magella (localisation dans Celidonio, 
1,111 sq.); l'oratoire fut indulgencié par Innocent IV, le 
25 févr. 1248. 

La réputation du saint ascète attira vers son ermi- 
tage un alllux de curieux, d'admirateurs et finalement 
de disciples qui vinrent habiter avec lui. 

A partir de 1251 au plus tard, la nouvelle fondation 
se vit octroyer des donations de la part de divers 
seigneurs et communautés des environs. (Cf. Balducci, 
Regesto délie pergamene délia curia arcivescovile di 
Cliieti, Casalbordino, 1926, p. 12, n. 27, 28 et 29; 
Gantera, Cermi, p. 11, n. 1; p. 14, n. 4; Id., Nuovi 
documenti, 5; Marino, 122.) 

Le 5 juin 1259, l'évêque de Sulmona accorda l'auto- 
risation de construire sur les flancs du Morrone une 
petite église dédiée à la Vierge (texte de la bulle dans 
Marino, 125; description de l'église : Celidonio, ii, 
6 sq.); elle fut élargie en 1268 et près de son emplace- 
ment s'éleva plus tard l'abbaye de Sulmona. En 1261, 
les ermites auraient reçu en pleine propriété le quart 
du Monte Morrone (date et authenticité douteuses, cf. 
Baethgen, 272, note 2). 

Par une bulle du 1" juin 1263, Urbain IV incorpora 
la confrérie érémitique à l'ordre bénédictin (Potthast, 
Reg., 18551; in extenso dans UghelU, vi, 728; A. S., 
mai, IV, 507 A; Cantera, Cenni, p. 13, note 1). Le 
lendemain, il prit tous ses biens sous sa protection 
(Balducci, op. cit., n. 55; M. Inguanez, dans Gli 
arctiivi italiani, v, 1918, p. 120, n. 11). Ces biens ne 
consistaient au début qu'en terres arides et ermitages 
tombés en ruine (Vita C, c. x), que les moines s'ingé- 
niaient à restaurer tant bien que mal. En 1275, le 
total s'élevait à 15 « églises » (bulle de Grégoire X) 
réparties sur cinq diocèses. 

C'est sans doute à cette époque que remontent les 
relations assez étroites que Pierre de Morrone noua 
avec les chefs des Franciscains spirituels d'Ombrie. 
Ces relations ne firent que renforcer ses tendances à 
l'austérité et au détachement. Peut-être même la 
pensée lui vint-elle de transformer sa colonie d'ermites 



en ordre mendiant. Mais ce plan n'avait aucune chance 
de réalisation. Une réaction très vive se manifestait 
alors au sein de l'Église contre la multiplication des 
ordres religieux, des mendiants en particulier. Cette 
réaction trouva sa codiflcation dans le canon 23, 
Religionum diversilalem du concile de Lyon (Hefele- 
Leclercq, vi-1, p. 200 sq.). 

Apprenant la menace qui pesait sur son nouveau 
groupement de solitaires, du fait des décisions qui ne 
manqueraient pas d'être prises à Lyon, Pierre décida 
de se rendre en personne au concile. Il fit le voyage à 
pied avec deux confrères {Vita C, c. xi, éd. cit., p. 401) 
et arriva à destination en nov. 1274. A cette date, le 
concile avait déjà terminé ses travaux. Contrairement 
à une légende abondamment enjolivée (p. ex. Marino, 
139 sq.), Pierre ne parut donc jamais devant les Pères 
du concile réunis. Mais il fut reçu par Grégoire X et 
obtint de lui une bulle de confirmation de son ordre 
suivant la règle de S. Benoît (22 mars 1275; Potthast, 
J?egr., 21006; texte dans Cantera, p. 17, rem. 2; la plu- 
part des auteurs, n'ayant pas tenu compte de la data- 
tion en style florentin, ont donné de la suite de ces 
événements un récit inexact). 

Rentré au pays, Pierre de Morrone organisa les 
bases juridiques du nouvel ordre d'après les directives 
pontificales : le premier chapitre général fut réuni à 
S. Spirito de Majella (description, Vita C, c. xv). La 
Règle de S. Benoît fut précisée par des constitutions 
dans le sens d'une plus grande austérité, sans toutefois 
atteindre — surtout en matière de pauvreté — l'idéal 
avec lequel Pierre avait dû transiger à Lyon. Bien que 
la chose soit vraisemblable, il n'est pas historiquement 
établi que Pierre y ait été chargé du gouvernement 
général de son ordre. Dans les documents qui lui sont 
adressés, il porte le titre de uice prier, voire simplement 
A'eremita (Cantera, Nuovi documenti, p. 7, n. 4, 
10 févr. 1284, mandement de Charles II). 

La confirmation inatteiulue d'un groupement d'im- 
portance secondaire, que tous considéraient comme 
condamné, provoqua la plus vive surprise et attira 
l'attention sur les ermites du Majella. Les évêques 
s'empressèrent de leur restituer les biens qu'ils avaient 
déjà récupérés à leurs dépens. Seul celui de Chieti ne 
désarma que sur son lit de mort. Mais à ce moment 
(1278) il leur accorda un privilège d'exemption 
(Vita C, c. xiv). Deux autres privilèges semblables 
furent accordés, durant la décade suivante, et confir- 
més par une bulle de Nicolas IV (20 févr. 1291; 
cf. Celidonio, Una bnlla ineditu di PP. Nicola IV, 
dans Rassegna Abruz:ese, i. 1897, p. 39-40). Des per- 
sonnages de premier jilan du monde princier et ecclé- 
siastique de la Péninsule, Charles II, roi de Naples, et 
le cardinal dominicain Latino Malabranca, tenaient à 
honneur de les combler de bienfaits. 

La générosité des bienfaiteurs et la popularité du 
nouvel ordre permirent d'abord l'incorporation d'an- 
ciens monastères bénédictins menacés de ruine, ensuite 
la construction ou reconstruction de monastères nou- 
veaux. Parmi la première catégorie figurent l'abbaye 
de S. Maria in Fayfolis, où le saint avait fait jadis ses 
premières armes, ainsi que celle de S. Giovanni in 
Piano. Pierre devint abbé de Fayfolis (avant sept. 
1276) et garda cette fonction au moins jusqu'à la fin 
de 1278 (documents dans Cantera, 21-22). Il passa alors 
avec toute sa communauté à S. (iiovanni in Piano 
(avant le 8 mars 1279), où son séjour ne dura pas plus 
d'un an. Après un voyage en Toscane et à Rome au 
cours de 1280, il reparaît en juin 1281, comme prieur 
et recteur de S. Spirito di Majella. 

Son œuvre assurée du lendemain, Pierre crut pou- 
voir de nouveau répondre à l'attrait de la solitude. Il 
se déchargea de l'administration sur son vicaire Fran- 
cesco d'Atri et reprit, avec deux compagnons, sa vie 



83 



CÉLESTIN V 



84 



d'ermite, d'abord à S. Bartolomeo di Legio, ensuite 
dans une caverne profonde mais spacieuse, à Giovanni 
di Orfante, près du sommet du Majella {Vita C, 
c. xxi-xxn). 

A ce moment, il avait fondé, rattaché ou restauré 
36 établissements monastiques, comptant quelque 
600 moines, oblats y compris ( Vila C, c. xxvi), répartis 
sur 12 diocèses, formant un bloc dans le massif des 
Abruzzes, à cheval sur les confms des États de l'Église 
et du royaume de Naples. En outre l'ordre possédait à 
Rome au moins un pied-à-terre et une église, dès avant 
1280 (cf. Baethgen, 276, note 3). 

Pour héberger tout ce monde, de nouvelles construc- 
tions et extensions étaient nécessaires. La première 
fondation nouvelle importante fut S. Maria di Colle- 
maggio près d'Aquila (éghse consacrée le 25 août 1288; 
cf. Gam, 41-42). 

Pour faciliter l'accès de sa retraite aux nombreux 
pèlerins qui venaient le consulter, Pierre décida de se 
choisir une solitude plus rapprochée des lieux habités. 
Il fit agrandir la construction qui s'élevait depuis 
longtemps sur les flancs du Monte Morrone dominant 
Sulmona au N.-E. Ce nouveau monastère, dédié au ' 
S. -Esprit, remplaça celui de Majella comme abbaye 
principale en 1293. Pierre descendit alors de son nid 
d'aigle et installa sa cellule dans le vieux château- 
fort de Segezzano, perché un demi-mille plus haut que 
le nouveau monastère (juin 1293). Il s'y trouvait 
depuis treize mois quand un événement imprévisible 
vint transformer sa vie. 

II. Pontificat. — 1° L'élection et ses rétroactes. — 
Nicolas IV étant mort le 4 avr. 1292, la rivalité tra- 
ditionnelle entre Colonna et Orsini se manifesta à nou- 
veau au sein du Sacré Collège, bientôt réduit à onze 
membres par la mort du cardinal Cholet. Les péripé- 
ties et tractations de cette vacance pontificale sont 
décrites tout au long dans l'Opus metricum de Stefa- 
neschi (i, 1, c. 1-7; éd. Seppelt, 19-32); pour l'arrière- 
plan diplomatique, voir les ouvrages mentionnés par 
Baethgen, p. 288, note 1, et Digard, i, 150-72. 

Parmi les onze cardinaux, les deux partis rivaux 
comptaient chacun quatre adhérents, ce qui rendait 
impossible toute majorité des deux tiers. A deux 
reprises déjà (épidémie d'été 1292, troubles de 1293), 
une scission locale avait séparé en deux fractions le 
Sacré Collège : les uns restant à Rome, les autres 
s'étant dispersés ou réunis à Rieti. 

En automne 1293, les Colonna restés à Rome, esti- 
mant l'occasion favorable, menacèrent de procéder 
tout seuls à l'élection pontificale, prétextant être 
seuls présents à l'endroit légalement prévu pour ce 
faire. Devant la protestation du groupe Orsini, les deux 
partis s'accordèrent sur le choix de Pérouse comme 
nouveau lieu de réunion et décidèrent de s'y retrouver 
à partir du 18 octobre. 

La reprise des conversations durait depuis plus de 
huit mois et l'interrègne depuis plus de deux ans, sans 
que les négociations eussent avancé d'un seul pas, 
lorsque, le 5 juill. 1294, on apprit que l'accord venait 
d'être réalisé en un tournemain sur la personne de 
Pierre de Morrone, bien qu'il fût omnibus ignotus facie 
(Opus metr., i, 2, c. 2; éd. Seppelt, p. 39). 

Comment expliquer un pareil revirement que rien 
ne faisait présager? Deux thèses principales s'af- 
frontent : coïncidence fortuite recouvrant une inter- 
vention providentielle; machinations et intrigues 
politiques. 

La première est celle admise ofliciellement dans le 
décret d'élection et dans la missive des cardinaux à ' 
celui qu'ils venaient d'élire (5 et 11 juill. 1294; Ray- 
naldi. Annal. Eccl., ad ann. 1294, § 6 et 7 ; publiés à 
nouveau, avec fac-similé du décret, reproduction des 
sceaux et indications bibliographiques, par A. Mer- 



cati, Bull. delV Jsl. sior. italiano, xlvii, 1931, p. 1 sq.). 
Dans son état pur, elle n'est plus admise par personne. 
Mais, tout en reconnaissant l'interaction de motifs 
humains, certains historiens contemporains conti- 
nuent à mettre l'accent sur des éléments irrationnels et 
para-politiques. Les deux principaux défenseurs de 
cette manière de voir sont H. Finke, Aus den Tagen, 
24 sq., et Baethgen, 308-12, ce dernier avec plus de 
mesure. 

Cette thèse suffit parfaitement à rendre compte de 
la suite des événements, tels qu'ils sont racontés par le 
cardinal Stefaneschi dans son Opus metricum (i, 2, 
c. 1 et 2; éd. Seppelt, p. 36 sq.). D'après ce récit — le 
seul provenant d'un témoin oculaire, mais rédigé en 
une langue manquant de clarté — les cardinaux réunis 
à Pérouse auraient éprouvé une forte émotion en ap- 
prenant le décès inopiné du frère du cardinal Napoléon 
Orsini, tué par une chute de cheval. Tandis que neuf 
d'entre eux, au cours d'une réunion, commentaient 
cette nouvelle, le cardinal Boccamozza fit appel à leur 
esprit d'union. Alors le doyen du collège, le cardinal 
d'Ostie, Latino Malabranca, se leva et raconta avoir 
' reçu un message, dans lequel un saint ermite lui faisait 
part d'une vision où Dieu lui aurait annoncé que son 
bras s'appesantirait en châtiments terribles si, dans les 
quatre mois, la situation ne s'était pas éclaircie. A une 
question insidieuse du cardinal Gaetani, Malabranca 
reconnut que l'ermite en question était Pierre de 
Morrone. Tous furent d'accord pour reconnaître en lui 
un homme de Dieu et pour estimer que seul un saint 
pourrait calmer la colère divine. Alors Latino, se levant 
à nouveau, déclara lui donner son suffrage. Les autres 
cardinaux, y compris les deux absents, se ralUèrent 
à cette candidature, les uns immédiatement, les autres, 
surtout Matteo Orsini, après quelque hésitation 
(Baethgen, 294; Finke, 35-36). Finalement, l'unani- 
mité se fit sur le nom de Pierre de Morrone. 

Cette première thèse n'exclut pas la seconde. A le 
prendre à la lettre, le texte du décret ne fait appel à 
une inspiration surnaturelle que pour expliquer l'una- 
nimité recueillie par une candidature aussi insolite et 
nullement le fait qu'elle ait été proposée à l'impro- 
viste : demum inter nos ex insperaio seu improviso de 
venerabili ac religioso pâtre fratre Petro de Murrone or- 
dinis S. Benedicti, celebris sanctitatis viro, habita men- 
tione, omnes. qui tune présentes eramus in consistorio 
supradicto, ad personam eius intente considerationis 
intuitum dirigentes, in ipsum quasi divinitus inspirait, 
non sine lacrymarum efjusionc. nuUo prorsus discor- 
dante consensimus (Raynaldi, loc. cit., § 6). 

La seconde thèse a été surtout mise en avant par la 
dissertation de Schulz (19-30). Depuis lors, elle a 
recueilli, dans ses grandes lignes, l'adhésion de la ma- 
jorité des historiens, tant catholiques que protestants 
(p. ex. Hauck, Hôsl, Morghen, Seppelt). Elle met en 
cause, avant tout, le roi de Naples, Charles II d'An- 
jou. Elle fait appel à des faits historiques négligés à 
tort par la thèse précédente, ainsi qu'à la conjoncture 
politique internationale résultalit de la rivalité entre 
Anjou et Aragon en Sicile. Toutefois, au lieu de se 
maintenir sur cette base solide, certains auteurs qui la 
proposèrent n'ont pas craint d'édifier une construction 
fort osée tenant plus du roman que de la réalité. 

Les faits historiques sont les suivants : le 7 déc. 
1293, à Figueras (cf. Jacobi Aurie, Annales Januenses, 
M. G. H., SS., XVIII, 353), Charles II avait conclu avec 
Jacques II d'Aragon un accord secret concernant la 
Sicile et devant entrer en vigueur à partir du l'""' nov. 
' 1294 (Chantera, Cenni, 103; Finke, Acla Aragonensia, 
III, p. 21, n. 13). En vertu de la suzeraineté pontificale 
sur la Sicile, un tel accord devait être approuvé par le 
pape avant sa divulgation. Pour cela, il fallait qu'il y 
eût un pape avant le délai fixé à Figueras. Charles II, 



85 



CÉLESTIN V 



86 



durant son voyage de retour, s'arrêta donc à Pérouse, 
où il séjourna du 21 au 29 mars 1294 (cf. M. Schipa, 
Carlo Martello, dans Archivio storico per le provincie 
Napolefane, xv, 1890, p. 83 sq.)- Il escomptait un 
succès facile auprès des onze cardinaux et annonçait 
ouvertement la fin prochaine de l'interrègne pontifical 
(Baethgen, 292, note 4) : cinq cardinaux n'émar- 
geaient-ils pas à sa cassette pour un « pourboire » (pro 
emptione vint) annuel de 100 onces, et quatre autres 
pour 50, au titre de « protecteurs du royaume de 
Sicile »? (Cf. C. Minieri Riccio, Studii storici sui fasci- 
coli Angioini, Naples, 1863, p. 45.) 

Mais les deux propositions qu'il leur soumit étaient 
trop inacceptables pour être favorablement accueillies, 
même par des cardinaux achetés à l'avance. A cette 
occasion, le cardinal Benoît Gaetani, malgré la vieille 
amitié qui les unissait (références à des documents 
privés des archives de la famille Gaetani, dans Baeth- 
gen, 292, n. 1), eut avec le roi un échange de mots très 
vifs (cf. Ptolémée de Lucques, Hist. Eccl., xxiv, c. 28 
et 31 ; éd. Muratori, SS. rer. ital. ,anc. éd., xi, col. 1199- 
1200; commentaire de Finke, 32-33). 

Laissant auprès du Sacré Collège le Provençal 
Guillaume Agarini comme chargé d'affaires (Finke, 
Aus den Tagen, p. 25, ii. 3), le roi quitta Pérouse, 
assuré de l'appui d'un groupe de cardinaux auquel se 
rattachait le doyen du Sacré Collège, Latino Mala- 
branca, mais sans avoir réussi dans son projet. L'iti- 
néraire de son retour vers Naples passait par Sulmona 
(M. Schipa, op. cit., 85). Le roi s'y arrêta (6 et 7 avr. 
1294), fit une donation au monastère S. Spirito (Can- 
tera, p. 29; Digard, i, 174, note), et alla rendre visite 
dans son ermitage au solitaire du Morrone (témoignage 
de Nicolas Berardi, 56« témoin au procès de canonisa- 
tion; éd. Seppelt, 258; preuve de la date : Baethgen, 
296-97). Lui-même, ainsi que son père Charles 1", 
connaissaient l'ermite de longue date et comptaient 
parmi les bienfaiteurs insignes de son ordre. 

Quel fut l'objet de leurs conversations? On en est 
réduit aux conjectures. Il est très vraisemblable que 
le roi aura parlé de la question pontificale, en insistant 
sur la menace que constituait, pour la paix du monde 
et de l'Église, une prolongation de l'interrègne. Qu'il 
réussit à émouvoir fortement l'ermite, au point d'aler- 
ter son imagination visionnaire, la démarche entre- 
prise par ce dernier auprès de son ami, le cardinal 
Alalabranca, en est une preuve. 

En tout cas, le résultat de cette entrevue fut qu'il 
obtint par ricochet, de la part des cardinaux, ce qu'il 
n'avait pu obtenir directement à Pérouse : la nomina- 
tion d'un pape qui lui serait dévoué. 

.\ eux seuls, les faits précités n'expliquent pas le 
principal : ils laissent dans l'ombre la question de 
savoir à qui revient l'initiative de la candidature de 
Pierre de .Morrone. L'ermite lui-même n'ayant pu la 
suggérer dans sa lettre au cardinal Malabranca, reste 
le choix entre ce dernier et le roi de Naples. 

Faut-il, avec Schulz (p. 20-30) et d'autres, voir dans 
tous ces événements un scénario combiné à l'avance 
par Charles II, avec la complicité de Latino et d'un 
groupe de cardinaux qui auraient trempé dans ce 
mélodrame? Trois arguments sérieux rendent cette 
hypothèse fort peu vraisemblable : a> L'attitude ini- 
tiale réticente du cardinal Matteo Rosso, le chef du 
groupe Orsini. Si toute l'affaire avait été manigancée 
par le roi de Naples, celui-ci n'aurait pas manqué de 
mettre dans son jeu le puissant cardinal qui lui était 
favorable. Cet argument est bien mis en lumière par 
-Morghen, Matleo Rosso, 320 sq., et repris par Baeth- 
gen, 299. — 6^ Le caractère et l'attitude du cardinal 
Latino lui-même : prêtre pieux et zélé, figurant 
comme bienheureux au calendrier des Dominicains, à 
l'ordre desquels il appartenait, grand bienfaiteur de 



l'ermite du Morrone et de ses confrères (Ptolémée 
de Lucques, Hist. Eccl., xxiv, c. 30, éd. cit., 
col. 1199-1200), il n'avait rien d'un intrigant politique 
ni d'un instrument aveugle de la politique angevine. 
D'ailleurs, tant qu'il vécut, il adopta la même attitude 
que les autres cardinaux pour obtenir du pape qu'il ne 
prolonge pas son séjour en dehors des États de l'Église. 
(Voir son portrait psychologique dans Baethgen, 299- 
301 et Finke, 26.) — Le fait que, dans l'histoire des 
conclaves du xiii* s., il existait au moins deux précé- 
dents, où les cardinaux, désunis et en désespoir de 
cause, avaient tenté de se rallier à une candidature 
étrangère à leur corps, choisie chaque fois parmi les 
personnalités jouissant d'un grand prestige spirituel : 
Humbert de Romans, durant le conclave du Septizo- 
nium en 1241, et Phihppe Benizzi, et peut-être aussi 
S. Bonaventure, durant l'interrègne de 1268 à 1271 
précédant l'élection de Grégoire X. 

L'importance de cette interférence du point de vue 
spiritualisant, voire mysticisant, sur des mentalités 
médiévales qui n'avaient rien de froidement machia- 
vélique, a été surtout mise en lumière par Baethgen 
(op. cit., 310 et Der Engelpapst, 75-120), qui a bien 
montré ses affinités spirituelles avec l'idéal large- 
ment répandu d'un « pape angélique » ou d'un « pape 
évangélique ». Le témoignage de Jacques Colonna, un 
des cardinaux présents au conclave, est explicite : il 
affirme que Pierre de Morrone fut élu à cause de sa 
sainteté {Anal. Boll., xvi, 476). 

Il semble donc plus vraisemblable de s'en tenir à 
l'interprétation de Ptolémée de Lucques qui, parlant 
de Malabranca, ajoute : ex hac ergo familiari devolionc 
et confidenlia bonitatis fuit motus ad suadendum de 
ipso, ut in summum assumeretur pontiftcem (loc. cit., 
col. 1200). 

Si l'on veut, à tout prix, maintenir une place à une 
considération politique, pour expliquer la facilité 
avec laquelle la proposition de Latino recueillit 
l'adhésion unanime des cardinaux, malgré leur riva- 
lité, il faut faire appel moins à une machination 
ourdie de toutes pièces par le roi de Naples qu'au 
bouleversement de la situation politique interne dont 
les États de l'Église, Rome en particulier, venaient 
d'être le théâtre : soulèvement armé de la commune 
d'Orvieto et surtout coup d'État des popolari romains 
(mai ou juin 1294) qui remplacèrent l'administration 
aristocratique par un sénateur de leur parti (cf. Di- 
gard, I, 158-66, 172-73 et Baethgen, 302-06, avec réfé- 
rences aux sources). 

Ces événements, d'une gravité exceptionnelle pour 
eux, ne pouvaient manquer d'exercer une pression sur 
les cardinaux. C'est ce qu'a fort bien mis en lumière un 
contemporain anglais, Barthélémy Cotton, qui dispo- 
sait d'informations de première main (Historia angli- 
cana, éd. Luard, Rer. Brit. Script., Londres, 1859, 
p. 251 sq.; éd. M. G. H., SS., xxviii, 610 sq.). 

C'était la discussion de cette situation, et nullement 
la question pontificale, qui figurait à l'ordre du jour du 
consistoire du 5 juill. (cf. Guillaume de Nangis, 
M. G. H., SS., XXVI, 60 : cum cardinales super electione 
pape viderentur esse in sua discordia obstinati et confir- 
mali, et tune ad tractnndum de electione non conve- 
nissenl; autres références dans Baethgen, 302, note 5). 
Ainsi les cardinaux furent pris de court par la proposi- 
tion de Latino, en face de laquelle leur obstination 
psychologique se trouvait temporairement désarmée. 

2" De l'élection à la consécration pontificale. — 
L'unanimité du Sacré Collège ne dura que l'espace 
d'un matin. Dès qu'il fut question de choisir une délé- 
gation pour notifier à Pierre de Morrone son élection au 
souverain pontificat, les anciens tiraillements reprirent 
de plus belle. Il fallut six jours pour se mettre d'accord 
sur une solution transactionnelle : le 11 juill., trois 



87 



CÉLESTIN V 



88 



émissaires, choisis en dehors du Sacré Collège, quit- 
tèrent Pérouse pour le Morrone: l'archevêque de Lyon, 
Bérard de Goth, et les évêques d'Orvieto et de Patti. 
Ils arrivèrent le 16 au monastère. Le cardinal Pierre 
Colonna, venu en son nom personnel, les rejoignit. 

A ce moment, la nouvelle de l'élection avait eu dix 
jours pour s'ébruiter; le peuple l'avait accueilUe avec 
joie. Pierre, mis au courant, aurait d'abord songé à 
prendre la fuite avec un compagnon, le Bx Robert 
de Sala ( Vita C, c. xxviii ; Pétrarque, De vita solitaria, 
11, c. xvni; A. S., mai, iv, p. 429, n. 24). La foule, qui 
déjà affluait vers l'ermitage, l'en aurait empêché. 
Finalement, sur les conseils de ses confrères et 
d'i' autres amis », il se serait résigné à ce qui était pour 
lui la volonté de Dieu; il attendit les événements. 

Charles II se trouvait à la cour de Melfi, quand il 
apprit la nouvelle. Sans tergiverser un instant, il char- 
gea son jeune fds, le prince Philippe de Tarente, de 
l'administration intérimaire du royaume (12 juill.; 
Schipa, op. cit., 87) et accourut, avec son fils aîné, à 
bride abattue vers Sulmona. Il s'y trouvait déjà quand 
les cardinaux arrivèrent (cf. A. L. Antinori, Opère 
inédite, sect. i, Annali degli Abruzzi, vol. x, 1294). 

Le lendemain de leur arrivée au monastère, les 
émissaires du Sacré Collège, accompagnés de Charles 
Martel, le fils du roi, montèrent jusqu'à l'ermitage de 
Pierre. Arrivés devant l'ermite, tous se prosternèrent 
devant lui, qui, lui aussi, se mit à genoux devant des 
visiteurs d'un si haut rang. Alors, l'archevêque de 
Lyon donna lecture de son message et pria l'élu, s'il 
acceptait son élection, de prendre ses dispositions pour 
rejoindre les cardinaux à Pérouse (Potthast, Reg., 
23947; Ptolémée de Lucques, op. cit., 1200). Après 
s'être retiré dans sa cellule pour y consulter Dieu, Pierre 
répondit qu'il acceptait; après quoi, escorté par le 
cardinal Colonna et le prince Charles ISIartel, il des- 
cendit, au cré]juscule, de son ermitage et logea au 
monastère de S. Spirito. La huitaine de jours qu'il y 
passa furent décisifs pour l'orientation de son i)on- 
tiflcat. 

Alors que les cardinaux, ses conseillers naturels, 
étaient encore loin, d'autres vinrent prendre leur 
place. Un des plus pressés fut son ami le roi de Naples, 
Charles II, bien décidé à ne plus le lâcher d'une 
semelle, tant qu'il n'en aurait pas fait un instrument 
docile de ses intérêts. 

Pierre de Morrone ayant annoncé aux cardinaux son 
acceptation (texte de la lettre dans Baethgen, 315-16), 
un échange de messages s'ensuivit : les cardinaux 
insistant à nouveau auprès du pajie pour qu'il vînt les 
rejoindre à Pérouse, ou du moins pour qu'il fît choix 
d'une résidence en territoire pontifical, afin de sauve- 
garder son indépendance, Pierre, sur le conseil du roi 
(Ptolémée de Lucques, op. cit., c. xxx, col. 1199), invo- 
qua des motifs de santé pour s'excuser. D'accord sans 
doute avec le roi, il avait décidé de se fixer pour un 
temps à Aquila et de s'y faire sacrer. Ceci ressort 
clairement de la teneur des missives royales des 22- 
25 juill. reproduites dans Cantera, Cenni,Y>. 45, notes. 
Le choix de cette ville frontière, récemment fondée et 
aux portes de laquelle s'élevait le monastère célestin de 
Colleniaggio, ne manquait pas d'habileté. 

Partie de Sulmona la veille ou l'avant-veille, l'es- 
corte pontificale arriva le 27 juill. à Aquila, où elle fit 
une entrée fort peu protocolaire : le pape, revêtu de sa 
bure, était assis sur un âne, dont la bride était tenue 
par le roi et son fils; c'était la seule monture à laquelle 
il fût accoutumé, lorsqu'il ne se déplaçait pas à pied; 
mais cet accroc au protocole allait devenir l'objet des 
commentaires les plus singuliers. 

De tout le Sacré Collège, seuls deux cardinaux, Ay- 
celin et Napoléon Orsini, vinrent rejoindre le pape 
dans sa résidence des Abruzzes. Les autres lui firent 



parvenir une nouvelle invitation à poursuivre son 
voyage. Elle n'eut pas plus de succès que les précé- 
dentes. Bien au contraire. 

A ce moment, la mort du cardinal Malabranca, sur- 
venue à Pérouse le 9 ou le 10 août (Schulz, Zeitschr. 
fur Kirchengesch., 374; Digard, i, 184; Ann. pont., 
1929, p. 128), vint fournir au roi de Naples un atout 
inespéré, en faisant disparaître la seule personne dont 
la présence était requise pour une consécration ponti- 
ficale. Le siège d'Ostie devenu ainsi vacant, l'arche- 
vêque de Bénévent, présent à Aquila, sacra le cardinal 
Aycelin évêque d'Ostie, et celui-ci, assisté du cardinal 
Napoléon Orsini, procéda sans tarder à l'intronisation 
épiscopale du nouveau pape, qui choisit le nom de Cé- 
lestin. La date de cette cérémonie est incertaine. Tous 
les auteurs contemporains l'ont confondue avec le 
sacre du 29 août; leurs témoignages sont donc inutili- 
sables. Les historiens modernes ont été souvent induits 
en erreur par leurs devanciers; d'autres, avec Schulz, 
loc. cit., 378, ont parlé d'une double consécration ponti- 
ficale, la première ayant été déclarée invalide par les 
cardinaux. La véritable suite des événements a été ré- 
tablie par Casti, dans Celestino V..., 161-64, et (avec 
une confusion de dates) par Digard, i, 184-85. 

Entre temps, sous couleur d'aider le pape dans une 
tâche trop nouvelle pour lui, le roi réussit sans peine à 
le circonvenir et à faire nommer plusieurs de ses créa- 
tures à des postes-clefs : Jean de (^astrocoeli, arche- 
vêque de Bénévent, homme plein de ruse, d'avarice et 
d'ambition, qui avait, cinq ans auparavant, trempé 
dans une rébellion ouverte contre Rome, fut nommé 
vice-chancelier. En outre, les postes de notaire apos- 
tolique (Barthélémy de Capoue), d'huissier de la 
chambre pontificale et de capitaine des États de 
l'Église furent également confiés à des fonctionnaires 
napolitains. Par autorisation spéciale du roi de Naples, 
ces agents continuèrent à toucher les appointements 
attachés à leurs anciennes fonctions (Digard, i, 182, 
note 2, et 183). 

Ai)i3renant ce qui se passait à A<iuila, les sept cardi- 
naux restés à Pérouse comprirent qu'il était plus que 
temps de rejoindre le pajie, s'ils voulaient sauver l'au- 
torité du Sacré Collège. Après avoir obtenu de 
Charles II divers engagements de nature financière 
(Schulz, loc. cit. ,377, note 2), ainsi que la promesse sous 
serment qu'il n'exercerait sur leurs allées et venues 
aucune pression, en cas de vacance du S. -Siège (Cé- 
lestin V le délia de cette promesse, Potthast, Reg., 
23998), ils vinrent l'un après l'autre à Aquila; même 
Benoît Gaetani qui, à l'étonnement général, finit par 
rejoindre les autres après avoir boudé pendant plus 
d'un mois (Ptolémée de Lucques, op. cit., 1200). 

Le 29 août eut lieu la cérémonie du sacre, devant 
l'église Ste-Marie di Collemaggio, puis la procession de 
l'église en ville avec le décorum habituel. Une foule 
énorme, dont Ptolémée de Lucques, témoin oculaire, a 
grossi le nombre jusqu'à 200 000 personnes, avait 
afilué à Aquila pour assister à ce triomphe suprême du 
populaire ermite (op. cit., c. 29 et 31, col. 1199 et 1200). 

3° De la consécration pontificale à l'abdication. — Les 
nuages ne tardèrent pas à s'amonceler. Soixante ans de 
vie érémitique peuvent préparer parfaitement à rece- 
voir la couronne céleste; pour ceindre la tiare de 
S. Pierre, ce n'était pas la préparation idéale. La sim- 
plicité de Célestin le dépaysait devant les exigences du 
protocole romain. Son manque d'habitude du latin of- 
ficiel n'obligeait-il pas les cardinaux à s'exprimer en 
italien au consistoire? Sa bonne foi, sa scrupulosité mé- 
fiante et son manque d'expérience en faisaient une vic- 
time toute désignée pour tomber dans les pièges tendus 
par les politiciens roués, les bénéflciers sans scrupules 
et les arrivistes retors. 

Dans l'édition définitive de son Opus meiriciim (i, 3, 



89 CÈLES 

c. 10, cil. Seppelt. p. 69), le cardinal Stefaiiesclii ne se 
gène pas pour critiquer ouvertement les mesures 
|)rises par Cclestin. Parmi ces mesures, l'histoire 
retient en particulier : 

n) L'octroi imprudent de noml)reuses faveurs. Fa- 
veurs spirituelles et autres furent distribuées sans au- 
cun discernement. Le jour même de son sacre, il accor- 
da de vive voix une indulgence plénière, semblable à la 
Portioncule, à tous ceux qui visiteraient, aux condi- 
tions habituelles, Notre-Dame de Collemaggio, le jour 
anniversaire de cette solennité. Après s'être fait 
quelque peu prier (témoignage de Pietro Boerio, dans 
Baluze, Miscellanea, i, 480), il confirma, semble-t-il, sa 
concession un mois plus tard par une bulle (Potthast, 
jRe^., 23981 ; Raynaldi, ann. 1294, § 13, p. 145; mise 
au point des questions d'authenticité, dans Moscardi, 
20 sq. et Baumgarten, Miscellanea diplomatica, i, Rô- 
mische Quartalschrift, 1913, p. 93*). Cette concession 
fut fort discutée dans la suite. Le 18 août 1295 elle fut 
explicitement révoquée par Boniface VIII(A. Thomas, 
Registres de Boniface V'/i/, n. 815). Plusieurs papes la 
confirmeront à nouveau par la suite (cf. Galli, 61 ; 
Moscardi, 30-35). 

Cette première concession fut suivie de nombreux 
autres avantages et privilèges accordés à divers 
églises et monastères. Les communautés de son ordre, 
qui comptait alors 18 couvents et 4 prieurés, furent 
spécialement favorisées. Comme certains papes à 
l'égard de leurs neveux, ainsi Célestin paraissait réser- 
ver le plus clair de son initiative personnelle à les com- 
bler de faveurs (Casti, dans Celestino V..., 170 sq.). 
Ce népotisme monastique transparaît dans un très 
grand nombre d'actes : il les exempte de toute juridic- 
tion extérieure (Potthast, Reg., 23951, 23970, 24002, 
24003, 24011); leur accorde de riches indulgences 
allant jusqu'à 2 000 ans (Potthast, Reg., 23975, 24004, 
23977); la maison-mère du Morrone est déliée de toute 
dépendance envers S. -Pierre de Rome (Potthast, Reg., 
23976; Bullar. Rom., éd. Turin, iv, 116); il permet à 
ses membres de porter le nom d' « ermites célestins », 
leur reconnaît la prééminence honorifique sur tous les 
autres bénédictins. Le pape caressait même le projet 
de voir tous les fils de S. Benoît devenir des Célestins. 
Lors de son passage par le Cassin, il eut recours à la 
persuasion, puis à la contrainte, mais en vain, pour y 
faire adopter leurs usages (cf. Tosti, Storia delta badia 
di Montecassino, m, Rome, 1889, p. 37 sq.). 

L'amour de Célestin pour la vie austère se manifesta 
aussi dans la protection imprudente qu'il accorda au 
parti des Spirituels franciscains, dont il connaissait de 
longue date les principaux meneurs. Ceux-ci, en butte 
aux tracasseries de leurs confrères et poursuivis égale- 
ment pour leurs idées subversives par les autorités, 
décidèrent de tenter leur chance auprès du nouveau 
pape. F. Pierre de Macerata et F. Pierre de P'ossom- 
brone vinrent trouver le pape à Aquila et lui deman- 
dèrent « l'autorisation d'observer leur vœu à l'abri des 
persécutions et des empêchements de ceux qui se 
laissent aller à renier la fidèle règle et la loyale obser- 
vance que S. François avait commandée dans son tes- 
tament et dans ses autres écrits » (Ehrle, Arch. fur 
Lit.-und Kirchengesch. des M. A., ii, 308). « Dans sa 
dangereuse simplicité » (Muratori, Antiq. ital., éd. 
Milan, 1741, iv, 1020), Célestin V n'y vit aucune ma- 
lice; après leur avoir d'abord proposé de s'adjoindre 
aux Célestins, il permit à Pierre de Macerata et à son 
groupe de se séparer des autres Frères Mineurs sous le 
nom de « Pauvres ermites » et chargea l'abbé de son 
ordre de leur indiquer des ermitages où ils pourraient 
vivre (Angelo Clareno, Epistota excusaloria, publ. 
Ehrle, Arcli. fur Lit.-und Kirchengesch., i, 525-26). 

Plus avantagé encore fut son ami et protecteur le 
roi de Naples. Parmi les nombreuses mesures dont il 



TIN V 90 

fut l'inspirateur ou le bénéficiaire, il faut mentionner : 
la confirmation de son traité de Figueras avec Jacques 
d'Aragon (1" oct., Potthast, Reg., 2,3984; Raynaldi. 
ann. 1294, § 15, iv, 147); deux décimes exceptionnels à 
lever, le premier sur les biens d'Église en France durant 
un an, l'autre sur ceux d'Angleterre durant quatre ans, 
pour financer ses expéditions militaires (2 oct., Pott- 
hast, Reg., 23985; Raynaldi, ibid., 149); la nomina- 
tion de son fils, âgé de 21 ans, comme archevêque de 
Lyon (7 oct., Potthast, Reg., 23990 ; Raynaldi, ibid., 
152); la constitution d'une province autonome sici- 
lienne des Frères Prêcheurs (Potthast, Reg., 23953; 
Fontana, Monumenta dominicana, Rome, 16'75, p. 140). 
Le roi aurait même eu l'intention d'obtenir du pape la 
condamnation du cardinal Gaetani comme hérétique 
et aurait pressenti les cardinaux Colonna en vue d'un 
appui éventuel en ce sens. Mais ce renseignement étant 
fourni par les Colonna est suspect (cf. Procès ouvert 
par Clément V contre la mémoire de Boniface VIII, 
publ. C. Hofler, Abhandl. der Hist. Kl. der Kgl. bayer. 
Akad. der Wiss., iii-3, 1843, p. 60). 

Apprenant l'ouverture de ce nouveau Pactole, les 
quémandeurs affluaient de toutes parts. Mais tous 
n'avaient pas également en vue l'enrichissement de 
leurs âmes. Beaucoup sollicitaient des biens plus tan- 
gibles. Célestin accordait tout, sans y regarder de fort 
près, «car il était simple et droit » (Vita C, c. xxx). 
Pendant les quelques mois de son pontificat, il fut vic- 
time d'une exploitation éhontée. Les dispenses réser- 
vées au S. -Siège furent prodiguées au mépris de toutes 
les règles, les biens d'Église dilapidés par des inféoda- 
tions et des échanges arbitraires; les concessions d'ex- 
pectatives, de bénéfices et de pensions dépassèrent 
toute mesure (voir l'exposé des motifs de la bulle de 
Boniface VIII, 8 avr. 1295, Thomas, Reg. de Boni- 
face VIII, n. 770). Ptolémée de Lucques {Hist. Eccl., 
XXIV, c. 31; Muratori, xi, 1200) va jusqu'à parler de 
blancs-seings et de faveurs identiques accordées à 
plusieurs bénéficiaires à la fois. Il est vrai, le même 
auteur ajoute, à la décharge du vieux pontife, que pas 
mal d'abus en matière de concessions de grâces et de 
privilèges se commettaient, à son insu, par des officiers 
curiaux profitant de son âge et de son inexpérience. 
Malheureusement la disparition du registre de Céles- 
tin V ne permet pas de mesurer exactement le désordre 
créé par tous ces abus. Parmi les plus compromis 
figuraient les cardinaux Colonna. Entremetteurs infa- 
tigables de grâces pontificales, ils s'en étaient réservé 
plus qu'une portion congrue. De leur propre aveu, 
Jacques Colonna avait obtenu une pension de 
500 marcs sterling et chacun de ses deux neveux plus 
de 1 000 livres tournois (Digard, i, 242; voir aussi une 
bulle d'une teneur incroyable, Potthast, Reg., 24005, 
19 nov. 1294, dans Barth. Cotton, Hist. anglic, 
éd. Luard, 261). 

Ce désordre fut tel que Boniface VIII, dès le troi- 
sième jour de son pontificat et, à ce qu'il semble, sur la 
demande de Célestin lui-même, révoqua oralement 
toutes les mesures arbitraires prises par lui. Ai)rès quoi, 
la chancellerie pontificale eut de la besogne pendant 
près d'un an, pour mettre de l'ordre dans ce grand net- 
toyage : annulation de toutes les réserves de bénéfices 
concédées depuis Nicolas IV, de toutes les nominations 
à des postes importants faites sans l'assentiment des 
cardinaux, en particulier celles de l'archevêque de 
Lyon et de Barthélémy de Capoue ; révocation, jusqu'à 
nouvelle confirmation, de tous les privilèges concédés 
par Célestin V. Cette révocation fut spécifiée par la 
bulle du 8 avr. 1295 (Potthast, Reg., 24061; A. Tho- 
mas, Registre de Boniface VIH, n. 770). Toutes les 
bulles expédiées par Célestin V devaient être ren- 
voyées à Rome, aux fins d'un nouvel examen. Cette 
dernière mesure fut cause du très petit nombre de 



91 



CÈLES 



TIN V 



92 



bulles originales de Célestiii V conservées de nos jours : 
sur un total de plus de 106 documents expédiés par 
lui, Baumgarten n'en connaît que 46 : liste dans Mis- 
cellanea diplomatica, i {Rômische Quartalschrift, 1913, 
p. 85*-94*). 

b) La promotion cardinalice (Aquila, 18 sept. 1294). 
— ■ Elle fut suggérée au pape par le roi de Naples et 
devait comprendre douze noms. Le choix des élus, 
tous candidats du roi, fut discuté en comité secret par 
le pape avec les trois cardinaux, Hugues Aycelin, 
Matteo Orsini et Jacques Colonna. Le reste du Sacré 
Collège ne fut pressenti que la veille de la préconisa- 
tion (Opus metricum, m, c. 8). Encore Charles II fit-il 
remplacer, à la dernière minute, un des candidats par 
un autre. 

Cette liste comprend : a. sept Français ou Proven- 
çaux : les archevêques de Bourges et de Lyon, Simon 
de Beaulieu et Bérard de Goth; le canoniste Jean 
Lemoine, vice-chancelier du S. -Siège sous Nicolas IV; 
le doyen du chapitre de Paris et le prévôt de celui de 
Marseille, Nicolas l'Aide et Guillaume Ferrier; Robert, 
abbé de Cîteaux, et Simon, prieur de La Charité-sur- 
Loire; — • b. trois Napolitains appartenant au cercle 
des amis intimes du roi : son chancelier, Guillaume 
Longhi de Bergame; Pierre, l'évêque élu de Sulmona, 
et messer Landolfo Brancaccio; — c. deux célestins : 
Thomas de Ocra, abbé de S. Giovanni in Piano et 
inscrit comme bienheureux au martyrologe bénédictin, 
et Francesco Ronci di Atri. (Pour esquisse biogra- 
phique, voirl'art. de Vittoridans Celestino y..., 301-20.) 

Le douzième nom de cette liste a donné lieu à de 
nombreuses contestations. D'après Ciacconius-Oldoi- 
nus, Vitae pontif. rom., n, 292 et Eubel, 11, ç'aurait 
été Benoît Gaetani junior; Celidonio, Vita, 85-94, 
reprenant la liste de ï'Opus metricum, nomme un mys- 
térieux Frater Petrus, célestin, qui serait mort dès le 
9 oct. suivant. De nouvelles recherches aux Archives 
vaticanes et la pubhcation d'une lettre de Jacques 
d'Aragon (16 oct. 1294, Acta Aragonensia, éd. Finke, 
I, 19-20) ont permis de trancher le doute : le deuxième 
cardinal fut le célestin François Ronci di Atri (ou di 
Andria); le mystérieux Frater Petrus résulterait d'une 
confusion de lecture entre les deux prénoms Petrus et 
Franciscus. Et Gaetani junior aurait été créé cardinal 
tout seul par son oncle, dès le début du pontificat de 
celui-ci. Cf. P. M. Baumgarten, Die Cardinals- 
ernennungen, 167-68 et art. de Vittori dans Celestino 
V..., 316 sq.; Cah, 104-07. 

Seulement, François Ronci mourut à Sulmona le 
13 cet., moins d'un mois après son élévation à la 
pourpre. Célestin, pour rétablir sans doute l'effectif 
apostolique, choisit l'archevêque de Bénévent Castro- 
coeli pour le remplacer. Cette promotion eut lieu 
d'une façon tout à fait insolite. Durant son séjour à 
Teano (23 au 28 oct.), un soir après dîner, le pape lui 
annonça sa nomination; après quoi, il convoqua les six 
cardinaux présents, leur fit part de sa décision, qui ne 
souleva aucune objection. Mais les autres cardinaux, 
mis au courant, firent savoir au pape qu'ils n'admet- 
traient dans leur sein qu'un cardinal nommé après 
avoir obtenu leur assentiment. Célestin V céda, démit 
de sa charge le nouveau cardinal, jusqu'à ce qu'un 
consistoire réuni à Naples lui obtint l'adhésion géné- 
rale. Ce récit se base sur le seul témoignage de VOpus 
metricum. Baumgarten, op. cit., 169 en admet l'au- 
thenticité, du moins quant au fond. En tout cas, il est 
certain que, le 1" oct., Castrocoeli n'était pas encore 
cardinal. Cf. Schulz, Zeitschr. fiir Kirchengesch., xvii, 
1897, p. 384, note 4. C'est donc à tort que la liste 
de YAnn. pont., 1929, p. 134-35, le mentionne comme 
treizième cardinal de la promotion du 18 septembre. 

c) Le transfert de la résidence pontificale à Naples. — 
Dès le début de sept., le roi fit avertir les autorités 



napolitaines de se préparer à recevoir le pape (Docu- 
ments dans Gantera, Cenni, 53-56, notes, et C. Mi- 
nier! Riccio, Saggio di Cod. diplom., Supplem. /, n. 71- 
74, Naples, 1882). 11 ne semble pas que le pape ait été 
averti des intentions royales. Au contraire, il avait 
déjà pris des dispositions en vue d'un retour à Rome, 
lorsqu'il se laissa convaincre par Charles II de se 
rendre d'abord à Naples pour y séjourner quelque 
temps. Le motif de ce revirement était de ne pas 
retarder les pourparlers avec Jacques d'Aragon, que 
Célestin lui-même (Potthast, Reg., 23992) avait invité 
à se rendre dans l'île d' Ischia, afin d'y mettre au point 
l'exécution du traité de Figueras (cf. lettre de 
Charles II à Jacques II, 12 oct. 1294, Acta Aragonen- 
sia, éd. Finke, m, n. 17, p. 28-30). Cette décision fut 
prise malgré l'avis expUcite des cardinaux désireux de 
retourner à Rome (cf. Opus metricum, i, 3, c. 1 sq., 
éd. Seppelt, 56 sq.). Bon gré mal gré, le Sacré Collège 
tout entier accompagna ou suivit Célestin V à Naples. 
L'escorte dont faisaient partie le pape, le roi et son fils, 
quitta Aquila le 5 oct. Après s'être arrêtée du 7 au 
13 au monastère de Sulmona, elle reprit sa route par 
Castel di Sangro, San Germano, le Cassin, Teano, Ca- 
poue et arriva le 2 ou le 5 nov. à Naples (cf. Cali, 104; 
art. de Casti, dans Ce/es^i'no V..., 195-97 ; Schipa, op. cit., 
91-92). A Naples, le Castel Nuovo fut affecté à la rési- 
dence du pape et de ses services. 

4° L'abdication (13déc. 1294). — Frappé du désordre 
qui s'infiltrait dans l'Église par suite de son incapa- 
cité administrative, Célestin se rendit compte qu'il 
n'était pas apte au gouvernement pontifical. Il se mit 
à réfléchir à ses responsabilités et aux moyens de 
remédier à la situation. On l'entendait gémir : « O mon 
Dieu, tandis que je règne sur les âmes, voici que je 
perds la mienne. » Il ressentait aussi, comme un poids 
toujours plus lourd, les entraves mises par les devoirs 
de sa charge à ses habitudes de solitude et de prière. 
Comme l'Avent était proche, il s'était fait préparer, 
dans un coin retiré du Castel Nuovo, une cellule en 
bois, afin d'y passer son « carême de la S. -Martin » en 
prières et en pénitences comme autrefois. Il avait 
l'intention de confier le gouvernement intérimaire 
effectif de l'Église à un triumvirat, et toutes les dispo- 
sitions étaient prises en conséquence, lorsque le cardi- 
nal Matteo Orsini, accouru tout exprès, fit échouer ce 
singulier projet à la toute dernière minute, en repré- 
sentant au pontife « qu'il était inadmissible que 
l'Église eût à la fois trois époux » (cf. Finke, 38). 

Le pape songea alors à donner sa démission. Les 
rétroactes de cette démission ont été souvent travestis. 
Des histoires de trompettes nocturnes et autres récits 
fantomatiques, mettant en cause Benoît Gaetani, 
furent colportés en France, dès les premiers mois du 
pontificat de Boniface VIII, par Simon de Beaulieu, 
cardinal et légat pontifical, dont le rôle joué en cette 
affaire n'est pas des plus beaux (cf. le témoignage de 
l'abbé de S.-Médard à Soissons au procès ouvert par 
Clément V contre la mémoire de Boniface VIII, publ. 
C. Hôfler, Ruckblick auf PapstBonifaz V in.,Abhandl. 
d. hist. Kl. der kgl. bayer. Akad. der Wissensch., m, 3, 
1843, p. 69). Elles trouvèrent audience jusque parmi 
les cardinaux de la Curie (Finke, p. 65, note 1) et les 
amateurs d'historiettes malédifiantes en firent leurs 
choux gras. Aujourd'hui la critique ne leur reconnaît 
pas plus de consistance qu'aux légendes de Croque- 
mitaine. — De même, les accusations formulées en 
clair contre Gaetani et le cardinal de Sabine, d'avoir 
extorqué par dol la renonciation du vieillard (P. du 
Puy, Histoire du différend entre le pape Boniface VIII 
et Phil. le Bel, Paris, 1655, p. 428), se sont révélées dé- 
pourvues de fondement et même de probabilité. Seul 
parmi les témoins dignes de foi, Ptolémée de Lucques 
(Hist. Eccl., XXIV, 32) prétend que le projet d'abdica- 



93 



CÉLESTIN V 



94 



tion aurait été machiné par les cardinaux, dès avant le 
voyage à Naples, et quasi imposé au vieux pontife par 
le cardinal canoniste. Jusqu'à la thèse de Schulz (Zeit- 
schr. fiir Kirchengesch, xvii, 477 sq.), c'était là l'opi- 
nion reçue (voir références, ibid., 483, note 3; Tosti, 
Storia di Bonifazio VIII, 1. I, c. iv, p. 82, Rome, 1886, 
fait exception. Résumé et discussion de toutes ces his- 
toires par Cipolla, dans son édition de Ferreti "Vincen- 
tini, Historia rerum in lialia gestarum, Fonti per la 
storia d'Italia, Rome, 1908, p. 64i). 

Depuis lors, la critique admet que l'idée d'abdica- 
tion prit corps dans la conscience harcelée de remords 
de Célestin lui-même. Les témoignages anciens les plus 
dignes de foi confirment cette explication; voir en par- 
ticulier Opus metricum, ni, 348 sq. ; Vita C, c. xxxiv et 
le Mémoire des cardinaux de 1297 contre les Colonna, 
publ. Denifle, Arch. fiir Lit.-und Kirchengesch. des 
M. A., V, 525-26. 

Seulement pouvait-il démissionner? Grave pro- 
blème canonique. Toute démission, pour être valide, 
requiert l'assentiment du supérieur. Le pape n'ayant 
d'autre supérieur que Dieu, comment le peut-il? 

Pour résoudre cette difficulté, Célestin consulta 
d'abord des lumières familières : son compendium de 
droit canon et un ami. Ce parvus libellas dont parle 
Stefaneschi (Op. metr., m, c. xii, v. 375; éd. Seppelt, 
73) est sans doute identique à la Summa Celestina de 
ses Opuscules (voir précisions dans A. S., mai, iv, 
523 C-D). Quant à r« ami mystérieux, conseiller des 
premières heures, à la réponse évasive » (Opus metr., 
III, V. 393), plutôt que Benoît Gaetani, comme on le 
croit habituellement, il pourrait bien être Stefaneschi 
lui-même (Morghen, 326; Digard, i, 202-03). 

N'ayant pas trouvé assez de lumières chez ses 
premiers conseillers, il continua son enquête parmi les 
membres du Sacré Collège les plus autorisés, Gérard de 
Sabine (Finke, 40), les deux Colonna (Denifle, op. cit., 
V, 494) et surtout Benoît Gaetani, le meilleur cano- 
niste du groupe et confesseur du pape, si l'on en croit 
une tradition fort tardive (C. de Lellis, Discorsi délie 
jamiglie nobili del regno di Napoli, i, 1654, p. 186). 

A en croire Gilles de Rome (De renunciatione papae, 
c. xxiii, Bibl. max. pont., ii, 56), Gaetani aurait 
d'abord conseillé au pape de rester. Sans doute une 
protestation de pure forme ou de politesse, peut-être 
un effort pour masquer son contentement intérieur 
( Vita C, c. xxxiv). Célestin insistant, Gaetani répondit 
qu'une abdication était licite et invoqua à tort plu- 
sieurs précédents, entre autres une soi-disant abdica- 
tion de Clément de Rome (cf. Seppelt, Studien, 50-57). 
Quoi qu'en disent ses thuriféraires (référ. dans Schulz, 
lac. cit., 499), il est bien possible que les conseils donnés 
à cette occasion par Gaetani ne furent pas dictés 
exclusivement par des considérations de bien commun. 
En tout cas, ce fut certainement au poids de son auto- 
rité que Célestin dut de rendre inébranlable une déci- 
sion que jusqu'alors ses rêves ne lui avaient montrée 
que comme possible. 

Bientôt des bruits transpirèrent et parvhirent à la 
connaissance du public. Alertée par les Fraticelli et les 
Célestins, et avec la connivence du roi, la populace 
napolitaine envahit le Castel Nuovo et parvint jusqu'à 
la cellule du pape, qui eut grand'peine à la calmer par 
(le vagues promesses. Cinq jours plus tard, le pape 
convoqua les cardinaux, leur exposa toute la situation 
et leur demanda leur avis. Quoiqu'ils se rendissent 
fort bien compte que Célestin était « lemporalium 
omnino inexpertus » (Barthélémy Cotton, M. G. H., 
SS., xxviii, 611), les cardinaux répondirent de conti- 
nuer encore l'expérience et lui déconseillèrent de 
suivre son idée (Mémoire des cardinaux de 1297, publ. 
Denifle, op. cit., v, 526). Le pape ne voulut pas se 
rendre, mais fit demander des processions et des prières 



pour que Dieu l'éclairé. La procession eut lieu sans 
doute le 5 déc. (A. S., mai, iv, 523 E). Peu après, une 
nouvelle délégation des Napolitains conduite par leur 
archevêque n'eut pas plus de succès : la décision du 
pape était prise. Restait l'exécution. 

Avec l'aide de Gaetani, le pape consacra huit jours 
à la rédaction de deux actes : la renonciation propre- 
ment dite et une constitution pontificale établissant 
qu'un pape a le droit de démissionner. A ces deux 
actes Célestin voulut encore ajouter, le 10 déc, un 
nouveau rappel de la prescription par laquelle il avait 
rétabli, le 28 sept., l'obligation du conclave, pour 
remédier à l'avenir aux trop longues vacances du S.- 
Siège (Potthast, Reg., 23980; Raynaldi, ann. 1294, 
§ 17, IV, 153). Le 13 déc, tout étant prêt, il réunit le 
consistoire, prit place sur son trône et pria les cardi- 
naux de ne pas l'interrompre avant que tout fût fini. 
Il donna alors lecture de l'acte par lequel il renonçait 
au pontificat; ensuite, quittant son siège, il déposa son 
anneau, sa tiare et son manteau, alla revêtir les habits 
de son ordre et vint s'asseoir sur un tabouret. Devant 
ce spectacle, tous les cardinaux se mirent à pleurer, 
« bien que plusieurs d'entre eux éprouvassent plus de 
joie que de tristesse » ( Vita C, c. xxxiv; Barth. Cotton, 
Hist. anglic, éd. M. G. H., SS., xxviii, 611-12). 
Chacon (ii, 274) et Baronius (Annales eccles., xxii, 
p. 145, n. 20) donnent un texte de cette renonciation 
sans en indiquer la provenance (cf. A. S., mai, iv, 
524 A-B). 

Cette décision si insolite, jointe aux circonstances 
dans lesquelles elle eut lieu, fut, comme bien l'on 
pense, abondamment commentée. Si les autorités se 
rallièrent sans peine au nouveau pape, la passion popu- 
laire s'en mêla rapidement. Dépit du parti angevin et 
des chasseurs de bénéfices voyant disparaître leurs 
proies, désespoir des Spirituels et des Ermites célestins 
voyant s'effondrer leur unique appui en haut lieu, 
admiration pour un tel exemple de détachement des 
dignités de ce monde, satisfaction parmi les partisans 
de l'ancien ordre de choses. A mesure que le nouveau 
pape Boniface VIII gouverna de façon plus person- 
nelle et se fit plus d'ennemis, ces discussions prirent un 
caractère plus polémique : pour pouvoir atteindre la 
légitimité du nouveau pape, on mit en doute la vali- 
dité de l'abdication de Célestin. Le rôle joué par 
Benoît Gaetani dans les rétroactes de cette abdication 
fut élargi, noirci et finalement travesti. Issue du do- 
maine de l'actualité polémique, la question bifurqua 
bientôt, d'une part vers la spéculation canonique, 
de l'autre vers le thème littéraire. 

Du point de vue canonique, les principaux textes à 
retenir sont : la Pierre Olivi, traité De renunciatione 
papae (question xiii du traité De perfectione evangelica 
(date probable, printemps 1295, au plus tard 1297), éd. 
P. L. Ofiger, Arc^i. franc, hist., xi, 1918, p. 340-66; 
commentaire dans Seppelt, Studien, 23-37); Ib Pierre 
Olivi, lettre du 14 sept. 1295, en réponse aux objec- 
tions formulées par Conrad d'Offida du groupe des 
Spirituels franciscains : défend la validité de l'abdica- 
tion (éd. P. L. Oliger, Arch. franc, hist., xi, 1918, 
p. 366-73, et Jeiler, Hist. Jahrb., m, 1882, p. 652-59); 
— • 2. Godefroid de Fontaines, Quodl. XII, quest. iv : 
Université de Paris, 1295; sans mentionner Célestin, 
admet la validité d'une abdication dans des cir- 
constances semblables (éd. J. Hofîmans, Coll. Les 
philosophes belges, v, 1932, p. 95-99); — 3. Pierre 
d'Auvergne, Quodl. I, quest. xv : Université de Paris, 
1296 : pour la validité (inédit, mais analysé par 
J. Leclercq, Rev. hist. de l'Égl. de France, xxv, 1939, 
p. 186-88); — 4. Consultation demandée par Colonna 
à l'Université de Paris, début 1297 : contre la vali- 
dité; texte perdu (cf. Chartul. Univ. Paris., éd. 
Denifle-Chatelain, ii, 1, 1881. p. 77, n. 604); — 



95 



CÉLESTIN V 



96 



5. Triple manifeste des Coloiiiia, 10 mai-12 juin 1297 : 
contre (éd. Denifle. Arch. ftir Lit.-und Kirchengesch. 
des M. A., V. 509 sq.; L. Moehler, Die Kardinàlc 
Jakob und Petnis CoUmna, 1914, p. 251-77); les douze 
motifs du manifeste du 1 niai ont servi de base à toute 
la polémique ultérieure des légistes français; — 6. Dé- 
claration du cardinal Nonancour, au nom du Sacré- 
Collège, juin. 1297, pour démentir les allégations du 
manifeste précédent (éd. Denifle, ibid., 524-29); — 
7. Gilles de Rome (Colonna), De remmciatione papae, 
1297 (discussion de la date : Finke, 72) : pour la vali- 
dité (éd. Roccaberti, Bibl. max. pont, ii, Rome, 
1695, p. 1-64); — 8. .\vec l'insertion d'un chapitre 
sur cette question dans le livre Sexte des Décrétales 
(L. I, tit. VII, c. 1, Quoniam) en 1298, la question 
passa sur le plan général du droit canon et du De 
Ecoles ia. 

Du point de vue littéraire, sans parler des auteurs 
de spiritualité (p. ex. Ubertin de Casale, Arbor vilae 
cruciflxae Jesu, 1. V, ch. viii, achevé en 1305; cf. 
Callaey, Rev. hisl. eccl., xi, 1910, p. 713 sq.), les 
deux auteurs principaux à retenir sont Pétrarque et 
Dante. Dans son De Vita solitaria, lib. II, tract. III, 
c. xviii, Pétrarque n'hésite pas à placer Célestin plus 
haut que les apôtres et beaucoup de saints (cf. C. Lu- 
dovisi, Giudizio di Francesco Petrarca sulla renuncia di 
Celestino V, Boll. délia Soc. di stor. pairia A. L. An- 
tinori nelle Abruzzi, vi, 1894, p. 89-91). — Quant à 
l'Alighieri, on sait que ses deux vers célèbres : 

Vidi e conobbi l'ombra di colui 

Che fece per uiltate il gran rifiulo 

(Inferno, m, 59-61) 

furent parmi ceux qui exercèrent le plus la sagacité des 
dantologues. Déjà Benvenuto de Imola (Muratori, 
Antiq. liai., i, 1038-39) y voyait une allusion à 
Célestin V. Cette interprétation peut être considérée 
comme classique, bien qu'elle n'ait jamais rallié l'una- 
nimité des critiques. 

Maintenant que la question de droit est tranchée et 
que les passions se sont éteintes depuis longtemps, 
l'historien impartial n'aura pas de peine à souscrire au 
jugement de Casti (Celestino V..., 203) : « L'abdication 
de Célestin V ne fut ni une lâcheté, ni un acte 
d'héroïsme; ce fut le simple accomplissement du strict 
devoir qui incombe à quiconque a assumé un olTice 
disproportionné à ses propres forces. Le devoir moral 
de rester à son poste ne pouvait obliger à rencontre de 
l'intérêt plus impérieux du bien commun. » 

III. Après le pontificat. — En renonçant à être 
Célestin V, Pierre de Morrone n'avait qu'un désir : 
redevenir l'ermite d'autrefois. Il alla donc trouver le 
nouveau pape Boniface VIII, l'ancien Benoît Gaetani, 
élu le 24 déc, et lui déclara son intention de regagner 
ses chères montagnes. Boniface VIII connaissait assez 
la droiture et la simplicité de Pierre pour ne pas se mé- 
fier de lui. Mais il se méfiait des autres. Il craignait 
que quelque faction cardinalice ou politique ne se ser- 
vît un jour de l'ancien pape comme d'un instrument de 
rébellion ou de schisme. 11 lit donc répondre à Pierre 
qu'il préférait l'emmener auprès de lui en Campanie. 
Ainsi pensait-il pouvoir mieux prévenir toute cabale 
éventuelle. Pierre accueillit cette décision de fort mau- 
vaise grâce, persuadé que l'unique motif qui lui eût 
permis en conscience de prendre sa décision était 
qu'elle lui permettrait de reprendre sa vie d'autrefois; 
il se considérait comme tenu dé la reprendre, fût-ce 
contre le gré du pape. Il feignit d'abord d'obtempérer 
à l'injonction reçue : sous la conduite de l'abbé du 
Mont-Cassin, il lit route vers la Campanie. Arrivé au 
pied du Mont-Cassin, à San Germano, grâce sans doute 
à la complicité de son cicérone, Pierre emprunta un 
cheval et prit la fuite. Il fut accueilli en triomphe à 



Sulmona et se retira dans son ancienne cellule du 
Morrone. 

Alerté, Boniface VIII envoya son camérier et l'abbé 
du Mont-Cassin à la recherche du fugitif. Ils le trou- 
vèrent dans son ermitage. Pierre Célestin les supplia 
de l'y laisser, leur promettant d'achever sa vie dans la 
solitude avec ses confrères, sans parler à âme qui vive. 
Ils se laissèrent fléchir et lui permirent de rester, en 
attendant que le pape, mis au courant, eût statué sur 
son sort. Sur le chemin du retour, ils croisèrent un 
nouveau messager pontifical envoyé en toute hâte 
avec ordre de ramener le fugitif de gré ou de force. 
Tous alors tournèrent bride vers Sulmona; mais les 
moines du Morrone, prévenus de leui arrivée, avaient 
caché le vieil ermite. Il resta introuvable. Plutôt que 
de dénoncer la cachette, les deux frères découverts 
dans la cellule préférèrent se laisser emmener comme 
otages par le camérier. Au bout de deux mois, lassé de 
devoir se cacher à tous les regards, Pierre décida de 
partir pour une région où il ne serait pas connu. Ayant 
revêtu un déguisement et escorté d'un seul compa- 
gnon, il gagna une forêt située à quatre journées de 
distance. Mais il fut reconnu tout le long du chemin. 
Et la nouvelle ne tarda pas à s'ébruiter. Pierre passa le 
Carême dans cette forêt. Le dimanche des Rameaux, 
l'abbé de Corata vint avec une escorte de moines pour 
le chercher; mais ils ne le trouvèrent pas. 

Cet incident décida Pierre Célestin à quitter la 
région pour toujours et à chercher la paix de l'autre 
côté de l'Adriatique. Sans doute désirait-il rejoindre 
un groupe de Spirituels qui, à la nouvelle de l'abdica- 
tion de leur protecteur, avaient jugé prudent de 
mettre la mer entre eux et leurs anciens ennemis et 
s'étaient installés dans une île de la côte d'Achaïe 
(cf. Ehrle, Archiv fiir Lit.-und Kirchengesch., i, 519). 
Durant cinq semaines, l'état de la mer empêcha tout 
départ. Enfin la barque où il avait pris place put appa- 
reiller, mais fut prise le lendemain dans une tempête 
et échoua près de Viesti. Le capitaine de cette ville, 
prévenu, mit le fugitif en état d'arrestation et fit 
avertir le pape et le roi qui étaient alors à Rome. 
Aussitôt une escorte de chevaliers conduite par le 
patriarche de Jérusalem fut dépêchée à Viesti pour 
ramener l'ermite fugitif avec les honneurs dus à son 
rang. Conduit devant le pape à Anagni, le fugitif fut 
soumis à un interrogatoire sévère et à une claustration 
rigoureuse. 

Malgré les avis opposés de plusieurs cardinaux, le 
pape lui assigna comme résidence forcée le château- 
fort de Fumone, nid d'aigle inaccessible dominant la 
vallée du Sacco sur un pic isolé. A partir de juin 1295, 
Pierre Célestin y fut séquestré dans le donjon carré 
central, sous la garde de six chevaliers et de trente 
hommes d'armes. Il y vécut totalement séparé du 
monde, avec deux seuls compagnons de son ordre, sou- 
mis eux-mêmes à l'isolement le plus complet. A plu- 
sieurs reprises, ces compagnons tombèrent malades et 
durent être remplacés; mais Célestin, âgé alors de 
86 ans, ne se plaignit jamais de cette séquestration 
forcée qui dura onze mois (Vita C, c. xlv). Le jour de 
la Pentecôte 1296, il sentit une douleur au côté. Le 
médecin appelé à son chevet déclara le mal sans 
remède. Le samedi suivant, 19 mai 1296, Célestin V 
mourut en chantant des psaumes. 

IV. Canonisation. — Apprenant la mort de celui 
qu'il considérait, malgré son âge, comme un rival pos- 
sible, Boniface VIII fut saisi d'un sentiment de déli- 
vrance. Plus tard, une légende, inspirée peut-être par 
une phrase ambiguë du Mémoire des cardinaux Co- 
lonna, mit en doute le caractère naturel de cette mort 
et fit planer des soupçons sur le pape geôlier. L'histoire 
en a démontré l'inconsistance. 

Le 21 mai 1296, les restes du saint furent ensevelis 



97 



CÉLESTIN V 



98 



en l'église du monastère S. -Antoine de Ferentino, dans 
un caveau creusé, sur l'ordre exprès du pape, à dix 
coudées de profondeur près du maître autel. La Vita C, 
c. xLvii, donne par erreur la date du 19 mai, qui est 
celle de sa mort. De nombreux miracles rendirent cette 
tombe bien vite célèbre (cf. A. S., mai,iv,528D-530F). 

Dès les premiers mois qui suivirent sa mort, le car- 
dinal Thomas de Ste-Cécile, son confrère en religion 
qui avait présidé à ses funérailles, fit instituer par les 
Célestins une enquête privée sur la vie du saint et sa 
vertu de thaumaturge. C'est sans doute à cette occa- 
sion que furent composées les premières biographies 
du saint et peut-être aussi l'Autobiographie. 

Avec la mort de Boniface VIII et l'avènement de 
son successeur Benoît XI, la cause de Célestin V vit 
croître ses chances. Mais une mort rapide du nouveau 
pape l'empêcha de mettre ses desseins à exécution. 
Clément V, qui vint après lui, chargea l'archevêque de 
Naples, Jacques de Viterbe, et l'évêque Frédéric de 
Sulmona d'entreprendre ofTiciellement l'examen de la 
cause du saint. Ils entrent en fonctions le 13 mai 1306, 
à Naples d'abord puis en d'autres lieux (liste des lieux 
et des dates dans A. S., mai, iv, 531 C). Il y eut en tout 
324 dépositions (Uste dans Marino, 1. IV, p. 496-97; 
énumération des principaux témoins, A. S., mai, iv, 
531 C-D). Un procès-verbal partiel de ces dépositions, 
d'après un codex de Sulmona, fut édité par Seppelt, 
Monumenta, p. l-lxiv, 211-334; un autre par G. Pan- 
sa, Rivista Abruzzeae, ix, 391-98. Le dossier une fois 
formé fut remis pour étude préliminaire à une com- 
mission de quatre cardinaux. Pour les phases de la 
procédure suivie, décrites avec nombreux détails par 
Stefaneschi, voir M. Labande, Bibl. de l'École des 
Charles, liv, 61-67 et Ehrle, Arch. fiir Lit.-und Kir- 
chengesch. des M. A., v, 574-81. 

Au cours d'un consistoire tenu par Clément V, le 
pape approuva plusieurs miracles et institua une nou- 
velle commission de huit cardinaux. Au concile de 
Vienne, un nouvel examen du dossier fut imposé à 
huit prélats et achevé avant la clôture du concile 
(6 mai 1312). Enfin, après un nouveau délai d'un an, le 
pape réunit un consistoire secret et soumit un choix de 
miracles à l'avis des cardinaux. Le procès-verbal de ce 
consistoire fut publié dans Anal. Boll., xvi, 1897, 
p. 389-92, 475-87. 

Le résultat ayant été jugé satisfaisant, il y eut, le 
2 mai 1313, un consistoire public et, le 5 mai, Pierre 
Célestin fut canonisé (bulle de canonisation, B. H.L., 
6745; éd. A. S., mai, iv, 433-35). Le 11 juiU. 1668, 
Clément IX étendit sa fête à l'Église universelle. 

Les restes du saint connurent une histoire non moins 
mouvementée. Peu après le début du procès en 1306, 
ils furent exhumés et placés en une sépulture plus dé- 
cente. Au début de 1327, une guerre ayant éclaté entre 
Anagni et Ferentino, les habitants de cette dernière 
ville, désireux de mettre les précieuses reliques à l'abri, 
se présentèrent en armes au monastère S. -Antoine, où 
ils les jugeaient trop exposées, et les transportèrent 
inlra muras à l'église Ste-Agathe. Le prieur de S. -An- 
toine alerta ses supérieurs célestins, qui recoururent à 
une manœuvre plus audacieuse que respectueuse : le 
15 févr. , un groupe de moines, venus prier sur son tom- 
beau, fracturèrent le cercueil à la faveur de la nuit, 
cachèrent les os dans un matelas qu'ils transportèrent 
en toute hâte à Ste-Marie de Collemaggio, où ils 
reposent depuis lors (voir le récit de cette « transla- 
tion « des restes du saint, de Campanie à Aquila, dans 
A. S., mai, iv, 435-37 et dans Galli, 187-88). 

I. Œuvres. — L'authenticité célestinienne de deux 
œuvres est discutée : 1° L.' Autobiographie, édit. A. S., 
mai, IV, 421-26; Bibl. max. Patrum, éd. Lyon, xxv, 1677, 
765-69; C. Telera, S. Pétri Caelestini PP. V opuscula omiiia, 
Naples, 1640, xlix-lxvii. — Smte de récits merveilleux, 

DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés. 



limités aux années d'enfance et au début de sa vie reli- 
gieuse; rédigés (sauf deux exceptions) à la troisième 
personne en un latin très simple et parfois incorrect; elle 
se termine ex abrupto. 

Authenticité : habituellement niée par la critique contem- 
poraine (Anal. Boll., 1897, p. 368; Seppelt, Monum., 
p. xiii-LXiv; Hollnsteiner, p. S4). L'auteur serait alors un 
de ses compagnons de vie érémitique, qui aurait mis par 
écrit, non sans les enjoliver, des histoires sur son passé, 
apprises de sa bouche. Celidonio, Nuove critiche celestine, 
p. 3 sq. et Brève risposta, p. 3 sq., a mené une polémique 
très vive avec les BoUandistes, en faveur d'une authen- 
ticité partielle. Ses arguments furent annihilés dans Anal. 
Boll., xviii, 1899, p. 34 sq. et xx, 1901, p. 351, dont l'ar- 
ticle conclut : « l'authenticité de l'Autobiographie est à 
prendre en bloc ou à laisser de même ». 

Date : Un point de repère certain : le deuxième fragment 
biographique de la Vita C (c. ix, p. 399) en fait mention 
explicite. Par conséquent : au plus tard 1306, probablement 
avant 1300. Peut-on remonter jusqu'à l'époque même de 
la vie du saint? Baethgen, p. 268, préfère laisser la question 
ouverte, tout en signalant l'absence de toute allusion à 
l'élévation de Pierre de Morrone au souverain pontificat. 
Explique qui pourra cette lacune, de même que la finale 
ex abrupto. 

Quoi qu'il en soit, de tous les arguments élevés contre 
l'authenticité, aucun jusqu'ici ne s'est révélé bien solide. 
Ceux des BoUandistes, portant avant tout sur le degré de 
formation intellectuelle de Célestin, ont été victorieusement 
réfutés par Hollnsteiner et Seppelt. Ces deux auteurs ont 
cru pouvoir s'appuyer sur un argument de critique docu- 
mentaire : en fait, Seppelt a réussi à prouver que seule 
la rédaction définitive de l'Opus metricum de Stefaneschi 
(achevé en 1319) dépend de l'Autobiographie; lors de sa 
première rédaction, en 1295, il n'en eut pas connaissance 
(cf. Monumenta, p. xxxvni-XL). Conclure de là à la non- 
existence de l'Autobiographie à cette dernière date serait 
un latius hos. 

Il n'est donc nullement exclu que l'histoire ne finisse 
par revenir à la donnée traditionnelle consignée comme 
titre aux ms. conservés : Tractatus de vita sua quam ipse 
propria manu scripsit et in cella sua reliquit (Anal. Boll., 
XVI, 1897, p. 365). 

2" Les Opuscula (édit. Bibl. maxima Patrum, Lyon, 1677, 
XXV, 769-867 ; — analyse critique : art. de Carbone, dans 
Celestino V..., 321-71). Contenu : Opusc. 1-6 : Chrestoma- 
thie scripturaire et patristique, devant sans doute servir 
à l'auteur lui-même de vade-mecum de pastorale; classe- 
ment idéologique : de virtutibus; de viliis et peccatis; de vita 
hominis; de exemplis ac similibus moralibus; de sententiis 
Patrum eremitarum; de miraculis Beatae Mariae Virginis. 
— Opusc. 7-11 formant la Summa Celestiniana : Résumé des 
principaux points de morale et de droit canon : de censuris; 
de sacramentis Ecclesiae; de decem praeceptis decalogi; de 
praeceptis Ecclesiae; de legibus; six formulaires épistolaires, 
deux formules de dimissoriales et douze formules de saluta- 
tions épistolaires; enfin, vingt prières. 

Cet ensemble était contenu dans deux codices conservés 
au monastère de S. Maria di Collemaggio à Aquila, où ils 
étaient exposés, trois fois par an, à la vénération du public, 
avec les autres reliques du saint. Le P. C. Telera en fit, 
en 1638, une coUation authentiquée et certifiée conforme 
par acte notarié (Bibl. maxima Patrum, toc. cit., 756-57). 

Si le saint fut pour quelque chose dans la production de 
ces opuscules, il y déploya surtout un travail de copiste et 
d'abréviateur. Peut-être une comparaison des parties ori- 
ginales avec l'Autobiographie conduirait-elle à des conclu- 
sions intéressantes? 

II. Sources. — Les principaux documents contempo- 
rains à retenir sont les suivants : 

1° L,' Autobiographie (v. supra). Même si elle n'est pas 
l'œuvre du saint, elle reste le plus ancien document se 
rapportant à sa vie. La nature spéciale de ces récits et leur 
caractère personnel ne facilitent guère la critique de véra- 
cité. 

2° La biographie du saint par ses premiers disciples. Il en 
existe trois éditions, indexées par les BoUandistes : Vita A : 
texte : Anal. Boll., ix, 1890, p. 147-200; Vita B, ibid., x, 
1891, p. 385-392; Vita C, ibid., xvi, 1897, p. 393-458. Cette 
dernière est la plus précieuse et la plus primitive; elle 
renferme seule plusieurs détails pouvant servir à la critique 
d'authenticité; elle fait corps dans le ms. Vatic, Arm. XII, 
cas. I, n. 1 avec l'Autobiographie. Elle est constituée par la 

H. — xn. — 4 — 



99 



CÉLESTIN V 



100 



juxtaposition de deux fragments distincts : a) c. i-viii : 
une description édifiante d'une « journée » de l'ermite du 
Morrone, de continua conversatione ejus : comment il parta- 
geait son temps entre l'oraison et la mortification; — b) 
c. ix-fm : un récit de la vie de S. P. Célestin, depuis environ 
1273, et un florilège des événements merveilleux arrivés de 
son vivant et après sa mort. 

Sur l'interdépendance des trois recensions, voir Anal. 
Boll., XVI, 1897, p. 371 sq. et xviii, 1899, p. 38-42; les objec- 
tions de Celidonio, Nuove critiche celesline, p. 29, ne semblent 
pas pertinentes. Les Vitae ^ et B n'offrent entre elles aucune 
différence notable pour la biographie du saint. 

Auteurs probables : a) c. i-viii : Barthélémy de ïrasacco, 
célestin et compagnon du saint durant sa vie solitaire; 
162" témoin au procès de canonisation; Seppelt, Monu- 
menta, p. 328-334. — b) c. ix-fin : Thomas de Sulmona, 
prieur du monastère de Sulmona et 171» témoin au procès 
de canonisation. 

Circonstances et date de composition : Après la mort 
du saint, siu- le désir exprimé par leur confrère, le cardinal 
Thomas de Ste-Cécile, les Célestins instituèrent une enquête 
privée sur sa vertu de thaumaturge. Le premier fragment et 
sans doute aussi une première rédaction du second se 
placent donc entre la mort de C. V et celle du cardinal 
susdit (entre 1296 et 1300). L'argument mis en avant par la 
critique contemporaine (p. ex. Anal. Boll., xvi, 1897, p. 377- 
378), s'appuyant sur les expressions très malsonnantes à 
l'égard de Boniface VIII pour retarder la composition de 
cette Vie après la mort de ce pape (1303), n'est pas convain- 
cant. Sans doute, ce « réquisitoire n'aurait pu manquer 
d'irriter Boniface VIII, s'il fût venu à sa connaissance ». 
Sans doute encore, cette Vie était destinée à une diffusion 
rapide. Mais à une diffusion dans un milieu où l'hostilité 
envers le pape geôlier de leur fondateur devait être vive 
et qui avait donc tout intérêt à ne rien laisser transpirer 
de cette composition. En tout cas, le second fragment 
fut retouché, avec addition des derniers miracles datés, 
entre 1303 et 1306, début du procès de canonisation. 

3° L,'Opus metricum du cardinal .Jacques Gaietani Ste- 
faneschi : éd. A. S., mai, iv, 436-483; F.-X. Seppelt, Mon. 
Coelestiniana (Quellen and Forxchungen ans dem Gebiet 
der Geschichte hrsg. v. d. Gôrresgesellschaft, xrx, 1921), 
p. xxix-XLV, 3-146; critique de cette dernière édition, 
R. Morghen, Bull. deW Ist. stor. ital., xlvi, 1931. — V. sur 
l'auteur : I. Hôsl, Kardinal Jacobus Gaietani Stefaneschi 
(Hist. Studien, 61), Berlin, 1908. 

L'intention première de l'auteur était de donner une 
description poétique d'un couronnement pontifical (éd. cit., 
p. 84). Ce projet, et peut-être déjà un début d'exécution 
(l'o partie, livre I?), remonte donc avant l'élection de 
Pierre de Morrone. La personnalité unique de ce pape et 
les événements extraordinaires gui suivirent incitèrent 
Stefaneschi à élargir successivement le cadre de son 
œuvre. 

L'ensemble défmitif comprend trois parties : 1. Histoire 
de l'interrègne et du pontificat de Célestin V jusqu'à sa 
renonciation; — 2. Élection et couronnement de Boni- 
face VIII; — 3. Miracles et canonisation de Célestin V. 
Les détails consacrés à la jeunesse du saint furent emprun- 
tés à l'Autobiographie et se trouvent intercalés dans la 
première partie (sauf dans la recension la plus ancienne). 
D'après Anal. Boll., xvi, 1897, p. 368, ils firent partie de 
la première rédaction; d'après Seppelt, éd. cit., xxxix-xl, 
ils servirent à l'auteur pour sa retouche définitive; d'après 
Hôsl, op. cit., 55, il s'agirait d'une addition postérieure à 
1319, faite par une main étrangère. 

Date : a) première partie, certainement achevée entre le 
couronnement de Boniface VIII et la promotion de l'auteur 
au cardinalat (23 janv. et 17 déc. 1295); cf. éd. Seppelt, 
p. 10, xxxvi; — b) deuxième partie : après 1297, probable- 
ment vers 1300; cf. ibid., p. xxxvii, xxxix; — c) troisième 
partie et texte retouché de l'ensemble, après la canonisa- 
tion du saint; envoyé en 1319 au prieur du monastère de 
Sulmona; cf. Seppelt, ibid. 

L'auteur a été témoin des événements qu'il raconte, 
depuis le conclave; il fit partie du procès de canonisation. 
Son œuvre compte en tout 2879 hexamètres, rédigés en 
une langue malhabile tenant plus du rébus que de la 
poésie; pour la rendre intelligible, l'auteur y a ajouté lui- 
même de nombreuses gloses interlinéaires. Même ainsi, 
la traduction en est des plus ardues. 

4» Les documents concernant le procès de canonisation 
(voir supra, col. 79-8). 



III. RÉPERTOIRES. — A. s., mai, iv, 419-536. — Anal. 
Boll., IX, 1890, p. 147-200; x, 1891, p. 386-392; xii, 1893, 
p. 481; XIV, 1895, p. 223; xv, 1896, p. 101-102; xvi, 1897, 
p. 365-487 (très important); xviii, 1899, p. 34-42. — 
B. H. L., p. 979 sq., n. 6733-757. —'Chevalier, B. B., 830-32. 
— Duchesne, Lib. pontif., ii, 467. — Potthast, Reg., ii, 
1915-22. — Raynaldi, Annales eccl., iv, 1294-95. 

IV. Travaux. — Innumera paene sunt quae de gestis 
eius scripserunt tum discipuli et aequales, tum suppares, 

1 lum recentiores (Martgrol. Boman., éd. A. S., Propyl. ad 
I Act. dec, 196). — Diverses bibliographies célestiniennes 
; ont été dressées au cours de l'histoire. Signalons les notices 
de la Bibliotheca pontificia, Lyon, 1543, p. 42 sq. — ■ Une 
hste ms. composée en 1721 par Matteo Vecchi, conservée à 
la Bibl. Nat. de Naples, contient 84 titres (cf. B. Cantera, 
Cenni storici-biografici risguardanti S. Pier Celestino, 
Naples, 1892, p. 113 sq.). La sélection bibliographique de 
I. Ludovisi, Giudizio comparativo délie migliori biografie di 
Pier Celestino scritte dal secolo XIII al XIX, dans l'ouvrage 
collectif jubilaire : Celestino V ed il VI centenario délia sua 
incoronazione, Aquila, 1894, p. 1-32, est très utile. 

Nous nous bornons à signaler, parmi les ouvrages anciens : 
Pierre d'Ailly, De vita et gestis sancti Pétri confessoris, 
quondcun pape Celestini V fundatoris ordinis celestinorum, 
écrit vers 1408, 1" édit., Paris, Estienne, 1535; édité de 
nouveau par Surius, De probatis sanctorum vitis, m, 337- 
355, Cologne, 1572; par les A. S., mai, iv, 484-98, et par 
Seppelt, Monum. Coelest., xlv-xxvii, 149-82. En 1.539, 
il y en eut une édition modifiée par D. Faber (Lefèvre), 
Vita Pétri Caelestini, Pontiftcis maximi, conscripta primum 
a Petro ab Aliaco, postretno autem locupletata et limatiori 
stylo donata. — Mafleo Vegio, De vita et obitu Celestini V, 
écrit en 1445, édit. Seppelt, A/o/inm. Coelest., xlvu-l, 
183-208. — Lelio Marino, Vita et miracoli di San Pietro 
! del Murrone già Celestino papa V, autore délia Congrega- 
] zione de monaci Celestini dell' Ordine di San Benedetto, 
écrit vers 1519, imprimé à Milan, 1630; édit. A. S., mai, iv, 
! 498-.536. — Ce sont les seuls qui méritent mention. Le reste 
n'est que plagiat assaisonné de littérature et a été dépassé 
depuis les recherches et publications entreprises à l'occa- 
sion du VI"" centenaire de la mort de Célestin. 

Parmi les travaux parus depuis 1890, les principaux 
sont : J. Ascough, S. Celestino, Londres, 1909. — L.-V. Auro, 
Da Celestino V a Bonifatio VIII, Hicerche religiose, ix, 
1933, 424-45. — P. Barbaini, Celestino V, anacoreta e papa. 
Milan, 1936. — F. Baethgen, Beitràge zur Geschichte Côles- 
tins V. {Schriften der Kônigsberger Gelehrten Gesellsch., x, 
fasc. 4), Halle, 1934; Id., Der Engelpapst, même collec- 
tion. — Buonocuore, Celestino V, Naples, 1924. — P. -M. 
Baumgarten, Miscellanea diplomatica, Rômische Quartal- 
schrift, xxvii, 1913, IP partie, p. 85*-94*. — Barcellini, 
Industrie filologiche per dore risalto aile virtu <lel scuitissimo 
pontifice Celestino V, Milan, 1901. — P.-M. Baumgarten, 
/; reqesto di Celestino V, extr. de VAbruzzo cattolico, 4' an- 
née, Chieti, 1896; Id., Die Cardinalsernennungen Colestins V. 
I im Sept, und Okt. 1294, dans Festschrift zum elfhunderljàh- 
rigen Juhilaeum des deutschen Campo Santo in Rom, 
Fribourg, 1897, p. 165 sq. — C. Cali, Per la biografia di 
Celestino V, Boll. d. Soc. di storia patria A. L. Antinori 
negli Abruzzi, vi, 1894, p. 99-107. — G. Celidonio, Vita di 
S. Pietro del Morrone, Celestino papa Quinto scritta sui 
documenti coeui, Sulmona, 1896; Id., La non autenticilà 
degli Opuscula Celeslina, Sulmona, 1896; Id., Questioni 
Celestine, Rassegna Abruzzese, i, 51-54; Id., Nuove critiche 
Celestine, Casalbordino, 1898 (extr. de Ras.iegna Abruzzese, 
Id., II, n. 4); Brève rispostaalle nuove osservazionidei chiarissi- 
mi Bollandistisopraalcunipassi délia Vita di PP. Celestino V, 
Casalbordino, 1900 (extr. de Rassegna Abruzzese, m, 1899, 
n. 9), p. 232-247. — Celestino V ed il sesto centenario délia sua 
incoronazione, Aquila, 1894 : ensemble de quinze mono- 
graphies de grande valeur publiées à l'occasion du VP cent, 
de la canonisation du saint. Plusieurs existent aussi en 
tirés à part. En voici les titres : n. 8, C. Borromeo, Avignone 
e la politica di Filippo il Bello nella canonizzazione di 
Pietro da Morrone, Modène, 1894, p. 267-301 ; n. 5, E. Casti, 
L' Aquila degli Abruzzi ed il pontiftcato di Celestino V, 
Aquila, 1894, p. 125-209; n. 6, A. Roviglio, La rinuncia di 
Celestino V, Vérone, 1894, p. 209-49; n. 4, C. Pietropaoli, // 
conclave di Perugia e l'elezione di Pier Celestino, Aquila, 
1894, p. 97-124; n. 12, A. de Angeli, Jacopo Stefaneschi 
e il suo Opus metricum, p. 381-417; n. 10, C. Carbone, Gli 
opuscoli del Celestino V, saggio critico, p. 321-71 ; n. 1, 
I. Ludovisi, Giudiiio comparativo délie migliori biografie di 



101 



CÉLESTIN V 



— CÉLESTINS 



102 



Pier Celestino scritte dal s. XIII al XIX, 1-33; n. 2, N. Jorio, 
Il contado di Molise nel s. XIII ed i primi anni di vita di 
Pietro d'Isernia, 33-87; n. 3, A. Cortelli, Pietro d'Isernia 
negli eremi del Morrone e délia Majella, 87-97; n. 7, F. Visca, 
Lostorico castello di Fumone e gli ultimi giorni di Celestino V, 
249-67; n. 9, G. Vittori, Cenni biograflci de' cardinali eletli 
da Celestino V, 301-21; n. 11, G. Ettore, Sinopsi storica 
delV Ordine di Celestino, 371-81; n. 13, V. Moscardi, // 
culte degli Abruzzesi per S. Pier Celestino attraverso sei 
secoli di storia, 417-75; n. 14, C. Cilleni Nepis, // tempio di 
Collemaggio, 475-85; n. 15, I. Ludovisi, Celestino V nella 
mente di Buccio di Ranallo, 465-511. — F. Garaballese, Una 
bolla inedita e sconosciuta di Celestino V, Arch. stor. ital., 
série V, t. XVI, 1895, p. 161-176. — C. Carbone, L'auten- 
ticità degli Opuscula Coelestina, Caserta, 1896. — C. Cali, 
Per la biografla di Celestino V, Boll. délia Soc. di storia patria 

A. L. Antinori negli Abruzzi, vi, 1894, p. 99-107. — 

B. Gantera, Cenni storici-biografici risguardanti S. Pier 
Celestino, Naples, 1892; Id., Nuovi documenti risguardanti 
S. Pier Celestino, Naples, 1893. — G. Digard, Philippe le Bel 
et le S.-Siège, Paris, 1936, p. 172-206. — H. Finke, Aus den 
Tagen Bonifaz VIII., Vorreformationsgeschichtliche For- 
schungen, ii, p. 24-76. — P. Fedele, Bassegna délie publica- 
zioni sa Bonifazio VIII e sull' età sua degli anni 1914-21, 
Archiuio délia R. Soc. Romana di storia patria, xliv, 1921, 
311-332. — D. Galli, S. Pier Celestino e la chiesa di S. Maria 
dell' Assunzione in Collemaggio, Lanciano, 1933. — M. Gal- 
luppi, La badia benedettina di S. Maria di Faifoli in terri- 
torio di Montagano e S. Pietro del Morrone papa Celestino V, 
Rome, 1929. — G.-B. Guarini, L'eremo di Celestino V, dans 

G. -B. Guarini, Gli scritti, Potenza, 1924, i, 372-80. — A. 
Graf, Il rifiuto di Celestino V, dans Miti, leggende e super- 
stizioni del medio evo, Turin, 1893, ii, 226. — • G. Gansa, 
Celestino V e i solitari del Monte Maiella, Rivista Abruzzese, 
IX, 1894. — I. Hôsl, Kardinal Jacobus Gaietani Stefaneschi 
{Hist. Studien, n. 61), Berlin, 1908. — J. Hollnsteiner, 
Die « Autobiographie » Côlestin V., Rômische Quartalschrift 
fiir christl. Altertumskunde, xxxi, 1923, p. 29-40. — .losa- 
phet, Der Hl. Papst Coelestin V., Fulda, 1894. — J. Le- 
clercq, La renonciation de Célestin V et l'opinion théolo- 
gique en France du vivant de Boniface VIII, Rev. hist. Êgl. 
de France, xv, 1939, 183-92. — J. Lanczy, Note sur le grand 
refus et la canonisation de Célestin V, à propos de publica- 
tions récentes. Annales internationales d'histoire. Congrès de 
Paris 1900, 1" section, 69-84. — Ang. Mercati, Il decreto 
e la lettera dei cardinali per l'elezione di Celestino V, Bull, 
dell' Istituto storico italiano e Archivio Muratoriano, n. 48, 
1932, p. 1-16. — R. Morghen, // cardinale Jacopo Gaetano 
Stefaneschi e l'edizione del suo Opus metricum, même bulle- 
tin, n. 46,1931, p. 1-39; Id., Il cardinale Matteo Rosso Orsini 
e la politica pontificia del s. XIII, Archivio délia Soc. romana 
di storia patria, xlvi, 1923, p. 314-29. — V. Moscardi, Ras- 
segna critica di pubblicazioni storiche celestine uscite nel 1896, 
Boll. délia Soc. di storia patria negli Abruzzi, ix, 1897, 
p. 102-15; Id., La perdonanza concessa da Celestino papa V 
alla chiesa di S. Maria di Collemaggio, Aquila, 1897. — 

H. -K. Mann, Lives of the popes, xvii, 1288-94, et xviii, 
1294-1304, Londres, 1931-.32. — G. Marchetti Longhi, // 
cardinale Guglielmo de Longis di Bergamo, la sua famiglia e 
la sua discendenza romana, in rapporta alla prigionia e 
morte di papa S. Celestino V, Atti e memorie del seconda 
congresso storico lombardo ( Bergamol8-20 maggio 1937), 
Milan, 193^, p. 125-51. — L. Oliger, Pefri Jo/iannfs OliviDe 
renunlialione papae Coelestini V, Quaestio et Epistola, 
Arch. Franc. Hist., xi, 1918, 309-73. — F. Patek, V. Coe- 
lestin pàapa vâlasztàsa (L'élection du pape Célestin V), 
Budapest, 1922. — A. Piersantelli, Celestino V o Alfonso X 
di Castiglia, Florence, 1912. — G. de Paulis, Vita di S. Pie- 
tru Celestinu, Aquila, 1896. — G. Pansa, Celestino V e i 
solitari del monte Maiella, extr. de la Rivista Abruzzese, 
fasc. II, V, VI, VIII, Teramo, 1894. — A. Roviglio, La 
rinuncia di Celestino V, saggio storico-critico, Padoue, 1893. 
— H. Schulz, Peter von Murrhone, Diss., Berlin, 1894; Id., 
Peter von Murrhone als Papst Colestin V., Zeitschrift fiir 
Kirchengeschichte, xvii, 1896, p. 363-97, 477-507. — L. Sel- 
tenhammer, Papst Côlestin V. (Peter von Murrone), 56. Jah- 
resbericht ûber die K. K. Staats-Realschule im III. Bezirke 
2u Wien, Vienne, 1907. — F.-X. Seppelt, Studien zum Pon- 
tiflkat Papst Coelestins V. (Abhandl. zur mittl. und neueren 
Gesch., 27), Berlin, 1911 ; Id., Monumenta Coelestiniana. 
Quellen zur Geschichte des Papsts Coelestins V., Paderbom, 
1921. 

Roger Mols. 



CÉLESTIN DE MONT-DE-MARSAN, 

capucin français (f 1650). Voir D. T. C, u, 2064. 

9. CÉLESTIN DE SA INTE-LYDWINE, 

carme déchaussé, missionnaire, de son nom de famille 
Pierre Van Gool, naquit à La Haye en 1597, — et non 
à Leyde en 1604, — et émit ses vœux le 12 juill. 1626. 
Envoyé en 1632 à la mission de Syrie (Alep) pour y 
apprendre les langues orientales, il fonda, en 1643, la 
mission du Mont Liban et y érigea, en 1649, un collège 
qui devait servir de collège préparatoire au Collège 
maronite de Rome. En 1652, il devint professeur de 
langues orientales au séminaire général des missions, 
à Rome, où il entreprit la révision de la Bible arabe et 
la traduction de la Docirina christiana en langue 
turque (cf. Acta S. Congr. de Propag., a. 1673, 
vol. XLiii.f. 314 v°). En 1675, envoyé à la mission du 
Malabar, il mourut en cours de route, à Surate, le 
22 juill. 1676. Parmi ses travaux, signalons : Relatio 
de misxione Patrum Carmelitarum Discalcealorum ad 
Sacrum Moniem Libanum, 1643-1659 (aux Archives 
générales, ms. plut. 252, b.); sa traduction en arabe de 
Thomas a Kempis, De imilalione Christi..., Rome, 
1663 (eut 3 édit.) et d'une Vie de Ste Térèse; sa 
traduction en latin de Plurimae parabolae ac sententiae 
audorum principalium arabicorum, et du Liber Alco- 
rani; traduction en arabe de sermons sur les évan- 
giles, etc.; traduction arabe d'un traité égyptien du 
s. sur les vertus, Pratum solitarii et consolatio ana- 
chorelae; 68 lettres adressées de Tripoli et du Mont 
Liban aux supérieurs (aux Archives générales, ms. 
plut. 251, b et 252, c). 

Eusebius ab Omnibus Sanctis, Enchiridion chronologi- 
cum Carmelitarum Discalcealorum Congregationis Italicae, 
Rome,'1737, p. 210. — Cosme de Villiers, Bibl. carmelitana, 
1752 (éd. anast., Rome, 1927), i, 305. — A Chronicle of the 
Carmélites in Persia and the Papal Mission of the XVIIth 
and XVIIIth cent., Londres, 1939, ii, 828-29. — Ambrosius 
a S. Teresia, Nomenclator Missionariorum ordinis Carme- 
litarum Discalcealorum, Rome, 1944, p. 98-99. 

Melchior de Sainte-Marie. 

CÉLESTIN DE SOISSONS, franciscain 
français, moraliste (xvii'' s.). Voir D. T. C, ii, 2064. 

CELESTIN A, vierge martyre, 6 avr. L'n marty- 
rologe de Notre-Dame d'Utrecht parle de Ste Célestine 
et ses 800 compagnes. Ces dernières, dans certaines 
listes, passent à 80, chez Canisius à 8. La sainte n'est 
pas connue par ailleurs. 

A. S., avr., i, 536. 

R. Van Doren. 

CÉLESTINS. L'ordre des Célestins fut fondé 
par S. Pierre de Murrone qui devint pape sous le nom 
de Célestin V. Né vers 1210, Pierre fit profession ;i 
l'abbaye bénédictine de Ste-Marie de Faifoli. Ne pou- 
vant y mener la vie solitaire telle qu'il la rêvait, il 
quitta ce monastère et s'établit dans un ermitage sur 
le sommet du Monte Murrone (1235-38), puis sur le 
Mont Majella (1240-43). Des disciples vinrent de plus 
en plus nombreux l'écouter et partager sa vie. Le saint 
établit alors des monastères à Isernia, à Sulmona, à 
Majella et en d'autres endroits. Ainsi naquit une 
congrégation nouvelle qui avait pour base de son 
observance la règle de S. Benoît, mais dont l'esprit 
s'inspirait beaucoup de l'idéal des Camaldules et des 
Franciscains. Elle fut approuvée par Urbain IV en 
1264 et de nouveau par Grégoire X en 1274. Elle avait 
pour centre l'abbaye du Saint-Esprit de INIurrone 
(Sulmona), seule abbaye de l'ordre, les autres maisons 
n'étant que des prieurés. 

A l'avènement de son fondateur au souverain ponti- 
ficat (1294), l'ordre était déjà fort répandu en Italie et 
particulièrement dans le royaume de Naples, où les 



103 



CÉLESTINS — CELESTIUS 



104 



souverains de la maison d'Anjou le protégeaient puis- 
samment. Durant les six mois de son règne, le pape 
Célestin favorisa et combla de privilèges l'ordre qu'il 
avait fondé. Au début du xv^ s., les Célestins comp- 
taient une centaine de maisons. 

Nulle part l'ordre n'eut plus de popularité et d'in- 
fluence qu'en France. Philippe le Bel, que ses démêlés 
avec Boniface VIII portaient à admirer son prédéces- 
seur, accorda à la famille religieuse du saint un inté- 
rêt marqué. Il fit venir dans son royaume les premiers 
Célestins, dès 1300, et dota richement leur premier mo- 
nastère situé à Ambert, dans la forêt d'Orléans. Il 
leur confia encore celui de S.-Crépin à Soissons. 
Charles V se montra également le grand promoteur 
des Célestins. Il les établit à Paris. Cette maison fut, 
pendant tout son règne, son monastère de prédilection 
et devint comme la maison-mère de tous les prieurés 
de France. C'est parmi ses i-eligieux qu'il aimait à 
choisir ses conseillers. Charles VI, à son tour, témoi- 
gna aux Célestins la même bienveillance. 

La fondation de Notre-Dame de l'Annonciation à 
Paris, devenue la nécropole de la famille d'Orléans, 
marque les débuts de la prospérité de l'ordre en 
France. Les fondations se succèdent, objets des fa- 
veurs particulières des rois et des grands, notamment 
de Charles VI, Charles VII, de Louis d'Orléans et de 
Philippe de Mézières. Amédée VII de Savoie intro- 
duisit les Célestins à Lyon. 

Les papes d'Avignon ne furent pas moins favorables 
aux Célestins. C'est à cette époque que ces religieux 
jouirent de la plus grande prospérité. Ils comptaient 
96 maisons en Italie et 21 en France. Parmi celles-ci, 
citons Notre-Dame à Sens, Notre-Dame à Metz, 
S. -Antoine d'Amiens, la Trinité du Marcoussis, la 
Bonne-Nouvelle à Lyon, S.-Pierre-Célestin à Avignon, 
Notre-Dame à Rouen. Les xiv^ et xv s. constituent 
une époque de grande ferveur au sein de ces maisons 
françaises au point de communiquer aux monastères 
italiens eux-mêmes le bienfait d'une réforme dont ils 
avaient besoin. 

Les Célestins de France obtinrent du pape d'Avi- 
gnon, Clément VII, de se constituer en province indé- 
pendante. Jusque-là, ils avaient été gouvernés par un 
vicaire ou délégué du supérieur général, l'abbé de 
Murrone, qui avait le droit de visite sur toutes les 
maisons de l'Ordre. Désormais la province de France 
jouit d'une véritable autonomie. Elle eut son prieur 
provincial, son chapitre provincial particulier, chargé 
de faire la visite des monastères. La province de 
France fit quelques fondations à l'étranger qui 
n'eurent pas grand succès en général. Telles furent les 
maisons de Surrey en Angleterre, de Barcelone en 
Espagne, du Mont-Paraclet en Bohême, d'Héverlé en 
Belgique. En Italie, elle posséda trois monastères 
(Collemaggio, S.-Eusèbe à Rome et S. -Benoît à Nur- 
sie), qu'elle abandonna à cause des conflits incessants 
qui en résultèrent. 

Au xvi'= s., le protestantisme en Allemagne et les 
guerres de religion en France portèrent un coup ter- 
rible à l'Ordre : les monastères français eurent beau- 
coup à soufl'rir des calvinistes. Plusieurs se trouvèrent 
ruinés. Au xvii« s., les célestins n'entrèrent pas dans le 
mouvement de réforme qui régénéra tant de congréga- 
tions en France. Leur déclin date d'alors. Le cardinal 
Bellarmin, protecteur des Célestins, leur proposa une 
réforme qu'il avaitfait accomplir en Italie. Le P. Campi- 
gny, provincial des Célestins (1613-15) l'accepta, mais 
ne put l'imposer à ses religieux. Il finit par passer, avec 
quelques réformés, dans la congrégation de S.-Maur. 
Désormais la discijîlinc se relûcha de plus en plus. Le 
retour aux observances primitives servit de prétexte 
à la fameuse Commission des Réguliers. On interdit 
aux Célestins de recevoir des novices. Les évêques 



reçurent l'ordre de Rome dé visiter les monastères de 
leurs diocèses respectifs (1773). Les visites étant restées 
infructueuses, Clément XIV et Pie VI finirent par ac- 
cepter leur suppression. Dix-sept maisons subsistaient 
encore. Elles furent supprimées par une série de brefs 
particuliers de 1774 à 1789. Les religieux se retirèrent 
avec des pensions; les biens furent unis par les évêques 
à divers établissements ou communautés. La suppres- 
sion des monastères italiens eut lieu en 1807. Une res- 
tauration tentée en France au xix' s. n'eut aucun 
succès. 

Constitutions. — On peut répartir les constitu- 
tions des Célestins en trois groupes : 1° les Institu(a 
beati Pétri. Ils sont l'œuvre probable de S. Pierre Cé- 
lestin et se placent entre 1274 et 1294; — 2" les Consti- 
tutions d'Italie qui furent rédigées au milieu du xiv« s. 
en 25 chapitres; — 3° les Constitutions de France qui 
comprennent trois rédactions : celle de la première 
moitié du xv s., celle de 1513 et celle de 1670. 

On possède, imprimées, les Constitutiones jratrum 
Coelestinorum, s. 1., 1590, et Paris, 1630. Les Constitu- 
tiones coelestinorum monachorum 0. S. B., confirmées 
par Urbain VIII, le 8 juill. 1626, ont été reproduites 
par Holstenius-Brockie, Codex Regularum,i\ , 
avec d'autres pièces intéressantes. 

D'après ces constitutions, l'abbé général était élu 
pour trois ans au cliapitre général qui se composait de 
tous les prieurs de l'Ordre et d'un délégué envoyé par 
chaque maison. L'abstinence était perpétuelle; on 
pratiquait le lever de nuit. L'habit consistait en une 
tunique blanche, avec scapulaire, capuchon et coule 
de couleur noire. L'Ordre comptait des frères convers, 
dont le scapulaire était brun. 

Sur la vie du fondateur et les débuts de l'ordre, voir les 
premières Vies de S. Pierre Célestin d'après l'étude : 
S. Pierre Célestin et ses premiers biograplies, dans Analecta 
Bollandiana, xvi, 1897, p. 365-487. — Beaunier-Besse, Recueil 
historique des archevêchés, évêchés... de France. Introduction, 
Paris-Ligugé, 1906, 194-201 (bibliographie). — Ch. Sus- 
trac, Les Célestins de France, dans École nat. des Chartes, 
Positions des thèses, 1899, p. 137-47. — Ch. Gérin, Les 
Bénédictins français avant 1789. Les Célestins, dans Rev. des 
quest. historiques, xix, 1876, p. 509-12. — Hélyot, Hist. des 
ordres religieux..., vi, Paris, 1792, p. 180-91. 

Ph. Schmitz. 

1 . CELESTIUS, martyr, signalé par l'hiérony- 
mien au 21 juill. comme compagnon d'Anastasia, est 
pour nous un simple nom. 

A. S., juin., VII, 149. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 404. 

R. Van Doren. 

2. CELESTIUS (Saint), évêque de Metz, est 
inscrit en second lieu, après S. Clément, sur la liste 
épiscopale. Celle-ci ne date que du viii" s.; elle mérite 
pourtant confiance. La fondation de l'Église de Metz 

[ remonte au iv s. ou au déclin du iii"". On placera donc 
Céleste après 300. Sous l'évèque Drogon, son corps fut 
transféré à Marnioutiers (Alsace). La légende s'est em- 
parée de la mémoire du saint. 

Gallia christ., xni, 680. — A. S., cet., vi, 480-86. — 
Duchesne, m, 45-48. — D. A. C. L., xi. 824-26. — F.-.\. 
Weyland, Vie des saints du diocèse de Metz, Guénange, 
1912, p. 240-52 (long art., d'une maigre valeur historique). 

R. Van Doriîn. 

3. CELESTIUS, hérétique du vs., disciple de 
Pélage. Célestins était né, semble-t-il, en Italie, d'une 
famille distinguée. Eunuque de naissance (Marins 
Mcrcator, Liber subnol., praefat., 2), il n'en avait pas 
moins un esprit vif et subtil. 11 reçut une excellente 
éducation qui le rendit fort habile thins les joutes de la 
dialectique; puis il passa quelque temps dans le bar- 
reau. Il ne tarda pas à embrasser la vie monastique, et 
Gennadius rapporte à cette période de son existence 
trois lettres en forme de traités qu'il écrivit à ses 



105 



CELE 



STIUS 



106 



parents (De vir. inlustr., 44); ces lettres, au dire de 
l'historien, étaient pleines d'instructions touchant la 
morale et tout à fait propres à exciter à l'amour de Dieu. 

Vers 400, il fit à Rome la connaissance de Rufln le 
Syrien qui lui apprit à nier le péché originel (Marins 
Mercator, loc. cit.; Augustin, De gratia Christi et de 
peccato orig., u, 3). Bien vite, il se laissa séduire par 
cette doctrine qu'il commença à répandre avec ardeur. 
Et lorsqu'il eut rencontré Pélage, il s'attacha à lui; 
mais il le dépassa aussitôt par la franchise audacieuse 
avec laquelle il exposait ses croyances. S. Jérôme va 
jusqu'à écrire que, disciple de Pélage, il devint son 
maître et chef de toute l'armée de l'erreur (cf. Augus- 
tin, De gratia Christi et de pecc. orig., ii, 13). 

Après avoir fait à Rome un certain nombre de 
recrues, Celestius et Pélage durent en 409 se réfugier 
en Sicile, à cause des menaces que faisait passer à tra- 
vers l'Italie l'invasion d'Alaric et de ses Goths. Ils n'y 
restèrent pas et se dirigèrent vers l'Afrique. Tandis que 
Pélage, après un court séjour à Carthage, partait pour 
l'Orient, Celestius, resté seul, commença à prêcher 
sérieusement sa doctrine. Il fit tant et si bien qu'il 
provoqua le scandale : le diacre Paulin porta contre 
lui une accusation formelle d'hérésie. Le libellus qu'il 
présenta aux évêques reprochait à Celestius d'avoir 
soutenu six propositions erronées : 1. Adam mortalem 
faclum, qui sive peccaret sive non peccaret, mortuum 
esset. 2. Quoniam peccatum Adae ipmm solum laeserit, 
et non genus humanum. 3. Quoniam Lex sic mittit ad 
regnum quemadmodum Evangelium. 4. Quoniam ante 
adventum Christi fuerunl homines sine peccato. 5. Quo- 
niam infantes nuper nati in illo statu sunt in quo Adam 
luit ante praevaricationem. 6. Quoniam neque per mor- 
tem vel praevaricationem Adae omne genus Iwminum 
moriatur, neque per resurrcctionem Christi omne genus 
hominum resurgat. j 

Un concile provincial fut réuni en 411 (Augustin, 
De gratia Christi et de pecc. orig., ii, 3), et Celestius dut 
se défendre. Il refusa de se prononcer de traduce peccati, 
parce que, disait-il, le sentiment des prêtres n'était 
pas uniforme à ce sujet et que c'était là une question 
discutée, non un dogme obligatoire. Même réponse 
sur le point de savoir si les enfants naissent dans l'état 
d'Adam avant la chute. Cependant Celestius consen- 
tait à admettre le baptême des nouveau-nés. Marius 
Mercator, Commonit., i, 2, ajoute qu'on le pressa en 
vain de condamner les propositions qu'on lui repro- 
chait, qu'il s'y refusa, fut excommunié, appela d'abord 
de cette sentence à Rome, puis abandonna son appel 
et partit pour Éphèse où il parvint à se faire ordonner 
prêtre. 

Nous savons mal ce que devint Celestius au cours 
des années suivantes et ses contemporains eux-mêmes 
étaient peu renseignés à ce sujet. En 414, S. Augustin j 
croyait qu'il pouvait être en Sicile où son hérésie fai- 
sait quelque bruit; mais en 415 il devait reconnaître 
qu'il s'était trompé et que Celestius n'était pas 
revenu en Occident. Orose paraît dire qu'il pouvait 
être en Palestine, ce qui n'est pas plus exact (cf. Tille- 
mont, Mémoires, xiii, 717 sq.). En réalité, Celestius 
commença par séjourner à Éphèse, d'où ses prédica- 
tions le firent peut-être chasser; puis il vint s'établir 
à Constantinople, où il recommença à enseigner ses 
erreurs, tant et si bien que l'évêque Atticus le chassa 
et écrivit plusieurs lettres à son sujet aux évêques 
d'.\sie, à Thessalonique et à Carthage (Marius Merca- 
tor, Commonit.). 

Dès 416, les évêques d'Afrique, qui n'avaient pas 
cessé de s'inquiéter des progrès faits par la doctrine 
pélagienne et qu'avait fortement troublés la sentence 
rendue l'année précédente par le concile de Diospolis, 
réunirent deux conciles, l'un à Carthage pour la 
Proconsulaire, l'autre à Milève pour la Numidie. Ces 



deux conciles écrivirent, après en avoir délibéré, au 
pape Innocent I^'' pour lui demander la condamnation 
de Celestius et de Pélage (Augustin, Epist., clxxv, 1). 
S. Augustin et quatre de ses collègues joignirent aux 
épîtres synodiques une lettre à part (Epist., clxxvii), 
dans laquelle ils exposaient au pape l'ensemble de la 
question, avec pièces à l'appui. 

Le 27 janv. 417, le pape répondit à l'épiscopat afri- 
cain : faisant droit à sa demande, il excommuniait for- 
mellement, en vertu de son autorité apostolique, les 
deux hérésiarques (Epist., clxxxii, 6). On aurait pu 
croire l'affaire terminée. Mais S. Innocent ne tarda pas 
à mourir et son successeur Zosime, à peine monté sur 
le trône apostolique, consentit à recevoir Celestius qui, 
après son expulsion de Constantinople, était revenu à 
Rome. Celestius présenta au pape un libellus, dont il 
ne nous reste que des fragments cités par S. Augustin : 
De gratia Christi et de peccato orig., u, 5-7; cf. P. L., 
XLv, 1718. Dans ce libellus, Celestius commençait par 
traiter des vérités du symbole, puis il disait que si, en 
dehors de la foi, on voulait s'occuper d'autres ques- 
tions, il n'avait pas l'intention de les trancher deftnita 
auctorilate, mais qu'il voulait seulement présenter son 
sentiment au S. -Siège. Il admettait donc le baptême 
des enfants comme nécessaire pour leur entrée dans le 
royaume des cieux; mais il rejetait le péché originel 
comme injurieux au Créateur. 

Celestius lut son mémoire devant le pape et le clergé 
romain. Ses protestations de soumission impression- 
nèrent Zosime qui le pressa de condamner les proposi- 
tions qu'on lui attribuait : Je les condamne, affirma 
Celestius, selon l'opinion de votre prédécesseur Inno- 
cent d'heureuse mémoire. Le pape Zosime se déclara 
satisfait (Augustin, Contra duas epist. pelag., ii, 5-6) et 
écrivit aux évêques d'Afrique pour les assurer que 
j Celestius n'était pas vraiment coupable des erreurs 
qu'on lui attribuait (Epist., ii; P. L., xx, 649; P. L., 
XLV, 1719). La lettre de Zosime ajoute cependant que 
le pape ne veut pas porter sur Celestius un jugement 
définitif, mais qu'il accorde à ses accusateurs un délai 
de deux mois pour apporter la preuve de sa culpabi- 
lité; passés ces deux mois, Celestius sera absous sans 
aucun recours possible. 

Il est à peine besoin de dire que les décisions de Zo- 
sime furent mal accueillies à Carthage. Le l*"' mai 418, 
le concile d'Afrique renouvela toutes les condamna- 
tions déjà portées contre le pélagianisme et formula en 
neuf canons les anathèmes nécessaires. Sur ces entre- 
faites, les empereurs publièrent un rescrit qui chassait 
de Rome Celestius et Pélage et condamnait leurs parti- 
sans à l'exil et à la confiscation de leurs biens. Le pape 
comprit qu'il ne pouvait pas rester sur les positions 
qu'il venait de prendre. Il cita de nouveau Celestius à 
î comparaître devant lui et devant le concile de la pro- 
vince romaine. Au lieu d'obéir, Celestius s'enfuit. Le 
concile condamna donc Celestius par contumace; il 
condamna également Pélage et une longue epistola 
tractoria, aujourd'hui perdue, fut envoyée à tous les 
évêques d'Orient et d'Occident pour être souscrite 
par eux. 

Chassé de Rome en 418, Celestius paraît y être 
rentré assez peu de temps après, car en 421 un nou- 
veau décret impérial adressé au préfet de la ville, 
Volusien, renouvelle contre lui les mesures d'expulsion 
et lui interdit de s'établir à moins de cent milles de la 
capitale. Volusien fit exécuter cet arrêt. Il semble 
qu'après 424 Celestius soit revenu une dernière fois à 
Rome pour demander audience au pape Célestin, 
mais que celui-ci ne l'ait pas reçu et l'ait fait expulser 
de toute l'Italie (TiUemont, Mémoires, xiii, 761 sq.). 

En toute hypothèse, c'est à Constantinople que 
nous trouvons Celestius pour la dernière fois. Il habite 
cette ville lorsque Nestorius en est évêque, et il obtient 



107 



CELESTIUS 



— CÉLINE 



108 



de lui sa protection. Nous possédons encore une lettre 
écrite par Nestorius à Celestius : l'évêque le console des 
peines et des tribulations qu'il a subies, peut-être un 
nouvel exil, et il compare ses épreuves à celles mêmes 
de S. Jean-Baptiste, à celles de S. Pierre et de S. Paul. 
Il l'encourage à ne pas abandonner la vérité, à fuir la 
communion des gens impurs et souillés. Il lui demande 
enfin ses prières et le charge de saluer toute la frater- 
nité, c.-à-d., semble-t-il, les évêques pélagiens chassés 
de leur sièges et les fidèles adhérents de leur parti 
(F. Loofs, Nestoriana, Halle, 1905, p. 172-73). 

Nestorius continua sa protection à Celestius, car il le 
porta à dénoncer comme manichéen un prêtre qu'il 
n'aimait pas. Ce prêtre fut en effet cité à comparaître 
devant son évêque, mais Celestius n'osa pas soutenir son 
accusation et l'affaire ne dut pas avoir d'autres suites. 

En 429 ou 430 d'ailleurs, Celestius devait être assez 
âgé. Le concile d"Éphèse confirma, dans sa lettre syno- 
dale du 22 juin. 431, tout ce que le pape Célestin avait 
décidé en ce qui concernait la déposition des pélagiens 
et célestiens impies (Mansi, Concil., iv, 1338). Cette 
lettre est le dernier document dans lequel nous enten- 
dons parler de Celestius. Celui-ci ne dut pas tarder 
à disparaître. 

Dans l'histoire du pélagianisme, Celestius tient une 
place importante. Il n'a sans doute pas beaucoup écrit. 
Dans le De perjectione. iustitiae hominis, écrit en 415, 
S. Augustin prend à partie un écrit qu'il appelle 
Definiliones ut dicitur Caeleslii, qui paraît bien avoir 
été son œuvre; et il parle encore d'un autre opus dont 
la doctrine s'accordait complètement à celle des Defi- 
nitiones. Dans le De gratia Christi, de 418, l'évêque 
d'Hippone signale encore des écrits de Celestius qu'il 
appelle tantôt opuscula, tantôt lihelli. Nous avons 
déjà mentionné le libellus au pa])e Zosinie. Tous ces 
ouvrages doivent avoir été assez brefs. Le véritable 
écrivain de la secte sera Julien d'Éclane. Mais ce qui 
caractérise Celestius, c'est la vigueur de son esprit : 
Homo acerrimi ingenii, dit de lui S. Augustin, qui 
profecto si corrigeretur plurimis profuisset {Contra duas 
epist. Pelagia., II, m, 5). Toujours sur la brèche, 
Celestius ne cesse pas de défendre ce qu'il regarde 
comme la véritable doctrine. Exilé à plusieurs reprises, 
il reparaît dès qu'il le peut au plus fort de la mêlée. Il 
refuse de se laisser abattre et la lettre de Nestorius le 
montre encore en butte à de nouvelles difficultés. La 
mort seule put mettre un terme à ses luttes. 

Tillemont, Mémoires, xiii, Paris, 1702. — Garnier, Dis- 
sertationes, Paris, 1673, réimprimées dans P. L., xlviii. — 
F. Woerter, Der Pelagianismus nach seinem Vrsprung und 
seiner Lehre, Fribourg, 1866. — M. Hedde et É. Amann, 
art. Pélagianisme, dansD. T. C, xii, Paris, 1933, col. 675 sq. 

— G. de Plinval, Les luttes pélagiennes, dans A. Fliche et 
V. Martin, Histoire de l'Église, iv, Paris, 1936, p. 79 sq.; 
id., Pélage, ses écrits, sa vie et sa réforme, Lausanne, 1943. 

— O. Bardenhewer, Geschichte der altkirchl. Lit., iv, Fri- 
bourg, 1924, p. 515. 

G. Bardy. 
CELESTIUS. Voir aussi Caelestius. 

CELESTRE (Antoine), franciscain italien, 
théologien (t 1706). Voir D. T. C, ii, 2068. 

CELEUSIUS, fonctionnaire de Nazianze, à qui 
S. Grégoire, évêque de cette ville, écrivit trois lettres, 
dont la première est peut-être du carême de 382. 
Comme ce fonctionnaire, sans doute le chef de la police 
locale, se plaignait de son silence, il lui répondait qu'il 
avait à se plaindre de lui parce qu'il n'observait pas le 
jeûne et donnait des spectacles indécents. La seconde 
lettre renferme une réprimande plus modérée. Quant à 
la troisième, plus longue, elle est écrite sur un ton ami- 
cal et spirituel (S. Gregorii Naz. Epist., cxii, cxiii, 
cxiv; P. G., XXXVII, 209 A-212 B). 



W. Smith et H. Wace, A Dictionary of clirislian biogra- 
p/iy, I, 434. 

R. Janin. 

CELIANUS, martyr vénéré à Trieste, le 10 mai. 

— Le prêtre Primus, saint local de Trieste, compte 
parmi ses 82 compagnons un Celianus, lui-même asso- 
cié à Jason. Leur légende est récente et tout indique 
que ces martyrs n'ont pas eu de rapports avec Trieste. 
Petrus de Natalibus (xiv« s.) en parle, mais les marty- 
rologes hiéronymien et romain n'en font aucune 
mention. 

A. S., mai, ii, 495. — B. H. L., 1008, 6923. — Lanzoni, 
864. 

R. Van Doren. 
CÉLICOLES, hérétiques de la fin du iv s. et du 

début du V s. Ils ne sont guère connus que par S. Au- 
gustin et par quelques lois de l'empereur Honorius. 
En 397, S. Augustin, passant à Thubursicum, envoya 
chercher leur chef, maiorem, avec qui il désirait avoir 
un entretien. Il lui reproche d'avoir institué un nou- 
veau baptême et d'avoir abusé beaucoup de monde par 
ce sacrilège. L'entretien eut lieu en effet, mais on 
ignore quels en furent les résultats (Augustin, 
Epist., XLiii). 

Une loi impériale du 15 ou du 24 nov. 407 confirme 
toutes les lois faites contre les donatistes, les mani- 
chéens, les priscillianistes et les païens; elle ajoute 
qu'on donnera à l'Église tous leurs édifices servant à la 
religion, et aussi ceux des célicoles qui tiennent des 
assemblées pour établir un nouveau dogme (Cad. 
Theodos., XVI, v, 46). Le avr. 409 une autre loi 
d'Honorius est dirigée expressément contre les céli- 
coles; elle ordonne que ceux-ci soient soumis à toutes 
les peines portées contre les hérétiques, si dans l'espace 
d'un an ils n'embrassent pas la religion chrétienne 
(Cod. Theodos., XVI, viii, 19). 

Tout cela ne nous renseigne guère sur la doctrine 
des célicoles. S. Augustin n'en fait pas mention dans 
son traité Contre les tiérésies, ce qui tendrait à prouver 
qu'ils avaient déjà disparu ou du moins qu'ils avaient 
cessé d'être dangereux au moment où fut écrit ce 
traité. Tillemont {Mémoires, xiii, 315-17) se donne 
beaucoup de peine pour les identifier aux hypsista- 
riens et aux messaliens. Ces efforts paraissent assez 
vains, puisque les célicoles ne semblent pas connus 
hors de l'Afrique, tandis qu'hypsistariens et messa- 
liens sont des hérétiques orientaux. 

Les recherches récentes n'ont rien ajouté, semble- 
t-il, à notre connaissance des célicoles; et sans doute 
il est assez inutile de chercher à pénétrer le mystère en 
l'absence de tout document nouveau. La secte n'a eu 
sans doute qu'une existence éphémère et l'on peut 
s'étonner que les empereurs aient pris la peine de 
s'en occuper. 

Baronius, Ann. eccles., ad ann. 408, n. 26. — Bussmann, 
Historia caelicolariim, Helmstadt, 1704. — Schmidt, His- 
toria caelicolarum, 1704. 

G. Bardy. 

1. CÉLINE (Sainte), Cilinia, mère de S. Remi, 
évêque de Reims, est citée par Venance Fortunat dans 
sa Vita S. Remigii {B. H. L., 7150). Sa mort se place 
après 458. Elle a joui d'un culte assez tardif à Laon et 
à Reims. Son nom ne se trouve pas mentionné aux 
martyrologes anciens. Baronius l'inséra au marty- 
rologe romain au 21 cet. en s'inspirant de .Molanus. 

A. S., cet., IX, 318-22. — V. Leroquais, Les sacramcn- 
taires et les missels mss. des bibl. publiques de France, m, 
351; Les bréviaires mss. des bibl. publiques de France, v, 61. 

— Mari. Rom., 466-468. 

R. \'an Doren. 

2. CÉLINE, sainte de Meaux (?). L'Auctarius 
Tornacensis d'Usuard (xiii<' s.) parle au 21 oct. d'une 
sainte Célinie vénérée à Meaux. Les biographes posté- 



109 



CÉLINE 



— CKLLh; (SAINT-HILAIRE DE LA) 



110 



rieurs de Ste Geneviève la mettent en rapport avec 
cette dernière, et ainsi sa mort se placerait avant 531. 
Mais ce sont là des suppositions gratuites. D'ailleurs 
le premier témoin de Célinie est Fulcoius écrivant au 
xi« s., ou à Beauvais ou à Meaux. Célinie donna son 
nom à un prieuré bénédictin de Meaux, qui plus tard 
appartint à l'abbaye de Marnioutier. Elle eut sa fête 
le 21 oct. En réalité la j)alronne du monastère, vénérée 
H Meaux, n'est autre que Ste Céline, mère de S. Remi, 
qui, plus tard, a été doublée par la légende, 

A. S., oct., IX, 306-09. — Cottineau, 1802. — Gallia 
christ., viu, 1715. 

R. Van Dorev. 
CELLA DOMINARUM, Antigua Abbalia, 
couvent de moniales de l'ordre de Prémontré, situé 
près de Pont-à-Mousson, dé]), de la Meurthe, relevant 
de la circarie de Lorraine, et filiale de Ste-Marie-au- 
Bois. Fondé avant 1 181. il est encore cité dans le cata- 
logue de 1320, mais avait cessé d'exister vers 1600. 

C.-L. Hugo, Annales Praem., i, 507. — R. Van Waelel- 
ghem. Répertoire, 53. — Cette maison ne se trouve pas 
mentionnée dans Gallia christiana. 

M. -A. Erens. 
CELLA MONIALIUM, Pro/iuirfa Va//is, cou- 
vent de moniales de l'ordre de Prémontré, situé au 
dioc. d'iVuxerre, dé|). de l'Yonne, relevant de la circa- 
rie de France, fdiale de S. -Martin d'Auxerre. Il faut 
probablement l'identifier avec le monastère de .S.- 
Martin qui, au xii>' s., passa, aux Prémontrés d'Auxerre, 
et dont le transfert fut confirmé par l'évêque Alain 
d'Auxerre (voir Gallia christ., xii, 358). Les moniales 
se fixèrent d'abord à Orta avant 1153, puis prirent 
leur résidence à Profondval en 1155. I*;iles existaient 
encore en 1212. 

C.-L. Hugo, Annales Praem., n, 389. — R. Van Waefel- 
ghem, Répertoire, 53. 

M. -A. Erens. 
CELLACH, archevêque d'Armagh en Irlande 
(1 105-1 129), joua un rôle important dans la réforme de 
l'Église d'Irlande au xir s. Né en 1080, il fut promu au 
.siège d'Armagh, n'étant encore que simple laïque; il se 
fit consacrer évêque et s'ellorça d'introduire des ré- 
formes dans le diocèse. Depuis le x^ s., les chefs des 
familles princières usurpaient le siège d'Armagh et se 
réservaient les avantages temjjorels de la i^rimauté en 
se faisant rejiiplacer par des délégués pour les fotic- 
tions ecclésiastiques. Cellach appartenait lui-même à 
une de ces dynasties usurpatrices, les \Ji Sinaich; néan- 
moins il gouverna le diocèse avec sagesse. Il assista au 
synode national de 1111 qui étendit le mouvement de 
réforme à toute l'Irlande. Il lui revient aussi le mérite 
d'avoir choisi comme vicaire général le célèbre Mala- 
chie Ua Morgair, l'ami de S. Bernard. S. Malachic lui 
succédera sur le siège d'Armagh. Cellach restaura les 
églises, fonda des écoles et introduisit dans son diocèse 
les chanoines réguliers de S. -Augustin. Il mourut à 
.\rdpatric dans le Munster, le 1" avr. 1129, et fut 
enterré à Lismor dans la même province. 

ne annals of Ulster, éd. B. MacCarthy, Dublin, 1893, n, 
76-7, 122-23. — .J. Stuart, Historical memoirs of Armagh, 
éd. A. Coleman, Dublin, 1900, p. 60-62, 67. — J.-F. Ken- 
ney. Sources for Ihe early hislory of Ireland, New- York, 
1929, I, n. 652, p. 764-61. 

F. O' Briain. 
CELLAE. Voir Cellenses (Ecclesiae ). 

CELLAS (Sta Maria de), Cellense monasterium, 
ancienne abbaye de moniales cisterciennes au Portu- 
gal, dioc. de (^oïmbre, fondée vers 1215 par la Bse 
Sanche, fille du roi Sanche \"; soumise directement à 
(>lairvaux par la fondatrice. En même temps que la 
bienheureuse faisait bâtir Cellas, sa propre sœur, la 
Bse Thérèse, consacrait son patrimoine à renouveler 



l'abbaye de Lorbaii où elle était moniale. Manrique 
a laissé quelques détails sur le procès que Sanche dut 
intenter à son frère, Alphonse; le Saint-Siège intervint 
avec succès. 

C. Erdmann, Papsturkunden in Portugal, Berlin, 1927, 
p. 130. — A. S., juin, IV, 385. — Benedicti XIV Opéra omnia, 
I, Venise, 91. — • M. Gloning, Zwei selige Cisterc. aus kôn. 
Hause, Bregenz, 1907. — Henriquez, Lilia Cistercii, ii, 
Douai, 1633, p. 147. — Manrique, Annales cisterc, Lyon, 
1642, ann. 1213 sq. 

J.-M. Canivez. 

CELLDÔMÔLK, Demunk, Dumunk, Demelc, 
Ûômôlk, Kiscell, abbaye bénédictine en Hongrie, dép. 
de Vas, dioc. de Szombathely. Dédiée à la Ste Vierge, 
elle est mentionnée pour la première fois en 1252, puis 
dans quelques chartes jusqu'à 1514. A cette date, les 
abbayes O. S. B. de Hongrie se groupèrent en congré- 
gation; Dômôlk en fit partie. Mais la prospérité espé- 
rée par cette union fut compromise par les invasions 
des Turcs. .\ Dômolk, la vie conventuelle disparaît 
après 1526; les biens, fort réduits, sont gérés par un 
curé, prêtre séculier ou bénédictin de Pannonhalma, 
qui porte le titre d'abbé. Après l'expulsion des Turcs, 
l'abbaye est restaurée; les religieux se livrent au mi- 
nistère parmi les populations des environs, fortement 
protestantisées sous l'occupation turque. L'église ab- 
batiale, avec son Image de la Vierge, imitée de celle de 
Maria-Zell en Styric, d'où le nom actuel Celldômôlk = 
Zell-Dômolk, est devenue un centre de pèlerinage. 
l';ile fail actuellement partie de la Congrégation de 
Hongrie, qui est chargée par la Constitution de Hon- 
grie de l'enseignement secondaire dans les collèges 
urbains. Le nombre des religieux se réduit à 7 ou 
S |)ères, comprenant professeurs émérites et le per- 
sonnel chargé d'une paroisse de 1 000 âmes. 

Série des abbés. .Jacques, 1252; Nicolas, 1315; 
Jean, 1321; Maur, 1336; Georges, 1334-38; Maur, 
1.338; Nicolas, 1339-48; Thomas, 1351; André, 1357; 
Sebastien, 1409-10; .lean, 1457; Laurent, 1488; 
Valentin, 1538; Pierre Ludbregi, 1556 ; Adéodat, 1602; 
Martin Gyori, 1603-10; Jean Kontos, 1611-21 ; Georges 
Dianesevich, 1622-47; Émeric Seifïrid, 1647; Ladislas 
Gyôri; Benoît Diener, t 1672; Adalbert Pozsgay, 
1672-78; Bernard Miskolczy, 1678-1705; Jérôme Gsa- 
tay, t 1736; Odo Koptik, 1739-50; Émeric Màkoczy, 
1768-87; Gaspar Nemes, 1787-1810; Godefroy Ve- 
kerle. 1832-36; Léon Gàcser, 1838-56; Damien Petheo, 
1865-73; Meinrad Jahn, 1873-74; Justinien Hollosi, 
1874-1900; Laurent Wagner, 1900-10; Rupert Hollosi, 
1910-18; Bernardin Jàndi, 1920-. 

Pacher Donàt, A domolki apàtsàg lôrlénete [Histoire de 
l'abbaye de Dômôlk], Budapest, 1912. 

J. SZALAY. 

CELLE (S.-Hilaire de La), Cella Sancti Hilarii, 
abbaye de chanoines réguliers de la ville et du diocèse 
de Poitiers. 

I. Origines du monastère primitif. — Très an- 
cienne communauté, probablement du vi"" s., fondée 
au lieu où mourut S. Hilaire, et mise sous son vocable. 
Duchesne (ii, 86) signale un évêque de Poitiers, Pas- 
centius, qui fut auparavant « abbé du monastère de 
S.-Hilaire ». Il s'agit ici du monastère de S.-Hilaire-le- 
Grand. dont, d'après le Gallia (ii, 1224), Pascentius fut 
le deuxième abbé vers 564. Quels furent les premiers 
religieux de la Celle, au vi"- s.? Il est difficile, sinon im- 
possible de le préciser. Quoi qu'il en soit, on peut afTir- 
mer que vers le xi« s. ce monastère devint un prieuré 
de chanoines réguliers de l'ordre de S. -Augustin. 
D'après Estiennot, Justus, le premier abbé de S.- 
Hilaire-le-Grand, aurait été inhumé à S.-Hilaire de la 
Celle; c'est à ce Justus qu'aurait succédé Pascentius. 

IL Prieuré du xr au xiv sif.cli;. — S.-Hilaire 
de la Celle existait déjà commc'prieuré en 1079, lors du 



111 



CELLE (SAINT-HILAIRE DE LA) 



112 



concile de Poitiers, puisque, d'après le Gallia {n-ll41), 
il y avait à Poitiers, en 1078, trois églises dédiées à S. 
Hilaire : la collégiale de S.-Hilaire-le-Grand, les églises 
de S. -Hilaire de la Celle et S.-Hilaire-d'Entre-Églises; 
ces deux dernières églises étaient tout à la fois cha- 
pelles monacales et paroissiales. 

C'était le doyen du chapitre cathédral S. -Pierre de 
Poitiers qui avait le privilège de pouvoir, seul, insti- 
tuer le prieur de S. -Hilaire de la Celle. Dès cette fin du 
xii" s., le prieuré dut avoir conquis une certaine répu- 
tation qui ne fit que grandir dès le siècle suivant. 

ni. Prieurs connus. — S. .Guillaume Tempier, 
devenu évêque de Poitiers, sous le nom de Guil- 
laume HI, vers 1084. Une charte de l'abbaye bénédic- 
tine féminine Ste-Croix de Poitiers, en 1191, le sur- 
nomme le Fort. Aussitôt après sa mort, il fut vénéré 
comme un saint : les catalogues épiscopaux lui en 
donnent souvent le titre. — Giroius succéda à S. Guil- 
laume vers 1184; son nom paraîtrait encore dans une 
charte de 1196. — Seguin (Segnorinus), 1204; en 
1223-24, il enquête sur l'abbé Hulric, de Montierneuf. 
— Philippe, vers 1280. — Guillaume H, vers 1317. — 
Pierre II Baudry, vers 1343, prêta foi et hommage 
comiti Augensi. — Guillaume III Berlouin. Les 
Sammarthani le donnent comme le dernier prieur, de 
1365 à 1375, et en cette dernière année, il serait devenu 
le premier abbé. Le Gallia n'en fait que le dernier 
prieur, finissant vers 1403 ou 1404. — Jean Goalichen, 
vers 1400. 

IV. L'abbaye, xiV-xviir siècle. — Les Ar- 
chives départementales de la Vienne conservent de 
nombreuses pièces concernant cette abbaye. Quelques- 
unes de ces pièces sont de la seconde moitié du xiii^ s. 
(1255, 1281, 1295). Le prieuré s'était-il donc changé en 
abbaye dèslexiii^ s.? Les historiens ne font remonter ce 
changement qu'au milieu du xiv*^ s., voire même après 
1400, date à laquelle Jean Goalichen, prieur de la 
Celle, rend hommage à Jeanne de Torsay, dame de la 
Mothe, pour l'hôtel des Armenderies, au village de 
Mougon, paroisse S.-Georges-de-Vivonne. Le prieur 
remplit là une fonction qui aurait dû revenir de droit 
à l'abbé, s'il en existait un. Ajoutons que les archives 
de la Vienne contiennent de nombreuses pièces (xii"- 
xiv« s.) concernant l'abbaye de la Celle, mais on n'y 
voit jamais paraître le nom de l'abbé. Cependant, en 
1415, se fit une enquête officielle sur les droits de juri- 
diction de l'abbaye. Cette enquête suppose que l'ab- 
baye existait déjà depuis quelques années. En 1431, 
eut lieu à S. -Hilaire la réunion {Gallia, ii, 1236) en vue 
de l'érection de l'université de Poitiers (Gallia, n, 
1060 et 1236). Enfin, en 1450, les chanoines de 
S. -Hilaire provoquèrent une procédure entre leur 
chapitre et les bénédictins de S.-Cyprien, pour éta- 
blir quelle abbaye aurait la préséance à la procession 
du lundi de Pâques. Ces faits semblent prouver l'an- 
cienneté de l'abbaye. 

Au xvi« s., l'abbaye souffre des malheurs du temps. 
En 1560, elle ne compte plus que 12 religieux et en 
1601, 6 seulement {Revue Mabillon, xxvii, 34 h). En 
1582, l'abbé François Pastoureau fit une déclaration 
en la cour de la sénéchaussée de Poitiers, où il dit qu'il 
a essayé d'entreprendre les réparations du monastère, 
mais que c'est là une œuvre si considérable que les 
revenus de douze années de l'abbaye n'en pourraient 
couvrir les frais. Dès lors, il se fera rembourser par ses 
prédécesseurs et tous ceux qui ont touché les revenus 
du monastère. Quant à la vie religieuse, signalons l'ac- 
tivité de l'abbé Jacques I«' Sauvage, qui instruisit 
Charlotte-Flandrine de Nassau, entrée vers 1587 au 
couvent Ste-Croix de Poitiers. 

En 1653, S. -Hilaire s'affilia à la Congrégation de 
France. 

Pendant plus d'un siècle (1658-1775), les chanoines 



' de S. -Hilaire furent en rapport avec les chanoines de 
S.-Georges-du-Puy, pour obtenir d'eux des reliques de 
S. Hilaire : ce qui fut fait. Vers le même temps, 1663- 

j 64, les religieux de la Celle demandèrent à l'évêque de 
Poitiers de permettre l'union des cinq offices claus- 
traux (infirmier, sacristain, chantre, prévôt, aumô- 
nier) à la mense conventuelle, ce que l'évêque accorda. 
La Révolution ferma le cloître, qui fut rouvert pour les 
Carmélites au xix'' siècle. 

V. Abbés connus (d'après la liste du Gallia). — 
Réginald I", vers 1403. — Jean I" Jourdain, 1408. — 
Réginald II, 1409. — Guillaume IV, 1414. — Jean II 
Renaudeau, 1425. — Jean III Briant, 1449. — Hilaire 
Vallory, 1" abbé comme ndataire, actes de 1467, 1476, 
à 1480. — Guillaume V Rogier, 1487. — Pierre II 
Rogier, 1491. — Antoine des Barres, actes de 1494 à 
1514. — Guillaume VI de Langeac, 1529. Fut aussi 
prieur de Ste-Radegonde. Dans le nécrologe de S.- 
Pierre de Casis, il en est fait ainsi mémoire : « le 30 mai 
est mort Noble Guillaume de Langhac, abbé de la 
Celle et seigneur d'Espagniac », par Mme Françoise 
d'Espagniac, sa nièce. — Claude de Lestrange, 1549. 

I — Pierre III des Prez, 1565. — François I" Pastou- 
reau, 1582. — Jacques I" Sauvage, 1587-88, qui 
instruisit Charlotte de Nassau. — Jacques II des 
Prez de Montpezat, 1589. Fut évêque de Montauban, 
et se vantait d'obtenir facilement les titres d'abbé : il 
eut ceux, en effet, de Lieu-Dieu-en-Jard, de Notre- 
Dame de l'Étoile, de Monstier-neuf, de Noaillé, de 
S. -Benoît de Quinçay. Il mourut en 1589. — Guil- 
laume VII de Riquieu, 1597, 1606 (charte Jotrensis 
monasterii). — François II Daulzy, 1614. — Fran- 
çois III Fourré de Dampierre, 1623. — Paul Durcot ou 
D'Urcot de la Grève, conseiller et aumônier du roi, 
protonotaire apostolique, abbé aussi de S. -Benoît de 
Quinçay. C'est sous son abbatial que la cella sancti 
Hilarii fut unie, en 1652, à la Congrégation de France. 
— René l^' Sochet de la Charouillère, prieur de Ste- 
Radegonde de Poitiers, chanoine de S. -Pierre de 
Poitiers (1665-70). — René II de Mornay, fils de 
Henri de Morneuil, marquis de INIontchevreuil, cède son 
abbaye, en 1679, à Jules-César Coutocheau de Gallar- 
don, prieur de S. -Pierre de Louzar, diocèse de Saintes; 
il en reçoit, en échange, son prieuré et une pension de 
900 livres. Il eut soin, cependant, de se réserver un 
petit corps de logis dans l'abbaye. René II était encore 

1 abbé en 1708. 

VI. Prieurés dépendant de l'abbaye. — Prieu- 
rés-cures : — 1) S. -Hilaire de la Celle, à Poitiers; — 
2) Bignoux, Lavoux et Mignaloux, paroisses et com- 
munes auj. cant. de S.-Julien-l'Ars, arr. de Poitiers 
(Vienne); — 3) Senillé, cant. et arr. de Châtellerault 

! (Vienne); — 4) Sossais, cant. de Lencloitre, arr. de 
Châtellerault; — 5) S. -Martin de Quinlieu, comm. de 
S.-Gervais-les-Trois-Clochers, cant. de Leigné-sur- 
Usseau, arr. de Châtellerault; — 6) Reinenenil, ou 
Remeneuil, comm. d'LIsseau, cant. de Leigné; — 
7) Lusseray, cant. de Brioux, arr. de Melle (Deux- 
Sèvres); — 8) S. -Quentin de Chaulnay-en-Anjou (auj. 
cant. de Château-la- Vallière, arr. de Tours). 

Prieurés simples : 1) Cenon, cant. de Vonneuil, arr. 
de Châtellerault; — 2) La Madeleine de Bournais, 
par. de Senillé; — 3) N.-D. de Mignaloux. 

VII. Domaine de l'abbaye. — Dans la paroisse 
même de S. -Hilaire de la Celle, des donations lui sont 
faites dès le xiii« s. et se continuent jusqu'au XYiif s. 
(cf. archives départementales de la Vienne et Revue 
Mabillon). Son domaine s'étendait sur presque toutes 
les paroisses de Poitiers : les archives nous en montrent 
une quinzaine avec actes du xiii« au xviii'* s. En 
dehors de Poitiers dans la paroisse de La Celle-hors- 
les-murs de Poitiers, dans les paroisses de Biard, 
Vonneuil, Cissé, Vouillé, Chiré-en-Montreuil, Neu- 



113 CELLE (SALNT-HILAIRE DE LA) — CELLENSES 114 



ville, Cuhon, Migné, Avanton, Ghasseneuil, Jaunay, 
S.-Georges-les-Baillargeaux, Montamisé, Bignoux, 
Nouaille, Smarves, Allonne, S.-Benoît-de-Quinçay, 
Ligugé, Geiiçay, Chauvigny, S.-Cyr, Moussay, Senillé. 

— Pour toutes ces paroisses, les archives de la Vienne 
nous donnent des actes remontant au xiii« siècle. 

Archives départementales de la Vienne, série H. Voir 
analyse dans la Revue Mabillon, nov. 1911, p. 345-53. — 
Dom Besse, Archives monastiques de la France, x, Abbayes 
et prieurés de l'ancienne France : m, Provinces d'Auch et 
Bordeaux, 1910, p. 239. — Bibliothèque Sainte-Geneviève, 
ms. 600, i" 194; 2538, f» 35; 2552, f° 14. — Dom Chamard, 
Histoire ecclésiastique du Poitou, l, 1874, p. 398-400. — 
Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, u, 1910, 
p. 80 et 87. — Congrès archéologique d'Angoulême, 1913, 
II, 148-50. — Dom Estiennot, Bibliothèque nationale, ms. 
latin 12755, i" 265-80, 599-606. — Dom Fonteneau, 
Mémoires ou Recueils de diplômes, chartes et notices... 
pour servir à l'histoire du Poitou et des provinces voisines; 
cf. Bibliothèque de Poitiers, xii, 625-738; lx, 35-100. — 
Gallia christiana, ir, 1720, col. 1336, 1337; 1115, 1141, 1166, 
1170, 1181, 1184; Instrumenta, 326-327; 1212, 1223, 1224, 
1236, 1241, 1244, 1260, 1268, 1272, 1292, 1306, 1304, 1354. 

— Guérin, Recueil de documents sur le Poitou contenus dans 
les registres de la Grande chancellerie, dans Archives his- 
toriques du Poitou, 1,29; m, 16; vi, 56; vu, 125-129, 394- 
400; IX, 235; x, 220, 226. — Dom de Montsabert, Étal 
sommaire des fonds concernant l'histoire monastique, con- 
servés dans la série H des archives départementales de la 
Vienne, dans Revue Mabillon, n. 27 de nov. 1911. 

P. Calendini. 
CELLE-EN-BRIE, abbaye, puis prieuré, fon- 
dée près de Faremoutier, dans une île du Grand-Morin 
(.Seine-et-Marne). Sa fondation, dont la date est impré- 
cise, serait l'œuvre d'un pauvre porcher, nommé Blan- i 
din (v. D. H. G. E., ix, 129-30), qui aurait reçu de son 
maître Raineric cet îlot où il aurait construit une cella 
ou chapelle. Les comtes de Dammartin transformèrent 
en abbaye l'oratoire de Blandin, mais on ne connaît 
pas la liste des abbés. L'établissement, qui était tombé 
dans le désordre, passa vers 1082, en vertu des déci- 
sions du concile de Meaux qui supprimait les monas- 
tères ne pouvant entretenir plus de dix moines, sous la 
juridiction des abbés de Marmoutier, qui en firent un 
prieuré et y établirent la réforme. L'église, qui tombait 
en ruines vers le milieu du xiii^ s., fut rétablie par le 
prieur Gautier, mort en 1278, mais seul le chœur fut 
achevé. II y avait également de beaux bâtiments 
claustraux. 

Les bénédictins gardèrent ce prieuré jusqu'en 1633, 
époque où il fut cédé aux bénédictins anglais venus 
grâce à la protection du cardinal de Richelieu. En 
1701, le titre et les revenus de la mense priorale furent 
unis au séminaire des Missions étrangères de Paris. 
Au milieu du xvm« s., le tout était fort mal entretenu 
et, lors de la Révolution, les bâtiments furent vendus 
et tout le monde vint y puiser des matériaux de 
construction, ne laissant que des ruines. 

Gallia christiana, viii, 1673-75. — Toussaints du Plessis, 
Hist. de l'Église de Meaux, i, 114 sq. — Notice par A. Dau- 
vergne, dans Almanach historique de Seine-et-Marne, 1864, 
p. 113-19. — Cottineau, i, où l'on trouvera d'autres réfé- 
rences. 

M. Prévost. 
CELLEFROUIN (Saint-Pierre de), Cella 
Friiini, abbaye du dioc. d'Angoulême fondée vers 
102.5, dans la vallée de la Sonne, par Arnaud de Vi- 
trabe, évêque de Périgueux (1010-37), et les habitants 
de la région, entre autres un certain Frouin qui lui 
donna son nom. Plusieurs donations, toutes situées 
dans la commune de Cellefrouin, vinrent enrichir le 
monastère. Les chartes du xi« s. ne nous renseignent 
malheureusement pas sur le genre de vie adopté par I 
les canonici ou frulres. Il est peu probable qu'ils aient 
adopté dès l'origine la vie commune stricte qui n'appa- 
raîtra que plus tardivement dans l'ouest de la France. 



Dès le milieu du xi« s., un conflit s'élève entre les 
chanoines et l'évêque d'Angoulême au sujet de la par- 
ticipation aux synodes diocésains. D'après une tradi- 
tion dont nous n'avons pu vérifier la valeur, la com- 
munauté aurait été réunie, par une décision du concile 
de Poitiers de 1100, confirmée par une bulle de Pas- 
cal II, à l'abbaye bénédictine de Charroux, mais 
aurait reconquis assez rapidement son indépendance. 
Des premiers abbés, Adémare I" (1031-48) et Adé- 
mare II (1060-1 108), nous ne savons rien. Le troisième, 
Foucaud, abandonne vers 1114 sa charge pour se 
joindre aux ermites de La Chancelade, au diocèse de 
Périgueux. Le quatrième, Fouchier, partisan d'Inno- 
cent II, subit les persécutions de Gérard d'Angou- 
lême, se démet de sa charge et gagne la Palestine où il 
devient évêque de Tyr puis archevêque de Jérusalem. 
Vers le milieu du xii« s., les religieux construisirent 
l'église abbatiale et paroissiale qui subsiste encore. 

Les ressources insufTisantes semblent avoir nui au 
développement de la communauté qui eut beaucoup à 
souffrir des protestants et ne s'était pas encore remise 
de ces désastres au xviii" s. Depuis le début du xyi» s., 
elle était gouvernée par des prieurs claustraux rem- 
plaçant l'abbé commendataire. 

Liste des abbés (d'après Nanglard). — Outre les 
quatre déjà cités, Pierre I" (1177-81); Pierre II (1182- 
1215); Jean I", vers 1231; P..., en 1249; Jean II, en 
1257; Étienne l»' (1272-80); Raymond, en 1281; 
Jean III, en 1336; Pierre III, en 1363; Étienne II, 
en 1399; Hélie, en 1445; Pierre IV, en 1462-73; 
Guillaume 1", en 1494-1503; Louis de la Rochefou- 
cauld, premier abbé commendataire (1503-25); Guy de 
Montalembert (1547-71); Antoine de Croigny en 1572; 
Gaétan Masnier de Planeau (1611-41); Daniel de la 
Grange en 1651; Claude Vigier de la Grange (1663- 
87); Guillaume II Croizat (1682-1710); Jean-Charles 
de la Vieuville en 1710; Pierre de Chauvigny (1715- 
59); Jean-Baptiste de Meroy (1760-90). 

Prieurés et prieurés-cures. — Notre-Dame de Beau- 
lieu, S.-Sulpice de Cloulas, S. -Jean-Baptiste de la 
Basche (xi<= s.), S. -Pierre de Cheuvronnay, S.-Sulpice 
de S.-Claud, S.-Martin de Ventouse. 

Cartulaire (Paris, B. N. lat. 9235), éd. J.-FI. Chevalier, 
Ruffec, 1936 et E. Brayer, dans Bull, philologique et histo- 
rique, 1940-41, p. 86-136. — Gallia christ., u, 1047. — 
.J. Nanglard, Pouillé historique du diocèse d'Angoulême, 
Angoulême, i, 411. — Pour plus de détail, cf. L.-H. Cot- 
tineau, I, 648. 

Ch. Dereine. 
CELLENSES ( Hcclesiae). L'Afrique romaine 
comptait au moins deux Ecclesiae cellenses, l'une en 
Proconsulaire, l'autre en Maurétanie sitifienne. Il 
existait en Byzacène un viens de Cellae Picenlinae, 
mentionné par l'Itinéraire d'Antonhi, Itinerarium An- 
lonini (éd. Wesseling, 50 et 59; éd. Parthey et Pinder, 
23 et 28), sur la route reliant le municipe des Macoma- 
des Minores à la colonie de Tacapae, à 26 milles au sud 
de la première localité, à 30 au nord de la seconde, et 
identifié hypothétiquement par Ch. Tissot (Géogr. 
comparée, ii, Paris, 1888, p. 192-93 et p. 644-45) avec 
les ruines de Kalib el-Kdim, sur le littoral, à la hauteur 
de la koubba de Sidi-Mehedeb; mais, contrairement à 
ce que pensent Morcelli (Africa chr., i, Brixen, 1816, 
CLXvi) et Mesnage (L'Ajr. chrét., Paris, 1912, p. 72-3), 
il ne semble pas avoir été le siège d'un évêché : il est 
plus normal d'attribuer à Vecclesia zellensis, dont 
l'existence est certaine (cf. ce mot dans D. H. G. E.), 
le Fortunius ou Furtunius, episcopus eccl. cellensis, du 
synode antimonothélite de Byzacène en 616 (Har- 
I douin, Collect. concil., m, 734) et dont l'ethnique se lit 
zellensis dans le ms. Barberini, xiv, 26, fol. 332, cit. 
d'après Mesnage (op. cit., 73), qu'à un siège purement 
problématique. 



115 



CELLENSES 



— CELLES-SUR-BELLE 



116 



La Cellensis de Proconsulaire paraît devoir s'iden- 
tifier avec les Chellenses Numidae dont une borne 
milliaire (C. /. L., viii, 1561-62, n. 16352; Ephemeris, 
V, Rome-Berlin, 1884, p. 372: cf. R. Gagnât, Explora- 
lions en Tunisie, fasc. ii, Paris, 1884, p. 150, n. 247; 
Ch. Tissot, op. cit., 583) a révélé l'emplacement à 
l'Aîn Zuarîn. Un évêque des Cellae de Proconsulaire, 
Cyprianus, est nommé le quarante-cinquième sur la 
liste de cette province dans la notice de 484 (Nolitia 
prov. et civit. Afr., Proconsularis, 45; Victor de Vite, 
éd. Petschenig, 119; P. L., lviii, 270, 289). C'est à ce 
siège qu'il faut, semble-t-il, rattacher les deux 
cellenses, l'un catholique, Honorius, l'autre donatiste, 
Castus, de la conférence carthaginoise de 411 {Gesta 
coll. Corth., I, 126, 135, 187; P. L., xi, 1288, 1314, 
1330). 

Morcelli, op. cit., clxviii, 134. — Notitia dignitalum, 
éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot. p. 616, 640 (p. 647-48: 
Cellensis de Byzacène). — Gams, 465. — L. de Mas-Latrie, 
Anciens évêcbés de l'Afr., dans Bull, de corr. afr., Alger, 
1886, p. 82, 86. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., 
Proc, Rennes-Paris, 1892, xxxv, p. 160-64. — P. Mes- 
nage, op. ci*., 172. 

C'est à un évêché de jMaurétanie sitifleniie qu'ap- 
partient Crescilurus cellensis, le 17^ sur la liste des 
cvèques de cette province dans la Notice de 484 
(Xotitia iam cit., 17; Victor de Vite, éd. J^etschenig, 
132; P. L., LVIII, 275, 351), avec la mention diverse- 
ment interprétée prbt. Cette seconde ecclesia cellensis 
s'identifie probablement avec les ruines de Kherbet- 
Zerga, au sud de Sétif dans le Hodna, à l'ouest de 
Tobna, puisqu'une inscription (C. /. L., vin, p. 747, 
11. 8777) découverte en ce lieu par Payeii (Notice sur 
l'emplacement de plusieurs villes romaines, dans An- 
nuaire de Constantine, 1856-57, p. 174-75), y révèle 
l'existence d'un castellum cellense, renforcé sous Gor- 
dien in, en 204 de l'ère maurétanienne (= 243 P. C), 
par un murus constitutus. peut-êtr« une enceinte 
continue (E. Cat, La Maurétanie césarienne, Paris, 
1891, p. 221-22). Ce bourg fortifié, sinon l'évêché, 
correspond aux distances qui permettent de l'identi- 
fier avec Cellas, station située par l'Itinéraire d'Anto- 
nin (Itiner. Antonini, éd. Wesseling, 30; éd. Parthey 
et Pinder, 11) sur la route de Sitifi (Sétif) à Auza ou 
Auzia (Aumale) entre Perdices (El Hamiet?) et Macri 
(Remada). L'épigraphie (Bull, com., 1902, p. 518) a 
livré le nom mutilé d'un autre évêque, qui aurait édi- 
fié ou restauré la basilique en ruine où a été relevée 
l'inscription : un... rastus, peut-être ( Ad)rastus, 
episcopus. Quelques autres vestiges chrétiens ont été 
signalés : des pierres avec le monogramme du Christ, 
des fûts, chapiteaux, bases de colonnes byzantines. 

Morcelli, op. ci<., clxvii, 134. — Notitia dignitatum, 
éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot. p. 630, 653. — Gams, 
465. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afr. sept., dans 
Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 93; Trésor de chrono- 
logie, Paris, 1889, col. 1866,1868, 1871. — St; Gsell, Re- 
cherches arch. en Algérie, Paris, 1893, p. 138-39. — Mgr Tou- 
lotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Maurétanies, Montreuil-sur- 
Mer, 1894, Sitif., x, p. 196-97. — R. Grange, Monographie 
de Tobna (Thubunae), dans Rec. de Constantine, 1901, 
p. 60-64. — Cte Ungerer, Note sur quelques ruines antiques 
d'Algérie, dans Bull, com., 1904, p. 153. — St. Gsell, 
Atlas arch., Alger, 1911, f. 26. Bou Taleb, 135. — P. Mes- 
nage, L'Afr. chrét., Paris, 1912, p. 396. — H. Jaubert, 
Anciens évêchés de la Numidie et de la Sitif., dans Rec. de 
Const., XLVi, 1912, p. 115, 10. 

J. Perron. 

1. CELLES (S.-EusicE, Eusitius) (= Selle-sur- 
le-Cher), abbaye du dioc. de Bourges (auj. Blois), dans 
l'arr. de Romorantin (Loir-et-Cher). Saint Eusice 
(t vers 542) fonda ce monastère qui fut doté par Chil- 
debert l"' vers 532 (Grég. de Tours, De glor. confess., 
c. 73). Entièrement détruit par les Normands en 937, | 



sous l'abbé Odulphe, S. -Eusice fut occupé par des 
clercs en 1020, et passa aux bénédictins de Marmou- 
tier en 1140, puis, encore au xiis s., aux chanoines 
réguliers. II fut mis en commende en 1488 et reçut des 
Feuillants en 1612. 

Cottineau, 649. — J. de Witte, Notice sur l'église abba- 
tiale de Celles-S.-Eusice, dans Mém. Soc. arch. hist. Orléa- 
nais, I, 1850, p. 1-2. — Gall. christ., n, 182 (liste des abbés, 
p. 183). — Mabillon, Annales, i, 79. — Romieu, Histoire de 
Selles en Berrg et de ses seigneurs, Romorantin, 1898. 

R. Van Doren. 
2. CELLES (S.-Hadelin), abbaye de bénédic- 
tins, dioc. et prov. de Namur, à 11 km. de Dinanl 
(Belgique). Hadelin, disciple de S. Remacle, né en 
! Aquitaine, avait été formé à la vie monastique à Soli- 
gnac. Il accompagna Remacle à Stavelot, lorsque ce 
dernier (vers 660) résigna le siège de Maëstricht. Mais 
il reçut bientôt l'ordre de construire un oratoire dans 
la vallée de la Lesse. Grâce aux libéralités de Pépin 
d'Herstal, maire du palais, Hadelin y établit une 
communauté de moines. Plus tard, ceux-ci furent rem- 
placés par un chapitre de chanoines. En 1338, ces cha- 
noines se transportèrent à Visé, emportant avec eux 
les reliques de S. Hadelin. 

U. Berlière, Monasticon belge, i, 56. — H. Crépin, Notes 
d'un touriste, dans Ann. Soc. archéol. Namur, m, 1853, 
p. 340-54. — Gall. christ., ni, 397. — J. Grenier, Transla- 
tion de la collégiale de Celles près Dinant à Visé en 133S, 
dans Anal, pour servir à l'hist. de l'Église en Belg., xiii, 
1876, p. 333-39. — Mabillon, Annales, i, 610. 

R. Van Doren. 
CELLES-SUR-BELLE (Notre-Dame ue), 
abbaye de chanoines réguliers, du dioc. de Poitiers, 
arr. de IMelle, Deux-Sèvres. — Cette abbaye débuta, 
naturellement, comme simple prieuré. Dès 1010, Guil- 
laume, duc d'Aquitaine, avait donné à l'abbaye béné- 
dictine de S.-Maixent, une villa du nom de Celles 
(Celesium). En 1028, les vicomtes de Thouars, Guil- 
laume et Godefroy, donnèrent, à leur tour, à S.- 
Maixent, quelques serfs et serviteurs, dans l'église de 
Celles. Cette dernière existait donc déjà avec des des- 
servants qui n'étaient autres probablement que les 
premiers religieux du futur prieuré. Le prieuré semble 
donc avoir été fondé dans la première moitié du xi<î s. 
Il fut mis sous la dépendance de l'abbaye limousine 
S. -Pierre de Lesterp (ordre de S. -Augustin), et prit 
une importance sans cesse grandissante, grâce à son 
pèlerinage. D'après la chronique de Maillezais, en 
1095, coepit locus S. Mariae ad cellam florere mira- 
culis (Gallia, m, 1337). Les évêques de Poitiers 
comptaient parmi ses bienfaiteurs : Pierre II (1087- 
1115) notatur inter singulares benef adores B. M. de 
Cella; Guillaume II Adhelelnie, d'après le nécrologe de 
Fontevrault, ecclésiam B. Mariae de Cella erexit in 
abbatiam, eique varias subjecit ecclesias (13 oct. 1140). 

Le prieur de N.-D. de Celles, Jean de Uzon, fut donc 
élevé à la dignité abbatiale et béni par Guillaume II, 
en 1140. La nouvelle abbaye augustine demeurait 
toujours sous la dépendance de l'abbaye bénédictine 
I de Lesterp. Le désaccord se produisit bientôt entre 
elles. Lesterp recourut à Rome, d'où le pape Eugène III 
envoya une bulle à l'abbé Iterius. L'évêque de Poitiers, 
Gilbert de la Porrée, obtint de Iterius, abbé de Les- 
terp, qu'il abandonnerait toute autorité sur Celles et 
ne lui réclamerait plus rien, sinon sexaginta solidos 
denariorum de monnaie angevine que les chanoines de 
Celles payaient chaque année à Lesterp. A partir de 
cette date l'abbaye de Celles se trouve mêlée à la vie de 
toutes les abbayes de la province poitevine; son nom 
et celui de son abbé apparaissent dans plus d'une 
charte, à Celles, 1157 et 1219; à Nouaillé (abbé de 
Mortemart) en 1187; à S.-Maixent et à S.-Séverin, en 
I 1256. — Ce qui accrut surtout son influence, ce fut 



117 



CELLES-SUR-BELLE 



— CELLITES 



118 



son pèlerinage à N.-D. de Celles, dont l'origine, 
d'après L. Albarel, remonte au xi« s. et qui connut une 
grande renommée. 

En oct. 1568, l'armée calviniste vint piller et ruiner 
la ville de Celles, son abbaye et ses églises (N.-D. et 
S.-Hilaire). En 1569, Coligny vint assiéger Celles que 
les seigneurs de Barbezières défendirent. C'est sans 
doute à cause de l'entremise de cette famille que 
Charles IX lui accorda les revenus de l'abbaye. Les 
25 chanoines qui habitaient encore Notre-Dame en 
1568 furent obligés de chercher refuge ailleurs, les 
bâtiments monacaux n'étant plus habitables. L'ab- 
baye ne fut plus sous une direction toujours active et 
présente, et les' Barbezières en profitèrent pour garder 
longtemps les revenus. L'église de N.-D., ruinée, ne 
put être reconstruite qu'en 1669. — L'abbaye vit 
partir ses religieux en 1791, et tous les bâtiments 
furent mis en vente. La Vierge vénérée existe encore 
dans l'église paroissiale S.-Hilaire et elle attire tou- 
jours les pèlerins. 

Liste des abbés. — Le prieur, Jean l^' d'Uzon, élu en 
1137 et béni en 1140 par l'évêque de Poitiers, Guil- 
laume II Adhelelme. — Pierre l", chanoine de Saint- 
Ruf. Présent, en 1148, au chapitre de S.-Maixent, 
lorsque Samson demande humblement pardon à 
l'abbé Pierre Raimond et à ses frères de l'abbaye, 
pour les injures proférées contre eux par lui. pierre I'^'' 
est cité encore en 1159, 1167, 1169. — Guillaume I", 
1177, 1187. En cette dernière année, assiste à la 
transaction faite pour le prieuré de Villefollet entre le 
ministre des Frères hospitaliers de S. -Jean, du Poitou, 
et Pétronille II, abbesse de la Ste-Trinité de Poitiers : 
assistaient encore Hé lie I et Malniort, archevêque de 
Bordeaux, Guillaume Tempier, évêque de Poitiers, 
Guillelemo Cellae seu de Cellis... Girvio, prior SU 
Hilarii de Cellae. Une charte de 1187 nomme cum 
Willelmo, abbale Cellensi, Joscelin de Moriuo-Mari 
(de Morteniart), abbé de Nouaillé. — Jean II, entre 
1192, 1210. — Théo, 1244, 1250, 1256. — Guillaume II, 
1258, 1260, 1262, 1263, t 1264?. — Pierre II, 1277, 
1286. — Aimeric I, 1287. — Pierre III, 1290 (dom 
Martène omet ces deux abbés). — Aimeric 11,1308 
1313. — Joscelin, 1321..., 1323. — Guillaume III, 
1343. — Jean III, 1347. — Pierre IV, 1352. — 
Jean IV, 1364. — Pierre V, 1383..., 1397. — Hugues 
Forcin, prieur, élu abbé en 1398. — Guy de Lésignac, 
1404; célèbre, en 1456, un chapitre général où sont 
refondus les statuts de l'ordre. — Louis \" de Lési- | 
gnac, 1460; en 1477, il décréta des prières pour le 
salut du roi Louis XI. Il éleva un autel en l'honneur de 
S. Gabriel et de S. Éloi; sur cet autel, chaque matin 
une messe était chantée pour la santé du roi et la 
paix du royaume. L'abbé de Lésignac (ainsi que le 
prieur d'.\ltaville, de l'ordre de S. -Augustin et du 
diocèse d'Angoulême) est cité dans des chartes de 
1463, 1464. — Mathurin I", 1481. — Pierre, 1484, 
1487? Peut-être y eut-il compétition entre lui, Mathu- 
rin et Aimeric Gaillard? — Aimeric Gaillard (ou 
Gallard), 1484? En 1492, assiste à la bénédiction de 
l'abbé cistercien des Châtelliers. C'est lui qui fit cesser 
l'anarchie régnant à l'abbaye. — Mathurin II Joubert 
de la Bastide, dernier abbé régulier, 20 août 1490, 
6 août 1498..., 1507, 1516. — Geoffroy I" d'Estissac, 
évêque de Maillezais, abbé commendataire de Celles de 
1516 à 1542. — Arnould d'Estissac, 1547; dévastation 
de l'abbaye, 1567, etc. — Renaut Thenaut, qui fut 
plutôt économe, sous le régime civil des deux Barbé- 
zières. — Mathieu Coudré (d'après Ga/Zia, 1574-89). — 
Jean Millet, nommé par Henri III; t vers 1602. — 
Geoffroy de Barbézières, fils de l'un des défenseurs de 
Celles, 1602. — Hilaire Thibault (le Gallia dit Tilleau 
ou Tillault). — François, cardinal de La Rochefou- 
cault, 1623; engagea un procès avec la famille de Bar- 



bézières pour en obtenir la restitution des revenus de 
l'abbaye. — Henri-Louis II de la Rochefoucault, 
évêque de Lectoure, fournit le procès avec François III 
de Barbézières. Il n'obtint gain de cause et ne prit 
possession de son abbaye qu'en 1634, à condition de 
payer 3 000 livres de pension annuelle à Charles de 
Barbézières, frère de François, et 36 000 livres pour 
tout le passé. C'est cet abbé qui fit réunir son ab- 
baye à la Congrégation de France, en 1651. Il mourut 
en 1654. Il avait une autre abbaye à S.-Jean-d'Angély. 
— Henri de la Rochefoucault, 1661, f 1708. Sous lui se 
restaura l'abbaye (église et bâtiments), et, en 1676, il 
reçut Paul Beurier, abbé de Ste-Geneviève du Mont, 
qui bénit l'église réédifiée. — Alexandre de Johanne 
de Saumery, nommé à Noël 1708, prend possession le 
25 août 1710 : encore présent en 1744. — Mgr de Bou- 
teville, évêque de Grenoble, encore abbé en 1780. — 
Mgr de Talleyrand, jusqu'en 1791. 

Prieurés, cures dépendant de l'abbaye. — Prieurés : 
S. -Martin d'Asnières, S.-Maixent de Paisais-le-Chapt, 
S. -Martin de Périgné, S. -Martin de Quenlieu (dom 
Besse, m, 273, l'attribue faussement à S.-Hilaire de la 
Celle). 

Cures : S. Hilaire de Celles, S. -Martin d'Augé, Ste- 
Blandine, S.-Médard de Germond, S. -Germain de 
Juillé, S.-Maixent de Jussecors, S.-Hilaire de Ligny, 
S.-Hippolyte de Luché, S. -Martin près Melle, S.-Mé- 
dard de Fonville, S. -Sauvant, S.-Sulpice de Tillou 
(liste donnée par Lévrier, p. 14). 

Chapelles dépendant de l'abbaye : Ste-Catherine, 
chapelle régulière, dépendant de l'Aumônerie; de la 
Fougeraye, chapelle régulière, au château de ce nom, 
à 8 km. de Celles; Fillopes (chap. rég.); de la Guillo- 
tière, au château de ce nom, près Melle; S. -Michel, 
dans l'église même de N.-D. de Celles; de l'Oie 
Blanche ou de l'Herminette, ou de la Blanchardière, à 
Châteauneuf, commune de Vitré; des Pastureaux, à 
La Groie-l'Abbé, près Celles; des Philippes, ou cha- 
pelle de Gonzais, près Celles; S.-Pierre-du-Treuil, qui 
était la chapelle de la maison de plaisance de l'abbaye. 

Domaine, revenus de l'abbaye et ses obligations. — 
Obligations : Le grand Gauthier (niw s.) nous ap- 
prend : Abbatia de Cella Béate Marie débet (episcopo) 
duas procurationes. — Un livre de recettes de 1326 pour 
le compte de la cour de Rome nous dit que abbas de 
Cella solvit XX lib. Turon. (à Rome). 

Domaine : La notice de Lévrier sur Celles (p. 25) 
donne les noms des métairies ou terres appartenant à 
l'abbaye : à Celles (sans doute), Briette, les Feux, la 
Revêtison, Pied-de-Coi, Biscière, la Carte, la métairie 
aux moines, les Vaux, le Genêt; — à Vitré, l'infir- 
merie, les Ombrails, la Groie-l'Abbé, le Treuil, la 
Moulinne; — à Viré, à Bonneuil, la Forêt, Chaloue; 
à Tauché, à Trion. L'abbaye possédait encore un 
nombre considérable de bois et borderies à Celles. 

En 1787, les revenus de l'abbaye atteignaient 
14 000 livres. 

Archives départementales de la Vienne, série H. — 
Archives historiques de Saintonge, i, 398. — Bibliothèque 
de La Rochelle, ms. 286, p. 8; ms. 622, p. 33. — Albarel, 
Histoire du pèlerinage de Noire-Dame de Celles, dans Semaine 
religieuse de Poitiers, 1865, p. 84-86. — Gallia cliristiana, li, 
1720, col. 620, 622, 1109, 1144, 1170, 1179, 1183, 1201, 
1215, 1220, 1337-1340, 1349, 1305-1306, 1376. — Largeault, 
La Vierge miraculeuse de Celles-sur-Belle, Melle, 1898, in-8°; 
Id., N.-D. de Celles, son abbaye, son pèlerinage, Parthe- 
nay, 1900. — Lévrier, Historique de l'abbaye de Celles, 
Niort, 1865, 41 p.; Id., Celles-sur-Belle, dans Annuaire 
des Deux-Sèvres, 1895, p. 812-16. 

P. Calendini. 
CELLITES ou ALEXIENS, appellation 
donnée aux membres d'une congrégation religieuse de 
frères lais ayant pour but de soigner les malades et 
plus spécialement d'hospitaliser les aliénés. Selon 



119 



CELLITES 



120 



toute vraisemblance leur nom de Cellites, ou de 
Cellebroeders (Zellbrûder), — comme les appelait et les 
appelle encore le public, — dérive de cella (cellule, 
cabane), parce que, à l'origine, ces pieux laïcs habi- 
taient des maisonnettes ou huttes, construites autour 
ou dans le proche voisinage des nosocomia et xenodo- 
chia médiévaux (hôpitaux, hospices, léproseries, ladre- 
ries, etc.). C'est à tort, semble-t-il, qu'on a voulu rat- 
tacher leur dénomination au mot cellae, pris dans l'ac- 
ception particulière, et pour le moins forcée, de 
« caveaux, tombes où ils enterraient les morts » 
(R. Hedde, Lollards, dans D. T. C, ix, 913). Autant il 
est sûr que les frères avaient coutume d'ensevelir les 
cadavres des pestiférés et d'autres défunts, autant il 
reste douteux que le mot cella ait signifié au Moyen 
Age sépulcre, tombeau (comme on peut le voir dans 
du Gange, Glossarium med. et infim. latinitatis). 
D'autres ont rattaché la dénomination à cella, dans le 
sens particulier de prison, parce que les frères soi- 
gnaient les déments furieux et les malades difTiciles 
dans des chambrettes séparées. A cela s'oppose que ces 
pieux laïcs paraissent avoir déjà porté ce nom vers le 
milieu du xiv« s., avant que l'hospitalisation des alié- 
nés ne soit devenue leur occupation principale. La 
première hypothèse est de loin la plus naturelle. Elle 
acquiert un surcroît de probabilité quand on songe 
que la plupart de nos hôpitaux, aux xn« et xiii"= s., 
groupaient autour d'eux un assez grand nombre d'er- 
mites, ou plus précisément de reclus et de recluses, 
qui, tout en rendant service aux pauvres et aux ma- 
lades, se retiraient, une fois leur besogne finie, dans la 
solitude de leurs maisonnettes privées (cellae, lugu- 
riola) — tant était vive, à cette époque, la poussée 
vers la vie érémitique et pénitentielle. 

L'origine des Cellites n'a pas encore été étudiée ex 
professa. On la fait généralement remonter au xiv^ s., 
alors que cette époque coïncide déjà avec la floraison 
et la grande expansion de l'institut plutôt qu'avec ses 
débuts, qui sont bien plus anciens. Cet âge d'or, qui 
commence dès la seconde moitié du xiv^ s., les frères 
le doivent en grande partie aux désolantes calamités 
causées par la peste noire. Ils s'établissent alors 
avec une étonnante rapidité non seulement dans le 
Brabant et le pays de Liège, — leur terre d'origine, — 
mais encore dans les villes rhénanes et de la basse 
Allemagne : Aix-la-Chapelle, Cologne, Neuss, Stras- 
bourg, Brunswick, Hambourg, etc., bientôt aussi dans 
celles de Hollande : Amsterdam, Bois-le-Duc, Delft, 
Deventer, Dordrecht, Gouda, Haarlem, Kampen, La 
Brielle, Leyde, Middelbourg, Rotterdam, Utrecht, etc. 
Le courage et le dévouement de ces religieux vis-à-vis 
des pestiférés étant universellement appréciés, le 
])euple aussi bien que les magistrats ne cessaient de 
réclamer leur présence, tant pour desservir leurs mala- 
dreries que pour leur en confier de nouvelles. Outre 
l'assistance des souffrants, les frères prenaient à tâche 
d'inhumer les cadavres des malheureux succombés à 
une maladie contagieuse et des pauvres délaissés. Ce 
qui leur valut (par allusion à l'exemple du personnage 
biblique Tobie) le nom de Tobites. Jusqu'à cette 
époque, et encore au xv^s., le soin et l'hospitalisation 
des aliénés ne semblent pas encore incomber de façon 
marquante à leur institut. 

S'il est sûr que l'origine de leur congrégation se 
rattache au mouvement des bégards-béguines (v. 
D. H. G. E., VII, 426-41, 1341-52 : Bégardisme et 
Béguinages), il n'est pas établi — bien que généra- 
lement on l'admette — que cette évolution ait eu lieu 
au cours du xiv« s. Des indications sérieuses, et d'ail- 
leurs fort suggestives, tendent à faire prévaloir l'opi- 
nion, selon laquelle les lointains débuts de leur insti- 
tut coïncident avec les premières manifestations 
mêmes du béguinisme, pourvu qu'on fasse abstrac- 



tion de la dénomination de Cellites (celle-ci ne com- 
mence à être mentionnée qu'à partir de la seconde 
moitié du xiv« s.). En effet, le soin des malades dans 
les hôpitaux et léproseries de la fin du xii^ s. rentre 
parfaitement dans les attributions d'une catégorie 
spéciale de bégards et de béguines : pieux laïcs, aux- 
quels on donnera plus tard les noms de Pauvres, 
« Willigen Armen » (Pauvres volontaires), « Mate- 
mans » (mot thiois qui signifie ; pauvres), « Schwes- 
trionen » (le mot allemand Schwester pourvu d'un 
suffixe roman masculin), Lollards (v. cet art.), etc., 
alors que les femmes seront appelées « Mate\vy^'en 
Schwestern (Sweyster), Béguttes. Or toutes ces déno- 
minations sont identiques à celles qu'ont réellement 
portées les Cellites et les sœurs faisant partie de leurs 
confréries. De plus, on constate que les bégards-bé- 
guines attachés aux hôpitaux étaient au début bien 
souvent logés dans des huttes ou maisonnettes autour 
des établissements qu'ils desservaient. Leurs petites 
demeures formaient une double agglomération, l'une 
habitée exclusivement par les hommes, l'autre stricte- 
ment réservée aux femmes. Cette même coutume a été 
en vigueur chez les Cellites, particulièrement dans les 
contrées rhénanes, où elle n'a pas encore disparu en 
plein XV* s. De ce point de vue, une bulle de Boni- 
face IX, adressée en 1395 aux prélats de la Rhénanie, 
du Brabant et des Flandres, ne manque pas de revêtir 
un intérêt particulier. Le pape y prend les Cellites 
sous sa protection spéciale. Elle débute : « Sane nuper 
accepimus quod in vestris... diocesibus atque locis 
existere consueverunt... nonnuUae personae pauperes, 
utriusque sexus, divisim, viri scilicet coniunctim in 
suis, et mulieres eliam coniunctim in domibus suis 
absque mutua ipsorum conversatione commorantes, 
quae... in paupertate et continentia... vivunt,... pau- 
peres et miserabiles personas, petentes, ad eorum 
recipiunt hospitia, et alla exercent... opéra caritatis, 
infirmos scilicet visitando... custodiendo et fovendo; 
ac decedentium corpora fidelium... ad sepulturam 
ecclesiasticam deferendo ». A peu près la même des- 
cription dans une bulle d'Eugène IV en 1431, qui 
déclare expressément qu'il s'agit des « dilectos filios de 
cellis, seu voluntariae paupertatis pauperes communiter 
nuncupatae », c.-à-d. des Cellites ou « Willigen Armen » 
(les deux documents, dans Mosheim, De Begliardis et 
Beguinabus, Append. II, p. 653-55, 668-73). On ne 
voit donc pas comment ces pieux laïcs seraient dis- 
tincts des bégards-béguines de la vie hospitalière, qui 
commencent à surgir dans la partie romane de la 
Belgique actuelle dès 1175. Les premiers groupes 
connus se forment autour de l'hôpital de S. -Christophe 
à Liège sous la direction de Lambert li Beges (v. ce 
nom), autour de la léproserie du Mont-Cornillon 
(Liège) et dans le voisinage de la maladrerie dirigée 
depuis 1180 par la Bse Ivette de Huy. 

Tout comme le mouvement béguinal, l'institut des 
Cellites eut à subir les attaques d'une partie du clergé 
séculier, qui se plaisait à confondre ces pieux laïcs 
avec les hérétiques de même nom : Bégards (hétéro- 
doxes), Lollards, Schwestrions. D'ailleurs les frères, 
contrairement aux décisions du IV^ concile de Latran 
(1215), n'avaient pas de vœux monastiques, ni de 
règle approuvée par le Saint-Siège. Ce qui devait 
faciliter les attaques déclenchées contre eux. C'est une 
des raisons qui les poussaient à chercher protection 
dans la règle du tiers-ordre franciscain. D'autres, sur- 
tout à partir de 1459 (Pie II), embrassèrent la 
règle de S. Augustin, exemple bientôt suivi par presque 
toutes leurs confréries (approbation de Sixte IV en 
1472). Ils émettaient dès lors les trois vœux tradi- 
tionnels, tout en restant des frères lais et se vouant, 
comme de coutume, à l'apostolat de la charité. 
Exceptionnellement des prêtres faisaient partie de leur 



121 



CELLITES 



— CELLOT (LOUIS) 



122 



ordre : ils n'étaient admis qu'autant que l'exi- 
geait le service religieux de leur chapelle. 

La réforme protestante leur fît perdre la plupart de 
leurs maisons en pays rhénan et en Hollande, deux 
provinces où ils étaient particulièrement nombreux. 
En Belgique au contraire, dès le xvn« s., les frères 
réussirent à réaliser un grand renouveau, qui se fit 
ressentir dans d'autres pays. Un des zélateurs fut le 
frère Jean Tack, provincial de l'ordre et supérieur du 
couvent de Louvain. Il mourut en 1694, léguant à ses 
religieux un livre flamand, rédigé par lui et intitulé : 
Le véritable religieux ou traité abrégé des vertus et de la 
perfection nécessaires à la vie claustrale. La Révolu- 
tion française mit fin à ce réveil. Toutefois ils ne 
furent pas supprimés partout, l'État jugeant leur pré- 
sence utile à cause des services qu'ils rendaient aux 
aliénés. Dès 1825, nouveaux et fructueux efforts pour 
relever l'institut. Cette fois dans les contrées rhénanes 
avec, comme centre d'activité, le couvent d'Aix-la- 
Chapelle (Marienberg). Le recteur Brock (1854) se mit 
à la tête du mouvement et réussit à introduire de 
nouveaux statuts approuvés par le Saint-Siège (1870), 
auxquels accédèrent bientôt la plupart des maisons 
allemandes. Au cours des dernières années, le nombre 
total des frères ne dépassait plus guère les 600. Ils ont 
des maisons en Angleterre, en Irlande et aux États- 
Unis, de même encore un certain nombre en Alle- 
magne. En Belgique, ils comptent 6 couvents, dont 
Bruxelles, Diest, Louvain et Tirlemont sont anciens, 
avec en tout une soixantaine de religieux. Leur réappa- 
rition au.x Pays-Bas date de 1914 : une fondation 
(émanée de Belgique) pour enfants tuberculeux à Son 
(Eindhoven), une autre à Breugel. — Au Moyen Age 
les frères portaient un habit gris, c.-à-d. de laine gros- 
sière non teinte — la livrée des « Pauvres du Christ » — 
un scapulaire noir et un capuce; de plus, pour sortir et 
assister aux enterrements, un long manteau gris aux 
larges plis. De nos jours, ils ont un vêtement noir, 
relié par une ceinture de cuir. 

Un autre nom, fort répandu, pour Cellites e^t celui 
d'Alexiens. Aux yeux des gens du Moyen Age, 
S. Alexis (D. H. G. E., ii, 379-81) -- qui fut un Orien- 
tal de l'antiquité chrétienne et non pas un Romain, 
comme on le croyait alors — apparaissait comme le 
patron, non seulement de la continence et de la pau- 
vreté volontaires, mais encore, et de façon plus expli- 
cite, des œuvres de charité. La Vie de S. Alexis rimée 
et traduite du latin déjà au milieu du xi« s. contribua 
fortement à rendre populaire la figure de cet ascète. 
Nous voyons même que Valdo (v. Vaudois), d'après 
la chronique de Laon {M. G. H., SS., xxvi, 447), se 
convertit en écoutant déclamer par un troubadour le 
pieux récit de cette légende. Il n'est donc pas éton- 
nant qu'Alexis ait figuré très tôt comme le patron des 
institutions vouées aux œuvres de miséricorde. 

Quant aux Cellitines (Cellitissae), qui forment la 
branche féminine de l'ordre, leur origine et leur 
première histoire se confondent avec celles des frères, 
avec lesquels, comme il a été dit, elles ont formé en 
certains lieux des espèces de couvents doubles. On les a 
désignées sous diverses appellations : « Cellesusteren », 
« Graeuwsusteren » (Sœurs grises), « Swesteren », éga- 
lement « Brootsusteren », sans doute parce qu'elles 
recueillaient parfois des aumônes, et notamment du 
pain, pour leurs établissements de bienfaisance : tels 
aussi certains bégards (« Brotbegarden ») en Alle- 
magne et ailleurs qui mendiaient « du pain pour 
l'amour de Dieu » (« Brot durch Gottl »). De nos jours, 
elles sont mieux connues sous les noms û'Alexiennes 
et surtout de Sœurs noires. Elles n'étaient pas tou- 
jours attachées aux hôpitaux, mais allaient parfois 
soigner les malades à domicile. Nombreuses en Bel- 
gique, où elles subsistent encore aujourd'hui, elles 



eurent également des maisons dans presque toutes les 
villes de Hollande : quelques couvents comme celui de 
S. -Alexis à Amsterdam ont gardé une certaine noto- 
riété. Elles y observaient des statuts détaillés, aux- 
quels l'évêque d'Utrecht, David de Bourgogne, en 
1457, avait accordé sa haute approbation. Dans les 
contrées rhénanes, elles comptaient avant la dernière 
guerre mondiale 200 maisons et environ 2 500 sœurs. 
On y suit la règle de S. -Augustin. 

Sources. — Les Vitae de Ste Marie d'Oignies, de Ste Ju- 
lienne de Cornillon et de la Bse Ivette d'Huy, dans A. S. 
(éd. Palmé, Paris-Rome, 1863 sq.), juin, v, 542-72 (550 sq., 
565 sq. et passim); avril, i, 435-76 (436 sq. et 455); janv.. 
Il, 145-69 (152 sq., 157 et passim). — A. Fay en, L' » atiti- 
graphum Pétri » et les lettres concernant Lambert le Bègue 
conservées dans le manuscrit de Glasgow (Compte rendu des 
séances de la Comm. roy. d'hist., lxvih [sér. V, t. ix]), 
Bruxelles, 1899, p. 255-356 (330, 342 sq. et 352). 

Travaux. — a) Généraux: J.-L. de Mosheim.De Beghardis 
etBeguinabus commentarius,ediditetlocupletavit G. H. Mar- 
tini, Leipzig, 1790, p. 8, 69, 156, 352, 400, 405 sq., 430, 
457, 461, 583 sq., 587 sq., 652-56, 668-75 et passim. — 
M. Heimbucher, Die Orden und Kongregationen der kath. 
Kirche, ii, 1934, p. 233-35. — A. Mens, Oorsprong en bete- 
kenis van de Nederlandse begijnenen begardenbeweging, 
Anvers, 1947, p. 44-45, 244, 383-97. — b) Régionaux et 
locaux : I. Walvis, Beschrijving der stad Gouda, Leyde, 
II, 1714, p. 146-50. — R.-C.-H. Rômer, Geschiedkundig over- 
zigt van de kloosters en abdijen in... Holland en Zeeland, 

1, Leyde, 1854, p. 647 sq. — W. MoU, Kerkgeschiedenis 
van Nederland vôôr de Hervorming, .\rnhem, 1867, II' part., 

2, p. 159-64. — l.-H. van Eeghen, Vrouwenkloosters en 
begijnhof te Amsterdam, Amsterd., 1941, p. 111-14. — 
E. Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent, 
Louvain, 1895, p. 480-82, 517-19. — P. Masoin, Les aliénés 
à Louvain dans les siècles passés, extrait de la Revue médi- 
cale de Louvain, n. 22, 1937, p. 1-6. — D. Du Bois, Het oude 
Diest, Diest, 1934, p. 144-48, 178-83. — Plus spécialement 
pour l'AUemagne, L. T. K., i, 1930, p. 258-59. 

A. Mens. 

CELLIUS (Antoine), théologien dominicain 
(xvii-^ s.). Voir D. T. C, ii, 2089. 

CELLOT (Louis), jésuite, né et mort à Paris, 
1588-20 oct. 1658. Entré au noviciat en 1605, il passa 
la plus grande partie de sa vie religieuse au collège de 
La Flèche, soit comme étudiant soit comme régent. 
Après sa théologie, il succéda aux PP. Petau et 
Caussin dans la chaire de rhétorique et de 1626 à 1637 
il dirigea le pensionnat, puis fut professeur d'Écriture 
sainte. Recteur du collège de Rouen de 1637 à 1641, il 
rentra à La Flèche pour y exercer la même fonction. 
De 1655 à 1658 il fut provincial de la province de 
Paris. Fidèle aux traditions établies par Petau et 
Caussin, il se distingua comme poète latin. Ses tragé- 
dies furent jouées au collège entre 1618 et 1626, et 
trois d'entre elles : Chosroes, Sapor et Adrianus, ainsi 
qu'une tragi-comédie, Reviviscentes, « les Revenants », 
furent éditées en 1630 dans les Opéra poetica P. L. 
Cellotii. Les éditeurs des Selectae patrum Societalis 
Jesu Iragoediae, Anvers, 1634, insérèrent daitis leur 
choix les œuvres de Cellot. Rotrou n'hésita pas à em- 
prunter le sujet et les personnages de son Chosroes à la 
tragédie du P. Cellot, et à puiser largement dans 
V Adrianus pour son Saint- Genest. De l'aveu d'Émile 
Deschanel {Le romantisme des classiques, 269), il y 
prit, en élaguant les longues tirades, les principales 
scènes, les personnages avec leurs noms, les plus beaux 
vers, les plus beaux traits, en se contentant de les 
traduire. 

D'autres œuvres de nature bien différente appor- 
tèrent au P. Cellot une renommée moins paisible. Les 
difTicultés entre le délégué apostolique Richard Smith, 
évêque de Chalcédoine, et les réguliers en Angleterre, 
et les polémiques qui en furent la conséquence avaient 
eu leur contre-coup en France. LaSorbonneetl'Assem- 



123 



CELLOT 



(LOUIS) 



124 



blée du clergé avaient pris fait et cause pour le délégué 
et censuré les écrits pseudonymes des PP. Knott et 
Floyd, S. J. Sur un appel de la noblesse catholique 
anglaise au pape Urbain VIII, celui-ci, en un bref du 

10 mai 1631, tout en s'efforçant de pacifier les esprits, 
s'était prononcé en faveur des religieux. Malgré la dé- 
fense qu'il portait, sous peine d'excommunication, de 
renouveler les anciennes discussions, trois écrits furent 
publiés pour la défense de Richard Smith. Bientôt 
deux écrits latins prirent la défense des auteurs 
censurés contre la censure de la faculté de théologie : 
Spongia, etc. et contre la circulaire des évêques : 
Plainte apologétique de l'Église anglicane. Sous le 
pseudonyme Herman Loemelius, l'auteur des deux 
réponses, se cachait, comme on le sut plus tard, le 
P. Floyd, S. J., professeur à S. -Orner. Ce fut l'occasion 
pour le Dr François Rallier de publier en 1632 ses 
Vindiciae in Spongiam et son De sacris ordinibus où il 
attaquait violemment les réguliers. Du Vergier de 
Hauranne, abbé de S.-Cyran, en profita pour lancer 
dans le public, sous le nom de Petrus Aurelius, ses deux 
volumes Vindiciae Censurae Facultatis theologiae Pari- 
siensis adversus Danielem a Jesu et Loemelii Spongiam. 
Outre les théories épiscopaliennes qu'il y exposait, 
l'auteur s'y répandait en attaques odieuses contre la 
Compagnie de Jésus. Sur les recommandations du 
pape et de leur général, les jésuites français évitèrent 
de se mêler à la querelle, mais ils se plaignirent au roi 
des attaques d'Aurelius et demandèrent la suppression 
de ses ouvrages. Le clergé s'y opposa. Les jésuites, en 
guise de preuve, publièrent un recueil des calomnies 
débitées contre eux, mais cela n'eut d'autre effet que 
de susciter de nouveaux pamphlets. Les supérieurs des 
maisons de Paris et le confesseur du roi désavouèrent 
les écrits des auteurs encore inconnus d'eux qui avaient 
écrit contre les censures. L'Assemblée du clergé blâma, 

11 est vrai, les excès de langage de Petrus Aurelius, 
mais soutint ses théories. L'assemblée décennale du 
clergé de 1635 ranima les querelles entre séculiers et 
réguliers. Petrus Aurelius et Hallier avaient prétendu 
exclure les réguliers de la hiérarchie en vertu de leur 
institution. Le P. Cellot, alors professeur d'Écriture 
sainte à La Flèche, composa son livre De hierarchia et 
hierarchis pour établir qu'au contraire ils font partie 
de la hiérarchie. Dédié à Urbain VIII, l'ouvrage parut 
en 1641 et porte l'approbation de quatre docteurs tous 
réguliers, deux de Paris et deux d'Angers. Il est 
divisé en neuf livres dont le premier traite de hierar- 
chia in génère; le 2« de hierarchia caelesti; le 3« de 
hierarchia ecclesiastica in communi; le 4« de inflma 
hierarchiae ecclesiasticae specie quae est iurisdictionis ; 
le 5" de regularibus in hierarchia iurisdictionis; le 6" de 
secunda hierarchiae ecclesiasticae specie quae est or- 
dinis; le 7^ de regularibus in hierarchia ordinis; le 8« de 
suprema hierarchiae ecclesiasticae specie quae est cha- | 
rismatis; le 9« de regularibus in hierarchia charismatis 
sive gratiarum. Au ch. xvi du 1. III, il divise la hiérar- 
chie de l'Église universelle, dans son sens le plus strict, 
en trois parties ou hiérarchies particulières : la première 
et la plus élevée est celle des dons ou des grâces gra- 
tuites données pour le salut des autres, la 2"= est celle 
de l'ordre, la 3^ celle de la juridiction. La première est 
caractérisée par la sainteté, la 2" par la consécration, 
la 3" par la mission. La l™ donne une autorité d'excel- 
lence, la 2« une simple puissance ou office d'après l'ex- 
pression de S. Thomas, la 3« la juridiction. Ces trois 
hiérarchies sont soumises à l'évêque de Rome comme 
au souverain hiérarque et les religieux entrent dans 
chacune d'elles soit directement, soit excellemment, 
soit par commission. Sans aucun doute, c'est la double 
œuvre du Pseudo-aréopagite qui suggéra au P. Cellot 
l'idée de cette construction compliquée et subtile qui 
n'a certes pas la netteté de lignes d'un édifice juri- 



dique. On n'y peut toutefois, sans parti pris, déceler 
une intention de diminuer la dignité ni les droits de 
l'épiscopat. L'auteur s'en défend et qui peut croire 
qu'après les affaires dont nous parlons plus haut, les 
supérieurs de la Compagnie eussent toléré une si in- 
signe imprudence? L'Assemblée du clergé réunie à 
Mantes fit néanmoins examiner le livre par deux amis 
dévoués de Saint-Cyran, les évêques de Chartres et de 
Bazas, et sur leur rapport le condamna comme conte- 
nant une doctrine nouvelle, téméraire, fausse, perni- 
cieuse et séditieuse, tendant à diminuer l'autorité du 
Saint-Siège, etc. On résolut même de demander à 
Rome la condamnation du livre. Le P. Cellot protesta 
avec raison contre pareille interprétation de son œuvre 
et se défendit dans un mémoire au cardinal Barberini, 
secrétaire d'État d'Urbain VIII. Il fut appelé à Paris 
par son provincial afin de se défendre de vive voix. La 
Sorbonne de son côté s'apprêtait à censurer le livre, 
quand Richelieu, qui ne tenait pas à voir se ranimer la 
querelle des séculiers et des réguliers, arrêta la mesure. 
Une conférence de huit théologiens, présidée par 
l'évêque de Rennes, La Mothe-Houdancourt, fut 
réunie et le P. Cellot fit non une rétractation, mais une 
déclaration sur quinze articles dont la doctrine était 
mise au point et prouvée orthodoxe par le contexte. 
On ne peut à ce propos, sans injustice, parler de 
manque de sincérité. Tout semblait devoir se terminer 
là et le P. Cellot préparait même une édition nouvelle, 
quand lui parvint la mise à l'Index de son ouvrage 
donec corrigatur (décret du 20 nov. 1641). Cellot 
exprima sa surprise au cardinal Barberini et se soumit 
(lettre de Cellot, 22 juin 1642, Archiv. vatic, Barbe- 
rini XXXIX, 54, fol. 352). Il est donc inexact de dire 
qu'il rejeta la condamnation sous prétexte que le 
Saint-Office n'avait pas juridiction en France, don- 
nant ainsi un fâcheux précédent. Cellot répondit plus 
tard, dans son Horarum subcesivarum liber singularis, 
1648, aux attaques ultérieures de Hallier dans le De 
hierarchia libri quattuor et aux invectives de la préface 
à la 2" éd. de l'ouvrage de Petrus Aurelius. A propos de 
sa condamnation romaine, il y dit ; Sacrae Congrega- 
tionis libris censendis propositae iudicium aequitatis et 
sapientiae plénum, volens libensque complector (7). Ses 
démarches ut ediscerem quid Romae displiceat, ope 
tandem amicorum obtinui : aliquot videlicet articulas, 
quorum bonam parlem faciunt quae de Regni et Eccle- 
siae Gallicanae privilegiis, ornatius, non necessita- 
tis gratta e certis tractatibus decerpta in commenta- 
rium meum conieci... Praefert autem articulorum illa 
séries hune titulum : Corrigenda in libro P. Ludovici 
Cellotii de Hierarchia et Hierarchis : Quorum aliqua 
tolerari possunt, sed ad maiorem claritatem et abun- 
dantiam declaranda sunt, ut omnibus salis flat (ibid., 8). 
Il se pourrait que ce « hors-d'œuvre » dont il fut 
victime n'ait été inséré par Cellot que pour ama- 
douer d'éventuels censeurs gallicans. La Sorbonne 
répliqua à la réponse de Cellot par la publication des 
procès-verbaux de la conférence de 1641. Après 
quelque effervescence tout se calma. Quand on lit les 
articles dans leur contexte, on ne peut s'empêcher de 
trouver que le scandale des excerpteurs était passa- 
blement pharisaïque et le découpage tendancieux. On 
peut lire ces articles et d'autres également censurés 
dans l'appendice du livre d'A. De Meyer : Les 
premières controverses jansénistes en France, 524-31. 
(Il en est qu'on cherche vainement aux endroits indi- 
qués par les censeurs.) 

La publication d'un livre de François Véron, ex- 
jésuite et curé de Charenton, La condamnation de la 
doctrine des Jansénistes... ou Jansenii Gottescalcus 
haereticus et le bâillon des Jansénistes, 1648, provoqua 
une controverse autour du prédestinatianisme. Jansé- 
nius, sur l'autorité de l'évêque anglican d'Armagh, 



125 



CELLOT (LOUIS) 



— CELSE 



126 



Jacques Usher, en avait contesté l'existence. Le 
P. Sirmond avait publié sous le titre de Praedestinatus 
un manuscrit d'un auteur anonyme qui attestait 
l'existence de cette hérésie, repoussait l'attribution de 
cette doctrine à S. Augustin et réfutait cette hérésie 
ainsi qu'un abrégé de l'histoire des prédestinatiens. 
Sous le nom de Gilbert Manguin parut en 1650 un 
ouvrage en deux volumes : Veterum scriptorum qui in 
nono saeculo de gratia scripsenint . Il contient aussi 
une dissertation contre le P. Sirmond : Vindiciae 
praedestinationis et gratiae. Cellot publia à cette occa- 
sion Historia Golieschalci praedestinatiani et accurala 
conlrouersiae per eum revocaiae disputatio in libros 
quinque distincta, Paris, 1655 (la permission d'impri- 
mer du provincial Claude de Lingendes date du 
13 juin. 1652). Il y ajoute un Appendix miscellanea 
comprenant huit opuscules, les uns des inédits du 
temps de Gottschalc, d'autres des documents destinés 
à éclairer cette histoire. Le 4« opuscule, un fragment de 
S. Augustin, De libero arbiirio ex libris posterioribus 
contra Julianum, rapporté par Servat Loup de Fer- 
rières, suivi d'une dissertation sur la matière, a été mis 
à l'Index par un décret du 3 avr. 1731. Dans les 
Concilia de Labbe, Cellot publia les actes du concile de 
Tusey (860) et les Notae in capitula Waltheri Aurelia- 
nensisepiscopi{Concilia,Nin,co\. 1539 et 641). La Pa^ro- 
logie latine reproduit ce dernier écrit (P. L., cxix, 
725-26) ainsi qu'une notice sur Hincmar de Reims 
d'après Cellot (P. L., cxxiv, coL 967-78). 

Les deux rectorats du P. Cellot ne furent pas de 
tout repos. A Rouen, il essaya en vain d'apaiser la 
colère de l'archevêque François de Harlay, irrité de ce 
qu'un prédicateur, dont le zèle manquait parfois de 
prudence, le P. Beaumer, avait semblé blâmer un pas- 
sage du mandement de l'archevêque menaçant d'ex- 
communication ceux qui, sans excuse légitime, man- 
queraient trois dimanches consécutifs à la messe de 
paroisse et ceux qui défendraient d'y aller. L'arche- 
vêque ayant, du coup, porté l'affaire devant le roi, 
Richelieu exigea une réparation solennelle. Le P. Cel- 
lot dut aller au château de Gaillon faire amende hono- 
rable devant une grande assemblée; et dans l'église du 
collège de Rouen un prédicateur fit une rétractation 
des paroles attribuées au P. Beaumer, préalablement 
éloigné du diocèse. D'après l'histoire de l'Église de 
Rouen, Richelieu demanda même le départ du P. Cel- 
lot qui fut transféré à La Flèche. D'ailleurs la publi- 
cation du De hierarchia suscita à Rouen une nouvelle 
tempête qui faillit compromettre l'existence même du 
collège. Comme recteur de La Flèche, le P. Cellot eut à 
recevoir le cœur de Marie de Médicis. La condescen- 
dance dont il fit preuve et ses précautions ne parvin- 
rent à éviter qu'il ne se produisît certains incidents 
provoqués par des querelles de droit et de préséance, 
qu'on essaya d'exploiter contre les Jésuites. 

Sommervogel, ii, 948-52; ix, 118; xi, col. 1284, 194-95. 
— Southwell, Bibl. script. Soc. Jes., 560. — Rapin, S. J., 
Histoire du jansénisme; Id., Mémoires, i et ir. — D'Avrigny, 
Mémoires clironologiques et dogmatiques, ii. — De Roche- 
monteix, S. J., Le collège Henri IV de La Flèctie, 1889, i- 
IV. — Fouqueray, S. J., Histoire de la Compagnie de Jésus 
en France, iv et v. — De Meyer, Les premières controverses 
jansénistes en France (1640-1649), 1919. — Reusch, Der 
Index der verbotenen Bûcher, ii, 288-89. — Moréri, Dict., 
iii, 381-82. — Jean Orcibal, Jean Duvergier de H., abbé 
de S.-Cyran, Louvain et Paris, 1947, p. 334 sq. 

A. De Bil. 

1. CELSE, martyr sous Dioclétien, est men- 
tionné au martyrologe romain le 9 janvier, avec 
S. Julien, et localisé à Antioche. L'hiéronymien le 
place au 6 janv. et le lieu du supplice est Antinoé 
d'Égypte. La Passion de S. Julien (B. H. G.«, 970), 
qui inspire cette notice, est remplie de traits fabu- 
leux. 



A. S., janv., i, 570-588. — H. Delehaye, Les martyrs 
d'Égypte, A. Boll., 1922, p. 66, 86. — Mart. Hier., éd. Dele- 
haye, 28. — Mart. Rom., 13. — Synax. Eccl. Constant., 375, 
I 759, 800. 

R. Van Doren. 

2. CELSE, martyr, 9 avr. . Dans un ms. cassi- 
nien du martyrologe, Henschenius a lu un groupe de 
martyrs parmi lesquels un Celse. Il les rattache, sans 
preuve pourtant, à l'Italie du Sud ou à l'Afrique. 

A. S., avrU, i, 818. 

R. Van Doren. 

3. CELSE, martyr à Milan. Le martyrologe 
romain parle au 10 mai de l'invention par S. Ambroise 
des corps desSS. Nazaire et Celse, enfant que le même 
Nazaire avait élevé. Il les fit transférer à la basilique 
des SS. -Apôtres. L'invention elle-même est attestée 
déjà par Paulin dans sa Vila Ambrosii (B. H. L., 377) 
et, d'après ses données, elle se place en 395, sans qu'on 
puisse préciser le mois ni le jour. D'autre part, Paulin 
ne dit rien de la translation du corps de Celse, qui, lui, 
fut laissé sur place. Les anciens calendriers de Milan 
disent aussi, au x'' s. encore, que Celse se trouvait dans 
la basilique à côté de laquelle Landolf II de Car- 
canne, archevêque de Milan, au témoignage d'Ar- 
nulphe (Hist. mediolan. ,i, 10), fonda le monastère « du 
saint martyr Celse ». Cependant la mémoire de Celse 
fut déjà unie à celle de Nazaire par le martyrologe 
hiéronymien (28 juill.). Au v s., Galla Placida fit 
bâtir à Ravenne une église en l'honneur des deux 
saints. Mais on ignorait tout à leur sujet, sauf leurs 
noms. La littérature postérieure en fit des martyrs 
sous Néron. Nazaire, disait-on, dans un voyage en 
France, rencontra Celse, ou à Évreux ou à Cimiez, près 
de Nice. La mère de l'enfant le lui confia. Celse fut 
baptisé par S. Pierre. Le maître et son élève, arrêtés, 
furent tués sur l'ordre d'Anolinus. 

Les notices du martyrologe et du bréviaire font 
écho à ces fables, qui proviennent de la Passio 
(B.H.L., 6039). Plus tard, on crut que Celse avait 
été citoyen de Genèi'e. Pour ce motif, S. François 
de Sales inséra les deux saints au propre de son 
diocèse. 

A. S., juin., VI, 503-04. — D. A. C. L., xi, 1040-42. — 
Lanzoni, 244, 379, 601, 746, 927, 985. — F. Savio, La 
leggenda dei SS. Nazario e Celso, dans Ambrosiana, vin, 
1897. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 400-401. — Mari. 
Rom., 310, 183. — Synax. Eccl. Constant., 137-38. 
I R. Van Doren. 

4. CELSE, martyr romain, est cité le 21 nov. par 
le martyrologe romain avec Clément. Celui-ci est le 
pape S. Clément, anticipé à tort du 23 nov. Quant à 
Celse, qui n'est pas au martyrologe hiéronymien, Ba- 
ronius l'a transcrit à cette date d'après un ms. défec- 
tueux de S. Cyriaque de Rome. 

H. Delehaye, Étude sur le légendier romain, Bruxelles, 
1936, p. 45. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 611-612. — 
Mart. Rom., 537-38. 

R. Van Doren. 

5. CELSE, i)rétendu évêque (5^) de TRÊVES 
(t vers 142), successeur d'Auspicius (D. H. G. E., 
v, 781-82). La légende de S. Eucher envoyé par 
S. Pierre à Trêves et la liste des 25 premiers évêques 
ne remontent qu'au x'' s. L'épiscopat d'Eucher ne se 
place que vers 250. Dès lors Celse lui-même appar- 
tient à la légende. Son nom figurerait pourtant déjà 
dans la version de Trêves du martyrologe hiérony- 
mien (début du viii" s.). Il y eut une invention des 
reliques sous l'archevêque Egbert en 978 (voir le texte 
du récit de cette invention, par Thierry de S.-Ma- 
thias (v. 1006) dans P. L., cliv, 1233 sq.). 

A. S., févr., III, 399-402; nov., ii [146]. — B. H. L., 259. 
— Gall. christ, nov., xiii, 374-75. — L. T. K., ii, 807. — 
Duchesne, Fastes ép., m, 31-32. — E. Winheller, Die Lebens- 



127 



CE 



LSE 



128 



beschreibungen der vorkaroling. Bischôfe v. Trier (Diss. 
de Bonn), 1933, p. 28 sq. 

R. Van Doren. 

6. CELSE (Saint), Celsius, Celius, évêque de 
VERCEIL le 26« de la liste épiscopale. D'après son 
épitaphe acrostiche, qui est conservée, Celse est né en 
611. II est mort le 13 avr. entre 658 et 665. On a cepen- 
dant voulu le reculer jusqu'en 695. Il serait ainsi le 
28« évêque, après Théodore qui assista au concile de 
Latran de 680. Mais il n'y a pas de motif de retarder 
son élection à un âge si avancé, ni de modifier l'ordre 
de la liste épiscopale. 

C. I. L., V, 2, n. 6725. — CappeUetti, xiv, 1858, p. 349- 
425. — Gams, 825. — Lanzoni, 1042. — Savio, 437-38. 

R. Van Doren. 

7. CELSE, philosophe du ii« s., auteur du Dis- 
cours véritable réfuté par Origène. Nous ne savons rien 
de la personnalité de Celse en dehors de ce que nous en 
apprend Origène. Lui-même avait puisé ses renseigne- 
ments dans l'ouvrage de Celse et il ignorait entière- 
ment l'écrit et l'écrivain avant d'avoir été alerté par 
son ami Ambroise. 

Celse vivait donc au ii" s. de notre ère, mais il ne 
nous est pas possible de dire dans quel pays : il a 
voyagé en Palestine, en Phénicie, en Égypte, ce qui 
veut dire tout au moins qu'il n'était pas originaire de 
l'une ou de l'autre de ces contrées. Était-il fixé à 
Rome? La chose n'est pas impossible, mais on n'en a 
aucune preuve, et l'on croirait plutôt qu'il vivait en 
Orient, s'il faut l'identifier, comme on l'a souvent ad- 
mis, à l'ami de Lucien de Samosate. Cette identifica- 
tion, qui d'ailleurs est loin de s'imposer, reste pos- 
sible : il est vraisemblable qu'aux environs de 180 il 
eût été difficile de trouver deux personnages du nom 
de Celse qui s'intéressaient également à la philosophie 
et qui faisaient preuve, au cours de leurs recherches, 
d'autant de liberté d'esprit. Cependant il faut remar- 
quer que l'ami de Lucien, le destinataire du spirituel 
traité sur Alexandre d'Abonotique, avait écrit lui- 
même contre les magiciens. Or Celse, l'adversaire 
d'Origène, croyait à la magie et ne craignait pas, à l'oc- 
casion, d'en faire l'apologie. D'autre part, l'ami de 
Lucien était épicurien : « J'ai voulu, écrit Lucien, 
venger Épicure, cet homme vraiment sacré, ce divin 
génie qui, seul, a réellement connu les charmes de la 
vérité et les a transmis à ses disciples dont il est 
devenu le libérateur. » Origène, au début de sa réfu- 
tation, semble croire que Celse était également épi- 
curien et il ne perd pas une occasion pour faire le 
procès d'Épicure, qui, on le sait, apparaissait au 
christianisme comme le seul philosophe vraiment dan- 
gereux, parmi tous les sages de la Grèce. Mais en 
avançant dans son travail, Origène est amené à 
constater que son adversaire n'est pas aussi attaché à 
l'épicurisme qu'il l'avait d'abord soupçonné et, très 
loyalement, il reconnaît qu'il est beaucoup plus proche 
de Platon que d'Épicure. En réalité, l'auteur du Dis- 
cours véritable est un éclectique. Il a reçu une bonne 
éducation, il a beaucoup voyagé et il a beaucoup lu. 
Il a aussi beaucoup retenu, mais il ne s'est pas attaché 
à un système déterminé. Ces constatations s'appli- 
queraient-elles à l'ami de Lucien? Nous n'oserions 
l'affirmer. En toute hypothèse, cela nous importe peu. 

Nous savons seulement d'une manière certaine que 
Celse a écrit contre les chrétiens un ouvrage en quatre 
livres intitulé Le discours véritable, en 178. Il y avait 
en efiet près de soixante-dix ans que cet ouvrage 
avait été rédigé quand Ambroise, l'ami et le protec- 
teur d'Origène, le découvrit par hasard vers 246-48 et 
demanda au prêtre de Césarée d'en entreprendre la 
réfutation. Les allusions que contient le Discours véri- 
table relativement à la situation de l'empire, à la 
menace des Barbares, à la proscription des chrétiens 



nous permettent de fixer exactement sa date au mo- 
ment où Marc-Aurèle recommence à persécuter le 
christianisme et où les menaces incessantes des Bar- 
bares obligent l'empereur à entreprendre les difficiles 
campagnes du Danube où il trouvera la mort. 

L'idée même d'un pareil ouvrage suppose chez son 
auteur une réelle largeur d'esprit et une information 
peu commune chez un païen. Celse est en effet le 
premier, ou tout au moins l'un des premiers parmi les 
philosophes ou les rhéteurs, à prendre les chrétiens au 
sérieux et à s'occuper d'eux dans un traité développé. 
Il est vrai qu'avant lui le rhéteur L. Cornélius Fron- 
ton, l'ami d'Antonin et le maître d'éloquence de 
Marc-Aurèle, avait été amené à prononcer un discours 
contre les chrétiens. Si nous pouvons, comme on l'a 
parfois supposé, juger de ce discours perdu par l'Octa- 
vius de Minucius Félix, où le païen Caecilius se bor- 
nerait à reprendre l'argumentation du rhéteur, il faut 
avouer que celle-ci était assez pauvre : Fronton se 
serait contenté de reproduire les racontars et les 
calomnies populaires contre les chrétiens sans prendre 
la peine de les vérifier. Tout aussi superficiel apparaît 
Lucien de Samosate dans La mort de Peregrinus qui 
met en scène un imposteur du nom de Peregrinus et 
dépeint la naïve admiration des chrétiens pour ce soi- 
disant confesseur de la foi : les chrétiens apparaissent 
à Lucien comme des simples d'esprit, de perpétuels 
dupés, des victimes toutes désignées aux ruses des 
trompeurs. 

Celse, au contraire, s'exprime avec dignité. Il ne se 
contente pas d'écouter les grosses plaisanteries des 
païens ou même de regarder la vie des chrétiens. Il 
tient à s'informer. Il lit les livres de l'Ancien et du 
Nouveau Testament. De l'Ancien Testament, qu'il a 
pu étudier dans la traduction des Septante, il connaît 
surtout la Genèse et l'Exode ; puis, parmi les prophètes, 
Isaïe, Michée, Jérémie, Osée, Malachie; il est assez 
familier avec les Psaumes. II connaît les histoires de 
Daniel, de Jonas, le livre d'Hénoch,les Sybillins. Dans 
le Nouveau Testament, il a lu les Évangiles, en parti- 
culier celui de S. Mathieu; il ne parle pas de S. Paul, 
bien qu'il n'ignore pas absolument les Épîtres; il a 
peut-être pris connaissance des Actes des apôtres. II 
est également au courant des légendes calomniatrices 
qui courent dans les milieux juifs au sujet de Jésus et 
de sa naissance miraculeuse. 

Poussant plus loin son information, Celse s'est ren- 
seigné en étudiant des ouvrages chrétiens, sans se 
laisser arrêter par les préjugés de son monde. Il a lu 
des écrits gnostiques et marcionites, en particulier un 
certain Dialogue céleste dont on ne trouve nulle men- 
tion ailleurs. Il connaît au moins les arguments em- 
ployés par les apologistes, s'il n'a pas été familier avec 
leurs écrits. D'un mot, il a voulu faire une œuvre 
sérieuse et il y a réussi. 

Certes il lui arriva d'accueillir trop facilement cer- 
taines plaisanteries sur la foi aveugle des simples 
chrétiens ou sur le prosélytisme ardent de quelques- 
uns d'entre eux. Mais il ne méconnaît pas la dignité 
morale de leur vie, la noblesse de leur mort, et il 
regrette de les voir s'entêter dans une attitude soli- 
taire et boudeuse, alors qu'il leur serait facile, semble- 
t-il, au prix de quelques concessions, de devenir les 
meilleurs serviteurs d'un État qui a besoin de l'aide 
de tous ses enfants. Il y a une certaine noblesse dans 
les formules finales du Discours véritable : « S'il était 
possible que tous les peuples qui habitent l'Europe, 
l'Asie, l'Afrique, tant Grecs que Barbares, jusqu'aux 
extrémités du monde, fussent unis par la commu- 
nauté d'une même foi, peut-être une tentative du 
genre de la vôtre aurait-elle chance de réussite; mais 
cela est pure chimère, étant donnée la diversité des 
populations et de leurs coutumes... Soutenez l'em- 



129 



CELSE — 



CELTZÉNÉ 



130 



pereur de toutes vos forces; partagez avec lui la dé- 
fense du droit; combattez pour lui si les circonstances 
l'exigent; aidez-le dans le commandement de ses 
armées. Pour cela, cessez de vous dérober aux devoirs 
civils et au service militaire; prenez votre part des 
fonctions publiques, s'il le faut, pour le salut des lois et 
la cause de la piété. » Certes ces formules prouvent 
bien que Celse n'a pas compris le véritable problème et 
l'impossibilité dans laquelle se trouvaient les chrétiens 
de faire la moindre concession au paganisme. Mais 
elles montrent aussi avec quel sérieux il traitait 
l'Église et ses fidèles. La polémique païenne n'avait 
pas, avant lui, atteint cette dignité, et elle devait, 
après lui, rester longtemps sans la retrouver. 

Le Discours véritable de Celse semble avoir été 
divisé en quatre livres. Après une préface, dans 
laquelle Celse expose son intention de convbattre les 
chrétiens, cette nouvelle engeance d'hommes sans 
patrie qui tiennent des réunions illicites pour conspi- 
rer contre les lois, le premier livre est une critique 
du christianisme faite du point de vue du judaïsme : 
un Juif ne peut pas reconnaître en Jésus le Fils de 
Dieu. Le deuxième livre critique l'apologétique juive 
et chrétienne dans ce qu'elle peut avoir de commun. 
Le troisième livre est consacré à l'étude des livres 
saints : anthropomorphisme du Dieu d'Israël; im- 
possibilité de la résurrection des corps, etc. Enfin, 
dans le quatrième livre, Celse rappelle le conflit qui 
divise l'empire et le christianisme et montre comment, 
selon lui, il serait possible de supprimer ce conflit. 

Il est curieux de remarquer que, malgré son impor- 
tance, le Discours véritable dut rencontrer peu de 
lecteurs. En dehors d'Origène, personne ne le cite dans 
l'antiquité; et Origène lui-même ne l'a connu que par 
l'intermédiaire de son ami Ambroise qui, l'ayant 
découvert comme par hasard, n'a pas eu de cesse 
qu'il n'en ait obtenu la réfutation. Plus tard les 
écrits de Porphyre et de Julien l'Apostat provoqueront 
parmi les chrétiens une émotion profonde. Le Discours 
véritable demeura inaperçu. Il marque pourtant une 
date dans l'histoire des relations entre le paganisme et 
le christianisme. Celse est peut-être le premier païen 
qui a tenu à consacrer une réfutation sérieuse aux 
enseignements et à la propagande du christianisme. 

B. Aube, Histoire des persécutions de l'Église. La polé- 
mique païenne à la fin du II' siècle, Paris, 1878. — P. Koet- 
schau. Die Gliederung des 'AXnS'lS Aôyos des Celsus, dans 
Jahrb. fOr protest. Theol., xxjv, 1892, p. 604-632. — L. Rou- 
gier, Celse ou le conflit de la civilisation antique et du chris- 
tianisme primitif, Paris, 1926. — A. Miura-Stange, Celsus 
und Origenes. Das Gemeinsame ihrer Weltanschauung nach 
den achi Bûchern des Origenes gegen Celsus, Giessen, 1926; 
O. Glockner, Die Gottes-und Weltanschauung des Celsus, dans 
Philologus, lxxxii, 1926-27, p. 329-52. — - P. de Labriolle, 
La réaction païenne. Étude sur la polémique antichrétienne 
du I" au VI' siècle, Paris, 1934, p. 111 sq. 

G. Bardy. 

CELSIANUS, Celianus, Gelianus, martyr, se 
trouve au martyrologe hiéronymien au 21 janv. Mais il 
s'agit du martyr d'Espagne Caecilianus (22 janv.). 

A. S., janv., ii, 705. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 53, 55. 

R. Van Doren. 

1. CELSIN (Saint), prêtre de Reims, n'est pas 
cité dans les documents anciens. Le martyrologe 
d'Usuard le mentionne au 25 oct. A cette date, son 
nom se trouve également au bréviaire de Reims du 
xm« s., et il y eut un oratoire en son honneur près de 
l'église S.-Nicaise. Saussaye, après Galesinius, dit que 
Celsin a vécu à Reims. Il en a fait un fils de S. Balsaus 
et un disciple de S. Remi. 

A. S., oct., XI, 585-87. — V. Leroquais, Les bréviaires 
mss. des biblioth. publ. de France, iv, 63. 

R. Van Doren. 

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés. 



2. CELSIN (Saint), évêque de Toul, est nommé 
en 4<' lieu sur la liste épiscopale (v. Amon (S.) de Toul, 
D. H. G. Ë., II, 1322). Le P. De Buck le situe avant 
450. Mais on n'a aucun détail sur sa vie. Le corps fut 
déposé dans l'église S.-Mansuy; il y eut une invention 
des reliques en 1107, une nouvelle élévation en 1511. 

A. S., oct., X, 908-11; 48»-50». — Duchesne, m, 62. — 
Gallia christiana, xiii, 959. — Gesta episc. Tull., M. G. H., 
SS., VIII, 633. — B. Picard, Histoire de Toul, 207. 

R. Van Doren. 

CELTZÉNÉ ou CÉLÉZÉNÉ (KeXtstivi^, 
KeXejrivri), évêché d'Arménie, d'abord dépendant de 
Camachos, puis métropole. Le nom de Celtzéné ou 
Célézéné (on trouve aussi Ecclenziné, 'EKKÂevjivfi), 
s'entendait non seulement de la ville elle-même mais 
encore de la région qui l'entourait. Strabon, fscoypa- 
çiKà, XI, IV, 14, l'appelle Acilisène (AKiXiar|vr|). On a 
discuté sur l'étymologie du mot, mais tout le monde 
est d'accord pour dire que la ville s'appelait jadis 
Erez. C'est aujourd'hui Erzincan, sur le cours supé- 
rieur de l'Euphrate, au sud-ouest d'Erzéroum. 
Celtzéné i)orta pendant quelque temps le nom de 
Justinianopolis en l'honneur de l'empereur Justinien. 
Ville située sur les confins orientaux de l'empire byzan- 
tin, elle eut naturellement une fortune variée suivant 
les événements politiques, mais elle ne prit une réelle 
importance qu'aux x<= et xi« s., alors que les basileis 
obtenaient dans la région des succès éphémères. Elle 
fut alors le siège d'un tourmarque (Constantin Por- 
phyrogénète, De administrando imperio, c. 43). Cette 
importance disparut tout d'un coup après la défaite de 
Mantzikiert (1071) qui marqua l'avance définitive des 
Turcs Seldjoukides. 

Il est difficile de dire à quelle époque Celtzéné reçut 
un évêché, car le premier titulaire connu n'apparaît 
que vers le milieu du v» s. On en trouve d'autres au 
vi« et au vu*'. Chose étonnante cependant, la ville ne 
figure sous aucun de ses deux noms sur les notices 
épiscopales les plus anciennes, c.-à-d. sur celle du 
Pseudo-Épiphane de Chypre, vers le milieu duvii«s., 
et celle de Basile l'Arménien qui est de 829 environ. On 
la trouve pour la première fois dans celle dite de Léon 
le Sage, qui remonte au début du x« s. (H. Gelzer, 
Ungedruckte und ungenugend verôffentliche Texte der 
Notitiae episcopatuum, Abhandl. der k. bayer. Aka- 
demie der Wiss., I. Cl.,xxi.Bd, III. Abth., 559). L'évê- 
ché est alors suffragant de Camachos. Cf. ce mot. La 
situation est la même dans la Nova Tactica de Cons- 
tantin Porphyrogénète, vers 940 (H. Gelzer, Georgii 
Cyprii descriptio orbis romani, p. 82, n. 1739). Sous 
Jean Tzimiscès (969-76), elle est métropole sans suf- 
fragant, mais unie à un autre siège, celui de Cortzéné : 
ô TjinEvou fiToi KopT3ivTis Kal KeXTjfvTis (H. Gel- 
zer, Ungedruckte..., 572). Elle avait d'abord passé par 
un stade intermédiaire, celui d'archevêché, ainsi que 
l'indique la notice 4 de G. Parthey, Hieroclis Synec- 
demus et Notitiae graecae episcopatuum, 137. Cepen- 
dant une notice qui paraît remonter à 1022-25 l'in- 
dique d'abord comme évêché suffragant de Cama- 
chos, puis comme métropole avec 21 suffragants 
(G. Parthey, op. cit., p. 126, n. 640; p. 127, n. 677), 
mais elle est alors unie à Cortzéné et à Taron, aùv 
TCO KopTji^vT) Kai Tw Topcôv. La période qui s'étend 
de 960 à 1071 (défaite de Mantzikiert) est celle de la 
pleine prospérité pour la métropole de Celtzéné. La 
décadence suit immédiatement le recul des armées im- 
périales. La notice dite d'Alexis Comnène, qui indique 
seulement les métropoles, lui attribue le 54" rang 
sur 80 (G. Parthey, op. cit., p. 97, n. 57). Sous Manuel 
Comnène, Celtzéné est signalée comme n'ayant pas de 
suffragant (H. Gelzer, Ungedruckte..., p. 585, n. 26). 
Il n'y a là rien d'étonnant, car le désastre de Mantzi- 
kiert, survenu un siècle plus tôt, avait entraîné le recul 

H. — XII. — 5 — 



131 



C E LT Z É N É — C E M B A L O 



132 



du christianisme dans la région el par le fait même la 
disparition de plus d'un évèché. Vers 1265, Celtzéné 
occupe le 57'' rang parmi les 112 métropoles du pa- 
triarcat de Constantinople (H. Gelzer, Ungednickle..., 
599), le 54" sur 110 sous Andronic III (ibid., 608). . 
Bien qu'elle ne figure pas sur une liste qui remonte | 
sans doute à la fin du x\' s., elle est encore Indiquée 
sur une autre du xvii'% mais comme n'ayant pas de j 
sufïragant (H. (lelzer, UngeJnicIcle..., 641). lùi réalité, ; 
elle devait être purement titulaire depuis long- 
temps déjà. 

On rencontre dans les documents une dizaine de 
titulaires de l'évêché de Celtzéné sous ses dilïérents 
noms. Le premier est .lean, qui signe en 449 le décret 
du patriarche de Constantinople Gennade contre les 
simoniaques, Rhalli et Potli, lùvTaypa twv lepcôv 
KOtvàvcov, IV, 372. — Georges ou Grégoire (car on trouve 
les deux noms), évéque de Justinian()|)olis, prend part I 
au V* concile œcuménique (553) et en signe les actes 
(Mansi, Sacr. coiic. umpl. coll., ix, 175 C, 192 D, 
391 CD). — Théodore Tfis 'louaTiviocvouTToXiTCOV 
ttôXêcûs riTOi TOÛ KXliiotToç 'EkkAevjîvtis assiste au 
VI" concile œcuménique (681) depuis la 16'' session 
(Mansi, xi, 613 D, 628 C). — Georges prend part à 
celui de 879 qui réhabilite Photius (Mansi, .wii A- 
XVIII A, 373 D). — On possède un sceau de plomb de 
Michel, métropolite de Celtzéné, de la fin du x" s. ou 
du xi« (G. Schlumberger, Sigillographie de l'empire 
byzantin, 288). — Sisinnius occupait le siège vers 1028 
(Mansi, xix, 477 B). — Un métropolite de Celtzéné, 
dont le nom n'est pas connu, signa le décret du pa- 
triarche Jean Xiphillin sur les fiançailles (Mansi, 
XIX, 1060 C). — Anthime occupait le siège en 1082 
(Bulletin de l'Institut arctiéologique russe de Constan- 
tinople, II, 36). — Joseph souscrivit la condamnation 
du patriarche Jean Beccos au synode des Blachernes 
(1285) (Éclios d'Orient, xxvi, 1927, p. 148). Enfin on 
trouve au xix»" s. un titulaire de Celtzéné, Joachim, 
nommé en août 1817, mais à titre purement honori- 
fique, 'EKKÂriaiaCTTiKfi 'AAf|6£ia, vi, 462. 

Le titre de Celtzéné n'a jamais été conféré dans 
l'Église romaine, mais bien celui de Justinianopolis. 
Celtzéné ne figure pas dans les hstes les plus récentes 
de la Consistoriale, bien qu'il soit antérieur de plu- 
sieurs siècles au schisme byzantin. 

Lequien, i, 435-36. — Malkwart, Siidarmenien, 50-53. — 
E. Honigman, Die Ostgrenze des byzantinischen Reiches von 
363 bis 1071, 198-204. — H. Gelzer, U ngedruckle iind unge- 
niigend verôffenlliche Texte der Notitiae episcopaluum, 
Abhandl. der bayer. Akademie der Wiss., l. Cl., xxi. Bd, 
III. Abth., p. 574-75, 580-84. i 

R. Janin. 

CEMBALO, ancien évèché latin de la Cherso- 
nèse Taurique ((Crimée). Cette ville était déjà fort 
connue des anciens qui la nommaient Symbolon 
(ZupgôAcov Aipriv). Sa situation exceptionnelle au fond 
d'une baie bien abritée de la mer Noire en faisait un 
refuge assuré, même pour les navires de fort tonnage. 
Strabon laisse entendre que les habitants, des Scythes, 
se livraient à la piraterie. C'est actuellement Bala- 
clava, petit port de pêche et station balnéaire à 
quelques kilomètres au sud de Sébastopol. Au Moyen 
Age, la ville appartenait aux seigneurs grecs de Théo- 
doros ou de Gothie, petits souverains vassaux de l'em- 
pire de Trébizonde à son origine, mais devenus indé- 
pendants par la suite. Il est probable que les Génois y 
avaient établi un comptoir dès le début du xiv« s. 
Vers 1357, ils s'emparèrent de la ville et y établirent un 
consul. Sur une inscription trouvée à Balaclava on lit 
en effet le nom de Simone dell'Orto, consul pour l'an- 
née 1357. Cembalo constituait |)our les Génois une 
acquisition de première importance. La rade, déjà 
naturellement j)rotégée par une ceinture de rochers, 



devint pour leurs escadres une admirable base navale 
que défendit encore une puissante forteresse construite 
sur les hauteurs qui limitent le port à l'Est et dont les 
ruines subsistent toujours. Cembalo resta au pouvoir 
des Génois pendant plus d'un siècle, non sans leur 
causer beaucoup d'ennuis. En 1453, la population 
grecque de la cité se souleva contre leur domination, 
chassa la garnison et fit sa soumission à l'ancien sou- 
verain, le seigneur de Théodoros, Alexis. L'année sui- 
vante, l'amiral génois Carlo Lomellino, à la tête d'une 
flotte importante et d'un corps de débarquement de 
6 000 hommes, réussit à reprendre la ville et y rétablit 
l'ordre. Cembalo tomba aux mains des Turcs en 1475. 

(iràce au zèle des missionnaires, franciscains et 
dominicains pour la plupart, Cembalo était un centre 
catholique florissant bien avant l'occupation génoise. 
Dès 1320, les Frères Mineurs y possédaient un couvent 
qui relevait de la custodie de Gazarie, comme les 
autres monastères de Crimée. Nous n'avons aucun 
renseignement sur l'érection de l'évêché latin; mais il 
semble qu'il ne fut pas créé avant la prise de la ville 
par les Génois. Il faut remonter jusqu'en 1364 pour 
trouver mention d'un évêque. {^ette année-là, le 
20 nov., le pape Urbain V nomma au siège de Cem- 
balo le franciscain Heremus de Parpaiona qui succé- 
dait à un évêque défunt, Nicolas. Ce dernier, dont on 
ignore la date d'élection, fut probablement le premier 
évêque de Cembalo. En 1386, le siège étant vacant, le 
|)ape Lirbain VI y pourvut par la nomination d'un 
certain Joseph de Armenia Majori, très probablement 
de l'ordre des Frères Mineurs. Il est impossible de 
savoir si cet évêque succéda immédiatement à Héré- 
mus de Parpaiona ou s'il y en eut d'autres dans l'in- 
tervalle. Le franciscain Dominique lui succéda le 
9 août 1403. En 1427, le siège est encore dit vacant 
par la mort d'un évêque Joseph. Martin V y nomma, 
le 15 déc. de cette année, le dominicain Louis de Sam- 
pietro, chassé de l'évêché voisin de Soldaïa. Le 
15 avr. 1448, le franciscain Barthélémy Capponi suc- 
céda à un évêque nommé Léonard. Il fut lui-même 
remplacé par un autre frère mineur, Alexandre de 
Montaguto, élu le l'""' déc. 1463. Avec ce dernier se 
clôt probablement la liste des évêques effectifs de 
Cembalo. 

A côté des évêques résidentiels, il faut signaler une 
série d'évêques titulaires dont la succession est à peu 
près régulière jusqu'au début du xvii'" s. Le plus 
ancien qui soit connu est un certain Jordan, qui réside 
en Avignon du 15 nov. 1364 au 15 févr. 1365. Il est 
transféré au siège de Fortiboli, le 2 mars 1366. Vers 
1384, nous trouvons Wennemarus de Stadt, O. F. M., 
sufïragant à Munster (1410). Tilman Wesseli, béné- 
dictin de l'abbaye de Rheinhardsbrunn (13 juill. 1410- 
31), sufïragant à Hildesheim, puis à Breslau. André 
Benzis, O. S. B. (1419), auxiliaire à Veszprem; Jean 
Pannewetz, doyen de Brieg (11 avr. 1431-47), suffra- 
gant à Breslau; Bernard, chanoine régulier de S.- 
Augustin (15 mai 1447-56), sulïragant à Breslau; Jean 
Pelletz ou Gardens, O. F. M. (1"^' mars 1456-?), sufïra- 
gant à Breslau; Jean Wilde (12 mars 1495-?), sufïra- 
gant à Kamin; Urbain Sagstetter (17 avr. 1553-57), 
sufïragant à Passau; Érasme Pagendorfer (24 mars 
1557-t 15 juill. 1561), sulïragant à Passau; Michel 
Engelmeier (19 nov. 1561-t 13 juill. 1568), sufïragant à 
Passau; Christian Kripper (8 nov. 1570-75), sufïra- 
gant à Passau; Hector Wegmann (4 juill. 1575- 
t 31 janv. 1589), suffragant à Passau; Christophore 
Weilhamer (9 oct. 1589-t 22 mai 1596), suffragant à 
Passau; André Hoffmann (1597), suffragant à Passau. 

Pendant la longue vacance qui suivit la mort de 
l'évêque Joseph de Armenia Majori, le siège de Cem- 
balo fut occupé successivement par plusieurs évêques 
qui peuvent constituer une seconde série titulaire. Il 



133 



CEMBALO 



— CÉNALIS 



134 



s'agit peut-être cependant d'évêques effectifs qui ne 
prirent pas possession de leur siège ou qui, n'ayant pu 
acquitter les taxes requises pour l'expédition des 
bulles de provision, perdirent ainsi leurs droits. Dans 
ce cas, la Curie romaine procédait à une nouvelle 
nomination. Cette seconde série présente la succession 
suivante : Jean de Padoue, O. P. (vers 1403-déposé en 
1404); Conrad Schopper, O. P. (22 déc. 1404-13); 
André Pauli, O. S. B. (17 juill. 1413-?); Odoric de Va- 
lentini, O. P. (28 nov. 1418-?); Barthélémy de Cau- 
pons, O. F. M. (15 avr. 1448). 

Strabon, Rerum geographicarum, XVI, iv. — Lequien, 
Oriens christiamis, m, 1109-10. — Demidoff, La Crimée, 
Paris, 1855, p. 103-107. — B. Gams, 432. — C. Eubel, i, 
194, 495; ii, 143. — R.-A. Vigua, Codice diplomatico délie 
Colonie Tauro-Ligure, dans Atti délia Società ligure di sto- 
ria patria, vu, ii, Gênes, 1881, p. 721-25, 923-42. — 
W. Heyd, Histoire du commerce du Levant au Moyen Age 
(traduction Turcy Raymond), ii, Leipzig, 1884, passim. — 
K. Kretschner, Die italienische Portolane, Berlin, 1909, 
p. 643. • — G. Golubovich, Biblioleca bio-bibliograflca délia 
Terra Santa et deW Oriente francescano, u, 72, 266, 267, 
548; III, 205; v, 109, 110. — G.-I. Bratianu, Recherches sur 
le commerce génois dans la mer Noire au XIII' s., Paris, 1929, 
p. 5. — Oberhummer, Symbolon, dans Real-Encyclopàdie 
Pauly-Wissowa, iv-a, 1091-92. — R. Lœnertz, La Société 
des Frères Pérégrinants, Rome, 1937, p. 99, 123-24. — 
A. Battandier, Ann. pontif., 1916, p. 488. 

E. Jean. 

CEMERINIANA (Ecclesiaj, dont nous connais- 
sons l'existence par son évêque donatiste de 411, qui 
déclara, dans la conférence de Carthage (Gesla coll. 
Carlh., I, 201; P. L., xi, 1338), n'avoir pas de rival, 
possédait une basilique catholique desservie par un 
prêtre du nom de Terentius. Les revendications de 
1 évêque catholique de Constantine, Fortunatus, à 
ce sujet dans la même assemblée et le succès du dona- 
tisme dans cet évêché suggèrent l'attribution de ce 
siège à la province de Numidie. Mesnage nous paraît 
un peu osé dans son identification de cet ethnique avec 
Numituriana de la Table de Peutinger(K. Miller, Welt- 
karle des Castorius genannt die Peutinger'sche Tafel, 
Ravensburg, 1888, segm. m, 3), localité située à 
6 milles de Milève, sur la route de cette ville à Cirta 
(= Constantine). 

Morcelli, i, clxix, p. 134-35. — Not. dign., annot., 
p. 655. — Gams, i, 465. — Ch. Tissot, Géographie comparée, 
II, Paris, 1888, p. 781. — De Mas-Latrie, Anciens évêchés 
de l'Afr., dans Bull, de corresp. ajr., Alger, 1886, p. 90; 
Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1870. — Mgr Tou- 
lotte, Géogr. de l'Air, chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894, 
XLin, p. 106-7. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., Paris, 1912, 
p. 412. — H. Jaubert, Anciens évêchés de la Numidie, dans 
Rec. de Constantine, 1912, p. 30, § 41. 

J. Ferron. 

CEMESCAZACUZ, diocèse d'Arménie dont le 
titulaire était suffragant du catholicos de Sis. Un 
évêque de ce siège, Hayrapet, souscrivit au synode de 
1307 tenu dans la ville de Sis. 

C. Galani, Conciliationis Ecclesiae armenae cum romana... 
pars prima, Rome, 1690, p. 470. — Lequien, t, 1429 sq. — 
Mansi, xxv, Venise, 1782, col. 140. — A. Balgy, Historia 
doctrinae catholicae inter Armenos, Vienne, 1878, p. 311. 

Arn. Van Lantschoot. 

CENA (Iles Kneis). A 27 km. au sud-ouest de 
Mahares, entre le ras Yonga et le cap Skirra Kedima, 
émergent des hauts fonds quatre îlots, dont le plus 
grand, Jesira Bsila, n'est qu'un vaste marécage au 
sud duquel s'échelonnent en mer, sur 5 km., trois 
écueils minuscules. Déjà connus par les navigateurs 
antiques — le plus grand semblant bien être « l'île 
déserte » du périple de Scylax — il n'est plus fait 
mention d'eux jusqu'au vi« s. où le moine Ferrand 
nous en donne une description précise dans sa Vie de 
S. Fulgence. Au xni^ s., ils réapparaissent dans les 
portulans sous le nom de Frissoles. 



Le nom de Kneis, quoique présentant une forte 
analogie avec la racine arabe Knisia (église; pluriel : 
Kneis), nous semble plutôt dériver directement de 
Cenis, la ressemblance avec le mot arabe ayant seu- 
lement permis la subsistance du toponyme primitif 
par rappel du monument qui s'y élevait. Il a été signalé 
un Khnis près de Lepti Minus et un Knaiss à 30 km. à 
l'ouest de Djemmal; malgré cela il semble bien qu'il ne 
faille pas hésiter à identifier l'un des îlots des Kneis, 
celui du centre, comme étant le lieu où s'élevait le 
monastère dans lequel vint se retirer S. Fulgence et 
qu'a si bien décrit Ferrand... monasterium lucensi 
littori proximum Bennefensi autem maxima ex parte 
conliguiim... 

Diverses hypothèses d'identification ont été pro- 
posées. Quoique J. Partsch, Tissot, Mgr Toulotte, 
Diehl, P. J. Mesnage aient été d'accord pour le situer 
sur une des Kneis, Ch. Saumagne (Rev. Tun., 1930, 
p. 170, 171), le supposait placé sur une île située au sud 
du Ras Yonga, tandis que L. Poinssot qui n'avait pu 
visiter l'îlot central, concluant à l'impossibilité de 
l'existence d'un monastère sur l'archipel, se rappro- 
chait de l'hypothèse de Saumagne. Une reconnaissance 
effectuée par J. et P. Cintas en 1938 {Rev. Tun., 1940, 
p. 243) et des fouilles effectuées par nous-même en 
1941 ont mis la question au point {Rev. Tun., 1942, 
p. 251). Il a existé sur l'îlot central, grand de 62 mètres 
sur 54, une construction composée de nombreuses 
pièces et de citernes, dont les différents éléments de 
décoration découverts — chapiteaux ornés de croix 
grecques, couvercle de sarcophage, plaques décorées 
de croix latines et de pampres, claustra en plâtre 
décorés de plaques de verre et de gypse, tombes à 
éléments de céramique — prouvent l'existence à cet 
endroit d'un édifice religieux dont l'identification avec 
! le monastère où S. Fulgence se retira au début du 
vi« s. ne fait plus de doute. 

Les actes de la conférence de 411 donnent un Boni- 
facius,ep(scopusCenens(s,etun compétiteur donatiste, 
Vindemius. Il semble bien qu'il faille aller chercher 
ailleurs une ville homonyme de l'île, car à part l'igno- 
rance où nous sommes de l'existence du monastère à 
cette époque, il ne faut pas oublier le caractère 
d'imprécision des actes de 411 où il n'est pas tenu 
compte des provinces. 

Morcelli, Africa christicma, i, Brixen, 1816, p. 135. — 
Ch. Tissot, Géographie comparée, i, 190. ■ — L. de Mas-La- 
trie, Anciens évêchés de l'Afrique sept., dans Bulletin de corr. 
afr., 1886, p. 82. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., 94. — 

j Mgr Toulotte, Géographie de l'Afr. chrét., Byzacène, 78. 
— Notitia dignitatum, éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, 
p. 623. — Gams, Séries episc, 465. — Ferrand, Vie de S. Ful- 
gence de Ruspe, 1929 (trad. G.-G. Lapeyre). — R. P. 
G. Lapeyre, S. Fulgence de Ruspe, 1929; Id., Du nou- 
veau sur S. Augustin et S. Fulgence, 203. — Partsch, 
M. G. H., SS., m. Pars post., p. xxxiv. — Ch. Sau- 

! magne, Rev. Tun., 1930, p. 170-71. — L. Poinssot, Ma- 
comades-lunci, dans Mémoires Soc. nat. ant. de France, 
Lxxxi, 1945, p. 5. — J. Servonnet et F. Lafitte, Le golfe de 
Gabès en 188S, 167. — L.-G. Seurat, Bull. Station Océan. 
Salammbô, n. 3. — Diehl, L'Afrique byzantine, 427. 

Fouilles. — J. et P. Cintas, Rev. Tun., 1940, p. 243 
(carte de la région). — G.-L. Feuille, Rev. Tun., 1942, 
p. 251. 

G.-L. Feuille. 
CÉNALIS (Robert), évêque de Vence (1522-30); 
de Riez (1530-32); d'Avranches (1532-t 1561). Né à 
Paris en 1483, docteur de la Sorbonne en 1513, il 
devint chanoine de Soissons, trésorier de la Sainte- 
Chapelle de Paris, confesseur du roi François I", 
évêque de Vence (22 déc. 1522). Pendant son séjour à 
Vence, eut lieu la bataille de Pavie où le roi fut fait 
prisonnier. La reine mère, Louise de Savoie, s'étant 
rapprochée à Lyon, l'évêque alla la voir pour lui faire 
ses condoléances. Mais les diocésains le rappelèrent 



d35 



CÉNALIS — CENEDA 



136 



bientôt (1526) à Vence, décimée par des hordes conti- 
nuelles de soldats ennemis et surtout par une peste 
horrible. Il lutta courageusement pendant trois ans, 
puis il fut transféré sur le siège de Riez (20 juin 1530). 
Il commença par donner de nouveaux statuts à son 
clergé, mais rencontra bientôt l'opposition de ses cha- 
noines. En 1532, il fut promu à Avranches. Comme à 
Vence, il y eut à lutter contre une peste qui ravageait 
toute la région et ne cessa qu'en oct. 1533 pour 
reprendre en 1551. Il promulgua en 1533 de nouveaux 
statuts d'une haute sagesse. Les historiens y lirent, 
au 4"= statut, la liste des ecclésiastiques obligés d'assis- 
ter aux synodes d'Avranches, et en particulier la liste 
des abbés et des prieurs. Il s'occupa activement de 
polémique religieuse. Il mourut à Paris le 27 avr. 1560 
ou 1561. 

Principaux ouvrages. — De liquidorum leguminum- 
que mensuris seu vera mensurarum ponderumque ra- 
tione, 1532, 1535, 1547. — Appendix ad coenam Domi- 
nicain, seu catholicorum responsio in Buceri offen- 
sionem, 1534. — Axioma cathoUcum pro tuendo sacro 
coelibatu, 1541, 1545. — Traciatus de uiriusque gladii 
facuUate usuque légitima, 1546, 1556, 1558 (ouvrage 
dirigé contre un opuscule anglais qui refusait toute 
juridiction à l'Église). — Antidotum ad postulaia de 
Intérim, 1548. — Axioma de divortio matrimonii 
mosaici per legem evangelicam refuiato, 1549. — Opus 
quadripartitum de compescenda haereticorum petulantia, 
1557. — Adversus quemdam mali ominis, nullius vero 
(quod sciri possit) nominis Apologastrum, in causa 
tenebrionum haereticorum qui hodie cristas eregere 
coeperunt juxta querimonia, 1558. — A ces ouvrages de 
controverse Cenalis ajouta quelques livres d'histoire, 
dont un Catalogus episcoporum Abrincensium, et une 
Historia Galliae. — Traditio Parvae Sycophanticae, 
petulanlissimaeque impietatis Calvinicaetraductio, 1556. 
— Cenalis avait comme armes : de sable, à trois cygnes 
d'argent. 

Albanès, Gallia christ, novissima, i, 1899, col. 626-627. — 
Bouche, Histoire de Provence, i, 285; ii, 261. — Chenu, 
Archiepiscopi et episcopi Galliae, 90 et 550. — D. T. C, ii, 
2100-101. — Fisquet, La France pontificale. Digne et Riez, 
388-93. — Gallia christiana, i, 1715, col. 408; m, 1725, 
col. 1228; IV, 407-9; xi, 1759, col. 497-99. — Papon, 
Histoire de Provence, i, 1777, p. 240, 434. — Pigeon, 
Le diocèse d'Avranches, sa topographie, ses origines, ses 
évêques, Coutances, 1888. - — Tisserand, Histoire de Vence, 
1860, p. 114. 

P. Calendini. 
CENCHRAE (Key/peai, auj. Kechriès), évêché 
très douteux du Péloponèse, dépendant de Corinthe. 
Cenchreae était le port oriental de Corinthe, sur le 
golfe Saronique. Il y eut certainement là une commu- 
nauté chrétienne dès les temps apostoliques, puisque 
S. Paul parle de la diaconesse Phœbé qui en était 
(voir Rom., xvi, 1). Lui-même s'y arrêta en retour- 
nant en Asie et s'y fit raser la tête à la suite d'un vœu 
(Act., XVIII, 18). C'est probablement à cause de ces 
deux faits que l'on a créé la légende d'après laquelle 
l'apôtre des gentils aurait établi évêque de Cenchreae 
son disciple Lucius. C'est ce que prétendent les 
Constiluliones apostolicae, vu, 45; P. G., i, 1052. 
Leur témoignage est trop tardif pour mériter quelque 
créance. II est du reste difficile d'admettre que Cen- 
chreae, simple dépendance de Corinthe, eut un évêché 
séparé. En tout cas, il ne figure sur aucune liste 
épiscopale. 

Lequien, ii, 177-78. — Boite, Kenchreai, dans Real- 
Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi"-l, 167-70. 

R. Janin. 

CENCULIANA ou CUNCULIANA, bourg 
de Byzacène qui n'a pu être identifié. En 411, il possé- 
dait un évêque catholique, Januarius. La Notice 
marque le poste vacant en 484. 



Morcelli, Africa christiana, i, Brixen, 1816, p. 135. — 
Mesnage, L'Afrique chrétienne, Paris, 1912, p. 190. — 
Notitia dignitatum, éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, p. 623. 

— L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afrique septen- 
trionale, dans Bull, de correspondance afr., Alger, 1886, 
p. 82. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Byz., p. 77. 

— Thes. ling. lat., Onomasticon, ii, Leipzig, 1909, s. v. 

G.-L. Feuille. 

CENDENAS, Cendinus, martyr cité le 16 juin 
par le martyrologe hiéronymien comme compagnon de 
Saturnin et localisé à Messine (Misana). Le saint n'ap- 
partient pas à cette ville, puisqu'il n'y a jamais été 
fêté. Il faudrait l'identifier avec KîvSos du bréviaire 
syriaque (10 mars), Quindeus (Vindeus) du martyro- 
loge hiéronymien, Cindinv, du calendrier de marbre 
de Naples (20 févr.). 

Le martyrologe romain, au 11 juill., dit que Cindeus 
subit le martyre à Side (aujourd'hui Eski-Adulia, sur 
le golfe d'Adulie) en Pamphylie sous l'empereur Dio- 
clétien et le préfet Stratonice. Après de nombreux 
tourments, il fut jeté dans le feu. Il n'en subit aucune 
atteinte et rendit l'esprit en priant. Cette notice fut 
empruntée par Baronius, dit-il, à une Passion perdue 
aujourd'hui et dont nous ignorons la valeur. 

A. S., janv., iv, 31 ; juill., m, 186. — H. Delehaye, Saints 
de Thrace et de Mésie, dans Anal. Bail., xxxi, 259-60. — 
F. Lanzoni, 614-15. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 321, 
241. — Mort. Rom., 281-82. 

R. Van Doren. 
CENDEUS, est honoré comme martyr africain 
par le martyrologe hiéronymien le 9 mars, et même 
le 11 mars à titre de saint carthaginois avec, comme 
compagnons, S. Cyrille et plusieurs autres. Mais nous 
retrouvons ces deux saints associés dans le bréviaire 
syriaque, le 10 mars, sans indication de lieu, KûpiXXos 
Kai KevSô:, le 12 mai, avec la désignation de la 
ville, Axiopolis, èv 'AÇiouttôâei KûpiAAos kocI ÊTepoi 
êÇ pâpTupes; dans le martyrologe hiéronymien, avec 
cette dernière précision, les 25 avr., 9 et 10 mai. Dans 
ces conditions, l'appartenance de ces saints à l'Orient 
et non à l'Afrique ne paraît pas douteuse. Il n'est pas 
impossible que Carthage et l'Afrique aient honoré ces 
orientaux, surtout à l'époque de la domination 
byzantine. 

A. S., mars, ii, 3 et 51. — Mart. Hier., éd. de Rossi et 
Duchesne, 30; éd. Delehaye, 134-35. 

J. Ferron. 

CENDRAS, Sendras, Sandrassium. Cette ab- 
baye de l'ordre de S. -Benoît, au diocèse d'Alais, fut 
fondée vers le x"' s. Elle porta trois vocables : S. -Loup, 
S. -Martin, Ste-Marie. Soumise par Urbain V à S. -Vic- 
tor de Marseille (1366), elle fut incendiée par les Cami- 
sards en 1709 et ne put se relever de ce désastre. 

Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'ancienne France, 
ïv, 141. — Bull. corn, art chrétien, i, Nîmes, 1870, p. 393- 
421. — G. Charvet, L'abbaye de Cendras. Notice historique 
et archéologique, suivie du catalogue analytique des abbés, 
Nîmes, 1880. — Cottineau, 651. — Gall. christ., vi, 519-20. 

— Devic et Vaissete, Histoire générale de Languedoc, iv, 
718-19. 

R. Van Doren. 
CENEDA, ou Ceneta, orthographe adoptée jus- 
qu'en 1866, — localité d'origine romaine où l'on a 
retrouvé quelques vestiges de l'antiquité, — dépendit 
d'abord de l'ancien évêché d'Oderzo, détruit en partie 
par Rotari, roi lombard, en 641, puis complètement 
dévasté, en 668, par Grimoald. Les évêques d'Oderzo 
et une partie de la population auraient émigré à l'île 
d'Heraclea où l'évêché fut établi. Le territoire d'Oder- 
zo fut ensuite divisé entre le nouveau diocèse de Cene- 
da et les évêchés de Frioul, de Trévise et de Padoue. 
On mentionne pour la première fois Ceneda sous Théo- 
dose en 420; la localité fut détruite lors des conquêtes 
byzantines, mais restaurée ensuite comme ville forti- 



137 



CEN 



EDA 



138 



fiée. Les Lombards s'en emparèrent et au début du 
vni« s. Ceneda était devenu le siège d'un duché lom- 
bard dont Orso fut titulaire avant de devenir roi. 

Le temps de la fondation du diocèse est vivement 
controversé; il est certainement postérieur à la des- 
truction d'Oderzo par Grimoald en 668. Un faux di- 
plôme de 743 en attribue la fondation à Liutprand; 
Paschini estime cependant qu'il faut remonter aux 
temps du schisme des Trois Chapitres, pendant que les 
rapports étaient coupés avec Rome, ou à la seconde 
moitié du vii« s. Pendant cette période, un évêque 
réfugié à Heraclea pouvait en même temps revendiquer 
le titre d'évêque d'Oderzo et prétendre à la juridic- 
tion sur le territoire de Ceneda. Il y eut probablement 
au début, à Ceneda, un évêque arien. Orsino participa, 
d'après Kehr, au concile romain d'Agathon en 680 et 
serait le premier évêque connu de Ceneda. L'historien 
de Ceneda, Botteon, fait commencer sa liste épiscopale 
par Valentiano en 713. Les habitants de Ceneda 
réussirent à se procurer le corps de S. Tiziano, évêque 
d'Oderzo en 632, ancien archidiacre de l'évêque 
S. Florian, cité en 620 et mort en odeur de sainteté. La 
légende rapporte le transfert merveilleux du corps 
d'Oderzo à Ceneda, malgré l'opposition des gardiens. 
Ceneda aurait vu ses privilèges de ville épiscopale 
confirmés par des prodiges, obtenus grâce à son saint 
protecteur, alors que S. Magno, évêque d'Oderzo, 
résidait à Heraclea vers 670. Le diplôme du 6 juin 743, 
attribué à Liutprand, mais dont l'authenticité est à 
juste titre contestée, dit que le duc de Ceneda s'adressa 
au patriarche Jean d'Aquilée vers 711 pour obtenir la 
fondation de l'évêché à Ceneda et confirmer les limites 
du diocèse. Le patriarche consacra Valentiano comme 
évêque de Ceneda en 713. Valentiano obtint de Liut- 
prand pour Ceneda la confirmation des limites de 
l'ancien évêché d'Oderzo, reprenant les territoires 
administrés par les évêques de Frioul (Venise), Trévise 
et Padoue. Il entra aussi en conflit avec le patriarche 
de Grado Calixte. Celui-ci contesta la validité même de 
la consécration de Valentiano, toujours d'après le 
document de Liutprand de 743; il jjrétendait que 
l'évêque d'Oderzo, réfugié dans une île au moment où 
Valentiano avait obtenu la dignité épiscopale, restait 
le vrai titulaire du diocèse; lui-même, Calixte, avait 
administré ce territoire après la destruction d'Oderzo 
et ne voulait pas être privé de cet avantage; il n'avait 
d'ailleurs pas remis cette administration à l'évêque 
d'Oderzo, résidant à Heraclea. Liutprand renvoya les 
deux plaideurs devant l'évêque Pietro de Pavie, siège 
de la résidence royale des Lombards. Valentiano céda 
alors à Calixte la disposition de quatre paroisses de son 
diocèse pour lui permettre de trouver un abri lorsqu'il 
se rendait d'Aquilée à Pavie. A la mort de Valentiano, 
Calixte choisit Massimo comme évêque de Ceneda et 
voulut le contraindre à de nouvelles concessions. Le 
différend fut porté par le duc de Ceneda devant le roi 
en 743. Le document rapporte que, lors de la réunion 
des évêques, Calixte ainsi que les évêques de Padoue 
et de Trévise consentirent à céder définitivement à 
Ceneda le territoire d'Oderzo qui leur avait été confié 
lors de la destruction de la cité. 

Ce document de 743, bien que très contesté, renfer- 
merait, d'après Kehr et plusieurs érudits, de nom- 
breuses informations précieuses pour l'histoire de la 
fondation de Ceneda. Il en est de même d'un diplôme 
de Charlemagne du 31 mars 794, concédé à l'évêque 
Dolcissimo et confirmant les privilèges du diocèse et 
les droits de comte de l'évêque sur son territoire; 
bien que son texte ait été interpolé avec un diplôme 
d'Otton III du 29 sept. 994, il conserve une réelle 
valeur pour l'histoire ancienne du diocèse. Au xii« s., 
l'évêque Matteo eut à défendre la liberté de sa cité et 
des biens de l'évêché contre les habitants de Trévise 



qui voulaient soumettre tout le diocèse à leur autorité. 
Innocent III accorda à Matteo l'autorisation de s'éta- 
blir provisoirement avec son chapitre à Conegliaiio. 
Heureusement, dès 1203, Matteo pouvait replacer le 
siège du diocèse à Ceneda. Innocent III reconnut au 
chapitre, le 25 nov. 1200, le droit d'éhre les évêques. 

S'appuyant sur des donations de Charlemagne en 
794 et de Bérenger en 908, les évêques de Ceneda 
exercèrent sur le comté et les localités voisines, non 
seulement la juridiction spirituelle, mais aussi l'auto- 
rité temporelle. Ces donations souvent contestées et 
confirmées par les empereurs causèrent de multiples 
soucis aux évêques de Ceneda et les mirent souvent 
en conflit avec les communes de Ceneda, de Trévise et 
de Conegliano, puis avec Venise. Ils partagèrent leur 
autorité avec la République à partir de 1337. Les 
évêques tenteront à diverses reprises de reprendre le 
pouvoir, mais, malgré le soutien du S. -Siège, se virent 
dépossédés complètement de leur autorité temporelle 
en 1768. Des attaques dirigées en 1615 par Paolo 
Sarpi contre l'autorité comtale des évêques et les pré- 
tentions du S. -Siège sont restées célèbres. Le diocèse 
dépendit du patriarcat d'Aquilée jusqu'en 1752, puis 
du nouvel archevêché d'Udine; actuellement, il est 
suffragant du patriarche de Venise. 

La cathédrale de Ceneda, dédiée à Ste Marie et à 
S. Tiziano, avait été enrichie par des donations impé- 
riales et reçut en 1093 du comte Herman et de sa mère 
Cuniza des fondations importantes. Le chapitre comp- 
tait dix chanoines et l'archidiacre, unique dignitaire 
qui assurait les fonctions de curé de la ville, assisté de 
six prêtres. Il n'y avait pas d'autres curés dans la cité. 
Un chanoine assurait les fonctions de théologal; le 
chapitre comprenait en outre 5 clercs et 2 sacristes. 
Les revenus de l'évêché étaient estimés au xv!" s. à 
3 000 ducats. Le diocèse comptait en outre trois cha- 
pitres qui furent supprimés en 1810. Celui d'Oderzo, 
établi en 1609 en souvenir de l'ancien évêché, possé- 
dait un doyen, six chanoines et quatre clercs; celui de 
Conegliano comprenait un archiprêtre et six chanoines. 

Le diocèse comptait plusieurs anciens monastères : 
Sta-Maria de Sana Valle di Follina, fondée vers 1150 
par les cisterciens de Clara Valle de Milan ou par ceux 
de S. Pietro de Cerreto de Lodi; monastère livré aux 
abbés commendataires dès le xiv<= s. et attribué aux 
camaldules au xvi« s. Les abbayes de S. Martino de 
Colle et de Sta-Lucia, cédées en sept. 1122 aux cluni- 
siens, appartenaient à l'ordre de S. Benoît. L'hospice 
de Sta-Maria de Plavi, de Lovadina, fondé en 1009 
obtint des faveurs des comtes de Trévise, mais fut 
remis aux cisterciens de Sana Valle en 1229, puis en 
1490 uni au monastère augustin de Sta Maria degli 
Angeli de Muriano du diocèse de Torcello. Mention- 
nons en outre, parmi les couvents établis à Ceneda, 
les franciscains et les moniales augustines ; à Conegliano, 
les chanoines de Latran, les franciscains, les conven- 
tuels, les capucins, les bénédictines et les domini- 
caines; à Oderzo, les dominicains, les religieuses ser- 
vîtes et les capucines; à Serra Valle les conventuels, les 
capucins, les bénédictines et les augustines; à Motta, 
les franciscains; à Bussoleto, les servîtes. 

En 1929, le diocèse comptait 240 000 habitants, 
118 paroisses et 528 églises. — Le 20 nov. 1937 il 
est devenu le diocèse de Vittorio Veneto. 

Liste épiscopale. — Les listes de Mondini, Ughelli, 
Cappellettî et Gams comportent certains noms 
d'évêques aussi anciens que ceux d'Oderzo; il semble 
qu'on peut les éliminer : Vendemio, 560, S. Evenzio et 
Angelo. Si on admet que les indications du faux 
diplôme de Liutprand ont cependant quelque valeur, 
on peut commencer la liste épiscopale avec Orsino, 
cité au concile romain d'Agathon en 680. S. Evenzio 
est repris d'une liste de Pavie en 381 ; Vendemio aurait 



139 



CEN 



EDA 



14Q 



été évêque de Cissa et Angelo ou Agnelo, évêque 
d'Asolo. Un Satino, cité en 726, serait aussi à éliminer. 

— Valentiniano, connu pour ses discussions avec le 
patriarche Calixte, fut évêque entre 713 et 740. On a 
conservé son sarcophage. — Massimo, rappelé dans le 
document de 743 de Liutprand, aurait commencé son 
épiscopat en 741 et serait mort avant 790; mais il y a 
sans doute des lacunes dans la liste. — ■ Dolcissimo 
obtint un privilège de Charlemagne le 31 mars 794. 
M. G. H.yDipl. Kar., i, 238. Ce document fut contesté 
lors d'un procès en 1337, l'original étant disparu. — 
Emmo participa au concile de Mantoue en 827. — 
Ripaldo, cité dans une donation contestée de Béren- 
ger du 5 août 908, obtint pour les évèques de 
Ceneda la part de Settimo sur la Livenza et les forêts 
de Gajo et de Ghirano. — Sicardo, cité dans plusieurs 
diplômes d'Otton I" de 962, 967, puis d'Otton III de 
994 à 997, intervint au concile de Ravenne en 967 et 
au synode de Vérone. L'empereur lui confirma la 
possession du territoire de l'ancien diocèse d'Oderzo 
le 29 sept. 994. — Grausone, consacré vers 998 
d'après Lotti, est cité dans un document du doge 
Pietro de Venise en 1002. — Elmengero, frère de 
Wenceslas, officier du comte de Carinthie, était d'ori- 
gine germanique. Il est cité dans les documents de 
1021 à 1031. Il aurait été chapelain d'Henri II en 
1004 et chargé de protéger les terres de Trévise et 
Visena. Il fut un des fidèles de Conrad II. Il prit part 
au synode d'Aquilée le 13 juin 1031. — Almanguino 
aurait reçu le 10 juin 1053 un diplôme de Léon IX 
pour l'abbaye de S. Vincenzo nel Volturno du diocèse 
de Capoue. — Bruno, prévôt de Salzbourg, religieux 
d'origine germanique, serait mentionné comme évêque 
de Ceneda dans le nécrologe de l'abbaye bénédictine de 
Salzbourg. Il serait décédé un 23 janv. d'après 
Schwartz. — Giovanni, cité en 1074 au sujet des 
quatre paroisses cédées au diocèse d'Aquilée par Va- 
lentiano. — Roberto ou Roperto céda le 19 oct. 1124 
l'église de Talpone à sa cathédrale et accorda un di- 
plôme à l'hospice de Sta Maria de Plavi de Talpone 
enrichi par les donations d'Herman, comte de Trévise, 
en 1120. — Sigismondo, cité en 1130. — Azzone degli 
Azzoni, patricien de Trévise, 1140-52. — Aimone, 
1152-70. — Sigisfredo, 1170-84; en 1179, il obtint de 
Frédéric I" la promesse de faire transférer le siège de 
l'évêché de Ceneda à Conegliano et reçut un privilège 
du même empereur en 1184 confirmant les droits de 
Ceneda. — Matteo di Sicara intervint dans des sen- 
tences et donations de 1 187 à 1216. Il eut à se plaindre 
des vexations des habitants de Trévise qui s'étaient 
emparés des terres de l'évêché, des maisons canoniales 
et du palais épiscopal. Il fut autorisé le 25 mars 1199 
par Innocent III à résider à Conegliano et, pour ne 
])as être réduit à la mendicité, obtint la prévôté de 
S. Stefano d'Aquilée. Il put rentrer à Ceneda en 1203. 

— Gerardo da Camino, clerc minoré, élu par les cha- 
noines en 1217, ne fut pas confirmé. Honorius III 
ayant ordonné une enquête le 22 sept. 1217, l'élection 
fut annulée. — Alberto da Camino est cité dans de 
nombreux documents entre 1220 et 1242. (Gams insère 
un certain Matteo en 1230, mais Eubel dôute fort si 
Alberto interrompit son épiscopat.) — Guarnieri, 
comte de Polcenigo, chanoine de Concordia, élu en 
1242, rencontra de l'opposition à son installation à 
Ceneda; mais il fut confirmé par Innocent IV le 
21 oct. 1243 et l'évêque de Feltre fut chargé de l'ins- 
taller. Le 12 juin 1251, il fut nommé évêque de Con- 
cordia. — Ruggero, vice-administrateur du patriarche 
d'Aquilée et archidiacre de Ceneda, fut élu en 1251 et 
pourvu le 12 juin 1252. Il mourut en 1257, alors qu'il 
se rendait à Aquilée pour remplacer le patriarche. — 
Bianchino, comte de Camino, élu en 1257, serait mort 
'a même année. (Certains ont introduit arbitrairement 



dans la liste épiscopale un Gaspar intrus vers 1254, 
élu par les membres du chapitre retirés à Camino, 
adversaires du patriarche d'Aquilée et du pape. II ne 
reçut pas de confirmation.) — Alberto da Collo, noble 
de Ceneda, chanoine de Belluno, reçut l'investiture 
pour les biens de l'évêché dès le 27 oct. 1257. Il inter- 
vint dans plusieurs actes épiscopaux; mais Eubel et 
Gams le considèrent comme simple élu et non comme 
évêque consacré. Il serait mort le 20 déc. 1260. — 
Oderico aurait été élu le 14 mai 1261 et serait mort 
dès le 16 juin, suivant, sans avoir été consacré. Il 
intervint cependant dans plusieurs actes féodaux 
concernant le diocèse avec le titre d'évêque, dès le 

12 mai 1261, et en signe un autre le 14 déc. — Gio- 
vanni, intrus en 1260; est cité dans un acte du 13 mars 
1261 ; il aurait été le prédécesseur immédiat d'Oderico 
d'après Botteon; élu en févr. 1261, il serait décédé 
avant mai de la même année, sans avoir été consacré. 

— Prosavio de Novello, élu peu après le décès d'Ode- 
rico, intervint dans des actes de 1262 à 1279. Il fut 
transféré au siège épiscopal de Trévise le 16 oct. 1279 
et mourut le 5 nov. 1291. — Marco da P'abiano, d'une 
famille noble de Belluno, fut élu en 1279 et réunit le 
synode diocésain en 1280, t 1285. — Pietro Calza, 
originaire de Trévise ou de Conegliano, élu en 1286, 
t 12 juin. 1300 et inhumé dans sa cathédrale. — 
Francesco Arpone, dominicain, professeur de théolo- 
gie et grand prédicateur, originaire de Trévise, élu en 
1300, t à Trévise en déc. 1310 et inhumé dans sa 
cathédrale. — Manfredo, comte de Collalto, élu en 
1310, fut transféré à Feltre et Belluno en 1320. vers le 

13 juin, .\lors qu'il se rendait à Belluno, il fut assas- 
siné le 21 avr. 1321 par des conjurés de Camino. Il fut 
inhumé dans la chapelle du château de Collalto. — 
Francisco Ramponi, originaire de Feltre, citoyen de 
Bologne, ou Rampon, du Quercy, d'après Albe, fut 
élu le 4 mars 1320. Il avait été ermite de S. -Augustin. 
Il fut élu évêque de Belluno, mais l'élection fut annu- 
lée le 6 juin 1323. Benoît XII fit faire une enquête à 
son sujet le 26 févr. 1340; on l'avait accusé de nom- 
breux excès. La république de Venise lui céda la sou- 
veraineté temporelle sur le territoire de Trévise, source 
de nombreuses difficultés pour ses successeurs. Il dut 
subir les attaques des habitants de Camino s'oppo- 
sant à sa juridiction temporelle. Mort à Ceneda le 
9 oct. 1348 et inhumé à la cathédrale. - Gasbert 
d'Orgueil, dominicain français, originaire de Cahors, 
maître en théologie et inquisiteur pour la province de 
Cahors, fut nommé à Ceneda par Clément VI le 
13 nov. 1349. Il fut aussitôt envoyé près de l'empereur 
Jean Cantacuzène pour l'union des Églises. Il reçut le 
27 oct. 1354 La confirmation des droits temporels et 
privilèges concédés par les empereurs à ses prédéces- 
seurs. Il mourut fin mars 1374 (E. Albe, Prélats origi- 
naires du Quercy, dans Annales de S. -Louis des 
Français, viii, Rome, 1904, p. 156-60). — Oliviero de 
Vérone, promu évêque de Macerata et Recanati le 
19 févr. 1369, n'étant que minoré, devint évêque de 
Ceneda le 29 avr. 1374, alors que Venise proposait 
Nicolo Morosini. Mis en possession le 19 oct. suivant, 
il mourut en 1377. Lotti le dit originaire des Filandres. 

— Le chapitre de Ceneda élut comme successeur en 
janv. 1378 Francesco Lando; cette élection approuvée 
par le sénat de Venise fut cassée par le pape. Un 
Rossetti de Bologne avait été nommé par Clément VII 
en 1377; mais il ne put prendre possession. — Andréa 
Calderini, noble de Bologne, ami du pape Urbain VI, 
fut désigné le 11 janv. 1378. Il avait déjà le titre 
d'évêque de Tricarico; il ne vint pas résider à Ceneda 
et resta à la Cour pontificale. Il est cité dans les actes 
de 1381. — Giorgio Torti, originaire de Tortona, fut 
élu évêque de Ceneda, probablement en 1381, et fut 
désigné pour Crémone en 1383. Il paya ses taxes 



141 



C I<: N K 1) A 



142 



d'obligation en 1386. 11 mourut à Crémone le 25 avr. 
1389 alors qu'il venait d'être désigné pour l'évêché de 
Vicence. — Marco Porri, d'origine milanaise, élu à 
Crémone en 1379, fut nommé à Ceneda en 1383, mais 
n'arriva qu'en juill. 1389. Il fut transféré par Boni- 
face IX à Nusco en 1394, après avoir été excommunié 
pour ne pas avoir encore payé ses taxes pour Ceneda 
à la date du 24 déc. 1390. Il mourut à Nusco en 1390. 
. — Martino Franceschini, de famille noble milanaise, 
archiprêtre de Gemona, archidiacre d'Aquilée, docteur 
en droit, clerc de Boniface IX, fut promu évèque de 
Ceneda le 26 janv. 1394. Il gouverna son diocèse jus- 
qu'en avr. 1399. — Marcello Pietro, chanoine de Pa- 
renzo, âgé de 23 ans, originaire de Venise, fut promu 
le 24 avr. 1399. Transféré à Padoue le 6 nov. 1409, 
devint archevêque de Candie et gouverneur de l'Om- 
brie et de Pérouse. f 1428. — Antonio Correr, O. P., 
évêque d'Asolo depuis le 24 mai 1406, était originaire 
de Venise et neveu de Grégoire XII. Il aurait exercé 
des fonctions épiscopales à Brescia, puis en 1409, le 
15 juin., il fut désigné par son oncle pour Ceneda. 
Alexandre V cassa cette désignation et nomma un 
Giovanni, puis Giacopo Cerbuti ou Cassini en 1410. — 
Giovanni, moine bénédictin, aurait été investi de la 
charge épiscopale par l'empereur et exerça en fait les 
fonctions de 1405 à 1413. Marcello Pietro et Antonio 
Correr, de l'obédience romaine, ne seraient pas venus 
résider pendant cette période. Jean XXIII confirma 
cependant Antonio Correr le 25 mai 1410. Il obtint 
plus tard la possession de Ceneda et exerça sa charge 
jusqu'en 1445. — Marcello Nicodemo de Venise, élu 
en 1445, mourut peu après et fut remplacé par Pietro 
Leoni, noble vénitien, évêque d'Ossero, clerc de Cas- 
tello, docteur en droit, promu depuis le 6 févr. 1436. 
Leoni fut nommé à Ceneda le 4 juin 1445; il résigna en 
faveur de son neveu te 15 juin 1474. — Nicolo Trevi- 
san, célèbre par son érudition, était né à Padoue et 
remplaça son oncle. Il se retira à Padoue, après avoir 
refusé la dignité cardinalice dont les insignes furent 
cependant peints près de son tombeau érigé à la 
cathédrale de Ceneda. t à Padoue le 10 janv. 1498. — 
Brevio Francesco, auditeur de la Rote et des Sacres 
Palais, originaire de N'enise, fut élu à Ceneda le 
18 janv. 1498, tout en conservant sa charge en Curie 
et tous ses bénéfices, t le 7 août 1508 à Parme où il 
s'était retiré sur l'ordre de Jules II. Marino Gri- 
mani, patricien de Venise, simple clerc âgé de 20 ans, 
fut promu à (Ceneda le 16 août 1508. Il céda Ceneda au 
cardinal Donienico Grimani, son oncle, le 19 janv. 
1517, lorsque celui-ci renonça au patriarcat d'Aqui- 
lée en sa faveur. Marino renonça lui-même à Aquilée 
en faveur de son frère Marco, le 18 avr. 1529, étant 
promu cardinal depuis le 3 mai 1527. Il reprit l'admi- 
nistration d'.Xquilée le 1'"'' sept. 1535 et y renonça de 
nouveau le 23 janv. 1545 en faveur de son frère 
Giovanni, évêque de Ceneda. Il reprit l'administra- 
tion de Ceneda du 18 déc. 1531 au 20 févr. 1540 et du 
23 janv. 1545 à sa mort. Il rencontra alors de nom- 
breuses oppositions à Ceneda et se rendit à Rome 
pour plaider son cas près de Paul IV. Il fut retenu à 
Civitta Vecchia où il mourut, peut-être empoisonné, le 
26 sept. 1547. Il fut inhumé à Venise. — Domenico 
Grimani, cardinal depuis 1493, fut administrateur de 
Ceneda lors de la nomination de Marino à Ceneda en 
1508, puis échangea avec celui-ci sa charge de pa- 
triarche d'Aquilée en 1517. Domenico céda à son tour 
Ceneda à son neveu Giovanni Grimani, le 28 mars 1520, 
et mourut le 27 août 1523. — Giovanni Grimani, âgé 
de 19 ans, confia l'administration du diocèse à son 
frère Marino qui reprit la charge épiscopale le 
18 déc. 1531 pour la rendre à Giovanni le 20 févr. 
1540 et échanger de nouveau Aquilée contre Ceneda 
le 23 janv. 1545, Giovanni gouverna Aquilée jus- 



qu'au 17 déc. 1550, puis dut se justifier d'accusa- 
tions d'hérésie. Il participa au concile de Trente. Il 
reprit le titre de patriarche d'Aquilée le 11 nov. 1585 
avec un coadjuteur et mourut le 3 oct. 1593 à l'âge de 
92 ans. — Michèle comte délia Torre, clerc d'Aquilée, 
né à l'dine en 1511, fut promu évêque de Ceneda le 
7 févr. 1547 et fut aussitôt envoyé comme nonce en 
France le 20 août 1547. Il participa au concile de 
Trente du 11 oct. 1551 au 18 avr. 1552 et du 10 oct. 
1561 à la clôture et restaura la discipline ecclésiastique 
dans son diocèse. Il remplit les fonctions de vice-légat à 
Pérouse en 1553 et fut de nouveau nonce en France 
de 1566 à 1568. Il fut promu cardinal en 1583 et mou- 
rut à Ceneda au début de févr. 1586. Il fut inhumé 
dans sa cathédrale où un monument lui fut élevé. — 
Marcantonio Mocenigo, originaire de Venise, prélat 
cher à Sixte-Quint, fut nommé évêque de Ceneda le 
5 mars 1586, bien que le chapitre de Ceneda eût en- 
voyé trois missions pour demander la nomination de 
Giovanni Mocenigo, neveu de l'évêque défunt. Mar- 
cantonio érigea le séminaire de Ceneda; il accompagna 
le cardinal Enrico Gaetani auprès d'Henri IV pour 
établir la paix religieuse en France. Il renonça à son 
évêché en faveur de son neveu en 1598 et mourut 
en 1599. — Leonardo Mocenigo, noble vénitien, fut 
promu le 13 janv. 1599. Il eut à débattre la question du 
•pouvoir temporel des évêques de Ceneda, tant près du 
Saint-Siège que près de la république de Venise. Il y a 
aux archives vaticanes plusieurs volumes inédits sur 
cette controverse qui reprend toute la question du 
pouvoir temporel des évêques, dont un brillant 
exposé de Paolo Sarpi : AUegazione , défendant le 
point de vue de Venise. Mocenigo dut renoncer à rési- 
der à Ceneda à cause de ces discussions et se retira à 
Murano, laissant un administrateur pour le spirituel 
et un autre pour les affaires civiles à Ceneda. On le 
rappela enfin et il mourut en paix dans sa villa au 
Belvédère di Cassano del Meschio le 20 mai 1623. Il 
fut inhumé dans sa cathédrale. — Pietro Valier, ori- 
ginaire de Venise, neveu du cardinal Agostino Valier, 
devint chanoine de Padoue, puis évêque de Fama- 
gouste et archevêque de Candie résidant à Rome. Il 
fut promu cardinal le 11 janv. 1621 et obtint l'évêché 
de Ceneda en juin 1623. Il vint résider en mai 1624, 
mais fut promu à Padoue dès le 18 août 1625. t le 
5 avr. 1629. — Marco Giustiniani de Venise, élu 
évêque de Torcello le 19 févr. 1625, fut transféré au 
siège épiscopal de Ceneda le 27 oct. suivant. Il passa à 
l'évêché de Vérone le 7 avr. 1631. t le 23 août 1649 à 
l'âge de 60 ans. — Marco-Antonio Bragadin de Venise, 
référendaire des deux Signatures, docteur en droit, 
âgé de 41 ans, évèque de t^rema depuis le 3 déc. 1629, 
fut promu à C.eneda en avr. 1631 et passa à Vicence le 
3 oct. 1636. Il fut élevé à la dignité cardinalice le 
16 déc. 1641 et se retira à Rome en 1655. t le 28 mai 
1658, âgé de 68 ans. — Sebastiano Pisani, né à Venise 
le 9 oct. 1606, docteur en droit, fut promu à l'évêché 
de Ceneda le 19 déc. 1639. Il vint résider en avr. 1641 
et fut promu à Vérone en 1656. Il renonça à ce diocèse 
le 10 déc. 1668. t le 20 avr. 1070. — Albertino Bari- 
soni. fils d'un professeur de l'I'niversité de Padoue, 
chanoine, vicaire capitulaire et archiprêtre de Padoue, 
fut promu évêque de Ceneda le 23 nov. 1053. 11 aida 
beaucoup le chapitre en augmentant ses revenus, t le 
15 août 1667. — Pietro Leoni de Venise, chanoine de 
Padoue, nommé le 19 nov. 1667 à Ceneda, devint 
évêque de Vérone le 26 nov. 1691. t à Vérone le 
7 sept. 1697. — Marcantonio Agazzi de Venise, neveu 
d'.Mexandre VIII, chanoine de Trévise, élu le 1"=' janv. 
1692; t le 28 mars 1710 et inhumé à la cathédrale. - - 
Francesco Trevisano de Venise fut promu le 20 juill. 
1710, mais ne vint résider que le 22 juill. 1715, ayant 
continué l'exercice de ses charges en Curie. Promu 



143 



CENEDA — CENTINA 



144 



évêque de Vérone le 25 juill. 1725; f le 13 déc. 1732. — 
Benedetto De Luca de Venise, nommé le 19 déc. 1725, 
ne prit possession que le 26 mars 1726. Promu à Tré- 
vise le 22 juin 1739; f le 27 mai 1750. — Lorenzo de 
Ponte de N'enise, élu le 4 juill. et sacré à Rome le 
17 déc. 1739, fut des plus actifs pour la reconstruction 
de la cathédrale. Il mourut le 9 juill. 1768 après une 
longue maladie et fut inhumé à la cathédrale. — ■ 
Giannagostino Gradenigo de Venise, moine du Mont- 
Cassin, évêque de Chioggia depuis 1762, fut promu à 
Ceneda le 19 sept. 1768. Le 14 déc. 1768, le sénat de 
Venise déclara enlever pour toujours tout pouvoir 
temporel aux évêques sur Ceneda et son territoire; Gra- 
denigo ne réussit pas à faire rapporter le décret, mal- 
gré toutes ses démarches et retarda son entrée à 
Ceneda dans ce but jusqu'en mars 1770. f le 17 mars 
1774 à l'âge de 45 ans. — Giampaolo Dolfm de Venise, 
chanoine, puis prieur de Latran, fut promu le 
3 juill. 1774. Transféré à Bergame le 28 juill. 1777, 
t le 13 mai 1819. — Marco Zaguri, né à Venise le 
9 juin 1738, nommé le 12 juill. 1777, promu à VI- 
cence le 26 sept. 1785, t le 12 déc. 1810. — Pietro- 
Antonio Zorzi de Venise, religieux somasque, pro- 
fesseur au séminaire de Venise, fut nommé dès 1785, 
mais n'arriva que le 3 avr. 1786. Il fut promu à Udine 
le 24 sept. 1792 et reçut le chapeau cardinalice en 1803. 
t le 17 sept. 1803. — Giambenedetto Falier de Venise, 
abbé du monastère des camaldules délia Vangedizza, 
fut promu en 1792. Il se montra particulièrement bon 
et secourable lors des guerres et des famines de la fm 
du siècle, f le 22 oct. 1821, âgé de 73 ans. — Jacopo 
Monico, né à Riese, diocèse de Trévise le 26 juin 1778, 
curé de S. Vito d'Asolo, fut nommé le 9 mai 1823. Il 
fut promu au patriarcat de Venise le 9 avr. 1825 et 
créé cardinal en 1833. t à Venise le 20 avr. 1857. — ■ 
Antonio-Bernardo Squarcino de Vicence, né le 
19 juill. 1780, dominicain, nommé le 17 juin 1828, 
s'appliqua à terminer la cathédrale. Promu à l'évêché 
d'Adria en déc. 1841, t à Rovigo le 22 déc. 1851. — 
Manfredo Bellati de Feltre, né le 11 sept. 1790, cha- 
noine, puis vicaire général de Feltre, nommé le 

21 oct. 1842, t le 28 sept. 1869. — Maria Corradino, 
marquis Carriani, né à Mantoue le 9 mars 1810, fut 
promu à Ceneda le 22 sept. 1871. Il renonça à l'épisco- 
pat en févr. 1885 et se retira chez les jésuites de 
Chieri. fen janv. 1890. — Sigismondo, comte Brando- 
lini Rota, né à San Cassiano di Meschio le 14 avr. 1823, 
nommé le 30 déc. 1878 évêque titulaire d'Orope et 
coadjuteur de Ceneda, succéda à Carriani le 15 févr. 
1889. t le 8 janv. 1908. — Andréa Caron, né à Rosa di 
Basano, le 14 juin 1848, archiprêtre de Cologna 
Veneta, fut nommé coadjuteur de Ceneda avec le 
titre d'évêque d'Argos le 5 juill. 1905. Il fut promu le 
29 avr. 1912 archevêque de Gênes où le gouvernement 
italien lui refusa Vexequatur jusqu'au 17 déc. 1914. Il 
fut désigné comme archevêque de Chalcédoine le 

22 janv. 1915 et administrateur d'Albano et Civitta 
Vecchia. t à Rome le 29 janv. 1927. — Rodolfo 
Caroli, né à Rome le 13 déc. 1869, professeur au Sémi- 
naire romain et employé des Congrégations, promu le 
28 juill. 1913. Il fut nommé archevêque de Tyr le 
8 mai 1917 et envoyé comme internonce en Bolivie, 
t à La Paz le 25 janv. 1921. — Eugenio Becegato, né 
à Fessalta le 23 déc. 1862, vicaire général de Trévise, 
fut promu évêque de Sinope le 19 mai 1917 et désigné 
comme administrateur de Ceneda, puis comme évêque 
le 29 août suivant, t 17 nov. 1943. — Évêque de 
Vittorio Veneto : Zafïonato, né le 29 août 1899, 
transf. 27 sept. 1945. 

Ann. pont., 1910, p. 213; 1918, p. 208; 1919, p. 187; 
1928, p. 895. — V. Botteon, Un documenta prezioso riguardo 
aile origini del vescovado di Ceneda e la série dei vescovi 
cenedesi corretta e documentata, Conegliano, 1907. — Cap- 



pelletti, X, 221-320. — E. Cessi, Venezia ducale, i, Le origini, 
Padoue, 1927, p. 223. — Eubel, i, 180; n, 124; m, 162; 

IV, 144. — Gams, 784. — Kehr, It. pont., vu, 1, 81-88. 
La diocesi di Ceneda, Vittorio, 1915. — Lanzoni, 969. — 
P. Paschini, Di un presunto documento riguardanle il 
patriarca Cirillo e l'origine délia chiesa di Ceneda, dans 
Bol. di Udine, ni, 1909, 59-69; Id., Le origini délia chiesa 
di Ceneda, dans Miscellanea Giovanni Mercati, v, Citta del 
Vaticano, 1946, 145-59. — G. Schwartz, Die Besetzung der 
Bistûmer Reichs italiens, Berlin, 1913, 45-46. — Ughelli, 

V, 170-220. 

L. Jadin. 

CE NO NUS, martyr romain; le hiéronymien le 
mentionne le 2 juin; c'est le Zenonus du 15 février. 

A. S., juin, I, 204. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 293. 295. 

R. Van Doren. 

CENSURE (Saint), serait le quatrième évêque 
d'Auxerre, après S. Germain. En 475, Sidoine Apolli- 
naire lui écrivit une lettre (Epist., x). Constance de 
Lyon, vers 480, lui dédia ainsi qu'à Patience de Lyon 
sa Vie de S. Germain (B. H. L., 3453). On a supposé, 
mais sans preuve, que son épiscopat dura 37 ans. 
Henschenius place sa mort vers 500. Censure est men- 
tionné aux martyrologes hiéronymien et romain le 
10 juin, et se trouve aux bréviaires d'Auxerre des 
xiv-xv» siècles. 

A. S., juin. II, 274-75. — B. H. L., 259. — Duchesne, 
II», 445. — Gall. christ., xiii, 265-66. — V. Leroquais, Les 
bréviaires mss. des bibl. publ. de France, lu, 8. — Mort. 
Hier., éd. Delehaye, 313. — Mort. Rom., 231-33. 

R. Van Doren. 

CENSURIN est placé par le bollandiste Stilting 
au 5 sept, comme martyr à Ostie sous Gallus, en 252, 
avec Herculanus et d'autres compagnons. A cette 
date, le martyrologe romain n'a retenu que Hercula- 
nus. L'hiéronymien non plus ne parle pas de Censurin. 

A. S., sept., II, 518-20. — Mort. Rom., 381. — Mort. 
Hier., éd. Delehaye, 489. 

R. Van Doren. 
CENTENARIENSIS (Ecclesia), en Numidie, 
n'a pas encore été retrouvée. Il se peut qu'elle corres- 
ponde à l'un des deux Ad Centenarium de la Table de 
Peutinger (Weltkarte des Castorius genannt die Peu- 
tinger'sche Tafel, éd. K. Miller, Ravensburg, 1888, 
segm. IV, 1 et segm. n,5),le premier situé à 12 milles de 
Tigisi et de Gadiaufala, le second à 22 milles de Zaraï 
et à 15 de Diana. La localité dite Centenarias de l'Ano- 
nyme de Ravenne {Ravennatis anonymi cosmo g raphia, 
m, 6, éd. Pinder et Parthey, p. 149, § 17) a été aussi 
mise sur les rangs. Mais aucune découverte n'est venue 
confirmer l'une ou l'autre de ces hypothèses. Reginus, 
évêque de Tigillava, souscrit à la conférence de 411 
(Gesta coll. Carth., i, 133; P. L., xi, 1308), pour un 
Cresconius Centenariensis, absent pour raison de santé, 
et dont le compétiteur anonyme s'était fait excuser 
pour le même motif. La notice de 484 (NoI. prov. Afr., 
Numidia, 39; Victor de Vite, éd. Petschenig, 120; 
P. L., Lviii, 270, 301) donne le nom d'un autre pas- 
teur catholique du lieu, Florentins; il est cité le trente- 
neuvième sur la liste des évêques numides. 

Morcelll, i, clxxii, 135-36. — Not. dign., annot., p. 61", 
644. — Gams, 465. — De Mas-Latrie, dans Bull, de cor- 
resp. afr., 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889, 
p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de VAfr. chrét., Numidie, 
Rennes-Paris, 1894, xliv, p. 107-8. — P. Mesnage, L'Afr. 
chrét., Paris, 1912, p. 307-8. — H. Jaubert, Anciens évêchés 
de la Numidie, dans Rec. de Constantine, xlvi, 1912, 
p. 30-31, § 42. 

J. Ferron. 

CENTINA, martyre, 18 sept. En 1754 furent 
transférés à Atiliana, près de Mestre, les corps de 
deux saints provenant du cimetière de S.-Priscille: 
Centina et un autre qu'on appela Boniface; de même 
le corps d'un saint enseveli au cimetière de S.-Caiixte, 



145 



CENTINA — 



CENTURIUS 



146 



que l'on dénomma Fortunatus. S'agissait-il de mar- 
tyrs? On pourrait en douter. . 

A. S., sept., V, 758. 

R. Van Doren. 
CENTINI (Maurice), conventuel, théologien, 
évêque de Massa Lubrese (1626), de Mileto (1631, 
t 1640). Voir D. T. C, ii, 2136. 

CENTULA, abbaye. Voir Saint-Riquier. 

1. CENTULLION (Guillaume), évêque d'Apt 
(1243-t 1246). Il était prévôt d'Apt, au moins depuis 
1221, quand il fut appelé à succéder à Geoffroy II 
(t 1243), sur le siège épiscopal d'Apt. En 1244, il se 
rend à Manosque, où Zoën, évêque d'Avignon et légat 
du pape, l'a convoqué avec plusieurs autres prélats de 
la région. Le l^"' mai 1244, les évêques signent une for- 
mule de trêve. Guillaume Centullion eut à lutter contre 
les Simiane qui lui refusaient l'hommage dû à leur 
suzerain. Ils vinrent même l'attaquer dans son château 
de Signon. Il fut obligé, pour en venir à bout, de faire 
appel au pape et au comte de Provence. Ceux-ci 
confièrent le règlement de ce différend au légat Zoën, 
qui, lui-même, passa la peu agréable mission à Guy 
de Soliers, prévôt de Barjols. Les esprits étaient 
tellement montés de part et d'autre qu'une solution 
ne put intervenir promptement, et Guillaume Cen- 
tullion mourut avant de la connaître, le 26 janv. 1246. 

Archives des Bouches-du-Rhône, B 284, 313, 338. — 
Albanès, Gallia christiana, nov., i, 233-34. — -Boze, Histoire de 
l'Église d'Apt, 1820, p. 139. — Gallia christiana, i, 1715, 
col. 359. — Papon, Histoire de Provence, i, 1777, p. 226. 

P. Calendini. 

2. CENTULLION (Raymond), évêque d'Apt 
(1272-t 1275). Sautel ne l'admet pas dans sa liste 
épiscopale, alors qu'Albanès le donne comme régu- 
lièrement élu. Sa parenté avec Guillaume lui avait 
probablement valu le canonicat d'Apt, car c'est à ce 
titre de chanoine que nous le voyons, dès 1257, accom- 
pagner à Marseille Pierre Baile, évêque d'Apt. Ce der- 
nier y reçut, le 10 août, la déclaration des Aptésiens, 
au sujet du consulat d'Apt, qu'ils reconnaissaient 
appartenir de droit à leur évêque. Raymond Cen- 
tullion consacra, dans sa cathédrale (sept. 1272), les 
deux autels de la Ste- Vierge et de S. -Jean. Il mourut 
le 10 juin. 1275. 

Albanès, Gallia christ, novissima, i, 238; Instrum., i, 81. 
— Bibliothèque de Marseille, ms. 1166, fol. 62 v». — Gallia 
christiana, i, 1715, col. 360-61. — Papon, Histoire de Pro- 
vence, 1, 227. 

P. Calendini. 
CENTURIENSIS (Ecclesia), se rattache à la 
province romaine de Numidie. Elle est connue par 
trois de ses évêques : Quodvultdeus, qui est excom- 
munié par le concile de Milève en 402 pour avoir refusé 
de discuter avec son rival (Codex canonum eccl. Afri- 
canae, c. 87, éd. Christophorus lustellus, Paris, 1615, 
p. 21 et 226) et qui prend part en 411 à la conférence 
de Carthage (Gest. coll. Carth., i, 126; P. L., xi, 1289); 
Cresconius, son compétiteur donatiste floc. iam cit.), 
et Januarius, cité le 85« sur la liste de Numidie dans la 
Notice de 484 {Nol. prov. Afr., Numidia, 95; Victor 
de Vite, éd. Petschenig, 122; P. L., lviii, 271, 310). Il 
est possible que cet évêché s'identifie avec les Cen- 
turiae de Procope (De bello Vandalico, ii, 13, éd. Din- 
dorf, 463), dans lequel Ch. Tissot (Géogr. comparée, 
II, Paris, 1888, p. 424) reconnaît un nom de localité et 
qu'il suggère d'assimiler à VAd Cenienarium de la 
Table de Peutinger (Weltkarte des Castorius genannl 
die Peutinger' sche Tafel, éd. Miller, Ravensburg, 1888, 
segm. IV, 1) à 12 milles de Tigisi et à 6 d'Ad Rubras; 
mais rien n'autorise jusqu'à ce jour ces identifications, 
pas plus que celle de VAd Centenarium avec un point 



situé à 9 km. à l'E.S.W. d'Ain Hadjar Allah, soutenue 
par Tissot (op. cit., 419), ou avec Fedj Deriass, pro- 
posée par Toussaint (Bull, du comité, 1897, p. 264-65, 
271, n. 15; cf. St. Gsell, Atlas arch., Alger, 1911, f. 18, 
Souk Ahras, 170 et 180). 

Morcelli, i, clxxiii, 136. — Not. dign., annot., p. 617, 
644. — Gams, 465. — De Mas-Latrie, dans Bull, de 
corresp. afr., 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889, 
p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Numidie, 
Rennes-Paris, 1894, XLvr, p. 111-12. — P. Mesnage, L'Afr. 
chrét., Paris, 1912, p. 311-12. — H. Jaubert, Anciens évê- 
chés de la Numidie..., dans Rec. de Constantine, xlvi, 1912, 
p. 31, § 44. 

J. Perron. 

CENTURIONENSISf Ecoles «a ; , f ait son app a- 

rition dans l'histoire au concile provincial tenu à Cirta 
(Constantine) entre 305 et 311, le 13 mai au plus tôt 
(S. Augustin, Contra Cresconium, m, 27; éd. Barreau, 
XXIX, 169-71; P. L., xliii, 510-12; S. Optât, De 
schismate Donatistarum, i, 14; éd. Dupin, Paris, 1702, 
p. 14-16; cf. Hefele-Leclercq, i, 209-11) : un Nabor a 
Centurionis siège parmi les cinq évêques intègres de 
l'assemblée. Par contre, en 411 (Gesta coll. Carth., 
I, 202; P. L., XI, 1341), c'est un donatiste sans com- 
pétiteur catholique, Januarius Centurionensis, qui se 
trouve à la tête de cet évêché. En 484, les catholiques 
ont repris possession de la place avec Firmianus, dont 
l'ethnique a été lu par les copistes Centurianensis et 
qui est cité le sixième, avec la mention prbt, sur la liste 
des évêques de Numidie convoqués à Carthage par 
Hunéric (Notitia prov. et civil. Afr., Numidia, 6; 
Victor de Vite, éd. Petschenig, 119; P. Z,., lviii, 270, 
293). Il semble bien que ce soit la localité dont les ma- 
gistrats sont mentionnés aux côtés de ceux de Cirta 
dans l'interrogatoire des SS. Jacques et Marien (Rui- 
narl, Acta martyrum sincera, Vérone, 1731, p. 196, § 5). 
ÎVIais cela n'autorise nullement à conclure à la proxi- 
mité des deux cités et encore moins à l'identification 
de notre évêché avec l'actuel « El Kantour », puisque 
ce nom présente un sens en arabe, celui de broussaille, 
correspondant parfaitement à la physionomie de la 
contrée (cf. A. Cherbouneau, Explication du nomd'El- 
Kantour, dans Rec. de Constantine, vi, 1873-74, p. 85- 
90; St. Gsell, Atlas arcli., Alger, 1911, f. 8, Phi- 
Hppeville, 227). 

Morcelli, i, glxxiv, 136-37, — Not. dign., annot., p. 616, 
644. — Gams, 465. — De Mas-Latrie, dans Bull, de 
corresp. afr., 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889, 
p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Numidie, 
Rennes-Paris, 1894, xlvi, p. 111-12. — P. Mesnage. L'Afr. 
chrét., Paris, 1912, p. 311-12. — H. Jaubert, Anciens éoé- 
chés de la Numidie, dans Rec. de Constantine, xlvi, 1912, 
p. 31. § 44. 

J. Ferron. 

CENTURIUS, un laïque de la secte donatiste, 
qui, vers les années 400à411, à l'époque où S.Augustin 
menait sa campagne de prédications antischisma- 
■ tiques, remit à l'Église, c.-à-d. à la hiérarchie catho- 
lique, de la part de ses coreligionnaires, quelques-uns 
des arguments qu'ils opposaient aux « traditeurs » 
dans leurs enseignements oraux ou écrits, en y joi- 
gnant un petit nombre de « soi-disant témoignages » 
scripturaires favorables à leur cause. L'évêque d'Hip- 
pone (Retract., ii, 19; éd. Barreau, n, 77-78; P. L., 
xxxii, 638) prit la peine de lui répondre par un 
opuscule aujourd'hui perdu, intifulé Contra quod 
attulit Centurius a Donati.stis, et où il reprenait point 
par point les objections de son adversaire, en les réfu- 
tant très brièvement, à commencer par la question 
très débattue du baptême. Ce fut probablement l'oc- 
casion du retour de Centurius clairement mentionné 
par Augustin, quidam laicus tunc eorum. 

P. Monceaux, Hist. litt. de l'Afr. chrét., vi, Paris, 1922, 
p. 234; VII, 1923, p. 97-98 (l'auteur brode un peu). 

J. Ferron. 



147 



CEOLFRID 



— CÉOS 



148 



CEOLFRID, saint anglais, abbé des monastères 
de Wearmouth et Jarrow (t 716). 11 naquit en 642, 
trouva sa formation ascétique dans le monastère de 
Gilling, et puis, invité par Wilfrid, il passa à Ripon où 
il devint prêtre en 669. En 674 le fondateur de l'ab- 
baye de Wearmouth, Benedict Biscop, l'invita pour 
l'assister dans la fondation et le gouvernement de ce 
monastère célèbre. Plus tard, Ceolfrid fut promu au 
gouvernement des deux monastères de Wearmouth et 
de Jarrow où il avait comme disciple le Vén. Bède qui 
composa une Vie de Ceolfrid et en fit l'éloge dans son 
Histoire ecclésiastique. C'était sur l'ordre de Ceolfrid 
que Bède fut sacré prêtre. Promoteur zélé de l'unifi- 
cation des pratiques ascétiques et des rites liturgiques, 
Ceolfrid réussit à convertir plusieurs Irlandais, entre 
autres Adamnan, abbé d'Iona, à accepter la pâque et 
la tonsure romaines. A son instance, Nectan, roi des 
Pietés de l'Écosse, entreprit une réforme des rites 
dans son royaume et enjoignit à son clergé de se 
conformer aux dispositions conseillées par Ceolfrid. 
Après avoir bien établi une tradition monastique et 
ecclésiastique qui influença pendant longtemps 
l'Église d'Angleterre, Ceolfrid résigna son autorité 
abbatiale et partit pour Rome en 716. Au cours de son 
voyage, il mourut à Langres le 25 sept, de la même année. 
Ses reliques furent transférées en Angleterre, proba- 
blement à Wearmouth. 

Bède, Viia sanctissimi Ceolfridi, éd. C. Plummer, Vene- 
rabilis Baedae Opéra historica, i, Oxford, 1896, p. 388-404; 
ti, 369-79. — B. H. L., n. 1726. — D. C. Biogr., i, 439-41. 

F. O' Briain. 

CEOLWULF, saint roi, et puis moine, en Angle- 
terre (t 764). Il succéda à son frère, Osric, comme roi 
de Northumbrie en 729 et il favorisa beaucoup l'orga- 
nisation de l'Église dans son royaume et le choix de 
bons prélats pour les jeunes diocèses placés sous son 
autorité. C'était à lui — gloriosissimo régi Ceoliiulfo — 
que le Vén. Bède dédia son Histoire ecclésiastique. 
Malheureusement son règne fut court. Une insurrec- 
tion lui ôta la couronne, et il fut tonsuré de force et 
emprisonné dans un monastère en 731. Mis en liberté, 
il renonça spontanément à son royaume et devint 
moine à Lindisfarne en 737 où il mourut en 764. Il 
devint l'objet d'un culte et ses reliques furent transfé- 
rées à Norham et plus tard son crâne fut l'objet de 
vénération à Durham. 

Bède, Historia ecclesiastica gentis Anylorum, éd. C. Plum- 
mer, n, Oxford, 1896, p. 336-40, 350, 379, etc. — A. S., 
janv., 1, 1081. — D. C. Biogr., i, 442-44. 

F. O' Briain. 

CÉOS (Kéoç), petit évêché des Cyclades, dépen- 
dant d'Athènes, promu archevêché ])uis métropole 
éphémère. L'île de Céos se trouve au sud-est du cap 
Sounion (Attique); elle mesure 103 km- et compte 
3 733 habitants (1928). Dans l'antiquité, elle porta 
aussi le nom d'Hydrousa ('Y5poOaa), qui ne s'est pas 
maintenu. Elle possédait quatre villes assez impor- 
tantes qui ont laissé des ruines, dignes d'intérêt. Dès 
l'époque romaine, le nom prit la forme de Kéa (latin 
Cea), puis Keîa et Kia. Les Vénitiens, qui s'emparèrent 
de l'île en 1207, la nommèrent Tzia, appellation dont 
les Grecs firent Nxjia puis Tjiâ, forme encore em- 
ployée de nos jours, bien que le nom ancien de KÉoç 
ait été olficiellement rétabli. L'île resta possession 
vénitienne de 1207 à 1537, date à laquelle le fameux 
amiral turc Haïreddin Barberousse la conquit. Elle 
fut unie au duché de Naxos en 1541, puis annexée à la 
Turquie en 1566; enfin elle fut incorporée au royaume 
de Grèce en 1833. Au début de 711, le pape Constan- 
tin, appelé par l'empereur Justinien II, s'y arrêta 
quelque temps et y rencontra le patrice Théophile, 
chargé de le conduire à Constantinople. Michel Aco- 
minatos, métropolite d'Athènes, s'y réfugia après la 



prise de sa ville épiscopale par les latins (1205); il y 
vécut jusqu'à sa mort (1220). 

Il est difficile de dire à quelle époque la petite île de 
Céos fut pourvue d'un évêché. On ne trouve pas trace 
de celui-ci dans les listes officielles du patriarcat de 
Constantinople pendant l'empire byzantin. Il paraît 
pour la première fois dans la liste du moine sicilien 
Nil Doxapatris (deuxième moitié du xii"^ s.) (G. Par- 
they, Hieroclis Synecdemus et Notitiae graecae episco- 
patuum, Berlin, 1886, p. 300, n. 276) parmi les onze 
suffragants de la métropole d'Athènes. Encore n'est-il 
pas sûr que ce ne soit pas une interpolation posté- 
rieure, le texte de Nil ayant subi de multiples modifi- 
cations. Le titre est f\ KÉcos Kal Geppicov. Thermia est 
une petite île voisine de Kéos, appelée Cythnos (Kûôvos) 

1 dans l'antiquité (c'est aussi le nom officiel de nos jours). 
Elle mesure 82 km'- et compte 2 860 habitants (1928). 

L'évêché grec, si tant est qu'il existât alors, dispa- 
rut pendant l'occupation latine. Il fut rétabli après la 
conquête de l'île par les Turcs et fut même uni à celui 
de Syra en 1594. Le patriarche Cyrille Lucaris l'érigea 
en archevêché en 1623. Il devint métropole en 1819 et 
se vit attribuer alors l'île de Sériphos. La loi du 
21 nov. 1833 sur l'organisation de l'Église de Grèce le 
remit au rang des évêchés; le 15 déc. 1843, il fut com- 
pris dans celui des Cyclades nouvellement créé; enfin 
la loi de 1852 l'unit à celui d'Andros, lui-môme suppri- 
mé lors de la réforme de 1900. 

On ignore à quelle date les Vénitiens établirent un 
évêque à Céos. La liste des titulaires connus ne pré- 
sente qu'une douzaine de noms du xiv« au xvi'' s. : 
Puricivallis (7-1376); Simon de Arezzo; François 
Andréa, O. F. M. (6juill. 1422-35); François Berberii 
(1435-t 1445); François, O. F. M. (9 juin 1445- 
30 avr. 1453); Gometius (24 mai 1498-?); Jean Zotto 
(6 févr. 1520-?); Denys Zanettini, O. F. M. (8 févr. 
1529-11 déc. 1538); Constantin Justiniani, O. P. 
(27 août 1540-t début 1545); Jean de Gaona, O. S. A. 
(19 févr. 1546-?); Jacques de Roccha (après 1550). 
Depuis la seconde moitié du xvi« s., aucun prélat 
ne semble avoir été nommé au siège de Céos, qui 
était devenu purement titulaire à la suite de la con- 
quête turque. Le titre est de nouveau conféré : Jac- 
ques-Thomas O'Dood, élu le 22 mai 1948, auxiliaire 
à San Francisco. 

La liste des évêques grecs connus ne commence qu'à 
la fin du xvi« s. Il est donc assez vraisemblable que 
l'évêché de rite byzantin succéda tout simplement 

I au latin et qu'il n'existait pas avant le xiii^ s. Cette 
liste ne renferme que quatorze noms : Syméon 
(?-t 15 janv. 1594); Nectaire (déjà en 1622-8 juin 
1630); Daniel (8 juiU. 1630-t avant déc. 1646); Nil 
(5 déc. 1646-démissionne le 15 sept. 1650, en faveur 
du suivant); Germain, neveu de Nil (juill. 1651- 
déposé le 14 août 1651). Pendant le premier épiscopat 
de Germain, le patriarche de Constantinople Joan- 
nice II, déposé pour la quatrième fois en juill. 1656, 
reçoit l'évêché de Céos comme revenu et y meurt à la 
fin de 1659 ou au début de 1660; on ignore comment 
les deux prélats s'accordèrent; Grégoire (14 août 

! 1661-?); Germain, rétabli (mars 1675-?); Macairc 
(1721); Barthélémy Deangelis (vers 1730); Ananie 
Bradyglossos (vers 1740); Moïse (21 févr. 1748-?); 
Néophyte (vers 1760); Grégoire Migadas (?-t pendu 
par les Turcs en mai 1792); Sophrone (1792-96); Nico- 
dème Roussos (1796-1842). 

Bilrchner, Keos, dans Real-Encyclopddie Pauly-Wisso- 
\va, xi-1, 182-89. — D.-P. Paschalès, Kios, dans MeyàXri 
ÉXÂr|viKf) éyKUKAoTraiSsia, xix, 173-75. — • Jean N. Psyllas, 
'iCTTopla Tfjç vi^aou Kéa;, 1921, p. 180-83. — Lequien, Oriens 
cliristianus, m, 868-70. — Gams, i, 449. — A. Battandier, 
Annuaire pontifical, 1916, p. 384. 

H. Janin. 



149 



CEPARANA — 



CÉPHALLÉNIE 



150 



CEPARANA (S.-Venance), de Separano, ab- 
baye de bénédictins sise au confluent du Magra et du 
Vara, près de Bollano, aux frontières de la Ligurie, 
diocèse de Luni-Sarzana. Les archives étant perdues, 
on ignore la date de la fondation du monastère, et 
quand il passa sous l'autorité immédiate du S. -Siège. 
Il semble avoir été dévasté, quand, en 1447, il fut 
cédé par Eugène IV à l'abbaye des olivétains de S.- 
Venereo de Tyro. Il fut placé sous commende avant la 
fm du xv<^ siècle. 

Cottineau, 652. — Kehr, //. pont., vi, ii, 384. — Semeria, 
Secoli crist., ii, 154. — B. Tondi, Olivet. dilucid., 80. 

R. Van Doren. 

CEPARI (Vergiho), jésuite, né vers 1564 à Pu- 
nicale près de Pérouse, mort à Rome le 14 mars 1631. 
Avant son entrée au noviciat le 21 mai 1582, il avait 
étudié le droit. Au Collège romain, il eut S. Louis de 
Gonzague comme condisciple et comme ami et assista 
à sa mort. Successivement prédicateur dans les prin- 
cipales villes d'Italie, professeur d'hébreu au Collège 
romain, de théologie aux universités de Parme et de 
Padoue, recteur du collège de Florence et du Collège 
romain, il se signala avant tout comme hagiographe. 
Postulateur des causes de S. Ignace, de S. François 
de Borgia, de Ste Marie-Madeleine de Pazzi, de 
S. Louis de Gonzague, de S. Stanislas Kostka, des 
Bx Rodolphe Aquaviva et John Ogilvie et du véné- 
rable Père Joseph Anchieta, de S. Robert Bellarmin, il 
consigna les connaissances acquises par une si multiple 
expérience en un directoire des canonisations en dix 
livres resté manuscrit et dont trois seulement sont 
conservés. Benoît XIV le mentionne et en fait grand 
cas. Ce sont ses biographies de S. Louis de Gonzague 
et de S. Jean Berchmans qui lui ont valu sa renommée. 
Sa connaissance intime de leurs vertus et sa propre 
expérience spirituelle en font un témoin de première 
valeur. Un juge aussi compétent que le P. H. Delehaye, 
BoUandiste, n'a pas craint d'écrire — et l'observation 
vaut aussi pour la Vie de S. Louis — que la Vie de 
S. Jean Berchmans « est une des meilleures Vies de 
saints, que l'on éprouve quelque satisfaction à ren- 
contrer, dans un genre cultivé par trop de talents 
insuffisamment mûris, un modèle aussi soigné, un tra- 
vail aussi habilement et aussi soigneusement com- 
posé. » (Vie de saint Jean Berchmans, collection Les 
saints, 8). 

La 1"^ édition de la Vie de S. Louis de Gonzague, 
dont l'auteur avait déjà réuni des notes du vivant 
même du jeune saint, parut en 1606 sous le titre : 
Vila del Bealo Luigi Gonzaga délia Coinpagnia di 
Gesu. Dédiée au marquis François de Gonzague, 
frère du bienheureux, elle contient une lettre dédica- 
toire du marquis au pape Paul V. Une édition revue, 
corrigée et complétée par l'auteur, parut en 1630. 
Rééditée un grand nombre de fois, elle fut traduite 
dans les diverses langues de l'Europe. Grâce aux 
appendices qui y furent ajoutés, l'édition du P. Boero, 
S. J., de 1862 est la plus complète. Cepari écrivit 
aussi une Vie de S. François de Borgia, l"'^ édit., 
1624 in-8, 236 p. Une réédition en fut faite encore en 
1884, 2 vol. in-16», 190 et 216 p. La Vita di Giovanni 
Berchmans, Fiammingo, religioso délia Compagnia di 
Gesu, parue en 1627, fut traduite en néerlandais par 
le P. Surius dès 1629, en français par le P. Jean 
(Cachet, S. J., et en latin par le P.HermanHugo,S. J., 
en 1630. Sous le nom de Marie-Madeleine Anguillara, 
la supérieure des Oblates de Ste-Françoise, fut pu- 
bliée une Vie de Ste Françoise Romaine qui repose sur 
les notes de Cepari mais qui fut complétée et ordonnée 
par le P. Jacques Fuligati (Papebroch, A. S., mars, 
II, 176-211 en donne une traduction latine). Confes- 
seur et directeur de Ste Marie-Madeleine de Pazzi 
et postulateur de sa cause, Cepari avait composé à 



l'occasion de la béatification une Vie de la sainte sur 
la demande des religieuses du couvent de la Très- 
Sainte- Incarnation de Rome, fondation du couvent 
N.-D.-des-SS. -Anges de Florence, quand il apprit 
l'édition donnée par Racconisi de la Vie par Puccini. 
Sur le désir du cardinal Barberini, l'impression fut 
arrêtée et l'ouvrage poussé jusqu'au ch. lviii demeura 
en la possession du couvent romain. En 1669 à l'occa- 
sion de la canonisation, elle fut publiée et complétée 
par le P. Fozi, S. J. (cf. A. S., mars, vi, 178 et 249; 
elle fut traduite par Papebroch et insérée presque 
entièrement). 

Le traité ascétique Essercizio délia presenza di Dio, 

1621, dédié au cardinal Bellarmin, était hautement 
apprécié par celui-ci, qui en faisait sa lecture préférée 
à la fm de sa vie. Cepari donna dans les Regole com- 
muni délie Vergine di Gesu nel collegio di Castiglione, 

1622, une règle à la congrégation fondée par les 
saintes nièces de S. Louis de Gonzague (cf. A. S., 
juin, IV, actes de S. Louis à la fin du volume, n. 34 
et 99). Une autre congrégation religieuse tiendrait, 
elle aussi, sa règle du P. Cepari. 

Sommervogel, ii, 957. — Southwell, Scriptores Sociefatis 
Jesu, 783. — Patrignani, Menologio, 14 marzo, 101. — 
De Guilhermy, Ménologe de la Compagnie de Jésus. Assis- 
tance d'Italie, i, 324 n. — Cordara, Historia Societatis Jesu, 
VI, 1. XVI, n. 11, p. 445. — A. S., juin, iv, 876 B, 891 F, 
1090 sq.; mai, vi, 177-249. 

A. De Bil. 

CEPHAE CASTELLUM, Cephas, Hasan- 
Keph, Hassan-Kef, Hesen-Kipha, Hisn-Kepha, Hi?n- 
Petros (?), ville de Mésopotamie située sur le Tigre 
dans le Tûr 'Abdin, au sud-est de Maypherqat. Son 
évêque apparaît mentionné pour la première fois dans 
la Vie du reclus Jacques l'Égyptien. Plus tard, les 
jacobites à leur tour y établirent un siège épiscopal. 

Évêques : Benjamin (sous Julien l'Apostat), Noé 
(451), Athanase (1015; si Hisn-Petros = Hisn-Kepha). 
On peut y ajouter l'évêque Denys (vers 1100), si 
Hesna, dans la Chronique de Michel le Syrien, est à 
identifier avec notre localité. Un autre évêque de 
Hesna, Gabriel, participa au synode d'Amid (1616). 

J.-S. Assemani, Bibliotheca orienlalis, i, Rome, 1719-28, 
p. 547; III, 1, 600; m, 2, 736. — Lequien, ii, 1005 sq., 
1487 sq. — W. Wright, Catalogue of Sgriac Mss. in the 
British Muséum, Londres, 1870-72, p. 95, 850, 1136. — 
J.-B. Abbeloos-T.-J. Lamy, Gregorii Bar Hebraei Chroni- 
con ecclesiasticum, i, Louvain, 1871, col. 429, note 1. — 
J.-B. Chabot, Les évêques jacobites du VIII' au XIII' s., 
dans Bévue de l'Orient chrétien, vi, Paris, 1901, p. 198; 
Chronique de Michel le Syrien, m, Paris, 1905-10, p. 499. 
— E. Honigmann, Studien zur Notifia Antiochena, dans 
Byz. Zeitschrijt, xxv, Leipzig, 1925, p. 75, 83. — J. Mark- 
wart, Sudarmenia und die Tigrisquellen, Vienne, 1930, 
p. 603 sq. (index). — E. Schwartz, Concilium universale 
Chalcedonense, vi, Berlin, 1938, p. 49, 92. — R. Devreesse, 
Le patriarcat d'Antioche depuis la paix de l'Église jusqu'à 
la conquête arabe, Paris, 1945, p. 299, 300, 302, 306, 309. 

Arn. Van Lantschoot. 

CÉPHALLÉNIE (KE9aAÂr|via, auj. Céphalonie), 
évêché des îles Ioniennes, dépendant de Corinthe, puis 
métroi)ole. L'île de Céphalonie fut habitée dès 
l'époque néolithique et participa à la civilisation my- 
cénienne, comme le prouvent les nombreuses décou- 
vertes que l'on y a faites. Chez Homère, le nom de 
Céphaloniens n'est jamais donné aux seuls habitants 
de l'île; il s'applique à tous les sujets d'Ulysse qui 
peuplaient aussi les îles voisines, Zante, Ithaque, etc. 
C'est Strabon le premier qui l'emploie uniquement 
pour les gens de l'île. Céphalonie fut alliée à Athènes 
pendant la guerre du Péloponèse et en subit le contre- 
coup. Elle fit ensuite partie de la confédération éto- 
lienne; elle résista victorieusement à Philippe V de 
Macédoine (218 av. J.-C.) et tomba au pouvoir des 
Romains en 192. Elle devint la propriété personnelle 



151 



CÉPHALLÉNIE 



152 



du consul Gaius Antoine, oncle de Marc Antoine; 
il y vécut six ans en exil (59-53). Plus tard, elle fut 
donnée aux Athéniens. Sous les Byzantins, Céphalonie 
fut le centre du thème des îles Ioniennes jusqu'en 1185. 
Elle subit les attaques infructueuses de Robert Guis- 
card à la fin du xi« s. Guillaume II s'empara de l'île 
en 1185 et y établit un gouverneur. Après la prise de 
Constantinople par les latins (1204), elle devint le fief 
de Mathieu Orsini, sous la suzeraineté de Venise. Les 
Orsini la conservèrent jusqu'en 1357, date à laquelle 
elle passa définitivement au pouvoir des Tocco. Cette 
nouvelle situation dura jusqu'en 1479. Les Turcs 
s'emparèrent alors de l'île; mais les Vénitiens les en 
chassèrent en 1503. Les nouveaux maîtres s'occupèrent 
sérieusement du développement économique du pays 
qui devint rapidement brillant malgré les incursions 
répétées des Turcs. Céphalonie fut cédée à la France 
par le traité de Campo-Formio (1797), puis elle fit 
partie de la République ionienne (1800-07) pour 
redevenir française pendant deux ans. Les Anglais 
s'en emparèrent en 1809 et la gardèrent sous leur 
protectorat, ainsi que les autres îles ioniennes, jusqu'en 
1 863 . Elles furent alors rattachées au royaume de Grèce. 

Le christianisme pénétra probablement de bonne 
heure à Céphalonie, à cause de la position de l'île sur 
les voies maritimes qui relient l'Orient à l'Occident. 
Au dire de Clément d'Alexandrie le fait se serait 
passé vers la fin du i" s. On ignore complètement à 
quelle date elle eut un évêché. Le premier titulaire 
dont parlent les documents n'est que de 787. Le 
diocèse comprenait probablement les deux îles de 
Céphalonie et d'Ithaque. Quand les Vénitiens furent 
maîtres du pays, l'évêché grec disparut et fit place à un 
évêché latin qui en eut tous les droits. Il y eut cepen- 
dant des titulaires byzantins, puisqu'en 1362 l'évêque 
de Céphalonie était transféré à Naupacte par le 
patriarche Calliste (Miklosich et Muller, Acta et diplo- 
mala graeca medii aevi, i, 413-15). Toutefois l'évêché 
grec fut rétabli vers le milieu du xv'' s. par Léonard 
Tocco (1448-79), mais avec juridiction sur Zante et 
Ithaque. Cyrille Lucaris l'érigea en archevêché le 
6 juill. 1628. Ce fut la cause de démêlés assez violents 
entre les clergés des deux îles de Céphalonie et de 
Zante, surtout au sujet de l'élection de l'archevêque. 
Pour y mettre fin, le provéditeur Pisani publia, en 
1716, un décret qui réglait minutieusement cette 
question. En sept. 1799, Céphalonie devint métropole, 
ainsi que Zante. Quant à Ithaque, elle fut pourvue 
d'un évêché soumis à Céphalonie. Celle-ci, comme les 
autres îles Ioniennes, resta sous la juridiction du pa- 
triarcat de Constantinople jusqu'en juill. 1886. Elles 
furent alors rattachées à l'Église de Grèce. 

Céphalonie et Ithaque forment aujourd'hui une mé- 
tropole grecque orthodoxe qui compte 66 000 fidèles 
(1928), avec 110 églises et 108 prêtres séculiers. On y 
trouve cinq monastères d'hommes avec une cinquan- 
taine de moines et trois monastères de femmes avec 
60 moniales. L'évêché publie une revue religieuse, 
'Ayios repàaitios. Le métropolite réside à Argostoli, 
capitale de l'île. 

La liste des évêques grecs n'est un peu complète 
qu'à partir du xvi« s. On n'en trouve que deux à 
l'époque byzantine. Au concile de Nicée (787), le 
prêtre Georges remplaça le titulaire de Céphalonie 
dont le nom est inconnu (Mansi, xiii, 145 B, 369 C, 
392 B). Antoine prit part à celui de 879 qui réhabilita 
Photius (Mansi, xvii A-xviii A,. 376 B). Un évêque, 
dont le nom est inconnu, fut transféré à Naupacte en 
sept. 1362 (Miklosich et Muller, op. cil., i, 413-15). — 
Philothée Loberdos, 1567-80. — Anthime Antipas, 
vers 1605. •— Parthénius I", 1622? — Pachôme Doxa- 
ras, 1624. — Nicodème Métaxas, mai 1628-t 1646. — 
Jérémie, 1646-t 1651. — Paisios Choidas, 1664-t 1672. 



— Timothée Typaldos, 1684-t 1718. — Sophrone, 
1721. — Séraphim, 1725. — Abramius Méhssène, 
1756. — Sophrone Coutoubalès, déposé en 1762. — ■ 
Joannice, l'784. — • Parthénius II Macrès, sacré en 
mars 1824-t juUl. 1842. — Constantin Typaldos, élu 
en nov. 1842, refusé par le sénat ionien. — Spyridon 
Contomichalès, déc. 1842-t juill. 1873. — Spyridon 
Combothécras, nov. 1874-démission en mai 1876. — 
Germain Calligas, oct. 1883, nommé archevêque 
d'Athènes le 5 juin 1889. — Gérasime Dorigas ou 
Dorizas, 5 févr. 1893-t 24 janv. 1901. — Damascène 
Polydorou, 9 juill. 1901-t 1934. — Germain, sacré le 
14 juin 1934. 

L'évêché latin fut sans doute créé au début de 1207 
en même temps qu'était nommé le premier titulaire. 
Le 11 mars 1222, Innocent III l'unit à celui de Zante. 
En 1625, cette union fut déclarée perpétuelle. Au mo- 
ment de l'annexion des îles Ioniennes au royaume de 
Grèce (1862), le diocèse de Céphalonie et Zante fut 
soumis comme suffragant à l'archevêché de Corfou. 
Quatre ans plus tôt, l'administration en avait été 
confiée à l'archevêque de Corfou. De 1872 à 1885 il y 
eut encore un évêque; mais depuis lors a été rétablie la 
situation créée en 1859. Le nombre des fidèles a 
d'ailleurs rapidement diminué. Les persécutions que 
les orthodoxes leur ont fait subir après l'annexion à la 
Grèce en décidèrent un bon nombre à s'expatrier. 
L'exode a continué depuis lors. A la fin du xix« s. le 
nombre des catholiques était tombé à 450, dont 300 
pour l'île de Zante et 150 pour celle de Céphalonie. Ils 
ont 7 églises et chapelles, avec 2 prêtres séculiers et 
3 capucins. Zante possède une maison épiscopale, 
mais il n'y en a point à Céphalonie. 

La succession épiscopale est assez régulière depuis le 
milieu du xiv» s., avec une interruption de cinquante 
ans à la fin du xv, causée sans doute par l'occupation 
turque (1479-1503). La liste des évêques connus ren- 
ferme plus de quarante noms. Benoît, élu le 13 mars 
1207-?. — G..., vers 1245. — Palmerius de Gallucio, 
?-10 nov. 1252. — Rainier Nerucius, ?-t avant 1350? 

— Emmanuel, O. S. B., 14 juin 1350-?. — Daniel, 
?-t 1370. -- Perceval d'Aléria, 6 mars 1370-1375. — 
Ange de Cotronio, O. S. A., 22 juin 1375-t 1383?. — 
PrincivaUi, 1385. — Biaise, O. S. A., ?-1396. — Pierre 
Jean, 12 janv. 1396-t 1400. — Grégoire Nardi, 
29 nov. 1400-1427. — Antoine de Morellis, 17 oct. 
1427-30? — Dominique de Pupio, 23 mars 1430- 
t 1436. — Jean, 25 févr. 1437-t 1442. — Jean Jacobi, 
O. S. A., 27 févr. 1443-57? — Jean de Archadia, 
31 janv. 1458-62. — Jean-Antoine Scardameti, O. F. 
M., 23 oct. 1462-?. — Marc, ?-1521. — Ferdinand de 
Médicis, 9 août 1521-55. — Jean-François Commen- 
done, 25 oct. 1555-? — ■ Jean-Pierre Delflno, chan. de 
S. Aug., 27 mars 1560-?. — Paul del Grasso, 14 juill. 
1574-î 1589. — Dominique Carh, O. F. M. Conv., 

26 juill. 1589-t 1596. — Raphaël Inviziati, 24 janv. 
1597-1611. — Marc Pasqualigo, 10 oct. 1611-t 1624. 

— Michel de Varofis, O. F. M. Conv., 27 janv. 1625- 
1 1634. — Constantin Rossi, 24 juin 1634-15 août 1640. 

— Jean Rossi, 3 déc. 1640-54. — François Gozzadini, 
22 mars 1654-66. — Hyacinthe-Marie Conigli, O. P., 

6 mai 1675-mai 1695. — JunelU, O. S. B., 19 août 1695- 
98. — Jean-Vincent Filippi, 1698-10 mai 1718. — 
Jean-Chrysostome Calvi, O. P., 10 mai 1718- 

7 sept. 1729. — Joseph Caccia, O. F. M., 28 nov. 1729- 

8 janv. 1731. — César Bonaiuti, 8 janv. 1731-27 févr. 
1736. — Balthasar Remondini, 27 févr. 1736-t 5 oct. 
1777. — Bernard Nochini, O. F. M., 12 sept. 1778- 
t 27 janv. 1785. — François Mercati, 2 oct. 1785-?. — 
Pacifique Deani, 1815. — Louis Scacoz, O. F. M., 
8 août 1815-1830. — Louis Lastaria, 4 nov. 1831-59. — 
Jean Evangelo Boni, O. F. M. Cap., 27 juill. 1872- 

27 mars 1885. 



J53 



CÉPHALLÉNIE 



— CÉRASONTE 



154 



Lequien, ii, 234-35; m, 889-92. — B. Gams, i, 399; ii, 
89. — C. Eubel, i, 188; ii, 139; m, 178; iv, 145. — Smith. 
Dictionary of Greek and Roman Geographg, i, 587-88. — 
BUrchner, Kephallenia, dans Real-Encyclopàdie Pauly- 
Wlssowa, xi-1, 193-215. — KEçaXArivia, dans MryàAri éA^rl- 
viK^i éyKUKAoTTaiStla, xiv, 300-8. 

R. Janin. 

CÉRAMEUS (Nicolas), A'erameiis, médecin et 
théologien grec (f 1672 ou 1670). Voir D. T. C, ii, 
2136-37. 

CÉRAMUS (Képapos), évêché de la province de 
Carie, dépendant d'Aphrodisias ou Stauropolis. La 
ville de Céramus était un petit port de cabotage situé 
sur la rive nord du golfe Céramique et tirait son nom 
de la terre à potier (Képaiioç) très abondante dans la 
région. Colonie dorienne, elle parvint à une grande 
prospérité, si l'on en juge par les monuments remar- 
quables qui en restent : arc de triomphe, temples, 
sarcophages, mur d'enceinte avec tours et en partie 
conservé, acropole défendue par un triple rempart. 
Elle fut d'abord soumise à Stratoniceia, puis devint 
autonome et fut une des principales villes de la Confé- 
dération Chrysaoricienne {Bull, de corresp. hellénique, 
IX, 468). Elle battait monnaie sous l'empire romain. 
C'est aujourd'hui la bourgade de Gérémé, nom qui 
n'est que la déformation turque du grec KÉpaiiOS- 

Céramus eut sans doute un évêché à partir du iv« s. 
On ne connaît que quatre titulaires qui s'échelonnent 
du w au ix" s. Spudasius assista au concile d'Éphèse 
(431) (Mansi, iv, 1125 C, 1157 C, 1216 A, 1365 D; 
VI, col. 873 A). Maurianus était administrateur du 
diocèse lors du second concile de Nicée (787) (Mansi, 
XII, col. 998 C). A ce même concile assistait Nicétas, 
évêque nommé, ÙTTOi|ir|9ios de Céramus (Mansi, xiii, 
393 C). Syméon prit part au concile de 879 qui réhabi- 
lita Photius (Mansi, xvii A-xviii A, 376 E). L'évêché 
de Céramus disparut probablement lors de l'invasion 
turque (fin du xu« s.). 

Le titre de Céramus a été conféré une dizaine de fois 
dans l'Église romaine : Jean Davoust, M. E. P., 1771- 
80, coadjuteur puis vicaire apostolique du Tonkin 
occidental. — Louis Bernucci, O. F. M. Cap., 1822. — 
Emmanuel Viccuna, 22 déc. 1828-2 juill. 1832, coad- 
juteur à Santiago du Chili. — André Carruthers, 
13 sept. 1832-t 24 mai 1852, vicaire apostolique du 
district oriental d'Écosse. — Jacques Jeancard, 
18 mars 1858-t 6 juill. 1875, auxiliaire à Marseille. — • 
Salvador Casanas y Pagès, 28 févr. 1878-22 sept. 1879, 
administrateur d'Urgel. — Patrick Manogue, 11 juill. 
1880-24 févr. 1884, coadj. à Sacramento (U. S. A.). — 
Étienne Reville, O. S. A., 27 janv. 1885-21 cet. 
1901, coadjuteur à Sandhurst. — Georges Carie, 
6 déc. 1906-8 juin 1918, auxiliaire à Makarska. — 
Joseph Skwireckas, 10 mars 1919-5 avr. 1926, sufïra- 
gant à Samogitie. — Jean Hildebrand, 27 avr. 1926- 
t 28 sept. 1931, auxiliaire à Paderborn. — Antoine 
Valente da Fonseca, 23 oct. 1931-31 mai 1933, auxi- 
liaire à Vila Real. — Camille-Valentin Stappers, 
0. F. M., élu le 26 févr. 1934, premier vicaire aposto- 
lique de Lulua et Katanga. 

Lequien, i, 917-18. — Smith, Dictionary of Greek and 
Roman Geography, i, 589. — BUrchner, Keramos, dans 
Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 589. — • A. Bat- 
tandler, Ann. pont., 1916, p. 384. 

R. Janin. 

CERAMUSSA, évêché numide, mentionné seu- 
lement dans les procès-verbaux de la conférence de 411 
(Ge$t. coll. Carth., i, 65, 133 et 134; P. L., xi, 1235, 
1275 et 1311). L'Ecclesia Ceramussensis, dont le nom se 
trouve déformé en ceramunensis dans le compte rendu 
(i, 133), n'avait alors qu'un évêque, Severianus, un 
catholique. De la discussion qui s'éleva entre lui et 
l'évêque donatiste de Milève (= Mila), le primat 



(senex) Adeodatus, au sujet de la juridiction sur le 
territoire de Ceramussa, il résulte qu'il n'y avait plus 
de donatistes, s'il y en avait jamais eu, dans cette 
Église, bien que le parti schismatique, en la rattachant 
au diocèse de Milève, la revendiquât comme y ayant 
des partisans. Nous estimons avec le P. Mesnage 
(L'Afrique chrét., Paris, 1912, p. 298 et St. Gsell, 
Atlas arch., Alger, 1911, f. 1, cap Bougaroun, 5) que la 
grande distance qui sépare de l'antique Milève le 
village actuel de Gueramoussa, situé près de la mer 
au N. W. de Collo (= Chullu), s'oppose à la séduisante 
identification établie par Mgr Toulotte (Géogr. de 
l'Afr. chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894) entre cette 
localité et notre évêché. 

Morcelli, i, clxxv, 137. — Not. dign., annot., p. 644. — 
Gams, 465. — Ch. Tissot, Géogr. comparée, ii, Paris, 
1888, p. 778. — L. de Mas-Latrie, dans Bull, de corresp. 
air., 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1870. 
— H. Jaubert, Anciens évéchés de la Numidie, dans Rec. 
de Constantine, xlvi, 1912, p. 31-32, § 45. 

J. Ferron. 

CÉRASA (Képaaa), ou C erasae (Képaaai), évêché 
de la province de Lydie, dépendant de Sardes. Cérasa 
était une petite ville située entre Bagae et Mésotmolos. 
On l'a identifiée successivement avec plusieurs villages 
turcs, comme Sirgie, Eliesler, Beyseyr, mais sans par- 
venir à une certitude. 

Cérasa eut sans doute un évêché à partir du iv« s. 
Toutefois on ne rencontre de titulaire qu'au v*'. Méné- 
cratès assista au concile de Chalcédoine, 451 (Mansi, 
VI, 573 D, 948 B, 980 E, 996 D, 1070 A, 1089 A; vu, 
124 A, 152 D, 440 E). — Jean prit part au cinquième 
concile œcuménique, 553 (Mansi, ix, 177 B, 193 D, 
394 A). — Michel fut un des Pères du second concile 
de Nicée, 787 (Mansi, xiii, 144 D, 369 B, 389 A). — 
Agathon prit part au concile de 879 qui réhabilita 
Photius (Mansi, xvii A-xviii A, 376 C). 

Le titre de Cérasa ne figure dans les listes de la 
Consistoriale que depuis 1923 et n'a encore été con- 
féré qu'une fois. — André-Réginald Jacq, O. P., 
élu le 8 juill. 1948, coadjuteur du vicaire apostolique 
de Langson et Caobang (Tonkin). 

Lequien, i, 893-94. — Smith, Dictionary of Greek and 
Roman Geography, i, 590. — BUrchner, Kerasa, dans Real- 
Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 264. 

R. Janin. 

CÉRASONTE (KepacjoOs), évêché de la pro- 
vince du Pont Polémoniaque, d'abord suffragant de 
Néocésarée, puis métropole indépendante. La ville se 
trouvait à 60 km. à l'ouest de Trébizonde, sur le bord 
de la mer. Pendant longtemps on avait cru sans contes- 
tation que c'était là qu'avaient abouti les Dix Mille au 
cours de leur fameuse retraite (Xénophon, Anabase, 
V, m, § 1-4,); des auteurs modernes par contre ont 
prétendu, à la fin du xix" s., qu'il fallait distinguer 
deux Cérasontes, l'une à l'ouest de Trébizonde et 
l'autre à l'est. C'est à celle-ci que ferait allusion Xéno- 
phon. Pour soutenir cette opinion, ils se basaient sur 
les distances indiquées par V Anabase (cf. B. Mystaki- 
dès, EOÇeivos FFôvtos, dans NeoAôyou égSotiafa 
èiTieEcbpTiaiç, I, 1892, p. 697-98, et Périclès Trianta- 
phyllidès, TTovTiKd, 174). Cette opinion a été abandon- 
née depuis lors comme une pure hypothèse que rien ne 
semble justifier. 

La ville de Cérasonte était une colonie de Sinope et 
remontait sans doute au vii« s. av. J.-C. Elle se trou- 
vait dans la vallée, à une faible distance de la petite 
ville actuelle de Giresun, qui retient encore, à peine 
déformé, le nom ancien. Giresun est bâtie sur l'em- 
placement de Pharnakia (CDapvocKÎa), fondée par 
Pharnakès. Cette appellation ne supplanta pas celle de 
Cérasonte, qui finit par être seule employée, surtout à 
cause des cerisiers (KépoCTOi) très nombreux dans la 



155 



CÉRASONTE 



— CERBON 



15fi 



région et juslement renommés dans le monde romain 
depuis que Lucullus les avait fait connaître en Italie. 
La ville n'eut jamais une grande importance, bien 
qu'elle ait laissé des ruines qui ofTrent quelque inté- 
rêt : les restes des anciens remparts, d'un amphi- 
théâtre, d'une forteresse et de plusieurs églises byzan- 
tines. Elle fit partie de l'empire de Trébizonde et 
tomba avec lui entre les mains de Mahomet II. En 
1915, la ville de Giresun comptait 20 000 habitants, 
dont 12 000 Grecs, 6 000 Turcs et 2 000 Arméniens. 
Elle n'en a plus que 5 000 à peine, presque tous mu- 
sulmans. Les Grecs ont dû quitter le pays en 1922 et 
les Arméniens ont été massacrés ou dispersés lors des 
persécutions qu'ils ont subies de 1916 à 1922. 

L'évêché de Cérasonte date très probablement du 
iv« s. Sous Alexis Comnène il fut détaché de l'éparchie 
de Néocésarée et érigé en métropole indépendante, la 
67« sur 122 (G. Parthey, HierocUs Synecdemus et 
Notitiae graecae episcopatuum, 98). Elle était la 77« 
sur 112 sous Andronic II (H. Gelzer, Ungedruckte und 
ungenùgend verOffentliche Texte der Notitiae episcopa- 
tuum, Abhandl. der k. bayer. Akademie der Wiss., 
I. Cl., XXI. Bd, III. Abt., Munich, 1900, p. 599); la 64^ 
sur 110 sous Andronic III (H. Gelzer, op. cit., 608); 
la 39'' sur 82 à la fin du xv'' s. (H. Gelzer, op. cit., 629) ; 
la 39" sur 78 en 1645 ('OpôoSoÇfa, m, 1928, 239). Elle 
se maintint jusque dans la seconde moitié du xvii« s. 
et fut incorporée à celle de Trébizonde quand les 
habitants, fuyant devant les persécutions des Turcs, 
se retirèrent dans les villages reculés et devinrent 
incapables de nourrir leur pasteur. On ne la retrouve 
plus dans le Syntagmation de Chrysanthe de Jéru- 
salem édité en 1715. 

On connaît une quinzaine de titulaires grecs de 
Cérasonte. Grégoire assista au concile d'Éphèse, 431 
(Mansi, iv, 1145 D, 1173 B, 1364 D; vi, 871 C). — 
Gratianus, dit aussi Gratidianus, participa à celui de 
Chalcédoine, 451 (Mansi, vi, 572 C, 945 A, 980 A, 
1084 A; VII, 24 CD, 122 B, 148 B); il signa la lettre des 
évêques de sa province à l'empereur Léon à la suite 
du meurtre de Protérius d'Alexandrie, 458 (Mansi, 
VII, 605 D). — Théophylacte prit part au sixième 
concile œcuménique à partir de la 16^ session, 681 
(Mansi, xi, 616 B, 629 A, 651 B, 680 A). — Narsès fut 
un des Pères du concile in Trullo, 691-92 (Mansi, 
XI, 1000 C). — Jean prit part au second concile de 
Nicée, 787 (Mansi, xiii, 145 D, 369 D, 392 D). — 
Agathon fut à celui de 879 qui réhabilita Photius 
(Mansi, xvii A-xviii A, 376 D). — Michel fut transféré 
d'Ancyre à Cérasonte sous Michel Cérulaire (Nicé- 
phore Calliste, Eccl. hist., xiv, 39). — Après lui, nous 
trouvons Nicétas, 1082, Pierre, 1144, 1147, Cyrille, 
1360, Achilleius, 1393, CaUiste, oct. 1483, Théophane, 
juin 1572, Euthyme, 1590, Parthénios, avr. 1596, et 
Néophyte, 1613' 

Dans l'Église romaine le titre de Cérasonte n'a 
encore été conféré qu'une seule fois : à Mgr Louis 
Anneau, C. M. M., élu le 9 mai 1910, vicaire aposto- 
lique du Shiré. 

Lequien, i, 513-16. — Ruge, Kerasus, dans Real-Encyclo- 
pàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 264-65. — Smith, Dictionarg of 
Greek and Roman Geography, i, 590. — V. Cuinet, Turquie 
d'Asie, I, 64-68. — A. Battandier, Ann. pont., 1916, p. 385. 

R. Janin. 

CÉRAT (Saint), Ciratus, évêque de Grenoble, est 
cité en 6« lieu sur la liste épiscopale. Il fut présent au 
concile d'Orange en 441. Avec Salonius et Veranus, 
autres évêques de Gaule, il écrivit en 450 une lettre au 
pape S. Léon. Il est encore question de lui dans l'épître 
synodique d'Eusèbe de Milan, également à S. Léon. 
On a émis diverses conjectures à son sujet; mais, 
comme le disait déjà Papebroch, elles sont sans fon- 
dement. Pie X confirma le culte du saint en 1903. 



A. S., juin, I, 697-98. — Auvergne, Dissertation sur le 
culte de S. Cérat, év. de Grenoble, dans Reu. des Alpes, 1858. 

— B. H. L., 260, 1331-32. — Duchesne, i», 231. — 
Gall. christiana, ii, 603. — Mansi, vi, 441. — Mort. Hier., 
éd. Delehaye, 307. — P. L., liv, 887-89, 946. 

R. Van Doren. 
CERAUNIA. Voir Cerynia. 

CERAUNIUS (Saint), Céranou Ceranne, succéda 
à Simplice sur le siège de Paris. Warnahaire de 
Langres, dans sa biographie des trois saints jumeaux, 
le compare à Eusèbe de Césarée pour le soin avec 
lequel il recueillit les actes des martyrs, ce qui le fit 
passer plus tard, non sans exagération, pour « un des 
plus illustres collecteurs » de ces actes. Céran assistait 
1 en 614 au V« concile de Paris, mais il ne vivait plus 
quand se tint celui de 625. Il fut enterré près du corps 
de Ste Geneviève. Au xiii« s. ses reliques furent dépo- 
sées dans une châsse. — Inscrit dans plusieurs marty- 
rologes à partir du xii^ s. au 27 ou 28 sept., Céran 
était au bréviaire de Paris du xiii« s. Sa translation se 
célébrait à Ste-Geneviève le 16 nov. Sa fête est éga- 
lement au nouveau propre de Paris. 

A. S., sept., VIII, 454-57. — Baudot, Dict. d'hagiographie, 
155. — Duchesne, ii, 92. — Gcdlia christiana, vu, 23, 699. 

— Hist. litt. France, m, 526-27. — V. Leroquais, Les bré- 
viaires mss. des biblioth. publ. de France, ii, Paris, 1933, 
p. 341, 466; m, 445, 446; iv, 28. 

R. Van Doren. 
CERBALI. Il y avait en Proconsulaire une 
Ecclesia Cer6a/i7a/ia, qui n'est connue que par le concile 
carthaginois de 525 (Hardouin, Coll. concil., ii, 1082). 
L'episcopus plebis Cerbalitanae s'appelait alors 
Constantius. 

Morcelli, i, clxxvi, 137-38. — Not. dign., annot., p. 655 
(le met dans les provinces incertaines). — Gams, i, 465, 

— Ch. Tissot, Géogr. comparée, n, Paris, 1888, p. 781 
(Cerbalitana, comme la Not. dign., et le met égale- 
ment dans prov. incert.). — De Mas-Latrie, dans Bull, de 
corresp. afr., 1886, p. 86; Trésor de chronologie, Paris, 1889, 
p. 1878. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. clirét.. Proconsu- 
laire, Rennes-Paris, 1892, xxxvi, p. 162. — P. Mesnage, 
L'Afr. chrét., Paris, 1912, p. 190. 

J. Perron. 

1. CERBON (Saint), martyr à Mugello (Tos- 
cane), 24 oct. 250 (•?). Une Passio SS. Crescii, Om- 
nionis et Empti, Cerbonii et Pamphilae {B. H. L., 
1987), identique à celle de S. Miniatus, prétend que 
ces saints sont venus d'Allemagne et subirent le mar- 
tyre à Mugello. Le chroniqueur Giovanni Villani 
(t 1348) parle de leur culte à Florence et de leur 
supplice sous Dèce. En réalité, Cerbonius, qui doit être 
séparé du groupe, est l'évêque de Populonia, vénéré 
dans toute la Toscane. Les trois premiers noms pro- 
viendraient de la mauvaise lecture d'une inscription 
funéraire : cresc empti onis. 

A. S., oct., X, 583-614. — Lanzoni, 576. 

R. Van Doren. 

2. CERBON (Saint), évêque de Massa maritima 
(Populonia). S. Grégoire parle de la sainteté de Cer- 
bonius (Dial., m, 11). A l'invasion des Lombards, C. 
se retira à l'île d'Elbe, où il mourut vers 575, le 
10 oct. Son corps fut transféré à Populonia. 

Sa biographie (D. H. L., 1728-1729) est due à un 
auteur anonj'me, qui s'inspira des Dialogues de S. Gré- 
goire et de la Vita de S. Regulus (/}. H. L., 7102), 
elle-même remplie de traits légendaires. Cerbonius, 
dit-elle, fut un des compagnons de Regulus, « arche- 
chevêque et père de l'Afrique ». Ensemble, ils avaient 
quitté leur patrie à cause de la persécution arienne. 
Devenu évêque de Populonia, Cerbonius fut condamné 
par Totila à être dévoré par un ours. Mais il s'enfuit à 
l'île d'Elbe. Son voyage d'Afrique en Italie, la longue 
durée de son épiscopat, sa condamnation à mort par 



157 CERBON — C 

Totila ae sont que des fables. De même ses rapports 
avec Regulus, dont, après la Vifa, parle le martyro- 
loge romain. 

A. S., oct., V, 87-102; Auct., 36. — P. Kehr, Ilalia pont., 
III, 271. — Lanzoni, 555-58. — Mort. Rom., 445-46, 374. 

— Ughelli, III, 705. 

R. Van Doren. 
3. CERBON (Saint), cité au 10 oct. par le mar- 
tyrologe romain comme évêque de Vérone, n'est pas 
distinct de S. Cerbon, évêque de Massa maritima, qui 
fut vénéré à l'église de S.-Proculus de Vérone. A une 
époque récente, il fut inscrit sur la liste épiscopale de 
cette ville. Mais les auteurs hésitaient sur la date de 
son épiscopat; ils allaient du -v au vin» s. Biancolini, 
pour tourner la difficulté, classa les évêques par ordre 
alphabétique. 

A. S., cet., V, 85-87; Auct., 36. — J.-B. Biancolini, Noti- 
zie stor. délie chiese di Verona, Vérone, 1749, p. 167. — 
Lanzoni, 929. — Mort. Rom., 446. — UgheUi, v, 678. 

R. Van Doren. 

CE RCA M P, Carus campus, Cerf camp, Cervi- 
campus, ancienne abbaye de moines cisterciens située 
sur la commune de Frévent (Pas-de-Calais), près de la 
Canche, dans l'actuel diocèse d'Arras (jadis d'Amiens). 
Hugues de Camp d'Avesne, comte de Saint-Pol, en est 
le fondateur; il aurait accompli cette œuvre en répa- 
ration de ses crimes, selon les conditions mises par 
Innocent II à son absolution. Les moines venus de 
Pontigny entrent à Cercamp en nov. 1141. Dès 1170, 
Alexandre III doit intervenir pour faire restituer à 
l'abbaye des propriétés ravies par les voisins (Jaïïé, 
Reg., 11800 : lettre à Henri de France, cisterc, 
archev. de Reims). L'abbé de Cercamp est alors 
Hesselin, qui avait été chargé de remettre au roi d'An- 
gleterre, Henri II, la première lettre d'avertissement 
de la part de Thomas Becket. 

Située aux confins des diocèses d'Amiens et de Thé- 
rouanne, Cercamp était parfois objet de litige entre les 
deux évêques, chacun prétendant y exercer sa juridic- 
tion. Grégoire IX, en mai 1232, retint personnellement 
l'affaire. Trente ans plus tard, l'église abbatiale, com- 
mencée en 1150, était consacrée de concert par les 
deux évêques. Plus tard, les guerres vinrent ruiner la 
prospérité de l'abbaye. En 1442, ce n'est plus qu'un 
monaslerium ruinosum et inops (suppl. à Eugène IV), 
et il faudra attendre l'énergique abbé Pierre de Bachi- 
mont (1512-1550) pour voir Cercamp se relever. La 
commende n'arriva ici qu'en 1659, mais dans des 
conditions très spéciales : dom Louis Lelièvre gouver- 
nait en paix quand fut imposé subitement par le roi 
de France un abbé commendataire qui n'était autre 
que le cardinal Mazarin. Contre pareil compétiteur, 
les protestations et les efforts de l'abbé régulier furent 
inutiles. Nonobstant le régime destructeur des com- I 
mendataires, l'abbaye se maintint durant le xvme s. 
avec un chiffre de religieux évoluant de 12 à 15. 

Série des abbés d'après Cardevacque qui rectifie le 
Gallia et que complètent les statuts capitulaires de 
Cîteaux : 1. Jourdain, 1141. — 2. Hugues I", 1142-54. 

— 3. Urbain I", 1154-66. — 4. Hesselin, 1166-72. — 
5. Alban, 1172. — 6. Pierre I", 1173-79. — 7. Artaud, 
1179-88. — 8. Hugues II, 1189-1203. — 9. Urbain II, 
1203. — 10. Robert I", 1204-09. — 11. Alard ou 
Arnold, 1209-23. — 12. Adam, 1223. — 13. Robert II, 
1224-40. — 14. Vaast, 1240. — 15. Jean I", 1240-61. 

— 16. Willard, 1261-80. — 17. Gérard, 1280-87. — 
18. Martin, 1287-89. — 19. Jean II, 1289-1303. — 
20. Nicolas, 1303. — 21. Jean III, 1303-12. — 
22. Jean IV, 1313-18. — 23. Guillaume, 1318-19. — 
24. Enguerrand I", 1319-35. — 25. Jean V, 1335-39. — 
26. Robert III, 1339-50. — 27. Alban, al. Thomas, 
1350-59. — 28. Jean VI, 1359-69. — 29. Jean VII, 
1369-72. — 30. Jean VIII, 1372-1416. — 31. Ro- 



ERCANCEAUX ■ 158 

j bert IV, al. Pierre, 1416-46. — 32. Jean IX de Va- 
lières, 1446-55. — 33. Enguerrand Bernlcourt, 1455- 
82. — 34. Jean-Laurent Lefranc, 1482-1503. — 
35. Louis Vignon, 1503-12. — 36. Pierre de Bachi- 
mont, 1512-50. — 37. Jean Rouget, 1550-69. — 
38. PhiUppe de Saulty, 1570-75. — 39. Germain Pec- 
queur, 1575-78. — 40. Eustache de Bayard de Gan- 
tau, 1578-1613. —41. Philippe Delahaye, 1613-18. — 
42. François Monchiet, 1618-26. — 43. Jacques 
Lemaire, 1626-50. — 44. Antoine Géry, 1650-58. — 
45. Louis Lelièvre, 1658-59. — 46. Cardinal Mazarin, 
commendataire, 1659-61. — 47. Jules-Paul de Lyonne, 
t 1721. — 48. Cardinal Dubois, 1721-23. — 49. Louis 
de Bourbon, 1723-38. — 50. Théodore de Potocky, 
primat de Pologne, 1738. — 51. Claude-Roger- 
François de Montboissier-Beaufort de Canillac, 1739- 
61. — 52. Cardinal Colonna-Sciarra, 1761-65. - 
53. Cardinal Charles-Antoine de Laroche-Aymon, 
1765-77. — 54. Alexandre-Angélique de Talleyrand- 
Périgord. 

Archives départ, du Pas-de-Calais, série H, 25, reg. 
(80 liasses), chartes et privil. (16 de ces pièces originales ont 
été éditées par le J. Ramackers dans Papsturkunden..., 
Artois, Gœttingue, 1940, 11, 77 sq.). Terriers et cueilloirs; 
obituaire signalé par Molinier, n. 247. Deux cartulaires 
(xin«-xviii« s.) qui ne sont guère que des débris (cf. Stein, 
n. 812, 813). Le dépôt départ, du Nord conserve un certain 
nombre de pièces (cf. Inventaire par Bruchet, Lille, 1928, 
série H). Quelques documents chez M. le marquis de 
Beaufort, à Bruxelles. Paris, Bibl. nat.. Coll. Moreau, 
ms. 563 (XVI» et xvii" s.), 566 : le vray discours du faict de 
l'abb. de Cerc. (xvi« s.). — Cardevacque, Hist. de l'abb. de 
Cercamp, Amiens, 1878. ■ — Douai, Bibl. munie, ms. S20, 
fol. 150. — Gall. christ., x, 1336. — Janauschek, Origines 
cisterc. Vienne, 1877, p. 66. — Macquart, L'abb. de Cer- 
camp (thèse Éc. des chartes, 1913). — Manrique, Annales 
cisterc, Lyon, 1642, ann. 1137 sq.- — Martène, Thésaurus, m, 
1221, Hist. Pontiniac; 1264, De monast. quae ex Pontiniac. 
prodierunt. — Potthast, Reg., 1534, 8929, 13157, 13506. — 
Statuia cap. gen. ord. cisterc, édit. Louvain, 1933-41, i-viii, 
passim. — Autres réf. dans Cottineau, 653. 

J.-M. Canivez. 
CERCANCEAUX, Sacra cella, Sarcocellum, 
Cercancella, ancienne abbaye cistercienne située sur la 
commune de Souppes, dans le dép. de Seine-et-Marne, 
non loin de Château-Landon, diocèse de Meaux, jadis 
de Sens. Les premières donations furent faites par 
Henri Clément, sire du Mez; le roi Philippe Auguste 
les confirma et les augmenta. L'abbaye de la Cour- 
Dieu, au diocèse d'Orléans, envoya les moines fonda- 
teurs avec Odon qui fut le premier abbé; c'était en 
1181. Vingt ans après, sur les ordres d'Innocent III, 
l'abbé de Cercanceaux et plusieurs autres abbés cis- 
terciens, accompagnés du personnel jugé nécessaire, 
partaient pour la croisade dirigée contre les Albi- 
geois. Les statuts capitulaires de Cîteaux parlent 
assez fréquemment de Cercanceaux; ils en signalent 
surtout la pauvreté et, de ce chef, lui accordent dis- 
pense des contributions générales. En 1514, le com- 
mendataire fait son apparition; son premier soin est 
d'expulser l'un des moines, Laurent Degrijs, nulle- 
ment déméritant d'ailleurs. En 1768, on note la pré- 
sence de quatre religieux seulement, et l'abbaye sera 
bientôt supprimée. 

Série des abbés d'après le Gallia qui l'avoue fort 
incomplète : 1. Odon. — 2. Hugues, 1191. — 3. Gef- 
froy. — 4. Guillaume I", 1218, 1223. — 5. Bertrand, 
1236. — 6. Guérin, 1245. — 7. Guillaume II, 1249. — 
8. N., 1323. — 9. Laurent, 1362. — 10. Guillaume III. 
— 11. N., 1427. — 12. Jean, 1493. — 13. Guillaume IV 
Rolland, commendataire, 1514. — 14. Antoine He- 
rouet, 1550, év. de Die. — 15. Cardinal de Bourbon. — 
16. Charles de Mansel. — 17. Pierre Chevron. — 
18. François le Charron, 1615. — 19. Félix Vialart de 
Herse, év. de Châlon, 1640. — 20. Bonaventure 



159 



CERCANCEAUX 



— CERCYRE 



160 



Rousseau de Bazoches, 1670, 1680. — 21. Claude de 
Vipard de Silly. — 22. Antoine de Bourbone, 1726. — 
23. Marc -Antoine-Geoffroy CoefYy. — 24. N. de la 
Chabrerie, 1737. 

Archives : au dépôt départ, de Seine-et-Marne, série H, 
n. 102, dont toutes les pièces sont du xviii" s. et ne concer- 
nent que le temporel de l'abbaye. — M. Aubert, L'archit. 
cist. en France, Paris, 1943; remarque quelques particula- 
rités architecturales. — L. DeUsle, Catal. actes de Philippe 
Auguste, Paris, 1856, n. 274 (suspect), 514. — Gall. christ., 
XII, 240. — Janauschek, Origines cisterc. Vienne, 1877, 
p. 180. — Manrique, Annales cisterc, Lyon, 1642, ann. 1181, 
IX, 1. — Morin, Hist. ... Gastinois..., Paris, 1630, p. 386-89. 
— Statula cap. gen. ord. cisterc, édit. Louvain, 1933-41, 
i-viii, passim. — Autres référ. dans Cottineau, 654. 

J.-M. Canivez. 

CERCEAU (Jean-Antoine du), jésuite, né à 
Paris le 12 nov. 1670, f à Véret près de Tours le 
4 juin. 1730. Entré au noviciat le 17 janv. 1688, il en- 
seigna aux collèges de Rouen et de La Flèche. En 1702 
il fut nommé professeur de rhétorique en ce dernier 
collège. Nommé précepteur du prince de Conti, il avait 
accompagné son élève au château du duc d'Aiguillon à 
Véret. Dans le parc, le jeune prince, qui maniait mala- 
droitement un fusil de chasse qu'il venait de recevoir 
de ses parents, tua accidentellement son précepteur. 
On dissimula d'abord l'accident et dans la lettre en- 
voyée aux maisons de la province, le P. du Cerceau 
passe pour avoir succombé à un coup de sang. 
• L'œuvre du P. du Cerceau, tout en étant variée, est 
avant tout d'ordre littéraire : poésies françaises et 
latines, articles de critique, etc. Ses tragédies et 
comédies de collège : L'enfant prodigue; Le faux duc de 
Bourgogne ou Grégoire ou Les incommodités de la 
grandeur; L'école des frères, Ésope au collège et Les 
cousins furent assez célèbres et ont été jouées parfois 
encore au xix« s. Ses autres poésies forment un assem- 
blage varié de cantates, d'épîtres, d'idylles, d'épi- 
grammes et de contes en vers. On y trouve nombre de 
pièces de circonstance et de société. Parmi ses poésies 
latines, outre le Filius prodigus, l'original de la pièce 
française, un assez long poème Papiliones, Santolinus 
vindicatus et la courte poésie Omnia vaniias praeter 
amare Deum affirment sa maîtrise du vers latin, son 
goût affiné quoique non exempt de recherche. Dans 
ses poésies françaises, du Cerceau imite le langage et le 
style de Marot. Ses œuvres de critique, pour la plupart 
publiées dans le Mercure et les Mémoires de Trévoux, 
comprennent entre autres une introduction à une 
édition de Villon, et Réflexions sur la poésie française, 
etc., 1742, in-12, 458 p. Ce sont des articles réunis en 
volume après la mort de l'auteur. Du Cerceau pro- 
nonça l'oraison funèbre des parents de Louis XV à 
Bourges en 1712 et une Oratio de Christo in cruce 
patiente, à La Flèche en 1703. On a de lui deux œuvres 
historiques : une Histoire de la dernière révolution de 
Perse, 2 vol., 1728, réimprimée en 1741 sous le titre de 
Histoire de Thamas Kouli-Kan, sophi de Perse, et, en 
1742, Histoire des révolutions de Perse depuis le com- 
mencement de ce siècle jusqu'à la fin du règne de l'usur- 
pateur Aszraff. L'auteur s'est servi des notes du 
P. Thaddée Krusinski, S. J. L'édition de 1741 fut tra- 
duite en anglais. La seconde œuvre historique : La 
conjuration de Nicolas Gabrini. dit de Rienzi, tyran de 
Rome en 1347, fut publiée après la mort de l'auteur et 
dut être complétée par le P. Brumoy en 1733 (cf. 
Mém. de Trévoux, 1733, p. 1877-87). Traduite en 
anglais en 1836, elle eut plusieurs rééditions au xix'' s. 
Du Cerceau intervint par quelques petits écrits dans la 
controverse janséniste autour de la Constitution 
Unigenitus et, antérieurement, en 1696, à propos de 
l'épitaphe d'Antoine Arnauld par Santeuil; en 1698 : 
Lettre d'Eudoxe à M. l'abbé ***, une réplique, non une 
réfutation, à la lettre de l'abbé *** à Eudoxe du 



P. Daniel. L'éloge funèbre de Du Cerceau qui parut au 
Mercure (sept. 1730, p. 1962-67) est du P. Brumoy. 
En 1828, Péricaud aîné et Breghot du Lup donnèrent 
une édition des œuvres littéraires de Du Cerceau : 

Théâtre et poésies, 2 vol. 

Sommervogel, ii, 967-81; ix, 32; xi, 1642, 1-8. — Péri- 
caud, etc.. Œuvres du P. du Cerceau (notice bio- et biblio- 
graphique). 

A. De Bil. 

CERCIA (Raphaël), théologien de la Compagnie 
de Jésus, professeur au Collège romain (1814-86). 
Voir D. T. C, ii, 2137-38. 

CERCINA (Ues Kerkena). Au N.-E. de la petite 
Syrte, deux grandes îles, précédées au nord et à l'est par 
une dizaine d'îlots, forment l'archipel des Kerkena. 
La plus importante, Charki, mesure 30 km. de long, 
tandis que Gharbi, la plus petite, n'en a que 14 dans sa 
plus grande largeur. Elles étaient dans l'antiquité 
reliées par un pont de près d'un km. dont Pline nous a 
gardé le souvenir. Les voyageurs anciens ne manquent 
pas de les signaler (Scylax, Hérodote, Strabon, Aga- 
thomeros) et on les trouve successivement dans l'his- 
toire sous les noms de Cyraumis, Karkinis, Cercina, 
ces derniers étant réservés à la grande île et Cercinitis 
à la plus petite. Diodore de Sicile nous la montre 
colonisée par les Carthaginois et payant tribut à la fin 
de la 2« guerre punique. Après le rôle épisodique 
qu'elle joua dans la campagne de César comme base de 
ravitaillement, Cercina paraît s'être tenue en dehors 
des événements qui bouleverseront la Byzacène à 
laquelle elle sera rattachée à partir du iii» s. par 
Dioclétien. 

Le fait le plus saillant et le plus connu de son histoire 
est la fondation en 532 par S. Fulgence d'un monastère 
sur un îlot... in quodam brevi scopulo cui nomen est 
Chilmi. Celui-ci n'a pas été identifié, mais il existe au 
N.-E. de l'île Chergui une série de petits îlots où sont 
signalées des ruines romaines, dont un en particulier, 
Er Roumadia, pourrait correspondre au brevis scopu- 
lus par ses dimensions. Quelques ruines ont été signa- 
lées en d'autres points : à El Marsa des columbaria 
en ruines, à El Ksar une nécropole (type Thense), 
enfin des catacombes au lieudit « Kraten ». Celles-ci 
sont creusées dans le tuf et n'ont pas été explorées. 
Rien ne prouve que nous ne soyons pas en présence de 
souterrains-refuges si nombreux dans toute la By- 
zacène. 

L'évêché de Cercina se trouvait dans l'île la plus 
orientale. Aucune trace n'en a été retrouvée. Un 
évêque nous est connu; il est cité dans la liste de 484 : 
c'est Athenius Circinatanus, qui fut envoyé en exil 
par Hunéric. 

Morcelli, i, Brixen, 1816, p. 142. — Notitia dignitatum, 
éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, p. 623. — L. de Mas-Latrie, 
Anciens évêchés de l'Afrique septentrionale, dans Bull, 
corr. afr., 1886, p. 82; Trésor de chronologie, Paris, 1889, 
p. 1866. — Tissot, Géogr. comparée de la prov. rom. d'Afr., 
184 et 734, 788. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrétienne, 
p. 83. — Thes. ling. lai., Onomasticon, ii, 1909, s. v. — 
P. Mesnage, L'Afrique chrétienne, Paris, 1912, p. 95. — 
St-Gsell, Atlas archéol., i, 345, n. 4, 455. — Bertholon, Rev. 
tunisienne, 1899, p. 54. — J. Despois, Z-es îles Kerkennah. 
La Tunisie orientale, Sahel et basse steppe, 546 sq. — 
Mgr Leynaud, Catacombes africaines, 346. — V. Guérin, 
Voyage en Tunisie, i, 170-75. — J. Servonnet et F. Laf- 
fltte, Le golfe de Gabès en 1888. 

G.-L. Feuille. 
CERCYRE (Sainte), martyre à Corcyre (Corfou), 
est fêtée au 29 avr. par les ménées grecques. D'après 
celles-ci, C. était fille de CerciUnus, roi de Chypre. 
Elle devint chrétienne en voyant le courage des sept 
voleurs convertis eux-mêmes par Jason et Sosipater, 
dont parlent les Actes des Apôtres (xvii, 59). Elle subit 



161 



CERCYRE 



— CERDON 



182 



le martyre vers l'an 100. Mais comme Jason et Sosi- 
pater n'ont aucun rapport avec l'île de Chypre, les 
sept voleurs et Cercyre elle-même sont des personnages 
inventés par une Passion récente, d'où ils passèrent 
dans les ménées. 

A. S., avr., m, 620-21. — H. Delehaye, Saints de Chypre, 
dans A. Boll., xxvi, 262. — Martinov, Ann. eccl. gr.-slav., 
1864, p. 116-17. 

R. Van Doren. 
CERDA (Juan Luis de La), jésuite, né à Tolède 
en 1558, mort à Madrid le 6 (25?) mars 1643. Entré au 
noviciat le 4 oct. 1574, il passa cinquante ans dans 
l'enseignement des belles-lettres à Murcie, à Oropesa 
et à Madrid. Philologue et professeur célèbre, il 
exerça par certaines de ses œuvres une influence du- 
rable sur l'enseignement classique en Espagne. Ur- 
bain VIII l'avait en particulière estime et ne manquait 
pas de le faire saluer par son neveu le nonce Barberini. 
L'ouvrage classique qui attira le plus de renom à La 
Cerda est son commentaire sur Virgile, 3 vol. in-folio, 
parus, le premier à Madrid en 1608, les deux autres à 
Lyon en 1612 et 1617. Son édition ne satisfait évi- 
demment pas aux exigences modernes; elle n'a rien 
d'une édition critique. Le commentaire, avant tout 
grammatical, historique et littéraire, prouve chez 
l'auteur une étonnante érudition, un goût moins sûr. 
La comparaison de l'oeuvre de Virgile avec celle 
d'Homère y tient une grande place et, jugement qui 
nous surprend, l'art poli et étudié de Virgile y est 
placé bien au-dessus, et cela d'une façon obsédante, de 
la riche spontanéité d'Homère. On peut y reconnaître 
un des caractères de la culture de l'époque. C'est par 
une œuvre à première vue plus modeste qu'il in- 
fluença pendant deux siècles l'éducation classique. 
Sous le titre de De inslitutione grammatica libri V, il 
remania et adapta les Grammalicae inlroductiones du 
célèbre philologue Antonio de Nebrija (1449-1552), 
professeur d'éloquence latine à Séville, à Salamanque 
et à Alcala. La nouvelle édition parut en 1598 et le 
livre commença à s'appeler l'Arte reformada de Anto- 
nio. Le P. de La Cerda n'y ajouta pas son propre nom. 
Le privilège de l'impression appartenait à l'hôpital 
général de Madrid. G. Mayans, quand il fait un 
reproche de ce privilège, ne peut viser la Compagnie. 
La Cerda édita et commenta Tertullien : Quinti 
Septimi Florentis Tertulliani opéra argumentis, expli- 
cationibus ac notis illustrata, 2 vol., Paris, 1628, 1630. 
Nombre de notes de La Cerda sont reproduites dans 
l'édition de Tertullien qui se trouve dans P. L. 
Le Nourry, dans sa dissertation (P. L., i, 753), tout en 
reconnaissant la valeur de La Cerda, reproche à cette 
édition de ne pas être assez critique, d'avoir choisi une 
disposition typographique peu heureuse où le com- 
mentaire coupe le texte, enfin de fournir un commen- 
taire parfois surabondant. En 1626, La Cerda édita un 
in-foHo composite sous le titre Adversaria sacra quibus 
fax praefertur ad intelligentiam multorum scriptorum 
sacrorum. Grâce à son étonnante érudition, l'auteur 
s'y efforce de donner l'interprétation de vocables et de 
textes difficiles. On y trouve aussi une collation de 
variantes du N. T. grec, etc. Il y ajouta une édition 
avec traduction latine et commentaires des psaumes 
de Salomon. C'est l'édition princeps. Faite d'après la 
copie d'un manuscrit de la bibliothèque d'Augsbourg, 
qu'avait envoyée le P. André Schott, S. J., elle servit 
longtemps de Ijase aux rééditions. La première édition 
scientifique est celle de Hilgenfeld, toujours d'après ce 
manuscrit unique, la meilleure celle que von Gebhardt 
publia dans les Texte und Unlersuchungen, xiii, 2, 
d'après divers mss. Dans la préface de son édition, 
V. Gebhardt se montre d'une sévérité outrée pour La 
Cerda dont la traduction est heureuse et le commen- 
taire intéressant. Comme dernière partie du volume 

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés. 



nous trouvons une édition avec commentaire plus 
développé du De pallia de Tertullien. On peut citer 
encore un traité théologique De excellentia sacrorum 
spirituum, imprimis de angeli cuslodis ministerio. Enfin 
un supplément au dictionnaire de Calepini, Ex glossis 
Isidori. 

Sommervogel, ii, 984-90; ix, 22; xi, 1642. — Nie. 
Antonio, J3iW. hisp. nova, i, 722. — Southwell, Script. S. J., 
p. 470-471. — Alcazar, Hist. de la provincia de Toledo, n, 
457-61. — Astrain, Hist. de la C. de J., iv, 110-12. — Texte 
und Unlersuchungen, xiii-2, p. 1-8. — Uriarte, Obras 
anônimas y seudonimas de autores de la Companiade Jesùs, 
III, 11. 

A. De Bil. 

CERDEGARIUS, évêque d'Évreux (892?- 
912?). L'effigie de Cerdegarius figure parmi celles des 
évêques conservées au palais épiscopal à Évreux. La 
liste épiscopale, incomplète d'ailleurs, ne précise rien 
à son sujet. Il assista au concile de Trosly (Trosleianus, 
dioc. de Soissons) en 909; il était encore en vie au mo- 
ment du traité de S.-Clair-sur-Epte, en 912. 

Les auteurs du Gallia chrisliana admettent qu'on 
pourrait l'identifier avec un S. Leodegarius, évêque 
d'Évreux et martyr, dont les reliques se trouvaient à 
Soupes, territoire de Wastin. Une reine Blanche, 
souffrant de la lèpre, les y avait fait ramener d'An- 
gleterre. En ce cas, Cerdegarius aurait été tué par les 
Normands, et son corps emporté en Angleterre. 

G. Bonnentant, Hist. gén. du diocèse d'Évreux, i, Paris, 
1933, p. 8-9. — A. Chassant et G.-E. Sauvage, Hist. des 
év. d'Évreux, 1846. — Gall. christ., xi, 570. — Gams, 549. 

R. Van Doren. 

CERDON, hérétique du ii" s. S. Irénée, Adv. 
haeres., I, xxvn, 1, nous apprend que Cerdon suivit les 
doctrines enseignées par Simon le Magicien et vint 
habiter Rome sous le pontificat d'Hygin. Il ajoute 
(Adv. haeres., III, iv, 3; cf. Eusèbe, Hist. eccles., IV, 
II, 2) qu'il donna longtemps le change aux fidèles et 
aux autorités de l'Église en dissimulant son enseigne- 
ment ou en faisant semblant de regretter ses erreurs. 

Cerdon enseignait qu'il y avait deux dieux, l'un bon, 
l'autre cruel et mauvais. Le Dieu bon était le vrai 
Dieu, le Père du Christ. C'était le dieu mauvais qui 
avait créé le monde, qui avait aussi donné la loi à 
Moïse et parlé par les prophètes. Il ajoutait que le 
Christ n'était pas réellement venu dans la chair, mais 
qu'il n'avait été qu'en apparence : dès lors ni la nais- 
sance virginale ni la Passion ne sont des réalités; il n'y 
a là que des illusions. De même, les corps ne ressusci- 
teront pas; il n'y a d'immortalité et de résurrection 
que pour l'âme. Cerdon rejetait les Évangiles et les 
livres du N. T., à l'exception de S. Luc et des épîtres 
de S. Paul; encore supprimait-il des passages du troi- 
sième évangile et n'acceptait-il de S. Paul ni toutes les 
épîtres ni ces épîtres entières (Pseudo-Tertullien, Adu. 
omn. haeres., 6; S. Épiphane, Haeres., xli, 1; Filas- 
trius, Adv. haeres., xliv). 

La venue de Cerdon à Rome sous le pontificat 
d'Hygin est encore attestée par S. Cyprien (Epist., 
Lxxiv, 2), par S. FirmiUen de Césarée (Ê'pfs/., lxxv, 5, 
inter cyprian.), par Eusèbe (Chronic., éd. Helm, 202). 
Elle est assurément le fait le mieux assuré de son exis- 
tence. On peut croire aussi que Cerdon était originaire 
de Syrie, comme le disent S. Épiphane {Haeres., 
XLi, 1) et Filastrius (Ado. haeres., xliv), sans doute 
sur la foi du Syntagma de S. Hippolyte. Il faut ne pas 
attacher d'importance à la 6ia5oxiî qui rattache Cer- 
don à Simon : ce doit être là une simple formule. 

Plus délicate est la question des rapports entre Cer- 
don et Marcion. Les deux hérétiques ont sans doute 
vécu à Rome en même temps et ils ont pu s'y ren- 
contrer. Est-ce à dire que déjà Cerdon a clairement en- 
seigné l'opposition du Dieu de l'A. T. et du Dieu du N., 

H. — XII. — 6 — 



163 



CE R DON 



— CÉ RÉTAPA 



164 



ce qui est le dogme fondamental de Marcion? S. Irénée 
l'assure; mais alors, on ne voit pas en quoi consisterait 
l'originalité de Marcion. Il est possible que Cerdon ait 
simplement professé le dualisme, qui était la doctrine 
fondamentale des systèmes gnostiques, et qu'il n'ait 
pas songé à parler d'un Dieu étranger, comme le fait 
Marcion. I.e problème est peut-être insoluble dans 
l'état actuel de nos informations. Du moins ne peut-on 
pas nier, sans plus, une certaine dépendance de Mar- 
cion à l'égard de Cerdon, peut-être dans l'acceptation 
par Marcion du docétisme. Les auteurs anciens, à 
commencer par S. Irénée (Adv. haeres.. I, .\xvii, 1; 

III, IV, 3) et Tertullien (Adi>. Marcion., i, 2 et 22; 

IV, 17), l'affirment trop clairement pour qu'on puisse 
en douter. 

A. von Harnack, Marcion. Dus Huangelium des fremden 
Gottes, 2» édit., Leipzig, 1924, p. 31 '-.SG*. — F. Sagnard, 
La gnose valentinienne, Paris, 1947, p. 86-89. 

G. Bardy. 

CERDON lENS, hérétitiues du ii" s. S. Épi- 
phane (Haeres., xli) consacre une notice aux cerdo- 
niens, disciples de Cerdon; mais il se contente en fait 
d'exposer, d'après S. Irénée et S. Hippolyte, ce qu'il 
sait de la doctrine de Cerdon. 11 ne connaît pas de 
cerdoniens et pour cause. Ceux-ci n'ont jamais dii 
former une secte séparée. Le nom même de Cerdon, 
encore connu de S. Cyprien et de Firmilien de Césarée, 
n'a pas tardé à sombrer dans l'oubli. 

G. Bardy. 

1. CEREALIS, Celer, Celeriits, est mentionné 
au martyrologe romain le 28 févr. en tête d'un groupe 
de martyrs d'Alexandrie. Cette insertion est due à 
Baronius. Il se réfère à Bède, qui ne parle pas de 
Cerealis, et aux anciens mss. dont il ne nomme aucun. 
La seule source est l'hiéronymien, fort corrompu en ce 
passage, et qui ne rattache pas les saints à .\lexandrie. 

A. S., févr., III, 728-29. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 119. 
— Mort. Rom., 79. 

R. Van Doren. 

2. CEREALIS (Saint), est rappelé au martyro- 
loge romain, le 10 juin, avec Amantius et Gétule mar- 
tyrisés à la via Salaria. Ces saints furent insérés au 
martyrologe par Adon sur la foi de la Passion de Gé- 
tule (B. H. L., 3524-25), identique à celle de Zoticus 
{B. H. L., 9028) avec simple substitution de noms. 
Cette Passion rapporte que Gétule de Gabii ((^asti- 
glione) sur la via Praeneslina convertit Cerealis, vicaire 
de l'empereur Adrien, et son frère Amantius et les fit 
baptiser par le ])ape Sixte (116-25). Cerealis, dénoncé 
par N'incent, fut emprisonné, puis décapité avec ses 
compagnons à la via Salaria à 30 milles de Rome. Ils 
furent ensevelis par Symphorose, femme de Gétule. 

Que la Passion de Gétule ait inspiré celle de Zoticus, 
ou inversement, elles sont entièrement légendaires. 
C'est dire qu'on ne connaît rien au sujet de Cerealis. 

A. S., janv., ii, 261-62. — ■ Barbier de Montault, Œuvres 
complètes, xii, 1897, p. 27-28. — H. Delehaye, Les origines 
du culte des martyrs, 278, 288, 295. — Lanzoni, 129-31. — 
Mort. Hier., éd. Delehaye, 122. — Mart. Rom., 232. 

R. Van Doren. 

3. CEREALIS (Saint), Cerialis, Celialis, est 
mentionné au martyrologe hiéronymien, le 3 juill., 
après Ste Euphémie de Constantinople. Mais il s'agit 
d'un martyr latin, peut-être Cyrillus ou Cyrionis 
qu'on lit à la même date. 

A. S., Juill., I, 559. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 351. 

R. Van Doren. 

4. CEREALIS, soldat martyr. Le martyrologe 
romain cite au 14 sept, parmi les 21 martyrs compa- 
gnons du i)ape Corneille le soldat Cerealis et Sallustia 
son épouse. Mais si le saint pape est mort en exil, ces 
martyrs n'ont, avec lui, aucune relation; et même 



l'indication toponymique via Appia ne mérite aucune 
créance. De Rossi a découvert dans la crypte de S.- 
Corneille une inscription : Sanctus Cerealis cum 
Sallustia cum XKI; souvenir historique, sans doute, de 
la déi)osition du groupe des martyrs. Ce qui expli- 
querait aussi pourquoi leur mémoire est unie à celle de 
S. Corneille. 

A. S., sept., IV, 143-91. — H. Delehaye, Les origines du 
culte des martyrs*, p. 286. — De Rossi, Roma sotterranea, 
I, 279-80. — Lanzoni, 131. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 
.505-06. — Mart. Rom., 395-96. 

R. N an Doren. 
CEREIVIONIA, martyr à Nicomédie au 11 avr.. 
est mentionné par le martyrologe hiéronymien avec 
Eustorge et deux autres qu'Henschenius plaçait sous 
Dioclétieii. Mais ce nom ne correspond pas à un per- 
sonnage réel. 

A. S., avr., ii, 12. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 182-83. 
— Mart. Rom., 134-35. 

R. Van Doren. 
CEREN iC, confesseur au diocèse de Séez, vénéré 
le 7 mai. La première biographie du saint n'est pas 
antérieure au x'' s. D'après elle, Serenicus, né à Spo- 
lète, avait, avec son frère Serenidus, fait m pèlerinage 
à Rome, puis, avec lui encore, s'était fixé en Gaule. 
Il fonda à Hiesmes (arr. d'.\lençon, Orne), au con- 
fluent de la Sarthe et du Sarthon, un monastère qui 
donna naissance au bourg de S.-Cénéry. — Certains 
historiens placent Cerenic au vi^ s. Mabillon le recule 
jusqu'au vu"". Ses reliques furent transférées à Châ- 
teau-Thierry, bien qu'on croie aussi les posséder 
ailleurs. Sous Charles le Simple, le monastère était 
déjà supprimé. Mais l'église romane remarquable sub- 
siste encore. 

A. S., mai, ii, 160-61; vu, 605. — Cottineau, 2629. — 
Gallia christiana, xi, 711-12. — Hist. If//. France, iv, 1738, 
p. 195-96. — Mabillon, A. S. Bened., u, 1669, p. 572. 

R. Van Doren. 

CERENZA. Voir Cariati. 

CÉRÉTAPA (KepéToora, KepàToara), ou Chere- 
tapa (XaipÉTaTTa, XaipéroTTOÇ ), évêché de la Phrygie 
Pacatienne I'''", dépendant de Laodicée. La ville de 
Cérétapa se trouvait au sud de la province, près de 
Colosses. Elle porta aussi le nom de Diocésarée, qui lui 
fut probablement donné au temps de Domitien; il 
apparaît pour la première fois chez Ptolémée et on le 
voit encore sur les monnaies de la ville sous le règne de 
Commode. W. Ramsay (Ciliés and Bishoprics of 
Phrijgia, i, 275 sq.) l'a identifiée près du village de 
Kayadibi, au nord du lac Aulidenos (auj. Salda Gôl). 

L'évêché de Cérétapa date probablement du com- 
mencement du iv« s. On connaît huit titulaires. Les 
trois premiers furent des ariens : Théodule, qui assista 
au concile de Séleucie d'Isaurie, 359 (Philostorge, 
Hist. eccl., VII, viii). — Carterius lui succéda et fut 
remplacé par Jean (Philostorge, op. cit., IX, 18). — 
Silvain prit part au concile œcuménique d'Éphèse, 431 
(Mansi, iv, 1124 A, 1128 A, 1149 .\, 1221 E, 1365 B; 
VI, 871 C). — Philetus fut un des Pères du concile de 
Chalcédoine, 451 (Mansi, vu, 165 B). — • André parti- 
cipa au concile in Trullo, 691-92 (Mansi, xi, 1001 B); le 
texte porte 'AepuyaTrwv qu'il faut certainement corri- 
ger en KepÊTCoTcov puisqu'il s'agit de la Phrygie Paca- 
tienne. — Michel fut au second concile de Nicée, 787 
(Mansi, xii, 998 C, 1106 D; xiii, 148 B, 372 A, 393 E). 
— ■ Syméon prit part au concile de 879 qui réhabilita 
Photius (Mansi, xvii A-xvin A, 377 D). 

L'évêché de Cérétapa disparut probablement lors de 
l'avance des Turcs en Asie Mineure au xii^ s. Le titre 
ne semble pas encore avoir été conféré dans l'Église 
romaine. Il n'a d'ailleurs été introduit dans les listes de' 
la Consistoriale qu'en 1923. 



165 



CÉRÉTAPA 



— CERETUM 



166 



Lequien, i, 811-12. — Smith, Dictionary of Greek and 
Roman Geography, i, 592. — W. Ramsay, Cities and Bishop- 
rics of Phrygia, i, 215, 275 sq., 328, 340. — Ruge, Keralapa, 
dans Beal-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 287-88. 

R. Janin. 

CERETUM (Cerelensis selon la dénomination de 
la Curie pontificale, actuellement Seret ou Siret), ville 
de Bukovine, sur la rivière du Seret, au sud de Cer- 
nauti (Tchernovitz), siège d'un ancien évêché catho- 
lique latin dont les origines remontent au xiv« s. A 
cette époque Seret était un centre commercial floris- 
sant dont la prospérité attirait de nombreux étran- 
gers, notamment des Polonais et des Hongrois aux- 
quels s'étaient joints une importante colonie de 
Saxons et quelques groupements d'Arméniens catho- 
liques et dissidents. Au point de vue religieux, Seret 
relevait de l'éparchie grecque orthodoxe de Halicz. 
Les fils de S. François et de S. Dominique furent les 
principaux artisans de la diffusion du catholicisme en 
Moldavie. Dès 1340 les Franciscains y possédaient un 
couvent. Leurs efforts aboutirent en 1370 à la conver- 
sion de Latsco, voïvode de Moldavie. Celui-ci, par 
l'entremise de deux franciscains, Nicolas de Mehlsack, 
originaire de Prusse orientale, supérieur du vicariat de 
Ruthénie dont dépendait le couvent de Séret, et Paul 
de Schweidnitz (Silésie), confia au pape Urbain V, 
dans l'été de cette même année, son intention d'abjurer 
le schisme avec tout son peuple. Il demandait en outre 
que Seret obtînt les privilèges et le titre de cité 
(civilas) et devînt le siège d'un évêché catholique. 
Urbain V, tout heureux de cette conversion, et croyant 
sincèrement au retour vers Rome de tout le Proche- 
Orient, retour qu'avait laissé entrevoir la récente 
abjuration de l'empereur grec Jean VI Paléologue, se 
hâta d'accéder au désir du prince roumain, non toute- 
fois sans s'assurer quelques garanties. Par lettre apos- 
tolique du 24 juin. 1370 il enjoignit à l'archevêque de 
Prague et aux évêques de Breslau et de Cracovie d'ou- 
vrir une enquête sur la sincérité de la conversion de 
Latsco et de compléter son instruction religieuse, si 
besoin était. Il leur donnait aussi tous pouvoirs pour 
recevoir l'abjuration du voïvode et élever Seret au 
rang de ville épiscopale. La bulle fixait également les 
limites du nouveau diocèse, c.-à-d. tout le territoire 
placé sous la juridiction de Latsco. Par la volonté 
d'Urbain V, le siège de Seret devait relever directe- 
ment de Rome, comme l'indiquent les termes du 
document pontifical, solum et immédiate sancte sedi 
apostolice in spiritualibus subsit. Cette clause n'avait 
certainement qu'un caractère provisoire et devait 
permettre au pape de suivre de plus près les dévelop- 
pements de la nouvelle éparchie. En fait nous pensons 
que très rapidement Seret fut rattaché à Halicz. De 
toutes manières, la chose était accomplie en 1412, 
puisque le document pontifical qui relate le transfert à 
Lemberg (Lwow), en cette même année, du siège 
métropolitain de Halicz, cite Seret parmi les évêchés 
suffragants de la nouvelle métropole. 

Dans quelle mesure le mouvement vers l'union 
s'est-il propagé en Moldavie? Il serait difficile de le 
dire avec certitude. Latsco, sans nul doute, avait 
abjuré le schisme, puisque Grégoire XI l'en félicite 
chaleureusement, le 25 janv. 1372, tout en l'exhor- 
tant à ne pas se laisser pervertir par sa femme restée 
orthodoxe. Il semble bien que le prince s'était trop 
avancé en promettant le retour de son peuple à l'unité. 
Les résistances ont dû se dessiner très rapidement. A 
vrai dire, il serait exagéré de parler d'un échec com- 
plet. Des conversions se sont produites certes, mais à 
un rythme beaucoup plus lent que ne l'avait espéré le 
Saint-Siège. Certains auteurs roumains, comme Xéno- 
pol et Melchisédech, ont émis des doutes sur la sincé- 
rité de Latsco; sa conversion n'aurait été qu'une 



feinte destinée à masquer ses visées politiques : s'assu- 
rer l'appui non négligeable de la papauté. Bien vite, il 
serait retourné au schisme. Cette assertion manque de 
fondement. Le fait que Latsco, mort en 1373, fut 
inhumé dans l'église orthodoxe de Cernauti n'est pas 
une preuve suffisamment concluante. Cette église 
abritait le mausolée des voïvodes et personne ne 
pouvait trouver étrange que Latsco reposât parmi ses 
ancêtres. Cela ne signifiait pas nécessairement une 
apostasie. 

Sous le règne de Georges Koriatovitch, une violente 
réaction orthodoxe se fit jour, qui faillit devenir fatale 
à la jeune Église de Seret. Heureusement la bour- 
rasque fut de courte durée. Avec Pierre Muchat 
(1375-90), le calme revint. Marguerite, sa mère, catho- 
lique et apparentée à la famille royale de Hongrie, 
favorisa ouvertement le catholicisme. Nous savons que 
Seret possédait déjà un couvent de franciscains. La 
princesse y installa aussi des dominicains de la pro- 
vince de Hongrie (1377) et fit construire en l'honneur 
de S. Jean-Baptiste une église paroissiale qu'elle leur 
confia et dans laquelle elle voulut être inhumée. Ce 
sanctuaire, plus tard la cathédrale, auquel Gré- 
goire XI concéda certains privilèges spirituels, devint 
un lieu de pèlerinage très fréquenté à la suite de 
nombreux miracles qui s'y produisirent et dont on a 
dressé un acte notarié le 24 juin 1402. Le monastère 
dominicain de Seret fut cédé peu de temps après sa 
fondation au vicariat des Frères Pérégrinants par le 
maître général de l'ordre, Élie Petit. Moins d'un siècle 
plus tard, il devait faire retour à la province de 
Hongrie, lors de la dissolution du vicariat des Frères 
Pérégrinants. 

Un document qui a fait couler beaucoup d'encre et 
induit en erreur nombre d'historiens est une lettre 
d'Eugène IV à Benoît, évêque de Turnu-Severin, et 
datée du 15 sept. 1439. Le pape y fait allusion aux 
diocèses de Seret et de Bacau, alors vacants. Ce docu- 
ment, publié par le comte Kemeny et dont l'original 
ne se trouve nullement aux archives du monastère 
franciscain de Cluj, comme l'affirme l'éditeur, est un 
faux. Cette prétendue lettre est d'ailleurs remplie de 
contradictions qu'il suttîra de signaler. L'évèché de 
Seret n'était nullement vacant au début du xv^ s. La 
succession épiscopale est régulière et non interrompue 
de 1371 à 1436, date de la nomination du dernier 
évêque connu, sauf une courte vacance d'un peu plus 
d'une année de 1412 à 1413. Bacau, certes, n'avait pas 
d'évêque et pour la bonne raison que ce siège n'exis- 
tait pas encore. Il date du début du xvii*^ s. et son 
premier titulaire fut le franciscain Jérôme Arsengo de 
Chio, préconisé le 17 sept. 1607. On cherche en vain un 
évêque de Turnu-Severin du nom de Benoît. A l'époque 
qui nous concerne, ce siège était occupé par Domi- 
nique, élu le 27 mai 1437, précédemment archidiacre 
de Sumeg, au diocèse de Veszprem. Il eut comme 
successeur, le 2 juin 1447, le bénédictin Étienne, abbé 
de Knoporli (?), également de Veszprem (voir C. Au- 
ner, Episcopia catolica a Severinului, dans Revista 
catolicâ, I, Bucarest, 1913, p. 60). 

Seret eut peu d'évêques résidentiels. Le premier 
titulaire, proposé par Latsco, était un franciscain, 
nommé André de Cracovie, de la noble famille des 
Jastrzebiec. LTrbain V, avant d'agréer cette candida- 
ture, chargea l'archevêque de Prague et les évêques de 
Breslau et de Cracovie d'examiner si le personnage en 
question était idoine à ce poste (lettre apostolique du 
25 juin. 1370). Le seul qui s'occupa eft'ectivement de 
cette affaire fut l'évêque de Cracovie, Florian. Le sacre 
eut lieu à Cracovie le 19 mars 1371. Le prélat consé- 
crateur était Florian, assisté du dominicain Derslaus, 
évêque d'Élatée, et du franciscain Nicolas, évêque de 
Syene (?). Exactement deux mois après, le 9 mai 1371, 



107 



CERETIIM 



168 



le nouvel évêque prêta serinent devant Floriaii, repré- 
sentant du pape, et signa le formulaire qui fut aussi- 
tôt expédié à Rome. André, cependant, ne se pressait 
pas de gagner son diocèse. Le 4 août l.'iTl, nous le 
trouvons encore à Leniberg où il fait établir par 
devant notaire une copie authentique de son acte de 
consécration. Sans doute prévoyait-il les difflcultés 
qui l'attendaient en Moldavie. La situation s'est révé- 
lée tout de suite précaire. La bulle papale de fonda- 
tion élevait la principale église du lieu au rang de 
cathédrale et créait un chapitre que Latsco devait 
doter. Or à Seret il n'y avait d'autre église catholique 
que la chapelle des frères mineurs et le voïvode ne se 
pressait pas de manifester sa générosité. L'évêque 
avait à peine de quoi soutenir son rang. Il se plaignit 
de cette situation à Rome et implora un bénéfice dont 
les revenus lui permissent de vivre selon sa condition. 

11 eut soin de faire apostiller sa pétition par la reine 
mère Élisabeth de Hongrie. Grégoire XI fit droit à sa 
requête en le félicitant du zèle qu'il avait déployé 
pour convertir les schismatiques de son diocèse (lettre 
du 25 juill. 1372). Déjà quelques mois auparavant, le 
pape lui avait confié l'administration de l'évêché de 
Halicz, qu'il garda jusqu'à l'érection de ce siège en 
métropole (1375-76). Ces difficultés matérielles, aggra- 
vées par la vive réaction orthodoxe qui suivit la mort 
de Latsco, contribuèrent à détacher peu à peu André 
de son diocèse. Il n'a pas dû y faire de longs séjours. 
En fait, dès le mois de juin 1372, nous le trouvons de 
nouveau en Pologne, à la cour de la reine mère Élisa- 
beth, à Posnan. Il est fort probable que depuis ce mo- 
ment André ne remit plus les pieds dans son diocèse et 
se contenta de l'administrer de loin. Tous les docu- 
ments qui le concernent le signalent en effet constam- 
ment en Pologne. Dans ces documents, il est toujours 
désigné sous les titres d'évêque de Seret et de sufl'ra- 
gantde Gnesen. Notons qu'à cette époque le terme de 
sulïragant indiquait souvent un évêque auxiliaire. Le 

12 mars 1388, André fut transféré au siège de Vilna, 
où il mourut en 1399. 

La liste de ses successeurs est assez confuse. Des 
documents mal interprétés ont engendré des erreurs 
toujours fidèlement reproduites et partant difficiles à 
extirper. Certains noms reviennent deux fois qui, ma- 
nifestement, ne désignent qu'un seul et même person- 
nage. Lequien s'est efforcé de rétablir la vérité sans y 
parvenir tout à fait. Sa liste est à rectifier, non moins 
que celle de Gams. Le successeur immédiat d'André 
fut un dominicain, Jean de Cracovie, à qui Bzovius, 
O. P. (Propago D. Hyacinthi, Venise, 1606, p. 50), 
donne le surnom de Sartorius. Les listes épiscopales 
connues signalent deux évêques de ce nom : Jean de 
Cracovie, successeur d'André, et Jean Sartorius, qui 
siège dans les premières années du xv« s. Nous avons là 
un cas de dédoublement dû à Okolski (Riissia Florida, 
Lemberg, 1646, p. 59), qui confondit la date du docu- 
ment original (1394) avec celle de la copie authen- 
tique (1403). Cette erreur fut répétée constamment 
dans la suite. De Jean Sartorius, nous savons peu de 
choses. Dans un acte officiel, il se nomme confesseur 
des souverains de Pologne et suffragant de Cracovie. 
Nous en concluons qu'il occupait la charge d'auxi- 
liaire de cette ville et qu'il n'a pas dû résider dans son 
diocèse. La seule marque d'intérêt que nous lui voyons 
porter à sa ville épiscopale est une lettre adressée à ses 
confrères de Seret et datant probablement de 1393 ou 
de 1394. Il les félicite des conversions obtenues et 
accorde 40 jours d'indulgence à ceux qui visiteront 
l'église S. -Jean-Baptiste où s'opèrent des miracles. 
Jean Sartorius mourut dans les premiers mois de 1394. 

Le 8 juin 1394, Boniface IX lui donne un successeur 
dans la personne du dominicain Étienne Martin, dit 
Zajacsek, vraisemblablement d'origine ruthène, car il 



est nommé ailleurs Étienne Ruthène. D'après Nie- 
siecki (Koronn Polska, vol. iv, Lemberg, 1743, p. 642), 
il aurait appartenu à une famille noble. Pour l'obliger 
à la résidence, le jiape lui interdit de célébrer pontifi- 
calement en dehors de son diocèse. Malgré cette clause 
restrictive, il ne paraît pas qu'Étienne mît jamais les 
pieds en Moldavie. Les temps n'étaient guère favo- 
rables, il est vrai. Le roi de Hongrie, Sigismond, 
venait d'être battu par le voïvode de Moldavie 
(automne 1394). (;et échec a sans doute contribué à la 
régression du catholicisme dans cette région. Tout en 
conservant son titre d'évêque de Seret, Étienne est 
nommé, vers 1396, auxiliaire à Cracovie, fonction 
qu'il a dû garder jusqu'à sa mort, car à deux reprises 
encore (en 1406 et 1411), les documents lui recon- 
naissent cette qualité. Il meurt le 10 janv. 1412, 
laissant tout son avoir au monastère des dominicains 
de Cracovie. 

Le siège de Seret resta vacant pendant plus d'une 
année. Enfin, le 5 mars 1413, Jean XXIII y pourvut 
par la nomination du moine Nicolas Venator, de l'ordre 
de S. -Paul Ermite. Celui-ci devait avoir bientôt un 
compétiteur dans la personne du dominicain Thomas 
Grueber (ou Erneber), préconisé évêque de Seret par le 
même pape, le 31 juill. de la même année. Cette élec- 
tion, inexplicable de prime abord, car rien n'indique 
que la première ait été annulée, doit sans doute se 
mettre sur le compte du désordre de la Chancellerie 
pontificale, désordre fort compréhensible au temps du 
Grand Schisme. De toute façon, aucune des deux no- 
minations n'était régulière, puisque Jean XXIII 
n'était pas le vrai pape. Grégoire XII, pape légitime, 
bien qu'abandonné par ses cardinau.x, n'avait pour- 
tant pas abdiqué. Ceux-ci, réunis à Pise, dans un con- 
clave anticanonique, avaient élu à sa place Alexan- 
dre V (1409-10), à qui succéda, un an plus tard, 
Jean XXIII (1410-15). Grégoire XII n'abdiqua qu'en 
juin 1415. Comment la Curie pontificale mit-elle d'ac- 
cord les deux compétiteurs au siège de Seret? Nous en 
sommes réduits à des conjectures. Martin V, légitime 
élu du concile de Constance, avait le choix entre deux 
solutions : ou ratifier l'une des deux nominations de 
! Jean XXIII ou procéder lui-même à une autre élec- 
tion. Or les archives du pontificat de Martin V 
recèlent un curieux document qui semblerait de prime 
abord confirmer cette dernière hypothèse. Il s'agit de 
l'élection au siège de Seret, le 14 sept. 1420, d'un 
évêque Jean. Mais Eubel, qui cite cette pièce d'ar- 
chives, avoue que le nom de l'évêché est presque illi- 
sible et se demande si cet acte concerne véritablement 
Seret. Par ailleurs, un autre document pontifical 
signale que le 29 juill. 1436 le franciscain Jean est 
nommé au siège de Seret vacant par la mort de 
l'évêque Nicolas. Ce dernier ne serait-il pas Nicolas 
Venator? D'après cette hypothèse, l'élection de Tho- 
mas Grueber aurait été annulée et celle de Nicolas 
validée par Martin V. 

De l'évêque Jean, on ne sait rien sinon qu'il ne 
parut jamais dans son diocèse. Il fut le dernier évêque 
effectif de Seret. A partir de ce moment, le siège devint 
une simple titulature. Le seul bénéficiaire connu est 
Abraham Siedlchowski, nommé en 1622 par Paul V 
auxiliaire à Kulm (Chelmno). 

Lequien, m, 1117-20. — E. Picot, Chronique de Moldavie 
de Grégoire Ureche, i, Paris, 1878, p. 34-35. — De Mas-La- 
trie, Trésor de chronologie, Paris, 1889, col. 2097. — E. Hur- 
muzaki. Documente privitoare la Istoria liomànilor, i, Buca- 
rest, 1890, part. (1346-1430), p. 160, 162, 166, 167, 176, 
197. — - A.-D. Xenopol, Histoire des Roumains de Dacie 
trajane, i, Paris, 1896, p. 212. — C. Kubel, i, 189; ii, 140. 
— R. Rosetti, Despre Unguri si Episcopiile catolice din 
Moldavia, dans Analele Academiei Române, section histo- 
rique, série II, Bucarest, 1905, xxvii, 247. — N. lorga, 
Istoria Bisericii românesti, i, Valenii-de-Munte, 1908, 



169 



CERETUM 



— CE RIS Y 



170 



p. 34-36, 60. • — C. Auner, La Moldavie au concile de Flo- 
rence, dans Échos d'Orient, vu, 1904, p. 323-24; vm, 1905, 
p. 77, 136. — I.-C. Filitti, Din Archivele Vaticanului, dans 
Revista catolica, lu, Bucarest, 1913, p. 365-67; iv, p. 533, 
534, 540-41, 545. — Voir aussi les articles de C. Auner, 
dans la Revista catolica : Episcopia de Seret, ii, 1913, p. 226- 
45; Cei din urma episcopi de Seret, iv, 1914, p. 567-77. 

E. Jean. 

CERIGNOLA. Voir Ascoli Satriano, D. H. 
G. E., IV, 912-13. 

CÉRINTHE, hérétique du i" s. S. Iréaée (Adu. 
haeres., I, xxvi, 1) est le premier auteur qui nous ren- 
seigne sur Cérinthe. Selon lui, Cérinthe enseigna en 
Asie. Il prétendait que le monde n'a pas été fait par 
le premier Dieu, mais par une vertu, très éloignée de 
lui et qui l'ignorait; il ajoutait que Jésus n'était pas né 
d'une vierge, mais qu'il était le fils de Marie et de Jo- 
sepii, qu'il avait été supérieur à tous les autres 
hommes par sa justice, sa sagesse et sa prudence; que, 
lors de son baptême, le Christ était descendu en lui 
sous forme de colombe, c.-à-d. une puissance émanée 
du Dieu suprême, si bien qu'à partir de ce moment 
Jésus avait pu aimoncer le Père inconnu et accomplir | 
des miracles; que, finalement, le Christ avait aban- 
donné Jésus et que Jésus avait souffert et était 
ressuscité, tandis que le Christ demeurait impassible. 
Il ressort de ce témoignage que Cérinthe aurait été un 
gnostique et que son enseignement aurait été, sous une 
forme simple, celui que devaient reproduire, en le 
compliquant, les docteurs de la gnose. 

Ailleurs (Adv. haeres., III, xi, 1), S. Irénée ajoute 
que S. Jean a écrit son Évangile pour réfuter les 
erreurs de Cérinthe. Il dit aussi : « Il y a encore des 
gens qui ont entendu Polycarpe (de Smyrne) raconter 
que Jean, le disciple du Seigneur, vint un jour aux 
thermes d'Éphèse. Lorsqu'il y aperçut Cérinthe, il en 
sortit précipitamment sans prendre de bain, en di- 
sant : Fuyons, de peur que l'édifice ne tombe sur 
nous. Cérinthe s'y trouve, l'ennemi de la vérité. » 
(Adv. haeres., III, iii, 4.) Ces derniers renseignements 
sont particulièrement importants, car S. Irénée, dis- 
ciple de S. Polycarpe, était bien placé pour connaître 
ce qui se rapportait à S. Jean et à son Évangile. Ils | 
semblent d'ailleurs corroborés par certaines expres- 
sions de la première épître de S. Jean. L'apôtre déclare 
en effet qu'est menteur celui qui nie que Jésus est le 
Christ (I Joa., ii, 22); tandis qu'il est de Dieu celui 
qui confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair 
(I Joa., IV, 2). Ces deux formules ne viseraient-elles 
pas l'erreur de Cérinthe qui distinguait Jésus et le 
Christ et qui niait l'incarnation du Verbe? 

D'autres renseignements cependant ne confirment 
pas les données de S. Irénée, qu'a reproduites S. Hip- 
polyte (Philosoph., VII, xxxiii, 1-2; X, xxi). Dans un 
fragment des Capila adversus Caium, reproduit par 
Denys Bar Salibi {In Apocalyps., Actus et episl. 
canon., dans l'édition de L. Sedlacek, Rome et Paris, 
1910, p. 1), S. Hippolyte nous apprend en effet que le 
prêtre romain Caïus attribuait à Cérinthe la composi- 
tion de l'Apocalypse; peut-être ajoute-t-il lui-même 
que Cérinthe enseignait la circoncision, ce qui nous 
obligerait à le ranger parmi les judéo-chrétiens, plutôt 
que parmi les gnostiques. De fait, Caïus, au dire 
d'Eusèbe {Hisi. eccles., III, xxviii, 1-2), représente 
Cérinthe comme un millénariste qui interprétait au 
sens le plus grossier les promesses de l'Apocalypse. 
Denys d'Alexandrie, qui parlait également de Cé- 
rinthe dans son livre Sur les promesses (Eusèbe, 
Hist. eccles., VII, xxv, 1-3), lui attribue aussi des 
thèses millénaristes. 

S. Épiphane fait de Cérinthe un judaïsant (Haeres., 
xxvin). Selon lui, Cérinthe enseignait que le Christ 
était né de Joseph et de Marie, que le monde avait été 



créé par des anges, que la Loi et les prophètes avaient 
été donnés par des anges et que celui qui avait donné 
la Loi était un des anges qui ont fait le monde. Il ajou- 
tait que le Christ n'était pas encore ressuscité, mais 
qu'il ressusciterait au moment de la résurrection géné- 
rale (Haeres., xxviii, 6). L'évêque de Salamine ne 
paraît d'ailleurs pas très exactement renseigné sur le 
détail de la doctrine de Cérinthe : c'est à S. Irénée et à 
S. Hippolyte qu'il doit tout ce qu'il y a de positif dans 
sa description. 

On ne peut pas, semble-t-il, ajouter foi au témoi- 
gnage de S. Épiphane, lorsqu'il prétend que Cérinthe 
fut un de ceux qui s'opposèrent aux apôtres au mo- 
ment du concile de Jérusalem et qui résistèrent à 
S. Pierre lors de la conversion de Corneille ; ou encore 
que ce fut lui qui ameuta la foule contre S. Paul lors du 
retour de l'Apôtre à Jérusalem (Haeres., xxviii, 2 
et 4). Ces récits traduisent peut-être les souvenirs que 
S. Épiphane avait gardés d'une lecture un peu rapide 
de S. Hippolyte. Ils ont grande chance d'être forgés 
pour les besoins de la cause. 

Somme toute, la personne et la doctrine de Cé- 
rinthe restent enveloppées d'obscurité. Il paraît assuré 
que Cérinthe a vécu et enseigné en Asie vers la fin du 
i" s. et que S. Jean a écrit contre lui. Il a dû nier l'in- 
carnation du Verbe, et peut-être enseigner un système 
mélangé de gnose et de judaïsme. L'hypothèse de 
Caïus qui lui attribue l'Apocalypse et même le qua- 
trième Évangile n'a aucun fondement historique et 
reste personnelle à cet écrivain. Il est difficile, 
semble-t-il, d'affirmer plus que cela. 

C. Schmidt, Gespràche Jesu mit seinen Jiingern nach der 
Auferstehung, Leipzig, 1919, p. 403-52. — G. Bardy, Cérin- 
the, dans Revue biblique, 1921, p. 344-73. — E. de Faye, 
Gnostiques et gnosticisme, 2« édit., Paris, 1925. — A. Bludau, 
Die erste Gegner der Joannesschriften, Fribourg, 1925. — 
M.-J. Lagrange, L'Évangile selon S. Jean, Paris, 1925. — 
J. Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, 2» édit., Paris, 
1928, p. 483-94. 

G. Bardy. 

CÉRINTHIENS, hérétiques du i" s., partisans 
de Cérinthe. Le seul auteur qui nous renseigne sur 
l'existence des cérinthiens est S. Épiphane (Haeres., 
xxviii), dont le témoignage est trop tardif pour pou- 
voir être accueilli en toute sécurité. Les écrivains 
antérieurs, S. Irénée, S. Hippolyte, Caïus, Denys 
d'Alexandrie, Pseudo-TertuUien parlent de Cérinthe 
et donnent des renseignements sur sa doctrine, mais ne 
disent rien de ses partisans. Selon les vraisemblances, 
Cérinthe n'a pas dû faire beaucoup de disciples, et en 
tout cas, il n'a pas dû exister, au moins durant long- 
temps, une secte se réclamant de lui. 

S. Épiphane prétend (Haeres., xxviii, 6) que l'héré- 
sie de Cérinthe s'est répandue non seulement en Asie, 
mais en Galatie et que l'usage du baptême pour les 
morts était très fréquent parmi ses adeptes. Il ajoute 
que les cérinthiens se servent de l'Évangile de S. Mat- 
thieu, c.-à-d., semble-t-il, qu'ils rejettent les trois 
autres Évangiles : il est impossible de dire où il a 
trouvé cette assertion. Il est assez probable que 
S. Épiphane a connu par expérience des communautés 
ébionites qui vivaient de son temps dans l'île de 
Chypre (Haeres., xxx, 18, 1) et ailleurs; et comme, 
pour lui, Cérinthe est un des fondateurs du judéo- 
christianisme, il a mis ces communautés en relations 
avec l'hérésiarque. 11 y a là, de sa part, un arrange- 
ment qui ne s'appuyait sur aucune tradition, et les 
cérinthiens, s'ils ont jamais existé comme secte indé- 
pendante, avaient depuis longtemps disparu au iv« s. 

G. Bardy. 

CERISY (Abbaye de S.-Vigor de) (Manche). La 
commune de Cerisy est située à une vingtaine de km. à 
l'ouest de Bayeux, et dépendait autrefois de l'évêché 



171 



CERISY 



— CERLE 



172 



de cette ville. L'abbaye fut fondée vers le milieu du 
vi« s., par S. Vigor, évêque de Bayeux, sous l'invoca- 
tion des SS. Pierre et Paul, sur un territoire qui lui 
avait été donné par Volusien et comportant 25 vil- 
lages. Au x"" s., le monastère fut détruit par les Nor- 
mands et la terre de Cerisy incorporée au domaine 
ducal. En 1030, Robert le Magnifique le rétablit et 
installa dans la nouvelle abbaye un abbé Durand, venu ■ 
de S.-Ouen de Rouen; la dédicace eut lieu le 22 nov. 
1032. Robert et ses descendants enrichirent l'abbaye 
par des dons de terres, de reliques et des privilèges; 
elle ne relevait que du Saint-Siège et possédait, cas 
fort rare, le droit de justice sur toute l'étendue de son 
exemption ; les abbés commendataires laissèrent tom- 
ber cette prérogative, pourtant exceptionnelle. Les 
rois d'Angleterre et de l'rance prirent l'abbaye sous 
leur protection, la forêt fut détrichée, la région voisine 
vit s'accroître la population. L'église, construite au 
xi<^ s., est considérée comme l'un des types les plus I 
anciens de l'architecture solide et sévère des ducs nor- 
mands; elle fut, au xiii" s., enrichie, ornée, le chœur 
transformé et voûté; les bâtiments claustraux furent 
agrandis à cette époque et au xiv« s. Eudes Rigaud, : 
archevêque de Rouen de 1248 à 1275, la visita plu- 
sieurs fois et constata que la vie monastique y était 
régulière. Il y avait alors de cinquante à soixante 
moines, presque tous prêtres. 

Elle subit à la fin du xiv« s. les conséquences des 
guerres, fut fortifiée; il fallut emprunter pour payer 
ces travaux et l'entretien des gens d'armes et du capi- 
taine qui y tenaient garnison. L'occupation anglaise î 
aggrava la situation; Richard de Silly, capitaine, fut 
contraint de la remettre au roi d'Angleterre qui s'em- 
para des revenus et y mit un capitaine anglais, Thomas 
Halgthon. Après la bataille de Formigny qui délivrait î 
la Normandie (1450), l'abbé Richard Sabine prêta ser- ^ 
ment au roi de France, le chapitre fut reconstruit, les 
cloîtres et bâtiments restaurés, mais le nombre des 
religieux ne dépassait guère la dizaine. En 1502, 
l'abbaye tomba entre les mains de commendataires et 
cette situation fut encore plus funeste que la précé- 
dente; il n'y avait personne pour la défendre quand les 
protestants vinrent en 1562. L'abbé était en Auvergne, 
les moines durent fuir, tout fut saccagé ou anéanti, le 
vicaire général, Michel de Clugny, ne put que faire 
dresser procès-verbal. Trois ans plus tard, la foudre 
incendiait le clocher et une partie de la nef de l'église; ! 
il fallut la réparer et reconstruire la tour. En 1570, il 
n'y avait que le prieur et sept moines. 

Au xviie s., la situation fut meilleure au point de 
vue matériel, plusieurs abbés eurent soin des bâti- 
ments ; mais les religieux n'étaient plus à la hauteur de 
leur mission, leur nombre diminuait et ils ne se sou- 
ciaient que d'accroître leurs revenus personnels; ce fut 
une ère de nombreux procès. En 1660, leur mauvais 
vouloir empêcha l'introduction à Cerisy de la réforme 
de S.-Maur. En 1706. ayant compris qu'ils obtien- 
draient ainsi une pension plus considérable, ils accep- 
tèrent un traité entre l'abbé de Vendôme et les Mau- 
ristes. Un incident avec l'évêque de Bayeux pour une 
question de ])réséance empêcha son approbation par le 
roi, et les religieux, se considérant comme les seuls 
maîtres, firent faire de multiples travaux, change- 
ments, démolitions, si bien que, quand en 1716 le 
concordat signé dix ans plus tôt fut approuvé par 
Louis XV, le nouveau prieur, dom Lecourt, et ses 
quatre mauristes éprouvèrent les plus sérieuses diffi- 
cultés. Les charges excédaient les revenus; des sub- 
sides et des économies permirent de redresser la situa- 
tion, mais bientôt après on construisit un manoir 
pour l'abbé, puis, en 1770, en place des anciens bâti- 
ments, une vaste construction de 140 pieds de lon- 
gueur; il avait également fallu refaire le clocher, plu- 



sieurs fois atteint par la foudre. Tout cela avait obligé 
à des ventes de bois, à des emprunts et 14 000 livres 
restaient à payer en 1789. A cette date, la communauté 
de Cerisy se composait de sept moines seulement; ils se 
séparèrent quand les ordres religieux furent abolis, 
les biens furent vendus nationalement et l'église devint 
paroissiale. 

Dans la longue liste des abbés réguliers, que le 
Gallia christiana donne incomplète, on relève le nom 
d'Estout d'Estouteville (1385-88) qui devint abbé du 
Bec, puis de Fécamp. Quant aux abbés commenda- 
taires, presque tous appartenaient à des maisons 
illustres : Claude de Husson (1502-09) fils de Charles, 
comte de Tonnerre et d'Antoinette de La Trémoille, 
fut évêque de Séez, puis de Poitiers; Jacques de Silly 
fut évêque de Séez (1509-39) ; Georges d'Amboise (1542- 
50) fut archevêque de Rouen et cardinal; Charles de 
Bourbon, fils de François de Vendôme et de Françoise 
d'Alençon, fut également archevêque de Rouen; An- 
toine d'Apchon (1557-80) ne fut pas, comme le prétend 
le Gallia christiana, évêque de Tarbes : marié, il fut 
lieutenant en Lyonnais, Forez et Beaujolais. Parmi ses 
successeurs, on relève les noms de François de La 
Guesle (1584-1614), de Pierre Habert (1614-30), de 
Henri-Louis Habert deMontmort (1631-37), tous trois 
conseillers au parlement de Paris; de Germain Habert 
(1637-54), membre de l'Académie française; de Maza- 
rin (1654-61); de Philippe de Bourbon-Vendôme (1661- 
1727), fils de Louis, duc de Vendôme, et de Victoire 
Mancini; de Paul d'Albert de Luynes (1727-88). 

Huit prieurés dépendaient de Cerisy : S. -Martin de 
Barnavast, S. -Martin des Deux-Jumeaux, S. -Paul de 
Lyons, S.-Ouen de Marsay, S.-Froniond, S.-Marcouf, 
Vauville, West-Shirburne (Angleterre). 

Le travail le plus détaillé sur l'abbaye de Cerisy est celui 
de P. de Farcy, Abbayes de Vévêché de Lisieux, i. — On 
trouvera un grand nombre de références et indications de 
sources d'archives dans Cottineau, i. 

M. Prévost. 

CERLE (Jean) (1633-91), ecclésiastique, né à 
Aubin, dans le Rouergue, en sept. 1633, dans une 
famille très modeste, joua un rôle important dans le 
11 schisme de la régale » du diocèse de Pamiers. Fils 
spirituel du fameux Caulet, il avait fait ses études à 
l'université de Toulouse où il avait été remarqué par 
l'un des « recruteurs » de l'évêque de Pamiers, Antoine 
Charlas. C'était, chez Caulet, un parti pris de choisir eu 
dehors de son diocèse ceux qui devaient être ses colla- 
borateurs dans l'administration et la réforme de 
l'Église de Pamiers, tactique qui lui facilitait la tâche 
en le libérant des influences locales. C'est ainsi que 
Cerle fut attiré à Pamiers et agrégé au chapitre réfor- 
mé de Caulet, où l'on n'entrait qu'après une sévère 
probation. Cerle fit la sienne à l'abbaye de Chancelade 
(Dordogne) où, depuis la réforme d'Alain de Solmi- 
nihac, la vie religieuse était en plein essor, sous une 
règle apparentée à celle de Pamiers. C'est sans doute en 
raison de cette formation que Cerle passera aux yeux 
de certains — dont Voltaire — pour un « moine ». 

Peu après son installation au chapitre de Pamiers 
(1664), il subit une crise : à la stupéfaction générale et 
à la déception de l'évêque, il se déprend de l'obser- 
vance régulière, affiche de l'orgueil, de l'arrogance et 
de l'ambition, mais c'est là une défaillance passagère, 
car il se reprend bien vite et se rend de nouveau digne 
de la confiance de Caulet. Ce dernier l'envoie présider 
à sa place des conférences ecclésiastiques et le délègue 
à la visite de certaines paroisses, comme s'il eût été 
son grand vicaire. 

A la mort de Caulet (7 août 1680), un conflit éclate 
entre les chanoines régalistes (nommés par le roi à la 
faveur du droit de régale) et les chanoines réformés. 
Les premiers qui, du vivant du prélat, « s'étaient tenus 



173 



CEHLK 



C E R N K 



17/1 



cois, s'abstenant de paraître au chœur, où l'autorité 
civile n'avait osé les introduire de force », prétendent 
occuper leurs stalles; les chanoines réformés refusent 
de frayer avec ces intrus et le peuple prend parti pour 
le chapitre, qui reçoit, d'autre part, un bref d'appro- 
bation adressé par Innocent XI à Caulet, niais parvenu 
après sa mort. La riposte de l'autorité ne tarde pas : 
Foucault, intendant de Montauban, et le marquis de 
Mirepoix, gouverneur du pays de Foix, se transportent 
à Pamiers, suivis de quatre compagnies de cavalerie 
qui, par représailles, vont cantonner chez les oppo- 
sants. Ce sont presque des dragonnades. Des deux 
vicaires généraux, l'un, d'Aubarède, est embastillé, 
l'autre, Rech, est enfermé au château de Dax. Mais le 
chapitre désigne un suppléant qui, plus heureux que 
ces derniers, saura échapper à toutes les recherches de 
la police : c'est Jean Cerle. 

Il sera contraint de mener désormais une vie errante, 
pleine de périls : le 16 avr. 1681, il sera condamné par 
contumace à être décapité. Traqué, réduit à changer 
chaque jour de retraite, il déployait une activité in- 
tense. Voltaire a défini ainsi son rôle : « Un moine 
nommé Cerle, qui était l'un des grands vicaires [de 
Pamiers], casse et les sentences du métropolitain (de 
Toulouse, Montpezat] et les arrêts du Parlement. Ce 
tribunal le condamne par contumace à perdre la tête 
et à être traîné sur la claie. On l'exécute en effigie. Il 
insulte du fond de sa retraite à l'archevêque et au roi. 
et le pape le soutient. » 

En réalité, les « insultes » de Cerle étaient des 
excommunications fulminées en bonne et due forme 
contre des intrus, et nous devons reconnaître qu'elles 
étaient justifiées. Contrairement à ce qu'avance Vol- 
taire en employant le présent historique, qui exprime 
la continuité, le soutien du pape fut loin d'être continu. 
Sans doute, le bref du 1" juin 1681 confirma-t-il l'au- 
torité de Cerle, mais une suite de décisions en sens 
contraire prises par les bureaux de la Curie vinrent 
neutraliser les effets de cette mesure. Selon le mot de 
Mgr Vidal, il y avait « comme une fatalité qui s'achar- 
nait à brouiller les cartes entre le Saint-Siège et ses 
fidèles de Pamiers, au bénéfice du camp adverse ». 

Ce conflit dégénéra en un véritable schisme qui 
dura jusqu'en 1693. A cette date, Cerle était mort : un 
séjour prolongé dans des cachettes humides, un régime 
de privations continuelles, des alarmes quotidiennes, 
les épreuves morales avaient ruiné la santé de ce 
robuste Rouergat. Le 12 févr. 1689, il est, avec plu- 
sieurs de ses amis, impliqué dans un procès contre la 
sûreté de l'Rtat : quoique déjà mort en effigie et léga- 
lement inexistant, il est condamné aux galères à vie. 
(;et arrêt ne fut pas plus exécuté que les précédents, et, 
quand Cerle mourut, le 16 août 1691, en un endroit 
que nous ignorons, la police du roi n'avait pu se saisir 
de sa personne. 

Cerle est une très belle figure, jusqu'ici méconnue, 
de la fidélité française à la chaire de Pierre. La fré- 
quentation de cette belle âme procure, écrit Mgr Vidal, 
un plaisir d'édification. >■ Et le biographe de Cerle fait 
ressortir les qualités morales de Cerle : dévouement, 
courage, mais aussi loyalisme ; le conflit qui ojjpose 
Cerle aux agents du roi ne l'empêche pas de respecter 
son autorité; il n'a rien d'un révolutionnaire, ni même 
d'un esprit frondeur; la mort de Marie-Thérèse, les 
victoires du roi, les alarmes que cause sa maladie sont 
l'occasion de mandements pleins de pensées chré- 
tiennes et patriotiques, où il parle de la personne du 
monarque tout comme les évêques en résidence à 
Versailles. Bien mieux, lors de la chute de Jacques II. 
il fut le seul des Ordinaires de France à prescrire des 
prières et des jeûnes expiatoires. 

Lavlsse, Histoire de France, vu, 26. — Orisar, dans L. T. K., 
II, 817. — Dom Poulet, Histoire du christianisme, m. 



1173. — Mgr J.-M. Vidal, Histoire des évêques de Pamiers, 
VI, Jean Cerle et le schisme de la régale, Paris, 1938. 

C. Laplatte. 

CERNE, Cernel ou Cerne abbas, abbaye béné- 
dictine située à une distance d'environ 7 milles de 
Dorchester au comté de Dorset, dédiée d'abord à 
S. Pierre, ensuite à Notre-Dame, S. Pierre et S. Benoît, 
auxquels, plus tard, on ajouta S. Edwold. Nous 
sommes peu renseignés sur les débuts de cette fonda- 
tion. A en croire le chroniqueur, Guillaume de Mal- 
mesbury {De gestis pont., Rolls Séries, lu, 184-86), 
S. Augustin de Cantorbéry aurait été mal reçu, voire 
même chassé, par les habitants de cet endroit. 
Prophétisant leur conversion, il dit à ses compagnons : 
Cerno Deum (Deum = El), qui et nobis reiribuet 
gratiam et furentibus illis emendationem infundat 
animant. Ils se convertirent effectivement à la vraie 
foi et pour leur administrer le baptême le saint fit 
jaillir une source qui s'est conservée jusqu'à nos jours. 
Cette légende tardive paraît peu vraisemblable et les 
historiens modernes n'en tiennent pas compte. 

Ce qui est mieux attesté, c'est le séjour près de ce 
puits d'un solitaire, S. Edwold, qui après le martyre 
de son frère, S. Edmond, roi d'East Anglia, en 870, 
vint s'établir à Cerne et y mourut. Peu après sa mort, 
un riche habitant du voisinage, Egilward, y construisit 
un monastère sous le vocable de S. Pierre. {Vita 
S. Edwoldi, éd. Horstniann, Nov. Leg. Angliae, Ox- 
ford, 1901, I, 362-64; Leland, Cotlect., m, 65.) De ce 
début de vie monastique à Cerne nous ignorons tout, 
ainsi que la suite de son histoire, jusqu'au grand 
renouveau du x"" s. A. M. Ryan (A map of old English 
monasteries and Retated Ecclesiastical Fouitdations 
A. D. 400-1066, CorneH University Press. 1939) n'en 
tient pas compte. Dom D. Knowles, par contre, y fait 
allusion et estime que, comme la plupart des monas- 
tères anglo-saxons à la fin du ix<' s.. Cerne passa aux 
mains des clercs séculiers (The monastic Order in 
fÙHjland, Cambridge, 1940, p. 34). .\u témoignage de 
Leland (loc. cit.) il n'y avait, à un moment donné, que 
trois moines dans le monasteriolum ad Fontem S. Au- 
gustin:. 

Le merveilleux renouveau dans l'ordre monastique 
inauguré en Angleterre par S. Dunstan vers 943 ne 
larda pas à se faire sentir à Cerne. A la suite d'une 
translation des reliques de S. Edwold, Aethelmar ou 
.\iliner, alderman du roi Ethelred, quelquefois nonuné 
duc de Cornouaille, reconstruisit le monastère et y 
rétablit l'observance religieuse. Ego volo, écrit-il dans 
la charte de fondation (987), ut illic habitent servientes 
et vacantes Deo, et iis cainrnodis utantur qui sanclam 
regulam beaii lienedicti vita et moribus leneant. (Cf. 
Dugdale, Mon. angl., 11, 625-26.) Il offrit le monastère 
achevé à S. Dunstan, alors archevêque de Cantor- 
béry, et à Aelfheah (ou Eli)hege), évèque de Win- 
chester. Rien ne nous ai)])rend d'où vint la nouvelle 
communauté, niais il est probable qu'elle essaima de 
S. Swithins à Winchester. Ce qui est certain, c'est que 
Aelfheah choisit pour la charge, non pas d'abbé, 
comme l'on a longtemps cru, mais de maître des 
novices de la nouvelle fondation le célèbre prédicateur 
.Velfric. Celui-ci arriva de Winchester formé à la vie 
monastique par S. Ethehvold lui-même, promoteur 
bien connu de la réforme dans les monastères, et sous 
la direction duquel il avait fait de fortes études 
(voir AiiLFRic, supra, i, 648-50). Pendant son séjour à 
Cerne, il composa les ouvrages suivants : iiremier 
volume des Homélies (entre 990 et 991), De temporibus 
anni (991), second volume des Homélies (991 ou 992), 
une grammaire latine (994), un recueil de Vies de 
saints (995), un glossaire latin-anglo-saxon (997), 
traduction de la Bible (commencée avant 998, achevée 
vers 1003), une lettre pastorale écrite pour son 



175 



CERNE — 



C E R N E U F 



176 



évêque Wulfsige de Sherborne (999), Homélies sur 
Eslher, Judith el les Rois (vers 1001), De septiformi 
Spiritu (vers 1001), le Colloquium (manuel à l'usage 
de ses écoliers, 1003) (voir Marguerite-Marie Dubois, 
Aelfric, sermonnaire, docteur et grammairien, Paris, 
1943, oïl l'on trouvera une bibliographie très complète). 

En 1005 Aelfric quitta Cerne pour assumer la 
charge d'abbé à Eynsham où Aethelmar venait de 
fonder un nouveau monastère. Encore une fois l'his- 
toire de Cerne s'entoure d'obscurité. Il ne nous reste 
aucune trace de changement survenu au moment de la 
conquête normande (1066). Quelques années plus tard, 
au plus fort de la querelle des Investitures, un concile 
tenu à Londres (29 sept. 1102) déposa neuf abbés 
bénédictins, dont Haimo, abbé de Cerne, accusé de 
simonie (Eadmer, Hist. nov., P. L., clix, 438). 

D'autres indices encore nous révèlent que l'état du 
monastère laissait à désirer dans cette première moitié 
du xri" s., notamment que Gilbert Foliot, alors abbé 
de Gloucester, plus tard évêque de Londres, soutint 
de son autorité un essai de réforme dans la commu- 
nauté. Il lui envoya un de ses moines, Bernard, qui 
devint prieur et ensuite abbé. D'après les lettres que 
Gilbert lui adressa et qui nous ont été conservées 
(P. L., cxc, 745, 758, 761, 768), il est clair que la tâche 
était dure et réclama une patience héroïque. Ses 
efforts échouèrent et il dut quitter Cerne (1160). Dans 
la suite, il devint abbé de Burton. 

A partir du xiii« s., la documentation devient plus 
riche. Un cartulaire du monastère ( The Red Book of 
Cerne) nous est conservé pour la période 1216-1377; la 
liste des abbés est complète (cf. infra); diverses 
chartes témoignent de donations de terres, privilèges 
accordés, fondations de messes (chantries), litiges, etc. 
Cerne ne devint jamais une abbaye puissante ni riche 
et semble avoir exercé peu d'influence. Un ms. de la 
fm du XIII» s. provenant du scriptorium de Cerne 
(Bodl. ,Ms. Aud. D, 4, 13) nous démontre que les 
moines n'ont pas abandonné la bonne tradition d'Ael- 
fric et que le travail intellectuel, et même théolo- 
gique, garda tous ses droits dans la vie de la commu- 
nauté. Nous y trouvons l'œuvre d'Amalricus ou 
Aimeric, vraisemblablement moine de l'abbaye, dont 
voici le détail : De principiis et partibus theologiae... 
(1276); Distinctiones Evangeliarum; Tabulae nona- 
ginta theologicae; une Confession en latin, inc. : 
Conftteor tibi Domine... (cf. Madan, Craster et Den- 
holme-Young, Summ. Catalogue, ii, I, 1922, p. 431-32). 

On attendra ici un mot au sujet du célèbre Book of 
Cerne. Ce livre ne fut ni composé ni écrit dans l'abbaye 
de Cerne. Selon dom B. Kuypers qui l'a savamment 
édité (The Book of Cerne, Cambridge, 1902, introd., 
p. xiv), ce recueil de prières privées provient du 
royaume de Mercie (au centre de l'Angleterre) où il j 
fut écrit entre 818 et 830 pour Aedelwald, évêque de 
Lichfield. Nous ne sommes même pas sûr qu'il a appar- 
tenu à la bibliothèque monastique de Cerne. On le 
suppose; car, dès 1697, date où Bernard dressa ses 
Catalogi, une collection de plus de 40 chartes de 
Cerne était attachée au recueil de prières dont nous 
parlons, et le ms., tel que nous l'avons, contient un 
recueil de séquences liturgiques parmi lesquelles plu- 
sieurs furent propres à cette abbaye. On en a conclu 
que le tout appartint, à un moment donné, à la 
bibliothèque de Cerne. 

D'après les procès-verbaux et autres documents 
relatifs aux chapitres généraux tenus régulièrement en 
Angleterre par les moines noirs à partir de 1215, il faut 
conclure que Cerne n'a jamais exercé une grande 
influence. Pourtant son abbé, Robert de Symondsbury 1 
(1382-1411), semble bien avoir joui de la confiance de 
ses confrères et de l'estime des capitulants qui lui 
confièrent à diverses reprises la mission de visiteur 



de certains monastères importants. Son successeur 
également, John Wede (1411-27), fut élu au chapitre 
général de 1423 visiteur pour tous les monastères du 
diocèse de Salisbury. Trois ans plus tard, au chapitre 
suivant, le prieur de Bath rendit compte aux capi- 
tulants de la visite canonique qu'il avait faite à 
Cerne, et il témoigna que tout y était digne et régulier. 
(Cf. W. Pantin, Chapters of the English Black Monks, 
1215-1540, III, 1937, passim.) 

C'est le dernier témoignage qui nous soit parvenu 
de la vie monastique à Cerne. Un peu plus d'un siècle 
plus tard, le monastère fut supprimé et la communauté 
dispersée par Henri VIII dans les circonstances tra- 
giques que l'on sait. Le dernier abbé, Thomas Corton, 
essaya dès 1538 de négocier pour qu'on laissât son 
monastère en paix. Ses efforts n'aboutirent à rien, et 
par un acte formel (Act of Surrender, reproduit par 
Dugdale) daté du 15 mars 1539, lui et les quinze moines 
qui formaient la communauté livrèrent leur abbaye 
au roi dans la personne de John Tregonwell. De l'église 
abbatiale et des bâtiments claustraux, rien ne subsiste 
sauf le grand portail. Suivant Hutchins. il serait de la 
fm du xv» ou du début du xv!» s. Dugdale reproduit les 
armoiries de l'abbaye (d'après Reyner et Tanner). 

Plusieurs sceaux nous sont parvenus. Le sceau 
conventuel (xiii» s. reproduit par Page, Vid. Counl. 
Hist., Dorset, ii, 62 et Dugdale, Mon. Angl., t. ii, 
pl. XVI); le sceau d'un abbé (xv« s. reproduit par Page, 
ibid.); un morceau du cachet de l'abbé Roger Bemyster 
attaché à un document daté de 1475. 

Liste des abbés. — (?) Alfric Puttoc. — • Withelmus 
(c. 1085). — Haimo (déposé en 1102). — William 
(c. 1121). — Bernard (se démit de sa charge, 1160). — 
Robert (c. 1166). — Dionysius (se démit, 1220). — 
R., élu 1220. — WiHiam de Hungerford, élu 1232. — 
Richard de Suwell ou Sawel, élu 1244, mort 1260. — 
Philip, élu 1260. — Thomas de Ebblesbury, élu 1274. 
— Gilbert de Minterne, élu 1296, mort 1312. — Ralph 
de Cerne, élu 1312, mort 1324. — • Richard de Osming- 
ton, élu 1324. — Stephen Sherrard, élu 1356. — 
Thomas Sewale, élu 1361, mort 1382. — John de 
Hayle, élu 1382, mort la même année. — Robert 
Symondsbury, élu 1382. — John Wede, élu 1411, 
mort 1427. — John Winterbourne, élu 1427, mort 
1436. — ■ John Godmanston, élu 1436, mort 1451. — 
William Cattistoke, élu 1451, mort 1454. — John 
Helyer, élu 1454, démis 1458. — John Vanne, élu 
1458, mort 1471. — Roger Bemyster, élu 1471, 
mort 1497. — Thomas Sam, élu 1497, mort 1509. — 
Robert Westbury, élu 1510, mort 1524. — Thomas 
Corton, élu 1524, livra son abbaye au roi 1539. 

Dugdale, Monasticon anglicanum, ii, 621-50. — • Hut- 
chins, History of Dorset, 1861-70, iv. — W. Page, F. S. A., 
Victoria County History, Dorset, ii, 1908, p. 53-58. — D. M. 
Knowles, The monasiic order in England, Cambridge, 1940, 
passim. 

Joseph Warrilow. 
CERNEUF (Saint), ou Sirénat, patron de la 
collégiale de Billom (arr. de Clermont), est habituelle- 
ment identifié avec le martyr de Sirmium en Panno- 
nie, Sinerotes (Sinorus, Serenus), mentionné le 23 févr. 
au martyrologe hiéronymien, dont le nom se retrouve 
dans deux inscriptions de Sirmium et est cité proba- 
blement au bréviaire syriaque. Le martyrologe romain, 
après Usuard, dit qu'il était moine et fut décapité 
sous Maximien. Mais dom Morin croit que le saint de 
Billom est ce Seronatus, haut fonctionnaire de l'empire 
romain dans les Gaules, qui fut exécuté vers 472, 
grâce aux poursuites des Arvernes, pour s'être montré 
trop favorable aux Barbares. 

A. S., févr., ni, 364-66. — B. H. L., 7595. — C. I. L., 
m, n. 10232-33. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 111. — Mari. 
Rom., 73. — G. Morin, La formation des légendes proven- 



177 



CERNEUF — 



CERQUEIRA 



178 



çales, dans Reo. bénéd., 1909, p. 25. — Sidoine Apollinaire, 
Episiulae, éd. Luetjohann, 438. 

R. Van Doren. 

CERNIKÈ ou CERNITZA (KEpviKti, Kepvt- 
T3a), évêché du Péloponèse H", dépendant de Fa- 
tras. On ignore à quelle date il fut créé, car il ne se 
rencontre pas dans les listes épiscopales avant la fin du 
XV* s. (H. Gelzer, Ungedmckle und ungenûgend 
verOffentliche Texte der Notitiae episcopatuum, Abhandl. 
der k. bayer. Akademie der Wiss., I. Cl., xxi. Bd, m. 
Abth., 634). Cependant il peut avoir existé depuis le 
xiii^ s., puisqu'il semble prouvé qu'il y avait déjà un 
titulaire latin en 1213. Le premier évéque grec connu 
de Cernikè est un certain Malotaras en 1316. En 
juin 1380, le patriarche Nil approuva le décret de 
l'empereur Jean V Paléologue érigeant Cernitza en 
métropole en faveur du titulaire, un certain Mathieu. 
Celui-ci ayant été transféré à Janina, Cernitza fut 
ramenée au rang de simple évêché, à la demande de 
son ancien supérieur, le métropolite de Fatras (mars 
1381) (Miklosich et Muller, Acla et diplomata graeca 
medii aevi, ii, 8-11, 23-24). En sept. 1654, elle devint 
archevêché (Sathas, MECTaicoviKf) piêXio6r|KTi, m, 590). 
C'est sans doute vers la fin du xvii« s. que lui fut uni 
l'évêché de Calabryta. (Voir ce mot.) On a la preuve 
que cette union était faite en 1711. Les deux diocèses 
unis de Cernitza et de Calabryta devinrent en nov. 
1833 le diocèse d'Aegialée, à la suite de la réorganisa- 
tion de l'Église de Grèce. Tandis que le nom de Cala- 
bryta a reparu plus tard et se maintient encore de nos 
jours, uni à celui d'Aegialée, celui de Cernitza ne 
figure plus sur les listes épiscopales. La localité de ce 
nom n'est d'ailleurs qu'un petit village qui compte 
tout juste 111 habitants (1928). Il ne dut sa relative 
importance qu'à la forteresse byzantine du même nom 
construite non loin de là. En 1725, l'évêque logeait au 
village de Diacopto. 

Du XI v« au xix« s. on rencontre dix-neuf titulaires 
grecs de Cernitza ou de Cernitza et Calabryta. Le 
premier est Malotaras, 1316 (Miklosich et Muller, op. 
cit., I, 52). — Mathieu, 1380-mars 1391 {ibid., ii, 
9-11, 23-24). — Jean, 1510, connu par une inscription 
du monastère du Mégaspiléon. — Néophyte, 1555 
(Sp. Lampros, Catalogue of the Mss. on the mount 
Athos, p. 47, n. 575/19). — Théodose, 1570 (Miklosich 
et Muller, op. cit., v, 178). — Arsène Pachyioannès, 
déposé en 1594 (Sathas, BioypaçiKÔv (7XÉ5iaa(jia 
TTEpl ToO TTOCTpiapxoO 'lepE|i(ou B', 172-73). — Nec- 
taire, 1594-? (ibid., 196). — Léon, vers 1600. — Élie, 
vers 1610. — Farthénios, 1622-3 janv. 1639 (Sathas, 
MEaaicoviKT) pigÂtoÔTiKTi, III, 573-74). — Arsène, 
1639-déposé en sept. 1640 (ibid., 575). — Constantius 
ou Constantin, sept. 1654-? (ibid., 590). — Léonce, 
1690. — Élie Méniatès, 1711-1^* août 1714 (biographie 
dans MEyôAri êXXiiviKf) èyKUKXoiraiSEfa, xvii, 140- 
41). — Daniel, 1725 (Revue de l'Orient latin, i, 319). — 
Daniel, 1770, un des chefs de l'insurrection grecque à 
cette époque (St. Thomopoulos, 'Icrropia nocrpwv, 
392). — Farthénios, 1776, d'après une inscription du 
Mégaspiléon. — Cyrille, 1785. — Frocope, déjà en 
1801-t 1824. Depuis lors le diocèse fut administré 
successivement par Germain, métropolite de Fatras, 
1824-26 ; Grégoire, évêque d'Eudoxiade, 1826-28 ; Mélé- 
tios, évêque de Métrae, 1828-30, et Barthélémy, 
évêque de Moschonis.sia, 1830-33 (Mansi, xl, 145 AB). 

Le titre de Cernitza a été décerné au moins sept fois 
dans l'Église romaine. Le premier prélat qui l'a porté a 
effectivement gouverné ce diocèse. On a en effet une 
lettre du pape Innocent III, datée du 26 août 1213, à 
l'évêque d'Amyclon, nommé à Cernica, à propos de 
biens ecclésiastiques. Le nom de ce prélat est resté 
inconnu (P. L., ccxvi, 898-899). Ce prélat était peut- 
être un grec uni. Lequien, qui parle du document, 



déclare ignorer l'évêché de Kernica, mais il conjecture 
qu'il devait se trouver dans le Féloponèse ou dans une 
région voisine (Oriens christianus, m, 953-54). Cela 
ressort, en effet, du texte même de la lettre pontificale. 
Aussi doit-on s'étonner qu'on ait pu faire de Cernitza 
un évêché de l'Épire et même l'identifier (A. Battan- 
dier, Ann. pont., 1916, p. 385). Dans les années plus 
récentes, cette publication a rectifié la situation 
exacte de Cernitza. 

En dehors de l'évêque anonyme de 1213, d'autres 
prélats catholiques ont porté le titre de Cernitza. 
Voici la liste donnée par VAnn. pont, de 1916, 385 : 
Barthélémy, 1318. — Thomas, 1340-54, sufïragant à 
Eichstaett, à Augsbourg, à Freising et à Trente. — 
Rochard, 1370-99, suffragant à York — Pierre, O. P., 
1404-t 1424, auxiliaire en divers diocèses. — Alermus, 
O. F. M., 9 avr. 1434-50. — Jacques, O. S. A., 
14 janv. 1451-?. 

En dehors de la bibliographie donnée au cours de l'article, 
cf. G. Papandréou, "laTopiaTÛv KaAagpûrcou, 1928, p. 137-40. 

R. Janin. 

CERNITORI (GiusEPPE), jésuite né à Civita- 
Vecchia le 19 janv. 1749, mort à Rome le 7 févr. 1821. 
Entré au noviciat de la province romaine le 26 janv. 
1766, il suivait le cours de physique au Collège Romain 
en 1772. Après la suppression de la Compagnie, il 
resta en relations intimes avec le P. Zaccaria et 
rentra dans la nouvelle Compagnie dès son réta- 
blissement. 

Œuvres. — Délia letteraria e cristiana istitutione 
délia prima Gioventu, 2 vol., Rome, 1788; Biblioteca 
polemica degli scrittori che dal 1770 sino al 1793 hanno 
difjesi o impugnati i dogmi délia callolica romana 
Chiesa, Rome, 1793. Cette dernière œuvre est inté- 
ressante par les renseignements qu'elle fournit. 

Sommervogel, ii, 999-1000. — Caballero, Bibliothecae 
scriptorum Soc. Jesu, Suppl., ii, 25. 

A. De Bil. 

CEROSICUS, Cupsicus, qu'on lit au marty- 
rologe hiéronymien au 10 sept, comme martyr à 
Césarée, est une mauvaise lecture pour S. Eupsy- 
chius (Eufepia) de Césarée (Cappadoce) au 8 sept. 

A. S., sept., ni, 493. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 499; 
cf. 498. 

R. Van Doren. 
CERQUEIRA (Luiz de), jésuite, cinquième 
évêque titulaire du Japon, né à Alvito en 1552, mort à 
Nagasaki le 15 févr. 1614. Entré dans la Compagnie à 
Evora le 14 juill. 1566. Il enseignait la théologie à 
l'université d'Evora quand il fut désigné comme coad- 
juteur de l'évêque du Japon Pedro Martins et confirmé 
par Clément VIII le 20 janv. 1592 avec le titre 
d'évêque de Tibériade. Il fut sacré à Evora par l'ar- 
chevêque Don Theotimo de Bragance en 1594 et 
s'embarqua la même année pour les Indes. Il se ren- 
contra avec l'évêque Pedro Martins à Macao et aborda 
au Japon le 5 août 1598. Il gouverna seize ans, au mi- 
lieu des plus grandes difficultés, l'Église confiée à ses 
soins, dont il était devenu titulaire depuis la mort de 
Pedro Martins le 18 févr. 1598. Tour à tour accueilli 
avec honneur par les rois du Japon ou condamné au 
dernier supplice, il visita les plus lointaines chrétientés 
du Japon et les organisa avec une rare prudence. II 
ordonna quelques Japonais qu'il préposa aux églises 
de Nagasaki érigées en paroisses; il publia les décrets 
du concile de Trente sur le territoire de Tacaco, en- 
tièrement christianisé. Il mourut à Nagasaki peu de 
temps avant la persécution de Daifusama. On possède 
de lui une relation en portugais du martyre de six 
chrétiens japonais les 8 et 9 déc. 1603. Elle fut traduite 
en diverses langues : en allemand, français, italien, 
latin, néerlandais; deux ouvrages en latin : Manuale 



179 



CERQUEIRA 



— CERVETERI 



180 



ad sacramenta Eçclesiae minisiranda, etc., Nagasaki, 
1605; Manuale casuum conscientiae, traduit en japo- 
nais à l'usage des curés indigènes; deux lettres au 
T. R. P. général Claude Aquaviva, relatant des 
martyres de chrétiens (8 mars 1606-6 oct. 1613). On 
les trouve dans les Lettere annue del Giappone, 1603- 
1606, et 1612 sq.; une lettre ms. à la bibliothèque 
d'Evora (Catal. des mss., I, 422) ; une autre à la p. 186- 
191 du ms. 4156 de la Bibl. royale de Bruxelles. 

Sommervogel, ii, 1001-1002; ix, 23. — Franco, Imagem 
da virlud em o noviciado de Evora, 461-77. ■ — Bartoli, Giap- 
pone, 1. II, § 41, 67; 1. III, 26-71. — Nieremberg, Honor 
del Gran Pairiarca..., m, 694. — Charlevoix, Hist. et 
descript. du Japon, ii, passim. — A. F. Cardim, Balalhas, 
6. — Patrignani, Menol. (Borro), n, 274. 

A. De Bil. 

CERREDO, Ceretum, S. Maria in Cerelo, 
SS. Petrus et Paulus de Cerelo, ancienne abbaye béné- 
dictine, puis' cistercienne, située en Lombardie, diocèse 
de Lodi, près de Pandino, le long du fleuve Adda. 
D'après les documents étudiés par Kehr, l'église de 
Cerredo aurait été érigée dès le xi« s. par le comte Albé- 
ric et son épouse Erlinde; leur fils Bennon aurait fait 
bâtir le monastère en 1084. Des bénédictins, ayant à 
leur tête l'abbé Bernard, l'occupèrent. Au siècle sui- 
vant, les moines paraissent avoir embrassé le parti de 
l'antipape Anaclet; ce fut assez pour qu'Innocent II 
voulût les remplacer par des cisterciens, et ce fut 
Brunon, l'abbé de Chiaravalle près Milan (fondation de 
S. Bernard de Glairvaux), qui vint en personne occuper 
Cerredo avec ses religieux. Comblée de faveurs par les 
papes et les empereurs, l'abbaye devint l'une des plus 
notables parmi les maisons cisterciennes. Kehr donne 
lui-même les preuves de cette affirmation, en parti- 
culier le procès intenté par le S. -Siège à Lanfranc, 
l'évèque obstiné de Lodi. Cerredo d'ailleurs était 
comme un fief de Rome, lui versant annuellement, en 
témoignage de sa dépendance, la somme de douze 
deniers. 

En mars 1231, Cerredo avait accepté comme mai- 
son-fille Ste-Madeleine de Gava; en oct. de la même 
année, Honorius III lui fit accepter de plus S.-Étienne 
de Cornu. En 1247, il fut encore question d'un autre 
établissement. La série des abbés commendataires 
débute en 1439; parmi eux figure Julien de la Rovere, 
le futur pape Jules 11. Désormais c'est bien fini de 
l'antique prospérité. Cerredo fit partie dans la suite de 
la Congrégation de S.-Bernard d'Italie, Toscane et 
Lombardie. Elle disparut en 1798. 

Archives décrites dans Kehr, It. pont., vi, pars I», 251. — 
G. AgnelH, Monographia dell' abbazia cist. di Cerrelo, Lodi, 
1884; S. Pietro di Cereto, dans Arch. stor. di Lodi, 1911, 
1912. — Cottineau, 658. — Janauschek, Origines cisterc. 
Vienne, 1877, vin, lxviii, lxxxii, 43. — Lubin, Abbatiar. 
Italiae, Rome, 1693, p. 185. — Manrique, Ann. cisterc, 
Lyon, 1642, ann. 1136, viii, 9; ix, 1. — Potthast, Reg., 
n. 608, 1975, 9071, 11120. — R. Riva, L'abbadia di Cerreto, 
Crema, 1889. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, édit. Lou- 
vain, 1933-41, i-viii, passim. — Ughelli, iv, 665; m, 137. 

J.-M. Canivez. 

CERRETO SANNITA. Voir Telese. 

CERVANTES (Gonzalve), théologien espa- 
gnol (xvi<= s.). Voir D. T. C, ii, 2168. 

CERVANTES DE LORA (Juan). La chro- 
nologie de ce cardinal a été diversement proposée par 
les différents auteurs; celle de Flôrez (Esp. sagr., 
xxn, 213-20) paraît la plus acceptable : C. naquit à 
Séville en 1382, fit ses études ecclésiastiques à Sala- 
inanque, n'était encore qu'archidiacre de Séville lors- 
qu'il fut promu cardinal du titre S.-Pierre-aux-Liens 
par Martin V' le 24 mai 1426 et proclamé le 27 mai 
1426. Le 10 nov. 1430, il était déjà en possession de 



l'évêché de Tuy comme administrateur apostolique, 
tout en restant à Rome. C. intervint à plusieurs 
reprises au concile de Bâle; il informa Eugène IV des 
décisions de la xix" session (1434); conjointement avec 
Albergati, il fut désigné comme légat du pape à Bâle 
et reçut pleins pouvoirs pour désigner le lieu de réu- 
nion du futur concile, pour démontrer aux Pères du 
concile qu'en s'écartant du pape, ils suivaient une 
politique dangereuse, enfin pour résoudre la question 
des bénéfices et autres problèmes qui divisaient alors 
le S. -Siège et le concile (bulles du 17 févr. 1437, ses- 
sion xxiv). Les légats rencontrèrent à Bâle une vive 
opposition. Avec l'approbation d'Eugène IV, ils s'op- 
posèrent au transfert du concile à Avignon (sess. xxv). 
Ils s'eïTorcèrent aussi, mais en vain, d'empêcher les 
Pères du concile d'envoyer à Eugène IV le Monito- 
rium et le Ciiaiorium. On ignore à quelle date exacte 
C. put revenir en Espagne; toutefois il est certain 
que le 25 nov. 1437 il était déjà nommé évêque 
d'Avila, quoi qu'il ne pût en prendre possession qu'en 
j mars 1438. En 1442, il échangea l'évêché d'Avila 
contre celui de Ségovie. On ignore aussi à quelle date il 
devint évêque d'Ostie : si l'on accepte la date du 
17 mars 1446, il y fut promu par le pape Eugène IV; 
s'il ne fut nommé que le 27 mars 1447, il dut cette 
nomination à Nicolas V. Enfin, à partir de 1449 (ou 
mieux déjà avant le 20 août 1448) jusqu'au 25 nov. 
1453, date de sa mort, il gouverna le diocèse de Séville. 
Sa mort fut édifiante comme sa vie. Parmi ses œuvres 
les plus remarquables, citons l'hôpital S.-Herméné- 
gilde qu'il dota de revenus suffisants pour l'entretien 
de 80 malades pauvres; il fonda la chapelle du même 
saint martyr avec quatre bénéfices, érigea une 
confrérie de la Passion, etc. 

Ciaconio, Hist. pontif. Rom. et S. R. E. card., il, 860. — 
A. Morgado, Prelados Sevillanos..., Séville, 1906, p. 348-57. 
1 — M. Carramolino, Hist. de Avila..., ii, Madrid, 1872, 
423-25. — E. Flôrez, Esp. sagr., xxii, 213-20. — Biografias 
eclesiasticas, m, Madrid-Barc, 1850, p. 758. — Hefele- 
Leclercq, vi, 753, 880, 924-49. — Joh. HaUer, Conc. Basi- 
liense, i, Bâle, 1896, passim. — • U. Chevalier, B. B., i, 
840. — Fr. J. Muiiana, O. P., écrivit la vie de Cervantes 
au commencement du xvm" siècle. 

F. PÉREZ. 

CERVARA (S. HiERONYMi Silvariae), abbaye de 
bénédictins au diocèse de Gênes, à 20 milles de Porto- 
Fino (Ligurie). En 1159, l'empereur Frédéric donna 
l'église de Cervara à l'évèque de Turin, Charles. Quand 
elle eut passé au diocèse de Gênes, l'évèque Guy 
(t 1368) y établit un monastère où, en 1377, Gré- 
goire XI reçut l'hospitalité. La discipline qui y 
régnait invita Martin V à lui adjoindre plusieurs 
monastères, dont le plus important était S. Bénigne de 
Capofaro. Unis en congrégation, ils eurent des cha- 
pitres généraux annuels, des supérieurs temporaires et 
des visites fréquentes. Mais déjà enl460. Pie II unit 
Cervara et ses monastères à la congrégation de Ste-Jus- 
tine de Padoue. L'abbaye fut supprimée à la Révolu- 
tion française (1798-1810) et les édifices eux-mêmes 
détruits en 1877. 

Annales O. S. B., Subiaco, 1909, p. 48-57. — Cottineau. 
659. — S. Hilpisch, Geschichte des Benediktinischen Mônch- 
tums, Fribourg, 1929, p. 264-265. — G. Salvi, La badia di 
S. Benigno di Capofaro, dans Riv. stor. Bened., ix, 1914, 
p. 339-60; x, 1915, p. 50-71; 204-24; xi, 1916, p. 59-82. — 
Ph. Schmitz, Hist. de l'ordre de S.-Benoît, m, 168-69. — 
Ughelli, 2» éd., iv, 1049. 

R. Van Doren. 
CERVERA (Pierre), trinitaire espagnol, théolo- 
gien polémiste (t 1590). Voir D. T. C, ii, 2168. 

CERVETERI, ville d'environ 2 000 habitants, 
située non loin de la mer entre Civitavecchia et Rome, 
à 44 km. de cette dernière, sur l'emplacement d'un 



181 



CERVETERI 



— CERVUS 



182 



centre étrusque (nécropole). Cerveteri (Caere velus) 
posséda un évêché, dont une tradition légendaire 
attribuait la fondation à Félix II. Adeodatus, dont 
Mommsen a fait un évêque de Lorium (Santa RufTina), 
en est le premier évêque connu. Il occupait ce siège en 
499 (Duchesne, Lanzoni). La position stratégique de 
Cerveteri par rapport aux deux grandes voies ro- 
maines : la Claudia et l'Aurelia, amena l'empereur 
Louis I<^'' à la céder à l'Église romaine en la personne de 
Pascal I". Cette donation devait être confirmée dans 
la suite par Otton I" (962) et par Henri II (1014). Une 
forte diminution de la population au cours du xi" s. 
entraîna la suppression du siège, et à la fin du siècle 
suivant Cerveteri, qui avait été incorporée au diocèse 
suburbicaire de Porto, fut concédée en fief à Pierre La- 
tro de la famille des Corsi. 

Liste des éuêques. — Adeodatus, 499. — Romanus, 
826. — Adrianus, 853. — - Crescentius, 869. — Anni- 
sus,993. — Stephanus, 998. — Benedlctus, 1015, 1029. 

L. Canina, Descrizione di Cere anlica, Rome, 1838. — 
Cappelletti, i, 547-49. • — L. Duchesne, Le sedi episcopali 
helVant. ducaio di Roma, dans Archiuio délia Soc. romana 
di st. palria, xv, 1892, p. 486. — Kehr, It. pont., ii, 22. — 
Lanzoni, 323-28. — Liber pontificalis, i, 10. — G. Silves- 
trelli, Città, castelli e terre délia regione romana, n, 
2' éd., Rome, 1940, p. 602-04. — G. Tomassetti, La Campagna 
romana antica, medioevale e romana, u, Rome, 1910, 
p. 515-33. 

M. -H. Laurent. 

1 . CERVIA, ville des Romagnes bâtie, de 1698 à 
1704, à 3 km. de la Cervia d'autrefois, qui, elle-même, 
s'élevait sur l'emplacement de Ficula (Ficoclum, Fico- 
dia). Son siège épiscopal est l'un des plus anciens de la 
VIIP région. Un évêque de Cervia, Gerontius, figure 
de fait dans les actes du synode tenu à Rome en 501, et 
ce prélat s'identifie peut-être avec un personnage de 
même nom mentionné dans deux lettres du pape Gé- 
lase (495, 496). Placé sous l'immédiate juridiction du 
S. -Siège, l'évêque de Cervia fut chargé, jusqu'au x' s., 
de la visite de l'archevêché de Ravenne lors de la va- 
cance de ce siège. En 948, Cervia devint sufîragant de 
Ravenne. Lors de la lutte entre le pape et l'empereur, 
la ville fit sienne la cause impériale. Alliés ou ennemis 
de Ravenne, les Cerviens prirent part, durant le 
Moyen Age, aux différends qui opposèrent les com- 
munes romagnoles. De 1290 à 1384, la ville fut assu- 
jettie aux Polentani, en leur qualité de vicaires de 
l'Église. En 1463, les Malatesta la remirent aux Véni- 
tiens, et ceux-ci la cédèrent au S. -Siège, en 1509, à la 
suite de la défaite de Vailate. Désormais l'histoire de 
Cervia se confond avec celle des États pontificaux. 
L'actuel diocèse est l'un des moins étendus d'Italie. 
Il comprend, avec la ville épiscopale située dans la pro- \ 
vince de Ravenne, trois communes de la province de 
Ferrare. La population d'environ 30 000 âmes est 
répartie en treize paroisses. 

Liste des évêques. — Geronzio, 501. — Severo, 591- 
99. — Bono, 649. — Sergio, 769. — Lucido, c. 840-55. 
— Giovanni, 861-81. — Stefano, 967-69. — Leone, 
998-1030. — Giovanni, 1030-53. — Bono, 1059-70. — 
Ildebrando, 1073. — Angelo, 1082. — Giovanni, 1109- 
22. — Pietro, 1126-53. — Manfredo, 1163. — Alberto, 
1166-73. — Ugo, 1174, 1 175. — Teobaldo, 1187-93.— 
Alberto, 1198-1200. — Simeone, 1204, 1216. — Rusti- 
co, 1217-29. — Giovanni, 1229-47. — Giacomo, 1254- 
57. — Ubaldo, 1257. — Giovanni, 1260-64. — Tom- 
maso, 1266-70. — Teodorico Borgognoni, 1270-98. — 
Antonino, 1299-1306. — Matteo, 1307-17. — Guido ; 
Gennari, 1317. — Francesco, 1324. — Geraldo, 1324- | 
29. — Superanzio Lambertuzzi, 1329-37. — Guadagno 
di Maiolo, 1342-63. — Giovanni dei Placentini, 1364- 
70. — Bernardo dei Guasconi, 1370-74. — Astorge 
Brason, 1374-78 [passé à Clément VII]. — Menendez, 



administr., c. 1388-90. — Pino, dit par erreur Orde- 
laffl, 1394-1402. — Paulus, 1402-31? (à la même 
époque [1414], Mainardino Contrari fut nommé par 
Jean XXIII; évêque élu, il résignera sa charge en 
1417). — Cristoforo di San Marcello de Vicenza, 1431- 
35. — ■ Antonio Correr, card. administr., 1435-40. — 
Pietro Barbo, card. administr., 1440. — Isidoro, card. 
administr., 1451-55. — Francesco Porzi, 1455-74. — 
Achille Mariscotti, 1475-85. — Tommaso Catanei, 
1485-1513. — Paolo Cesi, card. administr., 1525-28. — 
Ottavio Cesi, 1528-34. — Giovanni Andréa Cesi, 1534- 
45. — Federico Cesi, 1545. — Scipione Santa Croce, 
1545-76. — Ottavio Santa Croce, 1576-82. — Lorenzo 
Campeggi, 1582-85. — Decio Azzolini, 1585-87. — 
Annibale Pauli, 1587-90. — Alfonso Visconti, 1591- 
1601. — Bonifazio Bevilacqua, card. administr., 1601- 
27. — Giovanni Francesco Guidi di Bagno, 1627-35. — 
Francesco Maria Merlini, 1635-44. — Pomponio 
Spreti, 1646-52. — Francesco Gheri, 1655-61. — An- 
selmo Dandini, 1662-64. — • Girolamo Santolini, 1665- 
67. — Francesco Riccamonti, 1668-1707. — Camillo 
Spreti, 1709-27?. — Gaspare Pizzolanti, 1727-66. — 
Giovanni Battista Donati, 1766-93. — Bonaventura 
Gazzola, 1795-1820. — Giuseppe Mazzotti, 1820-26. — 
Ignazio Giov. Cadolini, 1826-31. — Mariano Bal- 
dassare Medici, 1832-33. — Innocenzo Castracane 
degli AntelmineUi, 1834-37. — Gaetano Baletti, 1838- 
42. — Gioachino Tamburini, 1842-59. — Giovanni 
Monetti, 1860-76. — Federico Foschi, 1877-1908. A 
partir de cette date, l'archevêque de Ravenne est à la 
fois archevêque de Ravenne et évêque de Cervia. 

Avec les listes épiscopales qui figurent dans Gams et 
dans Eubel, on consultera : Cappelletti, ii, 557-78. - — 
F. Forlivesi, Cervia, cenni storici, Bologne, 1889. — Kehr, 
It. pont., V, 113-15. — Lanzoni, 448-49. — UgheUi, ii, 
467-81. — • G. Zattoni, La cronotassi dei vescovi di Ceruia, 
Ravenne, 1903. 

M. -H. Laurent. 
2. CERVIA (Santa Maria de), Ceroi'anu/n, mo- 
nastère bénédictin du diocèse de Girone. Fondé en 
1053 par Silvio Llobet et sa femme Adalets et dédié à 
la Vierge Marie, à S. Michel et aux SS. Pierre et Paul, 
avec le consentement de Raymond, comte de Barce- 
lone et de Bérenger, évêque de Girone. Peu après 
(1054), il fut soumis au monastère de S. -Michel de 
Chiusa (Italie), ce qui l'empêcha de prendre de l'essor. 
On peut encore voir les ruines de son église romane à 
trois nefs et du cloître, ainsi que de quelques monu- 
ments funéraires de la famille Cervia. 

P. de Marca, Marca Hispanica, Paris, 1688, p. 448, 1099. 
— MabiUon, Ann., iv, 503 (547). — Lambert, D. H. G. E., 
II, 1364. — Encicl. Espasa, xii, 1435. 

F. PÉREZ. 

CERVINI (Marcello). Voir Marcel II, pape. 

CERVOLUS (Saint), fêté à Bénévent, 15 mai. 
Au témoignage de Falcon de Bénévent (xii« s.), le 
15 mai 1119, on découvrit à Bénévent les reliques de 
S. Jean, évêque de cette ville, d'un S. Étienne, diacre, 
d'autres saints et, parmi eux, d'un Cervolus martyr. 
Falcon ne dit pas quelles garanties furent prises pour 
vérifier l'authenticité des corps saints. D'ailleurs, sauf 
pour Jean, il s'agit de personnages inconnus et ces 
ossements ont disparu depuis lors. 

A. S., mai, m, 466-68. — UgheUi, viii, 16. 

R. Van Doren. 

CERVUS (Jean), chanoine de Lwow et de Ploclc 
(t V. 1557). Originaire de Tuchola en Poméranie polo- 
naise. Son vrai nom semble avoir été Jelonek, latinisé, 
selon la mode de l'époque, ea Cervus. Il fit ses études 
à l'université de Cracovie, où il obtint en 1523 le 
grade de bachelier ès arts. Vers 1529, il enseigna en 
l'école des Cisterciens de Jedrzejôw et y prépara un 



183 



CERVUS — 



CÉRYNIA 



184 



manuel de théologie pastorale, qu'il édita plus tard : 
Methodus sacramentorum S. Ecclesiae catholicae, Cra- 
covie, 1537. Son autre ou\Tage, De moribus Ecclesiae 
catholicae, 1530, est une anthologie des écrits de 
S. Augustin. Il enseigna aussi la grammaire latine à 
l'université de Cracovie et publia de ses cours trois 
ouvrages, en 1533 : Institutiones grammaticae, Syn- 
taxis, et Quaestiones de declinatione et constructione 
octo orationis partium, avec, en appendice, un recueil 
de prières et une sorte de catéchisme (un des premiers 
ouvrages de ce genre). Il s'appliqua en outre à l'étude 
du droit, en particulier du droit municipal, et publia 
dès 1531 sa Farrago actionum civilium iuris Magde- 
burgensis, rééditée quatre fois depuis (1542, 1546, 
1558 et 1607, ces deux dernières éditions posthumes); 
puis un Epitome pontiftcii ac caesarei iuris de cogna- 
tionibus, nuptiis, iure dotium et donationibus, édit. en 
1534. Cette même année, Cervus fut nommé recteur de 
l'école cathédrale à Lwow. N'étant encore que clerc 
minoré, il obtint du conseil municipal une prébende 
inférieure de la cathédrale (1538); deux ans après, il 
devint chanoine en la même église et fut ordonné 
prêtre en 1541. Il reçut vers le même temps un cano- 
nicat en la cathédrale de Plock, ainsi que la prévôté 
de l'église S. -Nicolas à Lwow. En 1540, il publia encore 
trois ouvrages juridiques, dont un dictionnaire latino- 
polonais des termes du droit et un traité De regulis 
iuris utriusque. 

M. Wiszniewski, Hist.literatury, vi, Cracovie, 1840-1857, 
p. 130; IX, 178, 313. — D. Zubrzycki, Kronika miasta 
Lwowa, Lwow, 1844, p. 154, 166. — Wl. Wislocki, Acta 
rectoralia uniuersitatis Cracoviensis, i, Cracovie, n. 3093. 
— St. Kutrzeba, Historia zrodel daivnego prawa polskiego, 
II, Cracovie, 1926, p. 277-278. — J. Skoczek, Dzieje Iwow- 
skiej szkoly katedralnej, Lwow, 1929, p. 160-71. — • Kultura 
staropolska, Cracovie, 1932, p. 47, 61. — H. Barycz, Ceruus, 
art. dans Polski slownik biograficzng, m, Cracovie, 1937, 
p. 235-236, résumé ici. 

J. OSTROWSKI. 

CÉRYNIA ou CYRÉNIA (Kepûveia, KuprivEia), 
évêché de l'île de Chypre, dépendant de Salamis. 
Le nom de Cérynia, originaire de l'Achaïe, indique 
nettement que la ville fut une colonie grecque. 
Cependant les trafiquants sémites y possédèrent un 
pied-à-terrç au temps des Perses, comme le prouve un 
fragment d'inscription phénicienne trouvé dans la 
localité. La forme Kupr|V£ia est byzantine et in- 
fluencée par le nom de Cyrène en Lybie. Quant à la 
tradition d'après laquelle Cyrénia aurait été fondée 
par Cyrus, elle est récente et sans aucun fondement. 
On trouve aussi le nom de la ville sous la forme Cerau- 
nia (KEpocuvla) et même Coronè (Kopcbvri). Les croisés 
l'appelèrent Cérines. 

Elle se manifesta pour la première fois dans l'his- 
toire au iV s. av. J.-C, quand son roi se rangea du 
côté d'Antigone contre Ptolémée I", ce qui ne l'em- 
pêcha pas d'ailleurs de tomber entre les mains de Sé- 
leucus, allié de Ptolémée. Elle ne joua qu'un rôle 
effacé jusqu'aux croisades. C'était un petit port assez 
mal abrité des vents du Nord; mais il servait d'escale 
aux pèlerins qui se rendaient en Terre sainte et de 
centre commercial avec les côtes de Caramanie. Les 
croisés y construisirent, entre 1191 et 1211, un château 
fort qui passait pour inexpugnable; il subit plusieurs 
sièges et ne fut jamais pris que par capitulation. Cé- 
rynia est aujourd'hui une petite ville maritime de 
2 200 habitants, dont 600 musulmans, située sur la 
côte septentrionale de l'île de Chypre, au nord de 
Nicosie. Elle est entourée d'une campagne plantureuse 
qui lui a fait donner le surnom de ■< Jardin de Chypre ». 
Elle ne conserve aucun reste antique et n'a de remar- 
quable que le château fort des croisés qui est assez 
bien conservé. 



Cérynia eut peut-être un évêché d'assez bonne 
heure. Le premier titulaire connu serait S. Théodote, 
qui aurait été martyrisé sous Licinius; sa fête se 
célèbre le 19 janv. Le P. H. Delehaye a émis des 
doutes motivés sur l'authenticité du personnage ou au 
moins sur son attribution à Cérynia {Anal. BolL, 
XXVI, 1907, p. 258-59). — Zénon assista au concile 
d'Éphèse (431) et en signa les actes, Mansi, iv, 1125 D, 
1168 C, 1217 D, 1467 A; vi, 873 C. — Rufus prit part 
au Brigandage d'Éphèse (449), Mansi, vi, 859 C, 
926 A. — On ne trouve plus de titulaire qu'à partir 
du xvii« s. Timothée fut un des évêques grecs venus 
alors à Rome pour y faire l'union (L. Allatius, De 
Ecclesiae occidentalis et orientalis perpétua consen- 
sione, 1648, 1. III, c. ii, n. 7, col. 1092). — Lugaras 
(peut-être doit-on le confondre avec le précédent) fit 
profession de foi catholique à Rome en déc. 1646 
avant d'aller prendre possession de son siège, Lequien, 
m, 1232. — Nicéphore assista au synode des évêques 
de Chypre au sujet des erreurs calvinistes, Lequien, 
II, 1074. — Léonce était évêque de Cérynia en 1672 
(Ricaut, Hist. de l'état présent de l'Église grecque et de 
l'Église arménienne, c. m, 1692, p. 104). — En 1733, 
c'était Gérasime, Lequien, m, 1232. — La liste est 
complète depuis le début du xix* s. : Eugène, ?-avr. 
1811 (Mansi, xl, 50 C). — Laurent, élu en mai 1811, 
mis à mort par les Turcs en 1821 (ibid., 93 E). — Da- 
mascène, 19 déc. 1821-mai 1824. — Charalambos, 
8 juin 1824-oct. 1844. — Chariton, 20 nov. 1844- 
8 déc. 1851. — Mélétius, 20 janv. 1852-t mars 1862. — 
Chrysanthe, 19 avr. 1862-t déc. 1871. — Mélétius, 
19 janv. 1872-t mai 1880. — Chrysanthe, 1" juin 1880- 
t avr. 1889. — Cyrille Papadopoulos, 3 mai 1889- 
5 avr. 1895. — Cyrille Basiliou, élu le 26 avr. 1895, 
proclamé archevêque de Chypre, le 9 févr. 1908, mais 
non reconnu, réélu régulièrement à ce siège, le 
11 nov. 1916. — Macaire Mariantheus, nommé en 
1917, exilé par les Anglais pour avoir pris part au 
mouvement insurrectionnel d'oct. 1931 {Échos 
d'Orient, xxxi, 1932, p. 78) ; il put rentrer au printemps 
de 1947 et fut élu archevêque de Chypre le 24 déc. 
1947. — Cyprien, 1948. Pour les métropolites d'Eu- 
gène à Cyrille Basiliou, cf. TToveXXriviov A£\!n<coiJia 
èôviKfjs âKcrrovTaeTTipiSos, 1821-1921, vi, 'EkkAtictIc- 
KAfipos, p. 168. 

Cérynia ne posséda pas d'évêché latin pendant les 
croisades ni pendant le royaume de Chypre ou la do- 
mination vénitienne. L'île ne comptait que quatre 
sièges soumis à Rome : Nicosie, archevêché, Paphos, 
Limassol et Famagouste, évêchés. Le diocèse de Cé- 
rynia était compris dans les limites de l'archidiocèse 
de Nicosie (Mas-Latrie, Hist. des archevêques latins de 
l'île de Chypre, dans les Archives de l'Orient latin, ii, 
207-08; Hackett, A History of the orthodox Church of 
Cyprus, 587-88). Cependant Lequien (m, 1229-32) 
donne une liste de neuf évêques latins de Cérynia, de 
1301 à 1535. Il a dû les confondre avec ceux de Cy- 
rène en Afrique ou d'autres sièges. La liste des évêques 
titulaires est elle-même très difficile à établir à cause 
de l'imprécision des renseignements que nous possé- 
dons sur l'identité de leur véritable siège. Nous don- 
nons ici celle de l'Ann. pont, de 1916, p. 399-400, sans 
d'ailleurs pouvoir certifier qu'elle est exacte : Arnaud 
de Arceto ou Acerto, O. S. A., 20 avr. 1517, sufîragant 
à Aire. — - Nicolas Melchior, O. P., 12 avr. 1518, auxi- 
liaire à Lucques ou à Nardo. — François Martyran, 
O. F. M., 18 déc. 1523. — Ardouin de Saint-Germain, 
30 mai 1533. — Balthasar de Heredia, O. P., 11 févr. 
1536-6 juin. 1541, suffragant à Urgel. — Pierre Gau, 
O. P., 15 mars 1542-49, suffragant à Urgel. — Jean 
Punyet, O. F. M., 25 oct. 1549-?, suffragant à Urgel. — 
Jean-Pierre Fortiguera, 4 juin 1567-26 avr. 1574, 
suffragant à Monreale. 



J85 



CERYNIA 



CESAIRE D'ARLES 



186 



Lequien, ii, 1073-74; m, 1229-32. — Oberhumer, Kery- 
nia, dans Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 344-47. 

— A. Battandier, Ann. pont., 1916, p. 399-400. — I.-C. Pé- 
ristiannès, KepOvEia, dans MtyàXri èXAr)viKfi ÈyKUKXoTrai5£(a, 
XIV, 281. — notvEXXi^viov XeÛKcona èâviKÎiç éKOTOvraeTriplSos 
VI, 1821-1921, 'EKKXeCTfa-KXfjpos, 168. 

R. Janin. 

1 . CÉSAIRE, martyr à Nicomédie en Bythinie, 
est signalé le 20 avr. par le martyrologe romain avec 
Victor et d'autres martyrs. Le synaxaire de Sirmond 
donne un résumé de leur histoire. D'autres livres litur- 
giques les placent le 18 ou le 19 en diminuant leur 
nombre ou en les séparant. La source qui les a inspirés 
est inconnue, mais doit, elle-même, avoir été altérée. 
Quant à l'endroit du supplice, Nicomédie en Bythinie, 
il ne se trouve au martyrologe que depuis Baronius. 
Une tradition postérieure a réclamé ces saints pour 
l'Espagne, mais sans le moindre titre. 

A. S., avril, ii, 745-46. — Mort. Rom., 609, 613, 617. — 
Synax. Eccl. Constant., 609, 613, 617. 

R. Van Doren. 

2. CÉSAIRE (Saint), diacre et martyr. Le mar- 
tyrologe romain cite au 1" nov. à Terracine un Césaire 
diacre. Emprisonné avec le prêtre Julien, il fut comme 
lui enfermé dans un sac et précipité à la mer. Les 
sacramentaires gélasien (version sangalienne) et gré- 
gorien ont, de fait, au 1" nov., le natale d'un Césaire. 
Mais le texte du martyrologe provient de la Passion 
(B. H. L., 1511-16) qui, bien que rédigée entre le v^ et 
le vi« s., a l'allure d'une fable. Elle unit indûment Cé- 
saire et Julien, les place sous Néron, et les fait venir 
d'Afrique. Des recensions postérieures mettront ces 
martyrs en rapport avec SS. Pierre et Paul, ou attri- 
bueront aux suffrages de Césaire la guérison de Galla 
Placidia ou encore parleront de la translation des 
reliques à Rome. 

Les deux saints sont cités aussi par les ménées 
grecques, mais au 7 oct., avec un éloge emprunté à la 
Passion (B. H. G., 2, 284), tandis que Césaire seul est 
encore rappelé par le martyrologe hiéronymien au 
21 avr., sans doute à cause de la dédicace d'un oratoire 
en son honneur à cette date. Aujourd'hui, dit-on, les 
reliques de Césaire et de ses compagnons, Julia, Félix, 
Eusèbe, reposent sous le maître-autel de Terracine. 
Ces derniers, cités par le martyrologe romain au 
5 nov., ont été imaginés par la Passion. 

A. S., nov., 1, 84-130 ; m, 32-33. — L. Pont., éd. Duchesne, 
1, 371, 377, n. 12. — Lanzoni, 148-50; Id., A proposito delta 
Passione di S. Cesario di Terracina, dans Riv. di archeol. 
crist., I, 146-48. — Mari. Hier., éd. Delehaye, 201, 581-82. 

— Mort. Rom., 488-89. — Synax. Eccl. Const., 115-18, 
185-88. — Tillemont, Mémoires, ii, 132-573. 

R. Van Doren. 

3. CÉSAIRE, martyr. Le martyrologe romain 
porte au 3 nov. un groupe de saints martyrisés à 
Césarée en Cappadoce (sous Dèce) : Germain et ses 
compagnons, et parmi eux un Césaire. Cette liste pro- 
vient de Florus qui a repris une lecture défectueuse du 
martyrologe hiéronymien qui les 3, 4 et 5 nov. confond 
le nom de la ville de Césarée (Cessari) avec un nom de 
personne. 

MaH. Hier., éd. Delehaye, 584-87. — Mort. Rom., 493. 

R. Van Doren. 

4. CÉSAIRE (Saint). Le martyrologe hiérony- 
mien honore le 4 nov. un saint africain du nom de 
Césaire, Cesarius, Caesarius ou Cessarius. Dans le ms. 
le plus important, celui d'Echternach, il revient même 
deux fois ce jour. Le même nom se lit également le 3 
et le 5 nov. avec l'indication de lieu in Cesarea; le 
4 nov., il est placé avant deux saints dont le second, 
Porfyri, est celui d'un martyr légendaire de Césarée de 
Cappadoce (Van de Vorst, Une Passion inédile de 
S. Porphyre le Mime, dans Anal. Boll., xxix, 1910, 



p. 270-75). Il s'agit ici de la déformation d'un nom 
de lieu. 

Mari. Hier., éd. de Rossi et Duchesne, 139; éd. Delehave, 
585-86. 

J. Perron. 

5. CÉSAIRE, martyr (28 déc), est cité au mar- 
tyrologe romain d'après Baronius, qui l'a placé sous 
Galère Maximin et à Arabissus (Arménie), sans d'ail- 
leurs mentionner ses sources. Mais Arabissus est la 
ville de Cataonia, en Cappadoce australe. Cependant 
il n'existe aucun témoignage qu'il y eut là un culte de 
ce Césaire. 

Mart. Rom., 604-05. 

R. Van Doren. 

6. CÉSAIRE D'ARLES (Saint). I. Sa vie. 
II. Son action pastorale. III. Son action liturgique. 
IV. Son action canonique et administrative. V. Son 
rôle théologique. VI. Son rôle politique. VII. Son 
œuvre littéraire et oratoire. VIII. Conclusion. 

I. Sa vie. — L'histoire de S. Césaire, évêque 
d'Arles au vi" s., nous est connue surtout par une Vila, 
œuvre collective de quelques-uns de ses disciples ou 
confidents, dont le principal rédacteur fut l'évêque Cy- 
prien de Toulon, et, d'autre part, par un certain nom- 
bre de documents officiels concernant son épiscopat. 

Né en 470 probablement, dans le pays de Chalon- 
sur-Saône en territoire burgonde, il renonce au monde 
à l'âge de 18 ans et se confie à Sylvestre, évêque de la 
ville. Mais, épris d'ascétisme, il s'échappe de son pays 
natal à l'insu de sa famille et se fait admettre au mo- 
nastère de Lérins (vers 491) que dirigeait alors l'abbé 
Porcarius. Là il s'initie aux exigences de la discipline 
monastique et à la pratique étroite de la règle. Chargé 
de l'office de cellérier, il s'acquitte de ses fonctions avec 
une ponctualité qui soulève des murmures. D'ailleurs 
épuisé bientôt par les austérités, il doit, sur l'ordre de 
son supérieur, retourner à Arles pour refaire sa santé. 
Accueilli dans une famille amie, chez Firminus, dont la 
femme Grégoria lui était parente, il aurait pu s'initier 
auprès de Julien Pomerius à la culture intellectuelle du 
temps. Mais il renonça très vite, si jamais il y goûta, à 
l'attrait des écrivains profanes et de la philosophie. 
L'évêque Éone (^Eonius) d'Arles, auquel il est pré- 
senté et qui est également son parent, l'agrège à son 
diocèse. A Lérins, Césaire s'était assimilé les principes 
de la liturgie et de la théologie catholiques; dans les 
rangs du clergé d'Arles, à partir de 496 environ, il va 
apprendre ce qu'on pourrait appeler sa mission sociale 
de prêtre et se familiarise avec les besoins physiques et 
moraux du peuple chrétien. Il est bientôt chargé de 
l'administration d'un monastère dont le dernier abbé 
n'avait pas su maintenir la discipline (499). Césaire se 
replonge donc pendant trois ans dans l'isolement du 
cloître. Arrivé au déclin de sa vie, Éone voit dans ce 
jeune prêtre énergique un successeur idéal et propose 
son nom aux suffrages du clergé et du peuple arlésien 
et à la ratification des gouvernants wisigoths. Césaire, 
se conformant à un précédent presque rituel et qui 
mettait en relief l'humilité des appelés au pontificat, 
simule une fuite et on le retrouve caché dans la nécro- 
pole des Alyscamps. (En 503, d'après la chronologie 
communément admise; plus vraisemblablement en 
502, d'après Krusch, M. G. H., SS. rer. merov., m, 
444.) 

Dès le début de son épiscopat, Césaire se trouve en 
présence d'une tâche compliquée : au point de vue 
reUgieux, organiser la vie liturgique et paroissiale, non 
seulement dans son diocèse, mais dans sa province; 
maintenir ou faire revivre les prérogatives d'honneur 
et de juridiction, anciennement reconnues au siège 
métropolitain et vicarial d'Arles et fortement atteintes 
par les revendications contraires de l'évêque de Vienne 



k 



187 



CÉSAIRE 



D'ARLES 



188 



(S. Avit); au point de vue politique, imposer aux chefs 
wisigoths le respect de sa personne sacerdotale, dé- 
fendre près des ministres et des rois ariens les droits de 
la population catholique et assurer la continuation de 
relations normales et d'offices charitables entre les 
habitants catholiques de Provence et du pays d'Arles 
(royaume wisigothique), et ceux du Rhône supérieur 
(royaume des Burgondes). 

Suspect au gouvernement d'Alaric II en raison de 
ses affinités burgondes, il est exilé à Bordeaux en 505 
et profite de son séjour dans cette ville pour entrer en 
rapport avec l'épiscopat de l'ouest des Gaules, Cy- 
prien de Bordeaux, Ruricius de Limoges. S'étant jus- 
tifié, il gagne la confiance d'Alaric et, pour répondre 
aux vues du prince, prépare et dirige en fait la grande 
conférence qui, dans un but d'unification législative, 
réunit le clergé aquitain et le clergé provençal : concile 
d'Agde (sept. 506). La défaite d'Alaric, vaincu à 
Vouillé par Clovis (507), déclenche une invasion des 
Burgondes et des Francs en Provence et Arles doit en- 
durer pendant plusieurs mois un siège rigoureux et 
dévastateur. Césaire, compromis par la fuite à l'ennemi 
d'un de ses jeunes parents, encourt un péril grave, 
mais momentané. Après l'intervention de Théodoric et 
la libération de la ville (508), Césaire s'applique à répa- 
rer les désastres causés aux églises, aux monastères et 
aux populations : relèvement des ruines et rachat des 
captifs. Il consacre le 26 août 512 le monastère des mo- 
niales. Mais en 513, il est appelé à Ravenne pour se 
justifier d'une accusation dont on ignore la portée 
exacte. Son prestige, son innocence certaine et sa cha- 
rité généreuse lui valent l'amitié définitive de Théodo- 
ric. Poursuivant son voyage à Rome, il obtiendra du 
pape Symmaque, non seulement la confirmation des 
droits de son Église (6 nov. 513), le renouvellement ou 
l'extension du vicariat sur les Gaules et les Espagnes 
(11 juin 514), mais encore l'honneur de porter le 
pallium 11 dans toutes les régions de la Gaule » et des 
distinctions pour le clergé d'Arles (port de la dalma- 
tique pour les diacres). Alors s'étend la période fruc- 
tueuse et paisible de l'épiscopat de Césaire : pendant 
vingt ans, fidèlement soumis aux instructions des 
papes, qu'il sollicite d'ailleurs de lui-même, agissant 
en complet accord avec le gouvernement de Ravenne 
et le préfet catholique d'Arles, le patrice Libère (Mar- 
cellinus Félix Liberius), Césaire donne la pleine 
mesure de son activité : institutions charitables, 
constructions d'églises, visites pastorales, enseigne- 
ment dogmatique et prédication absorbent tous ses 
instants. Il s'attache à mettre en vigueur des règles qui 
fixeront d'une manière indiscutable les usages litur- 
giques, le statut des biens ecclésiastiques, les droits et 
devoirs précis des évêques, des clercs et des laïcs. Des 
tournées d'inspection, des réunions conciliaires fré- 
quentes et qu'il semble avoir voulu rendre périodiques 
lui donnent l'occasion de contrôler la morahté et 
l'obéissance du clergé, de promouvoir son instruction 
et son zèle, de combattre dans le peuple l'ignorance 
religieuse, les superstitions païennes et le dérègle- 
ment : conciles d'Arles (juin 524) et de Vaison 
(nov. 529) qui rappellent ou complètent la législation 
canonique codifiée à Agde; manifeste théologique 
d'Orange (juill. 529); conciles de Carpentras (527) et de 
Marseille (533), véritables assises devant lesquelles 
sont traduits des évêques insoumis ou fautifs : Agre- 
cius d'Antibes, Contumeliosus de Riez. 

L'effondrement de la souveraineté gothique en 534- 
35 eut pour conséquence la substitution en Provence 
du pouvoir des rois francs, fils de Clovis, à celui des 
princes héritiers de Théodoric. Césaire salua avec joie, 
disent ses biographes, l'instauration d'un régime 
catholique : royauté de Childebert. Affaibli par l'âge, il 
n'assista pas au concile d'Orléans de 541 et consacra 



ses derniers soins à assurer, après lui, la conservation 
du monastère des moniales que dirigeait alors l'ab- 
besse Césarie la Jeune. Il mourut la veille de la fête 
de S. Augustin, le 27 août 542, d'après Krusch, en 543, 
d'après la chronologie commune, après quarante ans 
d'épiscopat. 

II. Son action pastorale. — Césaire a mis en pra- 
tique les plus hautes vertus sacerdotales. Ses bio- 
graphes nous ont rapporté des exemples héroïques de 
sa charité, qui ne reculait devant aucun sacrifice et 
n'avait égard ni à la fatigue ni aux risques personnels. 
Pendant la période tragique marquée par l'invasion de 
508, le siège d'Arles et le repli des Burgondes, il a dé- 
ployé des prodiges d'énergie et de diplomatie pour 
ravitailler les indigents et les exilés, pour arracher à la 
servitude et au péril d'apostasie au service de maîtres 
ariens ou juifs les prisonniers catholiques. Il n'hésita 
pas à vendre, pour le rachat des captifs, les vases et les 
trésors de l'Église et obtint de Théodoric le rapatrie- 
ment de la population d'Orange, déportée en masse. 

Sa vie exemplaire, sa physionomie illuminée d'un 
éclat surnaturel, l'autorité de sa parole lui créent, 
jeune encore, un renom de sainteté. Les malades font 
appel à sa pitié. Mais Césaire a moins que quiconque 
l'orgueil du thaumaturge : ses miracles n'ont rien de 
« spectaculaire ». Quand on l'appelle près d'un malade, 
il fait écarter les témoins, se prosterne à terre, im- 
plore le Seigneur et se retire ensuite, laissant agir la 
miséricorde divine. D'ordinaire, il préfère charger un 
de ses compagnons de bénir l'affligé. Il disait que celui 
auquel incombe le soin des âmes ne devait s'occuper 
qu'avec une forte crainte de la guérison des corps : 
fortiter iimere. 

Il ne voulait pas non plus que le souci des questions 
matérielles le détournât de sa fonction essentielle qui 
était de prêcher la parole de Dieu. Aussi se déchar- 
geait-il du souci de la distribution des aumônes et de la 
gestion des affaires sur ses diacres et ses ordinatores, 
ceux-ci assermentés et soumis à un contrôle {Vita, 
I, 15). Il avait fondé près de sa cathédrale un hôpital 
très vaste, servi par un personnel spécialisé et d'où les 
malades pouvaient, sans se déranger, entendre les 
offices {Yila, i, 20). Ce fut d'ailleurs un grand bâtis- 
seur : il avait travaillé de ses mains à l'édification du 
monastère des moniales et, après les désastres du 
siège, le reconstruisit en bordure même de l'église 
Ste-Marie, dans laquelle était réservé l'emplacement 
des tombes des religieuses. Il avait réuni dans un 
quartier unique la demeure de l'évêque et du clergé, 
le monastère féminin, rigoureusement clôturé, l'hôpi- 
tal et les greniers d'approvisionnement : l'église était 
un édifice d'architecture tripartite : triplicem in una 
conclusione basilicam, dont une aile, celle de l'hôpital, 
était dédiée à S. Martin, l'autre à S. Jean (côté du mo- 
nastère), tandis que la nef centrale, surélevée et plus 
belle, était dédiée à la Vierge Marie. Il en fit la consé- 
cration le 6 juill. 524. 

Mais l'activité de Césaire ne se borne pas à des 
« fondations », ou, du moins, ses plus belles fondations 
sont d'ordre spirituel. En dehors de la création d'une 
communauté de moniales, ut... ctiam virginiim choris 
Arelatensium ornaretur ecclesia, qui resta l'une des 
plus chères préoccupations de sa vie, il s'est efforcé 
d'imprimer non seulement dans son diocèse, mais dans 
tout le ressort de son siège métropolitain, le respect 
d'une discipline commune fondée sur la tradition la 
plus saine. Il avait compris, comme moine, l'impor- 
tance de la règle et son activité pastorale peut se résu- 
mer en disant qu'il s'est efforcé d'inculquer à tous les 
échelons du peuple chrétien l'observance des lois de 
l'Église. Il oblige le clergé et en particulier les évêques, 
souvent épris d'indépendance et de faste, à l'accom- 
plissement strict des devoirs de leur charge. Il leur 



189 



CÉSAIRE 



D'ARLES 



190 



prescrit spécialement le devoir de la prédication, leur 
rappelant l'obligation d'évangéliser sans distinction 
tous les fidèles, même les esclaves. En cas de déso- 
béissance ou de scandale, il les censure et même les 
brise (afïaires d'Agrecius et de Contumeliosus). A 
l'égard des fidèles, il ne lui suffit pas de les mettre en 
garde contre la superstition, l'ignorance et l'inconduite 
et de modérer avec une sévérité qui semble presque 
indiscrète l'exercice de leur vie conjugale; il s'efforce 
de les plier à des habitudes religieuses : il insiste pour 
qu'ils apprennent par cœur les prières usuelles, le 
Paler, le Credo, les psaumes l et xc. Il leur facilite 
l'assistance aux offices du soir, même en semaine; il 
veut un recueillement absolu pendant la messe qui 
doit être entendue jusqu'au bout; il généralise, en dé- 
pit des résistances, l'usage de la génuflexion. Enfin, il 
fait de la dîme versée au clergé une obligation 
rigoureuse. 

III. Son action liturgique. — Faut-il voir en Cé- 
saire un des fondateurs de la liturgie gallicane méro- 
vingienne? (J.-B. Thibaut, L'ancienne liturgie galli- 
cane, son origine et sa formation en Provence aux et 
F7«s. sous l'influence de Cassien et de S. Césaire d'Arles, 
Paris, 1929.) Ce que nous savons de son caractère, de 
sa fidélité à toutes les traditions montre assez qu'il ne 
faut pas s'attendre à voir en lui un novateur. S'il a 
modifié quelque chose aux usages d'Arles, ce fut sans 
doute pour donner plus de vie et d'éclat aux céré- 
monies, pour y attirer une plus nombreuse assistance. 
Dès sa consécration, il institua dans la basilique S.- 
Étienne l'office public quotidien de tierce, sexte et 
none. Il a mis ses efforts à associer le peuple fidèle 
(laicorum popularitas) à la récitation des psaumes, au 
chant des hymnes; pour l'intéresser à la célébration de 
la messe, il lui permet des cantiques et des répons en 
grec et en latin, apparemment pour satisfaire aux 
goûts d'une population bilingue : alii graece, alii latine 
prosas antiphonasque cantarent. Mais il est douteux 
qu'il ait touché à la structure de la messe. Il s'est 
borné à enrichir le cérémonial des messes ordinaires de 
certains éléments qui n'appartenaient qu'aux messes 
solennelles, tel le Sanctus, et, par les canons 3 et 5 du 
concile de Vaison, il invite à pratiquer, non seulement 
à la messe, mais encore à la fin des psaumes, à matines 
et à vêpres, la récitation du Kyrie et à dire le Gloria 
Patri; il recommande en outre de faire à la messe mé- 
moire du pape régnant. A en juger par ce que nous 
apprend la Régula sanctarum virginum (c. 66-69), Cé- 
saire s'est proposé, en ce qui concerne l'ordo des 
psaumes et des leçons, de généraliser purement et sim- 
plement l'usage adopté à Lérins. Par ailleurs, son 
titre vicarial, sa dévotion au siège de Pierre, le port 
même dans son clergé d'insignes sacerdotaux romains 
lui faisaient un devoir de ne pas aggraver, bien au 
contraire, les divergences existant entre le rit gallican 
et le rit suivi par Symmaque et Hormisdas. S'il a 
contribué à transformer les coutumes gallo-romaines, 
soyons persuadés que ce n'est pas pour accentuer les 
particularismes ni pour favoriser des liturgies d'as- 
pect oriental. 

IV. Son action canonique et administrative. — 
Beaucoup plus que sur la liturgie, l'action de Césaire a 
porté sur la discipline générale de l'Église. Profondé- 
ment respectueux de ce qu'il appelle « les usages an- 
ciens des Pères », il s'attache à les maintenir en vi- 
gueur, tout particulièrement en ce qui concerne le 
recrutement, la formation théologique et morale et la 
hiérarchie du clergé. Il voulait que tout diacre, avant 
son ordination, eût lu quatre fois le texte de l'A. et du 
N. T. (Vita, I, 56). Il a toujours insisté sur les condi- 
tions d'âge et de savoir requises pour l'ordination et 
l'épiscopat. L'œuvre canonique du concile d'Agde est, 
à cet égard, éminemment représentative : moins ori- 



ginale peut-être qu'on ne l'a cru, car de nombreux 
canons ne sont qu'une transcription plus clairement 
rédigée des Staluta Ecclesiae aniiqua ou un rappel des 
prescriptions antérieures édictées à Angers (453), à 
Tours (461) et à Vannes (465), la législation d'Agde 
n'en constitue pas moins un code d'une importance et 
d'une autorité considérables, auquel se sont impli- 
citement conformés tous les conciles contemporains ou 
postérieurs, qu'ils se soient tenus en pays burgonde 
(Épaone, 517) ou franc (Orléans, 541) et même en 
Espagne (Tarragone, 517 et Ilerda, 527). Les déroga- 
tions ou précisions que Césaire sollicita de Symmaque 
(P. L., Lxii, 53; Mansi, viii, 211; M. G. H., Epist. 
merov., i, 37-40) touchant la disposition des biens 
d'Église, la profession des vœux féminins et pour en- 
rayer l'accession indue ou vénale à l'épiscopat de 
laïques puissants, les dispositions d'Arles (524) au 
sujet de l'âge des ordinands, de Carpentras (527) rela- 
tives à l'administration temporelle des paroisses, et de 
Vaison (529) recommandant, selon l'usage italien, de 
créer des centres d'enseignement pour la jeunesse ne 
constituent en somme que des amendements à l'œuvre 
capitale promulguée à Agde. Ce sont les canons d'Agde 
qui fixaient la doctrine en tout ce qui touchait à la 
juridiction épiscopale et ses limites, aux droits et 
obligations des clercs, spécialement le célibat, au 
statut des communautés monastiques ou des clercs et 
moines errants, enfin et surtout aux exceptions qui 
pouvaient être apportées, sous certaines garanties, au 
principe de l'inaliénabilité des biens d'Église (Mansi, 
VIII, 319-88). Dans quelle mesure faut-il admettre que 
les Statuia qui ont fourni la majeure substance des 
prescriptions d'Agde sont l'œuvre de Césaire? Mal- 
nory, dans son S. Césaire, 50-58, a fourni en faveur de 
cette thèse des présomptions très fortes, combattues 
par dom Morin (Rev. bénéd., xxx, 1913, p. 334-43) qui 
a montré que Césaire, lorsqu'il a parlé des Statuta, a 
toujours été bien loin d'en revendiquer la paternité. 
Il est certain que Césaire n'a pu prendre sur lui de 
rédiger les statuts; mais n'a-t-il pu parfois en retou- 
cher le texte, en opérer le classement? En tout cas, il 
les a étudiés de très près; il en révère l'autorité et en 
général il s'y tient. De là, l'embarras qu'il éprouve 
lorsque la jurisprudence gallicane est en conflit avec la 
jurisprudence romaine. Ce fut, par ex., le cas lorsqu'il 
voulut faire reconnaître la validité de certaines ces- 
sions ou dévolutions effectuées au profit des moniales 
ou d'œuvres charitables, cessions auxquelles les papes 
résistèrent ou du moins n'acquiescèrent que très 
difficilement (cf. Malnory, op. cil, 118-19); ou encore 
dans l'affaire de Contumeliosus, cassée pour vice de 
procédure et au cours de laquelle le pape Agapet 
reprocha à Césaire de n'avoir pas respecté le caractère 
suspensif de l'appel et d'avoir soumis un évêque à la 
pénitence de droit commun (M. G. H., Epist. merov., 
I, 56-57; éd. Morin, ii, 30-31). 

Ces refus ou ces blâmes des papes, tout aussi bien 
que leurs sanctions approbatrices, ne font que mettre 
en lumière la docilité filiale et absolue de Césaire à 
l'égard du siège de Rome. Il ne lui suffisait pas d'avoir 
pour lui la tradition des conciles ou la coutume de son 
diocèse et de ses compatriotes. Aucun soupçon chez 
lui d'autonomisme épiscopal ou national. Il ne se 
considère qualifié pour agir qu'en qualité de manda- 
taire du pape et, même dans son diocèse, une question 
d'ordre intérieur, comme l'établissement de franchises 
spéciales en faveur de moniales, sera expressément 
soumise, non seulement à la signature des évêques 
coniprovinciaux, mais encore à la ratification des 
papes. 

Ce recours permanent à l'autorité suprême, en vertu 
duquel Césaire exerçait son action disciplinaire, com- 
portait naturellement à son profit et de la part de cette 



191 



CÉSAIRE 



D'ARLES 



192 



même autorité la reconnaissance et la délimitation in- 
discutée de sa juridiction territoriale. Depuis plus d'un 
demi-siècle, les évèques d'Arles exerçaient leur auto- 
rité métrojiolitaine sur les diocèses compris entre la 
Drôme et la Durance. Or les prétentions des évèques 
de Vienne et l'expansion de l'État burgonde avaient 
remis en question cette autorité; indifférent aux 
vicissitudes des frontières, Symmaque maintint au 
profit de Césaire, comme il l'avait fait au profit 
d'Éone, les droits traditionnels de l'évêché d'Arles, et 
lorsqu'en 513 il lui renouvela son privilège vicarial, il 
spécifia que celui-ci s'étendait sur les Gaules et l'Es- 
pagne, c.-à-d. en fait sur la chrétienté transalpine. 
Notons d'ailleurs que cette charge, bien qu'attribuée à 
l'évêque d'Arles, n'en impliquait pas moins un carac- 
tère de mission personnelle : c'est parce qu'il jouit 
personnellement de la confiance du S. -Siège qu'il est 
investi d'un si large pouvoir et il n'en use, en fait, 
qu'en qualité de lieutenant et mandataire de Rome, à 
titre de conseiller, d'inspirateur plutôt que de chef, 
sans qu'on puisse dénoncer de sa part en Espagne, 
dans le royaume franc, ni même dans la province limi- 
trophe de Vienne, une démarche abusive ou seulement 
indiscrète. 

V. Son ROLE théologique. — Il ne faudrait pas en 
conclure que pour Césaire sa charge de vicaire ne fut 
qu'un organisme de liaison, un poste de contrôle où il 
n'aurait eu qu'à assurer l'expédition des affaires disci- 
plinaires ou temporelles. Délégué permanent du pon- 
tife, il se doit de veiller au maintien de l'orthodoxie et 
cela dans le sens le plus nettement « catholique ro- 
main ». Cela explique son intervention, lors des conciles 
de Valence et d'Orange, au sujet des questions de la 
grâce et du libre arbitre. Tandis que l'influence dite 
semi-pélagienne, propagée surtout par l'enseignement 
de Cassien et de Faustus de Riez, restait profonde 
dans une partie de l'épiscopat gallo-romain, Césaire, 
depuis toujours admirateur d'Augustin et probable- 
ment impressionné par une polémique récente de 
Jean Maxence et par les traités de Fulgence de Ruspe, 
se montra, de plus en plus ouvertement, partisan de 
l'action prévenante et indispensable de la Grâce. Au 
concile de Valence (sept. 528?), tenu en pays burgonde, 
il fit défendre son point de vue par son meilleur dis- 
ciple, Cyprien de Toulon. Déçu probablement de 
n'avoir pu enlever l'approbation des évèques de Va- 
lence, il se tourna vers Rome et présenta un avant- 
projet en dix-neuf capitula (Mansi, viii, 722-24) que 
Rome revisa, corrigea et compléta par l'addition de 
« sentences » augustiniennes empruntées à Prosper. 
(Cf. M. Cappuyns, L'origine des « Capitula » d'Orange, 
dans Recherches de Ihéol. ancienne et médiévale, vi, 
1934, p. 121-43 et nos observations dans Fliche et 
Martin, Hist. de l'Église, iv, 416 et 418, n. 1.) De là un 
document nouveau qui fut proclamé solennellement 
lors de la dédicace de la basilique d'Orange le 
3 juin. 529, et que Césaire faisait suivre encore d'une 
explication insistant sur les conséquences du péché 
originel, sur la nécessité initiale et la coopération 
irremplaçable de la grâce, mais aussi sauvegardant, en 
des termes auxquels on n'a pas toujours prêté suffi- 
samment attention, l'efficacité du libre arbitre res- 
tauré par la grâce du baptême. Ainsi se trouvait établi 
un texte qui, dans la pensée de Césaire, devait clore 
définitivement le débat sur la grâce, et pour lequel, 
après une élaboration aussi minutieuse, non content de 
l'adhésion de treize évèques sufiragants et de la 
signature de laïques illustres, tels que le patrice Li- 
bère, il voulut une fois de plus avoir la ratification 
apostolique du document entier. Cette ratification lui 
fut accordée par Bonitace II, successeur du pape Fé- 
lix IV, et Césaire la fit précéder de la mention « Que 
quiconque croira au sujet de la grâce autrement que le 



fixe cette autorité (du pape) et que l'a établi ce synode 
sache qu'il se met en contradiction avec le Siège apos- 
tolique et avec toute l'Église dans le monde entier » 
(éd. Morin, ii, 66; Malnory, op. cit., 154). 

On a souvent parlé du « rôle théologique » de S. Cé- 
saire (cf. P. Lejay, Rev. d'hist. et de litt. religieuse, x, 
1905, p. '250 sq. et D. T. C, ii, 2108-85). Si on s'atten- 
dait par là à un travail d'approfondissement, à un effort 
spéculatif de recherche ou de synthèse, on ne trouvera 
rien de tel. En dogmatique comme en discipline, Cé- 
saire a toujours cherché la formule précise, sans équi- 
voque et sûre, « fondée sur les définitions des Pères », 
qui doit prendre force de loi et être admise de tous. 
Sa théologie franche s'exprime par sentences succes- 
sives et vigoureuses qui enlacent la vérité, sans am- 
bages ni enjolivements. On a voulu le qualifier : « un 
augustinien de la stricte observance » (Lejay, D. T. C, 
II, 2178). Cette formule appelle des réserves : augusti- 
nien, plein de respect et de dévotion pour le grand 
évêque d'Hippone, certes il le fut. Mais sans étroitesse, 
sans fanatisme : sa théologie, humaine, compréhensive, 
n'a pas le rigorisme de Fulgence de Ruspe ni même de 
Prosper d'Aquitaine dans ses premiers écrits. Sa foi 
entière dans la puissance de la grâce ne l'amène pas à 
sous-estimer les efforts du libre arbitre, au moyen du- 
quel tout chrétien baptisé peut et doit combattre pour 
gagner son salut. Ce même souci d'exactitude et de 
modération, ce même goût des définitions nettes et 
simples le guide dans sa théologie trinitaire. 11 est 
difficile d'apprécier son De myslerio S. Trinitatis et son 
Breviarium adv. haereticos (éd. Morin, ii, 165-180, 
182-208), œuvres de vulgarisation dont la substance 
et l'argumentation proviennent en grande partie d'élé- 
ments empruntés, et il n'est pas absolument prouvé 
que le fameux symbole Quicumque, dit de S. Athanase, 
soit de lui {Rev. bénéd., xliv, 1932, p. 206-19); mais il 
est certain qu'il en a accueilli et propagé les formules 
avec prédilection comme un compendium très clair de 
la foi catholique, particulièrement utile en un pays de 
confessions multiples, pour bien caractériser la doc-- 
trine à rencontre de l'hérésie arienne. (Cf. C. H. Tur- 
ner, The history and use of ihe Creeds... in the early cen- 
turies of the Church, Londres, 1906, p. 70-74 et dom G. 
Morin, Rev. bénéd., xviii, 1901, p. 337-63 et xliv, 
1932, p. 216-219.) 

VI. Son ROLE politique. — Le rôle politique, et, si 
l'on peut dire, historique de Césaire mérite d'être étu- 
dié de près. Son épiscopat représente le premier essai 
durable de « normalisation » des rapports officiels de 
l'Église avec les royautés barbares. Jusqu'alors il n'y a 
eu que des contacts précaires, orageux. Les évèques 
ont essayé de leur mieux de protéger leurs peuples, de 
sauvegarder la liberté religieuse et la propriété des 
églises, de limiter les spoliations. L'exil les attend à la 
première velléité de résistance. Les bons rapports que 
S. Avit et S. Remi ont réussi à entretenir avec leurs 
souverains burgondes et francs tiennent uniquement à 
leur prestige personnel et à leur diplomatie; ils ne 
reposent pas sur un pacte précis. Le wisigoth Euric 
s'est montré extrêmement soupçonneux. L'épiscopat 
de Césaire ne sera pas de tout repos ; mais dès son entrée 
en charge, sa compréhension, son réalisme le mettent 
en mesure de collaborer à la politique stabilisatrice 
d'Alaric. Le concile d'Agde fait mieux que de jeter les 
bases d'une politique d'entente; il fixe un statut par- 
faitement équitable qui, sur beaucoup de points, 
touche aux lois civiles, concernant la condition des 
personnes et des biens. En matière politique, Césaire 
professait « qu'en tout lieu, ibi et ubique, l'Église 
devait rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui 
est à Dieu; qu'il fallait obéir selon l'Apôtre aux rois et 
aux puissances dans leurs prescriptions justes », mais 
chez un prince arien, il tenait en mépris « la fausseté de 



193 



CÉSAIRE 



D'ARLES 



194 



ses dogmes » ( Vila, i, 23). Cette règle de loyalisme ne 
pouvait en venir à partager les préventions ethniques 
des vainqueurs. Césaire s'est toujours senti gallo- 
romain. Il a profité de l'expansion du royaume go- 
thique pour nouer des rapports plus étroits avec l'épi- 
scopat de l'ouest des Gaules, avec celui d'Espagne et 
avec l'évêque de Pavie, Ennodius. Il n'a pas cessé, au 
péril de sa situation, de considérer comme des compa- 
triotes les catholiques burgondes et d'entretenir avec 
leurs rois des relations qui furent profitables aux jours 
de détresse ( Vita, ii, 9). Il ne semble pas qu'il ait ja- 
mais tourné les yeux vers Justinien; mais la royauté 
catholique de Clovis s'élevait comme une promesse. 
Césaire avait subi en 508 les ravages de l'invasion 
franque ; mais, du moment que le changement de régime 
se faisait sans violence, il salua avec joie en 538 l'arri- 
vée d'un prince catholique. Si en effet il avait pu appré- 
cier pendant vingt ans le libéralisme de Théodoric et 
si, de la part du patrice Libère, il avait rencontré le 
concours empressé et constant du pouvoir civil, il con- 
naissait trop le fanatisme arien des éléments militaires 
goths pour ne pas appréhender le retour des tracasse- 
ries passées. L'avènement de Childebert était au 
moins à cet égard une garantie et une consolation. 
D'ailleurs l'existence de frontières politiques arbi- 
traires avait souvent gêné son action métropolitaine : 
tout le temps que les Burgondes occupèrent la rive 
droite de la Durance, ses ressortissants s'étaient ratta- 
chés en fait à l'obédiencd' de Vienne et c'est ainsi qu'ils 
avaient participé en 517 au concile d'Épaone. Sous 
l'hégémonie de rois francs qui d'ailleurs favorisaient 
son Église de dotations et d'immunités, il avait lieu 
d'espérer que ces ennuis ne se reproduiraient plus; il ne 
pouvait prévoir qu'Arles était destinée à perdre sa 
primauté religieuse en même temps que son impor- 
tance civile et que l'activité politique allait se trans- 
porter vers les capitales du Nord : Orléans, Paris, Metz. 
Néanmoins le mandat vicarial devait encore être ex- 
pressément renouvelé, sous réserve de l'approbation 
des rois francs, en faveur des successeurs directs de 
Césaire : Auxanius, Aurélien et Sapundus par les papes 
Vigile et Pélage, en 545, 546 et 557 (M. G. H., Epist. 
merov., i, 59, 60 et 63). 

VII. Son œuvre littéraire et oratoire. — Cé- 
saire n'a jamais songé à faire montre de qualités litté- 
raires; les préoccupations stylistiques d'un S. Avit ou 
d'un Ennodius lui sont toujours restées indifférentes. 
Son œuvre, relativement copieuse, ne comprend donc 
que des écrits d'affaires et des textes de sermons. Les 
premiers se ramènent en somme à des actes d'adminis- 
tration : Lettre à Ruricius (P. L., xii; Mansi, viii, 43) 
et à Agraecius (Mansi, viii, 343); Postulata présentés à 
Symmaque (Mansi, viii, 211 et 228); Règle des moines 
(éd. Morin, ii, 149-55) qui semble à bien des égards 
une codification de la coutume de Lérins ; Ci'rcu/ai're 
justificative et accusatrice au sujet de Contumeliosus 
(Mansi, viii, 811-14, M. G. H., Epist. meroy., i, 45-57) ; 
enfin son Testament (éd. Morin, ii, 281-89), sorte 
d'adjuration adressée à l'évêque successeur et dans 
laquelle s'exprime une dernière fois sa sollicitude 
à l'égard des moniales. Il faut mettre à part la Régula 
sanetarum virginum (éd. Morin, ii, 99-129 ; F/on7e^. 
patristicum, xxxiv), chef-d'œuvre d'expérience abba- 
tiale et de psychologie judicieuse qui prévoit, organise, 
exhorte, mais aussi met en garde avec une dilection vi- 
gilante contre des défaillances possibles. Une assez 
longue recapitulalio additionnelle au texte primitif est 
signée de .534. On doit aussi attribuer à Césaire la 
rédaction des canons d'Agde et surtout de Vaison 
(Mansi, viii, 725-28), peut-être aussi celle des xix Ca- 
pitula sancti Augustini in Urbe Roma transmissa 
(Mansi, viii, 722-24), et enfin la troisième partie de la 
Déclaration dogmatique d'Orange (Mansi, viii, 7 1 1-1 7). 

DicT. d'hist. et de géogr. ecclés. 



Le De mysterio sanctae Trinitatis et le Breviarium ado. 
haerelicos contre les ariens sont des ouvrages d'apo- 
logétique et de propagande, clairs et convaincants, 
mais dont la documentation et la valeur démonstrative 
doivent être rapportées aux « sources » que Césaire 
a suivies. Il ne semble pas que le travail exégétique sur 
l'apocalypse (P. L., xxxv, 2417-52) que D. Morin a 
voulu lui attribuer {Reu. bénéd., xlv, 1933, p. 43-61) 
soit plus original. Enfin, les deux (ou trois) lettres 
d'exhortation adressées à l'abbesse Césarie et à une 
religieuse inconnue qu'un lapsus a fait désigner sous le 
nom d'Oratoria {P. L., lxviii, 1125-38; Floril. patrist., 
xxxiv, p. 33-52) ne sont qu'un recueil de passages édi- 
fiants parmi lesquels on est surpris de rencontrer des 
formules et des phrases empruntées presque intégra- 
lement à des textes antérieurs, par ex. à la Lettre à Dé- 
métriade, de Pélage. D'autres écrits (éd. Morin, ii, 
159-64), sur la grâce, ne sont guère que des « dossiers » 
de textes scripturaires ou patristiques {Rev. bénéd., 
xiii, 1896, p. 435-49; xxi, 1904, p. 226-35). 

Les œuvres oratoires de Césaire présentent un inté- 
rêt beaucoup plus grand. Non pas qu'elles aient en soi 
un cachet plus littéraire, au contraire, mais parce 
qu'elles constituent un exemple excellent, presque un 
modèle d'éloquence populaire. Ce sont des entretiens : 
sermones, des leçons : admonitiones, dans lesquels la 
simplicité fraternelle du ton n'atténue en rien l'auto- 
rité des commandements divins et la rigueur des 
devoirs inculqués. Aucune virtuosité de style, aucun 
souci de la copia. Des phrases familières, des exemples 
concrets, d'ailleurs très expressifs, empruntés à la 
réalité rustique, à la vie quotidienne. Les textes sacrés, 
qui fondent l'obligation, toujours cités en vedette; des 
impératifs nombreux, qui reprennent incessament les 
mêmes devoirs et mettent en garde contre les mêmes 
défauts. Un plan assez fiottant, mais d'ordinaire, en 
guise de péroraison, un résumé, recapitulqtio, à l'usage 
des esprits obtus ou distraits, détachant les conclu- 
sions les plus importantes qu'il faut retenir et rappor- 
ter à ses voisins. 

En général, les considérations théologiques sont 
écartées; les commentaires de l'Écriture, rapides et 
sans inutile subtilité, orientés vers une application 
pratique. Les Sermons de Césaire sont avant tout un 
rappel des enseignements de la morale chrétienne. 
Rien n'est banal ou oiseux dans cette prédication ; elle 
combat des défauts ou des crimes qui étaient les tares 
d'une civilisation en pleine transformation : la 
superstition, résidu vivace des croyances païennes 
(Append. Aug., 130 et 278; éd. Morin, 54 et 193); 
l'ivresse brutale, importation des envahisseurs {Ap- 
pend. Aug., 294; Morin, 46); l'infanticide et l'avor- 
tement, effet de la corruption des mœurs ou consé- 
quence de la misère (Append. Aug., 292; Morin, 44); 
des fautes qui sont de tous les temps, l'inconduite et 
l'infidélité aux lois du mariage (Append. Aug., 289; 
Morin, 43); d'autres moins graves mais contre les- 
quelles il s'élève avec indignation : la mauvaise tenue 
au cours des offices divins (Append. Aug., 286; 
Morin, 77). Telle instruction, comme le sermon 265 
(Morin, 13), Sermo in parochiis necessarius, ou le ser- 
mon 295 (Morin, 47), Ammonitio contra ebrietatis ma- 
lum, nous donne bien l'idée des vérités que Césaire ne 
se lassait pas de redire. 11 aimait à parler en toute cir- 
constance, heureux d'exercer le ministère de la parole 
divine, habile à saisir les allusions opportunes, les com- 
paraisons frappantes, les mots qui tombent juste et 
(|u'on n'oublie point. Il aurait pu tirer de son propre 
fonds la substance de ses sermons; il s'en est rarement 
donné la peine. Plein d'une humble vénération pour les 
Pères en général, et pour S. Augustin en particulier, il 
a estimé inutile de chercher à faire mieux qu'eux, et 
sans le moindre souci de propriété et surtout d'orgueil 

H. — XII. — 7 — 



195 



CÉSAIHK D'ARLRS 



— CÉSATRF, 



190 



littéraire, il a tout simplement adapté à son usage les 
richesses, authentiques ou non, de la collection 
augustinienne. 

Indifférent aux recherches du style, il resserre le dé- 
veloppement, élague les subtilités, « fusionne » entre 
elles plusieurs pensées; ce qui ne l'empêche pas de 
garder en tête du texte ainsi refondu le nom de son 
auteur (éd. Morin, Sermons. 17, 21, 24, 38, 177, 
185, etc.). Ailleurs, il utilise des exhortations de Faus- 
tus de Riez (éd. Morin, 56, 57, 58), et encore de S. Sé- 
datus (193) et de S. Éphrem (72. 77). D'autres pièces 
sont de véritables centons, des excarjjsu ou des excerp- 
la (cf. Serm., 2(), 6G, 69, etc.). Sur les 238 sermons édi- 
tés par dom Morin, 84 sont alïectés d'un signe critique 
dénotant une source étrangère et il faudrait bien se 
garder de conclure que les 154 autres sont purement 
originaux. 

La Sugyeslio humilis (Malnory, op. cil.. 294-307; éd. 
Morin, Serm., 1 ), instruction pastorale adressée à ses 
frères de l'épiscopat, montre toute l'importance que 
Césaire attachait au devoir de la prédication : la 
parole divine étant la véritable nourriture des âmes 
dont les évêques et les prêtres sont les dispensateurs 
responsables. C'est pourquoi il fit accorder aux diacres 
le droit de lire les instructions des Pères aussi bien 
dans les centres ruraux que dans les cités. Il avait or- 
ganisé un véritable centre d'édition et de propagande 
consacré à la diffusion de ses propres œuvres et de ces 
sermons augustiniens et faustiens qui, adaptés et revi- 
sés par lui, copiés probablement dans le scriptorium 
des moniales (cf. Vila, i, 58), étaient par ses soins remis 
à tous les visiteurs ou expédiés au loin : longe vero 
positis in Francia (c.-à-d., en Germanie) in Galliis 
atque in Italia, in Hispania dioersisque provinciis 
constituas transmisit per sacerdoles qui in ecclesiis suis 
praedicare facerent {Vita, i, 55). 

Un tel travail ne fut pas perdu. Si, d'un point de vue 
purement littéraire, on peut regretter que Césaire ait 
défiguré l'aspect authentique de la grande éloquence 
du v" s., il n'en reste pas moins qu'il a doté les mission- 
naires d'un fonds homilétique infiniment précieux, 
suppléant à l'ignorance du clergé et à l'insuffisance des 
orateurs. Ses instructions, d'une haute valeur pra- 
tique, d'un enseignement admirablement api)roprié 
aux besoins d'une société qui allait s'enfoncer de plus 
en plus dans la barbarie, sont devenues, dans le haut 
Moyen Age, le bien commun de la prédication chré- 
tienne. Remaniées encore par S. filoi et S. Boniface, 
elles ont servi à évangéliser les pays bataves et ger- 
maniques (Malnory, op. cit.. 242-44). 

VIII. Conclusion. — S. Césaire reste l'une des fi- 
gures les plus attachantes et les plus représentatives de 
l'épiscopat dans la première moitié du vi" s. Il a rem- 
pli sa tâche pastorale avec un zèle admirable. Il n'a 
cessé de s'intéresser à l'éclat et à la piété des actes li- 
turgiques. S'il n'a pu établir un régime durable de 
coopération avec le large emi)ire de Théodoric, il a du 
moins contribué à régler le statut de l'Église au sein 
des nationalités nouvelles. 11 a eu l'honneur de pro- 
mulguer à Orange un des textes capitaux de la théolo- 
gie de la grâce. Par son action en faveur de l'instruc- 
tion du clergé, il a retardé l'obscurcissement des 
siècles barbares ; par son œuvre, directe ou indirecte, de 
prédicateur, il a maintenu dans les masses un minimum 
de moralité et de sens religieux. Et cependant per- 
sonne n'a moins songé que lui à mettre en avant des 
conceptions personnelles : l'efficacité et le mérite de 
son action viennent peut-être de l'abnégation avec 
laquelle il s'est effacé devant la tradition des Pères et 
des conciles, devant les instructions des papes. Ce fut 
sans doute la force de sa législation d'être moins une 
réforme originale qu'une promulgation mieux définie 
de la jurisprudence usuelle, comme c'est sa fidélité à la 



doctrine de S. Augustin et aux enseignements de Rome 
qui a fondé l'indiscutable autorité de la déclara- 
tion d'Orange. 

Vita sancti Caesarii, dans A. S., août, vi, 50-83; P. L., 
Lxvn, 1007-42, et surtout éd. B. Krusch, dans M. G. H., 
Merov., m, 457-501 ; cf. S. Cavallin, Literarhistorische und 
texikritische Studien zur Vita S. Caesarii Arelatensis, Lund, 
1934. — D. Germain Morin a travaillé pendant plus d'un 
demi-siècle à la préparation d'une édition magistrale, dont 
le vol. I comprend les oeuvres oratoires, Sancti Caesarii 
episcopi Arelatensis opéra omnia : Sermones seu Admoni- 
tiones, Maredsous, 1937, cxv-1056 p., et le vol. n (Opéra 
varia), Maredsous, 1942, ix-39ô p., les lettres, les actes 
des conciles, les écrits théologiques et la Vita; la Régula 
sanctarum viryinum, ainsi que les Lettres à Césarie ont 
été éditées à part, dans le Florilegium patristicum, fasc. 
XXXIV, Bonn, 1933. D'autres ou^Tages ou opuscules de 
Césaire ont été publiés ou analysés dans la collection 
de la Revue bénédictine, notamment : xvi, 1899, p. 97-112 
(Testament de S. Césaire); xiii, 1896, 433-43 et xxi, 1904, 
p. 226-39 (Opuscules sur la grâce) ; xlv, 1933, p. 43-61 (Ex- 
plication de l'Apocalypse); xlvi, 1934, p. 190-205 (Traité 
la Trinité). — L'édition des œuvres de Césaire dans la 
P. L. de Migne est très défectueuse (P. L., Lxvii). Les 
œuvres oratoires, très infidèlement reproduites, étaient 
groupées dans l'Appendice des œuvres de S. Augustin 
(P. L., xxxix); Mansi, viii, donne les actes des conciles 
d'Agde, d'Arles, de Carpentras, d'Orange et de Vaison. 

Parmi les ouvrages modernes consacrés à Césaire d'Arles, 
deux sont particulièrement remarquables : C.-F. Arnold, 
Caesarius von Arelate und die gallische Kirche seiner Zeit, 
Leipzig, 1894. — A. Malnory, S. Césaire, évéque d'Arles, 
503-43 {Biblioth. de l'École des Hautes-Études, 103), Paris, 
1894. — Outre ces travaux importants on peut consulter : 
P. Lejay, Le rôle théologique de Césaire d'Arles, dans Revue 
d'hist. et litt. religieuse, x, 1905, et l'article Césaire d'Arles, 
dans D. T. C, ii, 2168-85. — M. Chaillan, S. Césaire (Les 
Saints), Paris, 1912. — Bardenhewer, Geschichte der 
altkirchl. Literatur, iv, Fribourg-en-Br., 1924, p. 345-56. 
— Moricca, Storia délia letteratura latina cristiana, III, ii, 
Turin, 1934, p. 1129-1200. — Fliche et Martin, His<. de 
l'Église, iv, II" part., ch. vi, p. 406-19, par G. de Plinval, 
Paris, 1937; et v, ch. xv, p. .506, par René Aigrain, 1938. 

G. DE PlinvaL- 

CÉSAIRE D'ARLES (RÈGLES DE s.)- Voir 
D. D. Can., m, 260-78; D. H. G. E., xii, 213-14. 

7. CÉSAIRE, moine cistercien d'HEISTER- 
BACH, ou Val-S. -Pierre, diocèse de Cologne. Il naquit 
vers 1180 à Cologne ou dans les environs; il suivit les 
écoles de cette ville durant une dizaine d'années et au 
début de 1199 il entra à Heisterbach où il terminera 
ses jours vers 1240. Dans ses charges d'instructeur des 
novices puis de prieur, il eut l'occasion d'exercer ses 
talents d'inlassable conteur et de donner libre cours à 
son activité littéraire. Il a lui-même énuméré tous ses 
travaux dans une lettre écrite vers la fin de sa vie 
(Epistola catalogica). De ses six ouvrages, quatre seu- 
lement nous restent : Dialogus miraculorum; Homi- 
liae; Libri VIII diversarum visionuni; Actus, Passio et 
miracula Engelberti. Les écrits de Césaire furent beau- 
coup lus et imités en leur temps; leur succès dans la 
région du Rhin et en Hollande nous est garanti par le 
nombre considérable de mss. encore existants. Par 
ailleurs, grâce au travail de M. J.-Th. Welter, nous 
connaissons mieux la place que tint V Exemplum dans 
la lillérature religieuse et didactique du Moyen Age 
(thèse de doct., Paris, 1929). En cette matière, notre 
cistercien n'a pas innové; il continue une tradition 
qui ne disparaîtra pas avec lui, mais plus qu'aucun 
autre peut-être il est représentatif de son époque. De 
nos jours encore on voit paraître fréquemment de 
nouvelles études sur le personnage et ses écrits. 

J. Greven, Kleinere Studien zu C. von H., dans Ann. 
bist. Ver. Nieder., xcix, 1916, p. 1-35; L. T. K., ii, 779. — 
Alf. Hilka, Die Wundergescbicbten des C. von H., Bonn, 
1937. - — A. Meister, Die Fragmente der Libri VIIJ..., 



197 CÉSAIRE — CÉSAR DR S A I NT-B O N A VE NT U RE 198 



Rome, 1901, et critique de ce travail par le P. Poncelet, 
dans A. Boll., 1902, p, 45-52. — A. Schônbach, Ueber 
C. von H., dans Sitzungsber. der Akad. der Wiss. in Wien, 
Phil.-hist. Kl., cxLiv, 1902, p. 1-93; eux, 1908, p. 1-51; 
CLXiii, 1909, p. 1-90. — Ch. de Visch, Bibl. script, cisterc, 
Cologne, 1656, p. 57, reproduit l'Epislola catalogica. 

J.-M. Canivez. 

8. CÉSAIRE de MILENDONK, bénédictin, dont 
on sait seulement qu'il était abbé de Prum (Rhé- 
nanie) en 1212 et qu'en 1217 il se retira à l'abbaye 
cistercienne de Heisterbach. C'est ce qui a occasionné 
parfois une confusion avec Césaire de Heisterbach 
qui vivait vers la même époque. Mais ce dernier 
mentionne lui-même son homonyme dans son Dialo- 
gus miraculorum, 1. V, c. ii et 1. VI, c. m, etc. et dans 
ses Homiliae, ii, 17. Césaire de Milendonk n'est pas 
non plus à confondre avec le cistercien Césaire, prieur 
de Villers-sur-Dyle, près Gembloux (Belgique), qui 
vivait aussi vers le même temps et dont la mort est 
mentionné dans le Menologium Cisterciense au 23 févr. 

Gallia chrisliana, xiii, 597 sq. (confond Césaire de Milen- 
donk et Césaire de Villers). — Al. Kaufmann, Caesarius 
uon Heisterbach, Cologne, 1862, p. 84. 

G. Allemang. 
CÉSAIRE DE NAZIANZE (Saint), frère de 
S. Grégoire (v. 330, f 9 mars 369). Voir D. T. C, ii, 
2185-86. — ■ Mart. Rom., 76-77. 

9. CÉSAIRE DE SPIRE naquit dans la ville 
dont il porta le nom. Il fit ses études à l'université de 
Paris, où il eut pour maître Conrad de Reisenberg, 
plus tard prince-évêque de Hildesheim. Revenu dans 
sa patrie, Césaire remporta par ses prédications des 
succès peu ordinaires. Accusé d'hérésie, ce fut son an- 
cien maître qui le défendit. Après cela Césaire partit 
pour Paris où il s'enrôla pour la cinquième croisade. 
En Terre sainte, il trouva François d'Assise et Élie de 
Cortone, s'enthousiasma pour eux et se fit frère mi- 
neur. Il revint avec eux en Italie et assista François 
d'Assise dans la rédaction de la seconde règle des 
frères mineurs (1221), en illustrant celle-ci de plusieurs 
textes de la sainte Écriture. Au chapitre général des 
nattes (1221), Césaire fut désigné comme supérieur de 
la deuxième expédition franciscaine en Allemagne. Le 
succès de cette mission et la fondation de l'ordre en ce 
pays furent soigneusement notées dans la chronique 
de Jourdain de Giano. En 1223 Césaire prit part au 
chapitre général de l'ordre, qui l'exonéra de sa 
charge de provincial et lui permit de mener en Ombrie 
une vie consacrée à la contemplation et à la pratique 
de la pauvreté franciscaine. Ce genre de vie et aussi 
l'estime dont il jouissait chez ses confrères suscitaient 
contre lui l'antipathie de frère Élie, général de l'ordre. 
Celui-ci, abusant d'une licence accordée par le Sou- 
verain pontife, fit jeter Césaire en prison et le confia à 
la garde d'un frère laïque cruel. Un jour, Césaire, trou- 
vant la porte de sa prison ouverte, voulut prendre 
l'air, mais son gardien, supposant qu'il tentait de s'éva- 
der, le frappa de son gourdin avec tant de violence 
qu'il mourut peu après (1239). Ajoutons que le récit 
de l'emprisonnement et de la mort de Césaire nous est 
parvenu par les écrits d'Ange de Clareno, qui ne sont 
pas toujours dignes de confiance. 

Chronica fratris lordani de lano, éd. Anal. Franciscana, 
I, Quaracchi, 1885, p. 4-41; éd. Boehmer, dans Collection 
d'études et de documents sur l'hist. relig. et litt.du Moyen Age, 
VI, Paris, 1908, p. 8-32. — lAnge de Clareno], llisloria 
septem Iribulationum ordinis Minorum, éd. Tocco, dans 
Hendiconti délia R. Accademia dei Lincei, classe v : Scienze 
morali, xvii, Rome, 1908, p. 229-36; Epistola excusatoria ad 
papam, éd. Ehrle, dans Archiv fur Literatur-und Kirchen- 
geschichte, i, Berlin, 1885, p. 532. — Golubovich, Biblioteca 
bio-bibliografica délia Terra sanla, i, Quaracchi, 1906, 
p. 117-19. — Eubel, Geschichte der oberdeutschen (Strass- 
burger) Minoriten-Provini, Wurtzbourg, 1886, p. 3-6. — 



I Holzapfel, Handbuch der Geschichte der Franziskanerordens, 
Fribourg-en-Brisgau, 1909, p. 8 et 24. — René de Nantes, 
Histoire des spirituels dans l'ordre de Saint-François, Cou- 
vin-Paris, 1909, p. 88-90. — Sbaralea, Supplementum et 
castigatio, i, Rome, 1909, p. 198. — Lampen, De textibus 
S. Scripturae allegatis in opusculis S. P. N. Francisci, 
dans Archiu. franc, histor., xvii, 1924, p. 443-45. — K. L., 
II, 1662-68; iv, 371. — L. T. K., ii, 779-80. 

A. Van den Wyngaert. 
CESALPIN I (Andréa), médecin italien (xvi^ s.). 
Voir D. T. C. u, 2186. 

CÉSAR. Voir Caesar. 

CÉSAR DE SAINT-BONAVENTURE, 

carme déchaussé, missionnaire en Hollande. Jean Ber- 
tier, fils de Pierre Bertier, naquit à Leyde (Hollande), 
le 16 mars 1615. Son père était calviniste, mais se 
convertit en 1621, avec sa famille, à la foi catholique, 
à Paris où il s'était rendu pour exercer la charge de 
géographe du roi. Jean, ainsi que deux de ses frères, 
prit l'habit des Carmes Déchaussés à Paris. Il y fit 
sa profession religieuse le 18 juill. 1632. En 1643, il 
tenta d'établir la mission des Carmes Déchaussés de 
la province de Paris en Hollande. A cet effet, il entre- 
prit, en 1643, un voyage à Rome et proposa l'affaire 
au chapitre général de 1644; seulement ce ne fut qu'en 
1647 que le chapitre accepta cette mission et chargea 
le P. César lui-même de son établissement. S'étant 
donc rendu en Hollande, le P. César fonda une rési- 
dence à I^a Haye. En 1657, à la suite de diverses 
calomnies, à cause des intrigues de l'Espagne qui ne 
souffrait guère la présence d'un missionnaire français 
dans un pays qui lui était soumis et sur la demande du 
nonce de Belgique, les supérieurs le rappelèrent en 
France, quoiqu'il eût bien mérité de la foi catholique, 
ayant converti nombre d'hérétiques et d'apostats. 
En 1661, il fut élu prieur du couvent d'Amiens, et en 
! 1662, envoyé par le chapitre général comme prieur au 
couvent de Malte, où il mourut le 27 oct. 1662. 

Le P. César nous a laissé différents écrits : 1° Des 
relations sur la mission de Hollande : Relalio missionis 
Hotlandicae, 1647, en latin, expose les difficultés que 
les missionnaires ont rencontrées de la part de l'ordre 
et des supérieurs dans l'établissement de la mission; 
aux Archives générales, 274 d; Mémoires concernant 
ma mission en Hollande, 1643-52, en français; aux 
Archives générales, 274 c; De di/ficultatibus quas 
paiitur in missione Hollandica P. Fr. Caesarius a 
S. Bonaventura..., 1656, relatant les difficultés subies 
de la part de la marquise de Francoso, dite communé- 
ment princesse de Portugal, et du légat du roi d'Es- 
pagne; aux Archives générales, 274 d; Des préten- 
tions de Madame la marquise de Francoso..., diverses 
relations écrites vers 1657, soit en latin soit en fran- 
çais, sur les difficultés suscitées par cette marquise; 
aux Archives générales, 274 g. — 2» Des ouvrages de 
théologie mentionnés par Martial de Saint-Jean-Bap- 
tiste et Cosme de Villiers. 

Louis de Sainte-Thérèse, Histoire de la mission des Carmes 
Déchaussés de la province de Paris en Hollande, dans Études 
carmélitaines, m, 1913, p. 570-91; iv, 1914-19, p. 51-74, 
205-24, 390-406; v, 1920, p. 86-120, 256-68, d'après le 
ms. L 932 n. 8 des Archives nationales de Paris : le ms. 
n'est pas signé, mais il ressort du ch. ii qu'il est l'ouvrage 
du P. Louis; il contient 34 chapitres dont les ch. ii-xix 
sont consacrés à l'œuvre du P. César. — Martialis a 
S. Joanne-Baptista, Bibliotheca scriptorum utriusque 
congregationis et sexus Carmelitarum Excalceatorum, 1730, 
p. 64. • — Cosme de Villiers, Bibliotheca Carmelitana, 1752, 
i, 306-07. — Blasius a Purificatione, Storia delta nostra 
Missione in Inghilterra, Hibernia e Ollanda, P. 111; aux 
Archives générales, 277. — Ambrosius a S. Teresia, Nomen- 
clator missionariorum ordinis Carmelitarum Discalceatorum, 
1944, p. 82-83. 

Melchior de Sainte-Marie. 



199 



CESARE — CÉSARÉE 



200 



CESARE (Bonaventure-Amédée de), théolo- 
gien conventuel (xviiie s.)- Voir D. T. C, ii, 2186. 

1. CÉSARÉE, évèché de BITHYNIE, dépen- 
dant de Nicomédie. Césarée n'était qu'une simple 
bourgade (iroÀixvTi), qui portait aussi les noms de 
SmjTalia (Z^upécXeiot), de Smyrdiané (Z^upSiavii) et 
de Germanicopolis. Son identification n'est pas encore 
certaine. Tournefort la plaçait au nord-ouest de 
Brousse, ainsi que Kiepert (Forma orbis antiqui, 
p. ix). W. Ramsay (As/a Minor, 180) précise qu'il 
faut la chercher sur la côte, entre Apamée (Mouda- 
nia) et Dascylion (laskil). On pense aujourd'hui 
qu'elle occupait le site de Bademkôy. 

Malgré son peu d'importance, Césarée de Bithynie 
possédait un évèché dès le iii^ s. On en a la preuve 
dans le récit du martyre de S. Thyrse et de ses compa- 
gnons, sous Dioclétien. Il y est dit que l'évêque de 
Césarée de Bithynie était Philéas, qui se cachait par 
crainte des persécuteurs (P. G., cxvi, 517 C). — Rufus 
prit part au concile de Nicée (325) (H. Gelzer, Patrum 
Nicaerwrum nomina, Leipzig, 1898, p. lxiv). — Paul 
assista à celui de Constantinople en 518 (Mansi, 
vni, 1050 A). — Jean fut un des membres du concile 
réuni en 536 par le patriarche Ménas (Mansi, viii, 
878 D, 927 E, 935 E, 950 B, 974 A, 978 B, 1147 B). — 
Théodose eut, le 24 août 655, une longue controverse 
sur les deux volontés dans le Christ avec S. Maxime le 
Confesseur, exilé à Bizya (P. G., xc, 135-60). — Théo- 
dore prit part au sixième concile œcuménique en 681, 
mais seulement à partir de la xvi» session (Mansi, 

XI, 602 A, 628 D, 649 B, 677 B). — Constantin fut un 
des Pères du second concile de Nicée (787) (Mansi, 

XII, 995 D, 1102 E; xiii, 145 A, 369 B, 389 D). — 
Théophile participa au concile de 879 qui réhabilita 
l'hotius (Mansi, xvii A-xviii A, 376 E). 

On ne connaît que ces huit titulaires et l'on ignore à 
quelle date l'évêché lui-même disparut. Ce fut proba- 
blement vers la fm du xi" s. ou au cours du xii", 
lorsque les Turcs dévastèrent la région. 

Le titre de Césarée de Bithynie n'a pas encore été 
conféré dans l'Église romaine. Il est vrai qu'il ne 
figure dans les listes de la Consistoriale que depuis 
1923. Les évêques latins du titre de Césarée de Bithy- 
nie indiqués par Lequien (m, 1021-24) appartiennent 
à Césarée de Palestine. 

Lequien, i, 627-28. — Caesarea, dans Real-Encyclopàdie 
Pauly-Wissowa, m, 1288-89. — Kaiaàpeia, dans MeyàXri éAXTi- 
viKf) ÉyKUKAoTTaiSsia, xiii, 496. 

R. Janin. 

2. CÉSARÉE, métropole civile et religieuse de 
la CAPPADOCE. Le nom primitif de la ville était Ma- 
zaca, à cause de Mosoch, héros légendaire qui passait 
pour l'ancêtre des Cappadociens. La ville fut aussi ap- 
pelée Eusebeia, peut-être à cause du roi Ariarathe 
Eusébès. Elle porta celui de Césarée depuis le règne de 
Tibère. Elle était bâtie au pied du mont Argée, à 
1 100 m. d'altitude, sur un plateau ondulé formé de 
cinq collines qui se trouve au sud-ouest de la ville ac- 
tuelle de Kaysariè. Elle existait déjà du temps des 
Hittites et fut la capitale des rois de Cappadoce. 
Tigrane III, gendre et allié de Mithridate le Grand, la 
prit d'assaut et en emmena les habitants, ainsi que 
d'autres Cappadociens, pour peupler la ville de Ti- 
granocerte qu'il venait de fonder. Lorsque les Ro- 
mains s'emparèrent de cette dernière, une bonne par- 
tie des gens de Mazaca retournèrent dans leurs foyers 
(69 av. J.-C). Après la mort d'Antiochus III, roi de 
(^omagène, qui possédait la Cappadoce, l'empereur 
'fibcre réduisit celle-ci en province romaine et lui 
donna pour capitale Mazaca, qu'il appela Césarée. Ce 
fut une ville importante, située sur la route qui 
conduisait de la côte occidentale de l'Asie Mineure et 



de Constantinople jusqu'en Perse. Zonaras (Annales, 
XII, 23) prétend qu'elle n'avait pas moins de 400 000 
habitants lorsque Sapor V", roi de Perse, s'en empara 
sous Valérien (260). Ce nombre paraît exagéré, étant 
donné l'aire dans laquelle on a pu constater des ruines 
certaines de l'antiquité gréco-romaine; encore une 
partie de celles-ci appartiennent-elles à la ville nou- 
velle que S. Basile construisit en dehors de l'ancienne 
pour y abriter ses œuvres de bienfaisance. Justinien 
répara les murs de Césarée, mais il en restreignit 
l'étendue (Procope, De aedif., v, 4). La ville fut 
constamment la capitale de la Cappadoce. Lorsque 
l'empereur Valens divisa la province en deux, elle 
demeura capitale de la Cappadoce I"'. Elle déclina 
en même temps que l'empire byzantin et fut prise par 
le sultan seidjoukide Alp-Arslan en 1064; la popula- 
tion fut en grande partie massacrée. Les Seldjou- 
kides construisirent au nord-est de l'ancienne ville une 
forteresse pour abriter la population musulmane et les 
chrétiens demeurés dans le pays. Les Mongols la 
prirent en 1243 et elle finit par tomber aux mains des 
Turcs osmanlis qui la détiennent encore. Elle fut le 
théâtre du massacre des Arméniens, le 30 nov. 1895. 
Elle compte actuellement 46 491 habitants (1935), 
tous musulmans, sauf quelques centaines d'Armé- 
niens. Quant aux 1 500 Grecs qu'on y trouvait encore 
vers 1920, ils durent quitter le pays pour se réfugier 
en Grèce à la suite de l'échange des populations or- 
donné par le traité de Lausanne (25 juill. 1923). Il ne 
reste plus grand'chose de la ville ancienne, car les 
habitants extraient depuis longtemps tous les maté- 
riaux utilisables pour des constructions nouvelles. 

Il est probable que le christianisme pénétra à Césarée 
dès les temps apostoliques, puisque S. Pierre s'adresse 
aux habitants de la Cappadoce qui ont embrassé la 
nouvelle foi (I Petr. , i, 1). Cependant les traditions qui 
concernent ce fait sont nettement légendaires et la 
liste des premiers évêques sujette à caution. La ville 
compta de nombreux martyrs, dont plusieurs furent 
l'objet d'un panégyrique de S. Basile, comme S. Ma- 
mas ou Mammès, S. Gordius, Ste Julitte. Le plus 
connu de ses enfants est sans contredit S. Basile, doc- 
teur de l'Église et père du monachisme oriental; il fut 
imité par plusieurs membres de sa famille, son frère 
S. Grégoire de Nysse, sa sœur Ste Macrine, etc., que 
l'Église a également canonisés. 

Césarée joua un rôle assez important dans l'Église 
orientale jusqu'au moment où Constantinople acca- 
para la primauté. L'influence de S. Basile y fut pour 
beaucoup, mais avant lui les évêques de Césarée exer- 
çaient une véritable juridiction sur tout le diocèse ou 
gouvernement du Pont, qui comprenait plus de la 
moitié de l'Asie Mineure. C'est ainsi que S. Léonce 
participa à la fondation de l'Église d'Arménie vers la 
fin du iii« s. Cf. art. Arménie. Des conciles se tinrent à 
Césarée, surtout à propos de l'arianisme, en 317, 358, 
371, etc. Lorsque Constantinople fut devenue sans 
conteste la tête de l'Église byzantine, Césarée conserva 
la première place ai)rès elle dans la hiérarchie ; son 
évêque était TrpcoTÔÔpovoç du patriarcat. II l'est resté 
jusqu'à nos jours. 

L'établissement des Turcs en Cappadoce dès la fin 
du xii" s. accéléra la décadence de l'Église de Césarée. 
Le régime des Seidjoukides fut en général assez tolé- 
rant, mais celui des Osmanlis devint souvent tracas- 
sier. Aussi nombre de chrétiens passèrent-ils à l'isla- 
misme, poussés par l'intérêt ou par le manque d'une 
véritable conviction religieuse. Au xix'' s., il se pro- 
duisait un assez fort mouvement d'émigration qui dis- 
persa beaucoup de fidèles dans les villes commer- 
çantes, comme Constantino|)le et Smyrne, ou les ports 
de la mer Noire. Aussi, bien que l'cparchie s'étendît 
sur trois vilayets ou i)rovinces, son importance numé- 



201 



CÉSARÉE 



202 



rique était assez faible. Au début du xx« s., elle ne 
comptait que 40 000 âmes environ, avec 90 prêtres, 
répartis très inégalement entre une cinquantaine de 
localités parfois très éloignées les unes des autres, 
A. M. Lébidès, 'H nr|TpÔTToAis Kaiaapefaç KaTnra- 
5oK(otç, dans 'HuepôAoyiov tcSv êôvikwv çiAotvQpco- 
■mKwv KOTaoTTiiiâTCOv, Constantinople, 1905, p. 122- 
55. Le métropolite ne résidait pas dans la ville même 
de Césarée, mais près dé là, au monastère de S. -Jean- 
Baptiste situé à Zincidere. Le couvent possédait 
depuis 1882 une école théologique avec une centaine 
d'élèves; elle formait des curés de campagne et des 
instituteurs. 

Malgré sa décadence irrémédiable, Césarée conserva 
pendant longtemps une certaine influence sur les 
affaires ecclésiastiques de l'Asie Mineure. C'est ainsi 
qu'en 1327, le patriarche Isaïe et son synode lui 
confièrent le soin des métropoles de Sébaste d'Armé- 
nie, d'Euchaïte, d'Iconium et de Mocissos et de l'ar- 
chevêché de Nazianze, dont les sièges étaient souvent 
vacants (Miklosich et Muller, Acta et diplomata graeca 
medii aevi, i, 143-44). Vers 1365, le saint synode 
renouvelle le même geste pour les métropoles de 
Tyane, de Mocissos, de Sébaste et d'Iconium et pour 
l'archevêché de Nazianze (ibid., 468). — Même décla- 
ration en nov. 1370 pour les métropoles de Tyane et de 
Mocissos alors vacantes (ibid., 537). Cependant Mo- 
cissos venait de recevoir un titulaire dans la per- 
sonne de Joannice, évêque de Nysse. Le 20 nov. de la 
même année, le saint synode chargea Joannice, con- 
jointement avec le métropolite de Césarée, de remettre 
de l'ordre dans l'éparchie d'Iconium, où un moine du 
nom de Tagaris s'était arrogé les droits épiscopaux et 
avait fait de soi-disant ordinations (ibid., 537-38). 
Notons qu'en cette même année 1370 la métropole de 
Nazianze fut unie à celle de Césarée (ibid., 536). 

La liste des titulaires grecs de Césarée de Cappa- 
doce est assez fournie, puisqu'elle renferme plus de 
cent vingt noms, mais elle est loin d'être complète. Les 
lacunes les plus considérables se rencontrent aux vii« et 
viii« s. et du XI» au xvi^. Les trois premiers sont pure- 
ment légendaires : Primianus ou Longin, qui ne serait 
autre que le centurion qui perça le côté de Notre- 
Seigneur sur le Calvaire, Apollo et Épaphrodite, tous 
deux disciples de S. Paul. La série vraiment historique 
commence avec Théocrite, vers 160. — Alexandre, 
170-211. — Firmilien I", 235-56. — Théoctiste, 258. — 
Firmilien II, 269. — Léonce I", 285. — Agricolatis, 
314. — Eusèbe I", 315-20. — Léonce II, 325. — 
Eusèbe II, 335. — Dianius I", 336. ~ Eusèbe III, 
340. — Eulalius ou Eulabius, 341. — Hermogène, 341. 

— Dianius II, 341-62. — Eusèbe IV, 362-70. — S. Ba- 
sile le Grand, 370-79. — Héraclide, 379-80. — Hella- 
dius, 380-96. — Pharétrius, 396-404. — Archélaûs, 
404-31 . — Firmus, 431 -40. — Thalassius I", 440-51 . — 
Alepius, 458. — Thalassius II, 469. — André, 485. — 
Alype, 513. — Aréthas I", 518. — Élie, vers 530. — 
Sotérius, 535-37. — Théodore I", 538-50. — Aré- 
thas II, 550. — Sotérichus, 553. — Théocrite, vers 
560. — Philalèthe, 681. — Cyriaque, 691. — Agapius, 
783, 787. — Nicolas, 806. — Thomas, 812. — Eusché- 
mon I", 857-59. — Euthyme, qui fut créé par Pho- 
tius, vers 865. — Paul, 867. — Procope, 879-80. — 
Théophane I»', 886. — K;uschémon II, 889. — Aré- 
thas III, 910. — Basile II, 912-18. — Théophane II 
Chœrinos, 928-33. — Ba.sile III, 933-?. — Aréthas IV, 
945. — Eusèbe V, 9.50. — Basile IV, 9.50-80. — 
?, 1066 (Mansi, xix, 1044 C). — ?, 1067 (ibid., 1060 B). 

— Cosmas, ?-1084. — Étienne I", 1084-?. — Abram 
Chrysos, xi«-xii« s. — Constantin, 1143-47. — Ma- 
caire I", vers 1150. — Étienne II, 1156, 1166, 1171, 
1177. — ?, 1186. — Démétrius, 1190, 1192. — Mé- 
trophane I", 1242?-1260?. — Basile V Caranténos, 



cet. 1352, déposé en 1363. — Méthode, 1365, 1368. — 
Athanase, vers 1370. — Euthyme II, 1378. — Arsène, 
1440, 1443. — Agapius, vers 1450. — Métrophane 
II, 1545-49, nommé patriarche de Constantinople 
en 1565. — Macaire II, sept. 1560. — Joasaph, 1574, 
1575. — Pachôme Pachestos, ?-22 févr. 1584. — 
Euthyme III, 22 févr. 1584-?. — Métrophane III, 
1588. — Denys, vers 1600. — Grégoire I", 1606-23. — 
Germain I", sept. 1623, élection annulée. — Mélèce, 
sept. 1623-t 1624. — Grégoire, pour la deuxième fois, 
1624-27. — Métrophane IV, juin 1627-déposé le 
8 juin 1630. — Isaac, 8 juin 1630-37?. — Épiphane, 
1637. — Grégoire II, 1637. — Anthime I", 1639. — 
Zacharie, nov. 1642, démissionne en août, déposé en 
déc. 1649. — Païsius I", févr. 1647. — Anthime II, 
déc. 1649, déc. 1653. — ?, démissionne en 1663. — 
Néophyte, 1671. — Grégoire III, 1672, déposé le 
5 oct. 1674. — Germain II, 5 oct. 1674, déposé en 
mai 1676. — Parthénius I", 1678. — Anthime III, 
1702. — Cyprien, ?-25 oct. 1707, patriarche de 
Constantinople. — Jérémie, nov. 1707-25 mars 1716, 
patriarche de Constantinople. — Néophyte, 1716- 

27 sept. 1734. — Parthénius II, 1734-52?. — Por- 
phyrius, 1752. — • Gérasime, vers 1760. — Païsius II, 
1760?-64. — Macaire III, 1765?-72?. — Grégoire IV, 
1773-96. — Léonce III, juill. 1796, démissionne en 
oct. 1801. — Païsius III, 1801-04?. — Philothée, 
1804?-t 1816. — Mélétius, 1816-t 1817. — Joannice, 
juin 1817-mort en prison en 1823. — Chrysanthe, 
1823-oct. 1830. — Gérasime Domnénos, oct. 1830- 
démissionne en mai 1832. — Païsius IV, mai 1832- 
t 30 janv. 1871. — Basile VI, avr. 1871, élection an- 
nulée. — Eustathe Cléoboulos, 30 sept. 1871-t 25 janv. 
1876. — Méthode, 28 janv. 1876-t 12 mai 1878. — 
Jean Anastasiadès, 21 mai 1878-t 28 avr. 1902. — 
Gervais Sarantès, 7 mai 1902-16 mars 1910. — So- 
phrone Nestopoulos, 27 mars 1910-déposé en avr. 
1911. — Ambroise Staurinos, 28 avr. 1911, en dispo- 
nibilité le 13 févr. 1914. — Nicolas Saccopoulos, 
13 févr. 1914-22 févr. 1927. — Callinique Délicanès, 

28 juill. 1932-t 11 janv. 1934. Depuis 1922, la métro- 
pole de Césarée est purement titulaire. 

Outre la métropole grecque, la ville de Césarée de 
Cappadoce possédait depuis le Moyen Age un arche- 
vêché arménien grégorien ou dissident, qui comptait 
environ 30 000 fidèles au début de ce siècle. Elle avait 
aussi, depuis le 30 avr. 1850, un évêché arménien 
catholique, avec 1 500 fidèles seulement et 4 prêtres. 
Cet évêché n'a eu que quatre titulaires : Jean Has- 
gian, 2 juill. 1850-t 8 mai 1880. — Paul Emmanue- 
lian, 26 août 1881-élu patriarche de Cilicie le 24 juill. 
1899. Mathieu Sislian, 28 août 1901-t 1911. — An- 
toine Bahabanian, élu le 1" oct. 1911, t 26 nov. 1938, 
retiré en Avignon. On trouvait aussi à Césarée un 
millier de protestants, presque tous d'origine armé- 
nienne. Les Pères jésuites dirigeaient une école flo- 
rissante, et les Sœurs de S. -Joseph de l'Apparition, 
une école et un orphelinat. Toutes les œuvres chré- 
tiennes ont disparu. Les Arméniens grégoriens ont 
encore un prêtre à leur service, mais les Arméniens 
catholiques, très peu nombreux du reste, sont presque 
complètement abandonnés à cause de l'impossibilité 
de leur envoyer un prêtre. 

Ce n'est guère qu'au xix"" s. que le titre de Césarée de 
Cappadoce a été conféré de façon indubitable dans 
l'Église romaine. Les prélats indiqués par Lequien 
(m, 877-78) comnje ayant été nommés à ce siège ap- 
partiennent très probablement à l'une ou l'autre des 
Césarées de Palestine ou de Philippe. La liste des titu- 
laires certains ne comporte qu'une demi-douzaine de 
noms : Dieudonné Bosvigian, 1800, abbé général des 
Mékhitaristes de Venise. — Joseph Graniello, 11 juill. 
1892-29 mars 1893, nommé cardinal. — Antoine Bu- 



203 



CÉSARÉE 



204 



glione, 11 sept. 1894-18 oct. 1896, coadjuteur à i 
Conza. — Justin Adami, 13 janv. 1898-t 13 déc. 1906. 

— Auguste Sili, 22 déc. 1906-15 déc. 1919, nommé 
cardinal. — Vincent Pulisic, 2 avr. 1922-t 6 févr. 1936. 

— Eugène Grellier, 18 juin 1936, ancien évêque de 
Laval, t 13 févr. 1939. — Joseph Misuraca, élu le 
2 juin. 1941, nonce au Vénézuéla. 

Lequien, i, 351-90; m, 877-78. — Ch. Texier, Description 
de l'Asie Mineure, ii, éd. 1862, p. 538-44. — V. Cuinet, 
Turquie d'Asie, i, 304-15. — Smith, Dictionary of Greek 
and Roman Geography, i, 469. • — - Caesarea, dans Jîeal- 
Encyclopâdie Pauly-Wissowa, m-A, 1289-90. — • N. Mos- 
chopoulos, KaiCTiipEia Kan-rraSoKiaç, dans MEyàATi êXXT|vlK^l 
ÉyKUKAoïraiSEia, xiii, 495-96. — A. -M. Lébidès, 'H Mr|Tp6iT0- 
AiS KaiCTopEias KaTriraSoKiaç, dans 'HuEpoAoyiou tûv èOviKcov 
(piXocvôpcùTTiKcôv KOTaoTrinàTcov, Constantinople, 1905, p. 122- 
55. • — ■ G. Bernadakis, Notes sur la topographie de Césarée 
de Cappadoce, dans Échos d'Orient, xi, 1908, p. 22-27. — 
Une liste des titulaires grecs, assez incomplète et fausse 
sur plus d'un point, a été publiée par Anthime Alexoudès, 
métropolite d'Amasée, dans 'AvaToXiKo; 'Aori^p, 1891, 
p. 39-40. 

R. Janin. 

3. CÉSARÉE de MAURÉTANIE, Cherchel. — 
I. Sommaire historique. — Située à 96 km. à l'ouest 
d'Alger, au bord de la mer, l'actuelle Cherchel occupe 
l'emplacement d'une ancienne échelle punique, loi, 
que mentionne pour la première fois le Périple dit de 
Scylax, au milieu du iv« s. av. J.-C. (111, Geogr. gr. 
min., éd. C. Millier, i, 90). Tombée au cours du second 
siècle aux mains de princes indigènes, elle devint la 
résidence d'un roi Bocchus, sans doute Bocchus II 
(38-33 av. J.-C.) (Solin., xxv, 16). Mais ce fut Juba II 
(25 av. J.-C. -23 ap.) qui fit d'une simple regia une 
véritable capitale à laquelle il donna en l'honneur de 
l'empereur le nom de Caesarea (Strabon, XVII, m, 12; 
Pomp. Mêla, I, vi, 30; Pline, H. N., V, ii, 20; Eutr.. 
VII, X, 3). Sa faveur en assura le développement éco- ' 
nomique et fit d'elle un foyer d'hellénisme. Lorsque, 
en 40 ap. J.-C, Caligula eut fait assassiner le roi Pto- 
lémée, Césarée devint la capitale de la nouvelle pro- 
vince de Mauretania Caesariensis et fut élevée au 
rang de colonie sous le règne de Claude (Pline, H. N. 
V, II, 20). 

C'est, à l'époque impériale, l'une des principales 
cités nord-africaines. Elle s'est entourée, depuis le mi- 
lieu du i»'' s., d'une enceinte de près de 7 km. qui en- | 
ferme un « espace de 370 hectares couverts d'habita- 
tions plus on moins denses et de jardins ». La partie 
centrale de la ville antique est malheureusement oc- 
cupée par la ville moderne et seules les statues et mo- 
saïques qui forment les remarquables collections du 
Musée témoignent vraiment de la splendeur de la cité 
morte dont quelques inscriptions attestent par ailleurs 
la prospérité. Les ruines, assez décevantes, à l'excep- 
tion d'un théâtre transformé en arènes (au iv s.'?) et de 
thermes montrent que la ville s'allongeait en plaine 
sur une largeur d'environ 400 m. le long de la côte et 
s'étendait sur les premières collines qui la limitent 
vers le sud. De l'amphithéâtre, situé à l'est de la ville 
et où, peut-être, Ste Marcienne fut martyrisée, il ne 
subsiste que des restes assez informes. 

La décadence de Césarée commença sans doute au 
moment où la création de la Sitifienne par Dioclétien 
diminua l'étendue de son ressort. Mais ce fut la 
révolte de Firmus qui la précipita (Orose, VII, xxxin, 
5; Ammien, XXIX, v, 17. 19 et 42; Symmaque, 
Epist., I, 64). En 371 ou 372, la viUe fut prise par le 
rebelle et incendiée. On déblaya les ruines et l'on 
pansa les plaies comme on put. Bien qu'on n'en ait pas 
la preuve absolue, on peut croire que la ville fut occu- 
pée, au moins temporairement, par les Vandales. Elle 
le fut, en tout cas, par les Byzantins (Procope, Bell. 
Vand., II, V, 5 et xx, 32) qui en firent la capitale de la 



I Maurétanie seconde (Procope, op. cit., II, xx, 31; 
C. J., I, 27, 2, la). Mais pour cette période de son his- 
toire, on ne sait à peu près rien d'elle. A partir de la 
conquête arabe, elle ne joue plus de loin en loin qu'un 
rôle épisodique. Dès le x^ s., elle était, semble-t-il, 
déjà en ruines (Ibn Hawqal, trad. de Slane dans 
Journ. Asiat., 3* série, xiii, 1842, p. 184; al-Bakrî, 
trad. de Slane, 2"^ éd., p. 165; al-Idrîsî, trad. Dozy et 
Goeje, 103). 

II. Le christianisme a Césarée. — On ignore à 
quelle date le christianisme fit son apparition à Césa- 
rée, mais divers indices permettent de penser que ce 
fut assez tôt (sans doute dès le ii"^ s.). La nouvelle reli- 
gion est en effet attestée dans la petite ville voisine de 
Tipasa dès 238 (C. /. L., vni, 9289/20856); l'ancre 
figure sur quatre documents découverts à Cherchel 
(P. Gauckler, Musée de Cherchel, 35-36; S. Gsell, 
Cherchel, 1269-70; L. Leschi, dans Bull. arch. du Corn., 
1932-33, p. 311-12); enfin on peut présumer que la 
colonie juive (cf. Passio Marcianae, 4 et 6) n'était pas 
sans rapports avec l'Orient. 

La persécution y sévit, mais le détail n'en est guère 
connu. Certains martyrs sont pour le moins suspects, 
tels Victor, honoré le 26 août (J. de Guibert, S. Victor 
de Césarée, dans A. Boll., xxiv, 1905, p. 257-64), a ren- 
contré l'incrédulité de S. Gsell, Cherchel, 1270-71 et de 
P. Monceaux, Hist. lilt., m, 158, n. 13. J'accepterais, 
au contraire, pour ma part, de voir en ce Victor un 
martyr de Césarée. Cf. B. de GaifTier, dans A. Boll., 
Lviii, 1940, p. 82 et lx, 1942, p. 8) et surtout Arca- 
dius, honoré le 12 janv. (A. Audollent, art. Arcadius, 
dans D. H. G. E., m, 1485-87). D'autres sont plus 
sûrs : Theodota et ses sept fils (Mart. Hier., 2 août, éd. 
Rossi-Duchesne, 100), Severianus et sa femme Aquila 
(Mart. Hier., 23 janv., éd. Rossi-Duchesne, 12; cf. 
A. Audollent, art. Aquila, n. 4, dans D. H. G. E., m, 
i 1110-11) et Marciana (Mart. Hier., 11 juill., éd. Rossi- 
Duchesne, 90) dont on possède une passio (A. S., 
9 janv., I, 569) qui contient des éléments de valeur 
assez diverse. Malheureusement aucun de ces mar- 
tyres ne peut être situé avec quelque sécurité dans le 
temps. Seul celui du vexillifer Fabius {Passio dans 
A. Bail., IX, 1890, p. 123-34; cf. P. Monceaux, Hist. 
litt., III, 123-26 et P. Franchi de' Cavalieri, Note agio- 
grafiche, viii, n. 10, dans Studi e Testi, Lxv) peut être 
î placé en 293, 299, 303 ou 304, sans qu'on ait de très 
bonnes raisons de préférer l'une à l'autre de ces quatre 
dates. En d'autres termes, nous ne sommes assurés de 
la persécution à Césarée que pour la seule époque de 
Dioclétien. 

Il est vraisemblable que la cité eut des évêques anté- 
rieurement à la paix de l'Église, mais il n'est pas pos- 
sible de le démontrer. Une inscription nous fait con- 
naître un certain Evelpius dans lequel on a voulu voir 
un évêque (C. /. L., viii, 9585). La chose n'est pas 
certaine (cf. S. Gsell, Cherchel, 1275-77 sur les diffé- 
rentes interprétations dont le texte est susceptible). 
Mais, dans le cas même d'une conclusion affirmative, 
devant laquelle j'hésite pour ma part, il n'est pas per- 
mis de dire que ce personnage ait dirigé l'Église de Cé- 
sarée antérieurement au règne de Constantin, comme le 
fait le P. Mesnage {L'Afrique chrétienne, 448). Un autre 
texte (C. /. L., viii, 21418) très mutilé, porte 
Cresce[n]s filoft[lus] (= filio eius? E. Diehl, Inscrip- 
tiones, 1107 a) I episclopus]. La restitution est trop 
conjecturale pour qu'on puisse inscrire ce personnage 
sur nos fastes épiscopaux. Un sacerdos dont le nom est 
inconnu {[Secun]dus? ) doit probablement y figurer. 
Mais le texte qui nous le révèle (C /. L., viii, 9412/ 
21417) peut être daté soit de 368 soit de 468. Il n'est 
donc pas possible de déterminer quelle place il y 
occuperait. Si donc on laisse de côté l'évêque dona- 
tiste Emeritus, contemporain de S. Augustin, nous ne 



205 



CÉSARÉE 



206 



connaissons que quatre évêques de Césarée : Fortuna- 
tus, qui assista au concile d'Arles de 314 (Mansi, ii, 
477); Clemens, vers 380 (Symmaque, Epist., i, 64); 
Deuterius, qui assista au concile de Carthage de 411 
(Mansi, iv, 266); Apocorius. qui assista au concile de 
Carthage de 484 (Not. M. C, n. 21). Ajoutons que 
(lésarée (KaiCTàpeia) est mentionnée encore parmi les 
évèchés au début du vin« s. (6p6vos 'AAeÇavSpîvoç. 
dans Hyz. Zeitschrift. ii, 1893, p. 26), et qu'elle eut en- 
fin des évêques titulaires de 1652 à 1884 (liste dans 
Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Mauréta- 
nies, 29-30). 

L'information relative aux monuments chrétiens de 
Cherchel est des plus pauvres. 1,'ecclesiu maior dans la- 
quelle parla S. Augustin (Gesta cum Emerito, 1) n'est 
connue que par les textes et on en ignore l'emplace- 
ment. On a voulu voir une chapelle dans un ensemble 
de ruines situé à l'ouest de la ville (S. Gsell, Atlas, iv, 
16, 42). Mais ce n'est pas sûr. Sans doute convient-il 
d'ajouter la cella que mentionne C. /. L., viii, 9585, 
aujourd'hui disparue et qui s'élevait, peut-être dès le 
s., dans une area cémétériale, à l'ouest de la ville 
(S. Gsell, Atlas, iv, 16, 54) où ont été trouvées les deux 
plus intéressantes inscriptions chrétiennes de Cherchel 
(C. /. L., vm, 9585 qui concerne peut-être (?) le mar- 
tyr Severianus et 9586 qui mentionne un accubito- 
rium). Trois autres cimetières chrétiens ont été identi- 
fiés, l'un à l'ouest (S. Gsell, Atlas, iv, 16, 47) et deux à 
l'est (ibid., iv. 16, 56 et 57). Mais au total l'épigraphie 
chrétienne de Cherchel est pauvre, une trentaine 
d'inscriptions peut-être sur un total de plus de huit 
cents et le sol n'a guère livré que des fragments de sar- 
cophages, des lampes et de menus objets (S. Gsell. 
Cherchel, 1278-81). 

Nous n'en savons pas beaucoup plus sur les hommes 
que sur les choses. Presque rien sur les fidèles, les 
Iratres ou cultores Verbi comme se dit l'un d'eux 
(C. /. L., viii, 9585). Deux prêtres seulement (Secunl- 
dus qui devint ensuite évêque (C /. L., viii, 9412/ 
21417) et Victor (C. /. L.. viii, 9586); un diacre. Deute- 
rius, qui assista au concile d'Arles (Mansi, ii, 477). 
Aucune trace certaine de conciles, bien que la tenue en 
apparaisse vraisemblable dans une métropole ( Gesta 
cum Emerito, 1). 

l,e donatisme se développa à Césarée connue dans la 
plupart des villes africaines et son représentant, Kme- 
ritus, un enfant de la ville, en fut un des jjrincipaux 
champions au concile de Carthage en 411 (P. .Mon- 
ceaux, Hist. litt., vu, 145-89). La querelle qui l'opposa 
à S. Augustin est bien connue par l'œuvre de ce 
dernier. Mais elle n'entre dans le cadre de l'histoire de 
Césarée que par les épisodes qui marquèrent le séjour 
qu'y fit, comme envoyé pontifical, l'évêque d'Hip- 
pone dans l'automne de 418, en compagnie d'Alyi)ius 
de Thagaste et de Possidius de Calama (Possidius, 
Vita Augustini, 14; Augustin, De gestis cum Emerito, 
passim; Contra Gaud., i, 14 [15]; De doctrina christ., 
IV, XXIV, 53; Retract., ii, 77 (51); Epist., c.xc, 1 et 
c.xciii, 1 ; Sermo ad Caesariensis Ecclesiae plebem). 
Une rencontre eut lieu entre les deux hommes le 
1 8 sept. ; un colloque solennel, le 20. A son issue, Eme- 
ritus, inimicus et mutas (Contra Gaud.. i, 14 [15]), 
s'exila, demeurant fidèle à sa foi dont les dernières 
traces ne durent pas tarder à disparaître à Césarée. 
En tout cas, aucun document n'en atteste la survie. 

La meilleure étude d'ensemble demeure celle de S. Gsell, 
Promenades archéologiques aux environs d'Alger, Paris, 
1926, p. 7-83, avec bibliographie sommaire, p. 161-62, à 
laquelle on se reportera pour les travaux anciens. — 
H. Dessau, art. Caesarea, n. 14, dans Real-Encycl., m, 
1294-95. — S. Gsell, art. Cherchel, dans D. A. C. L., m, 
1269-81 (excellent); Id., Atlas archéologique de l'Algérie, 
feuille IV, n. 16 (1902), avec quelques additions (1911). — 



Informations nombreuses mais éparses, dans P. Monceaux» 
Hist. litt. de l'Afrique chrétienne, 7 vol., Paris, 1901-23. 
■ — J. Mesnage, L'Afrique chrétienne, évêchés et ruines 
antiques, Paris, 1912, p. 447-50. — P. Gauckler, Musée de 
Cherchel, Paris, 1895. — M. Durry, Musée de Cherchel, sup- 
plément, Paris, 1924. Ces deux derniers ouvrages dans la 
Collection des musées de l'Algérie et de la Tunisie. — Parmi 
les travaux récents aucun ne concerne le christianisme, 
sauf L. Leschi, Vestiges du christianisme antique dans le 
départ. d'Alger, dans l'Algérie catholique, déc. 1936, p. 13- 
32. — M. Durry, Valeur de Clierchel, dans Ann. de l'Inst. 
des Hautes-Études de Gand, i, Gand, 1937, p. 111-23. — 
J. Bérard, Noie sur les aqueducs antiques de Cherchell, dans 
Reu. afric, lxxv, 1934, p. 417-25. — J. Meunier, Les fortifi- 
cations de Césarée et la porte de Zucchabar, dans Rev. afr., 
Lxxxvi, 1942, p. 179-94 et surtout P.-M. Duval, Cherchel et 
Tipasa. Recherches sur deux villes fortes de l'Afrique romaine, 
dans la Bibliothèque archéologique et historique, xLiii, Paris, 
1946 (très important; plan détaillé). — Sur les mosaïques: 
A. Bruhl, Mosaïques de la légende d'Achille à Cherchell, 
dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, xlviii, 1931, p. 109- 
23. — J. Bérard, Mosaïques inédites de Cherchel, dans 
Mélanges d'archéologie et d'histoire, lu, 1935, p. 113-42; 
Id., Un triomphe bachique sur une mosaïque de Cher- 
chel, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, lui, 1936, 
p. 151-65. — Fr. Cumont, Une mosaïque de Cherchel figu- 
rant Ulysse et les Sirènes, dans C. R. de l'Acad. des 
Inscr., 1941, p. 103-09. — Épigraphie : J. Carcopino, La 
reine Urania de Maurétanie, dans Mélanges F. Grat, i, 
Paris, 1946, p. 31-38 — L. Leschi, La carrière de Marcius 
Turbo, préfet du prétoire d'Hadrien, dans C. R. de l'Académie 
des Inscriptions, 1945, p. 144-62. 

(>H. Courtois. 

4. CÉSARÉE de NUMIDIE. Comme la Mau- 
rétanie césarienne, la Numidie possédait une Eccle- 
sia Caesariensis, puisqu'un Domnicus Caesariensis 
est nommé le 47'' sur la liste des évêques numides 
dans la Notice de 484, Nol. Prov. et Civil. Africac, 
Numidie, 17; Victor de Vite, éd. Petschenig, 121; 
P. L., Lviii, 270, 302, avec indication de son sort par 
l'abréviation prbt. Rien n'a encore révélé l'empla- 
cement de cet évcché, qui ne paraît [)as pouvoir être 
confondu avec Caesariana, dont la conférence car- 
thaginoise de 411 (Gest. coll. Carlh., i, 188-89; P. L., 
XI, 1331) met en scène l'évêque donatiste Cresconius 
avec, comme rival, un prêtre catholique, et dont 
l'ethnique Caesarianensis, déformé en Caesaramensis 
dans un ms. de la conférence (Codex biblioth. vatic. 
Regin., 1032, cité par P. .Mesnage, L'Afr. chrét., Paris, 
1912, p. 313), se rencontre encore dans les Acta Munati 
Felicis (Gesta apud Zenophitum, dans V Appendix 
d'Oplal), éd. Dupin, 168; éd. Ziwsa, 188. 

Morcelli, l, cxxiv, 114-1.}. — Xot. dign., annot. p. 617, 
644. — Gams, 464, 3. — De Mas-Latrie, dans Bull, de cor- 
respondance africaine, 1886, p. 90; Trésor de chronologie, 
Paris, 1889, p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. 
chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894, xxvi, xxvii, p. 72-74. 
— S. Gsell, Atlas arch., Alger, 1911, f. 17 : Constantine, 
244. — P. Mesnage, op. cit., p. 406-07. — H. Jaubert, 
Anciens évêchés de la Numidie et de la Sitif., dans Rec. de 
Constantine, XLVi, 1912, p. 18-10, § 24 et 25. 

J. I-'krron. 

5. CÉSARÉE (le PALESTINE, ou CÉSA- 
RÉE MARITIME (KaiCTàpeia rTapdÂios), mé- 
tropole de la Palestine l"". La ville de ce nom fut fondée 
par Hérode le Grand en l'honneur d'Auguste par 
agrandissement de la bourgade phénicienne dite 
ZTpÔTCOVOS riùpyoç, située entre .JafTa et CaifTa. Slra- 
tonos Pyrgos existait déjà du temps d'.Alexandre le 
Grand et devait |)robablement son existence au roi de 
Sidon nommé Straton. Hérode mit douze ans à bâtir 
une ville magnifique, avec un grand temple dédié à 
Auguste, un théâtre, un amphithéâtre, un hippodrome, 
un palais somptueux, un aqueduc, etc. Il la dota d'un 
port comparable à celui du Pirée, abrité des vents du 
Sud-Ouest par un môle fait de blocs énormes. Depuis 
l'an 13 av. J.-C, Césarée fut la capitale de la Palestine 



207 



CÉSA 



RÉE 



208 



et la résidence ordinaire des procurateurs romains et 
des rois titulaires de la Judée Pline. (Hist., II, lxxix) 
l'appelle caput Palestinae et dit qu'elle fut nommée 
Colonia Prima Flavia par l'empereur Vespasien, qui y 
fut proclamé empereur par ses troupes en 69. Sur les j 
monnaies, elle est dite Colonia Prima Flavia Augusla 
Caesarea. 

En l'an 43 de notre ère, Hérode Agrippa mourait 
subitement dans l'hippodrome de Césarée pendant 
qu'on le proclamait dieu. En 57, à la suite de san- 
glantes échaufîourées entre Juifs et Syriens, le gou- 
verneur Florus massacra des milliers de Juifs et dé- 
vasta leur quartier. Après la prise de Jérusalem (70), 
Titus donna à Césarée des fêtes populaires pour célé- 
brer sa victoire; des milliers de Juifs durent com- 
battre contre les bêtes ou furent brûlés vivants. Plus 
de 2 500 périrent à cette occasion. Sous Justinien, les 
Juifs, alliés aux Samaritains, mirent à mort de nom- 
breux chrétiens, brûlèrent leurs églises et tuèrent le 
gouverneur (548). La répression fut impitoyable. Les 
Perses prirent la ville en 612 et les Arabes en 633. Elle 
resta possession musulmane jusqu'en 1101, date à la- 
quelle Baudouin l", roi de Jérusalem, la prit d'assaut. 
Il y trouva le calice devenu fameux dans les poèmes 
du Moyen Age sous le nom de saint Graal. Césarée était 
alors en partie déchue de son antique splendeur. Les 
croisés la reconstruisirent, mais avec de moindres pro- 
portions et la fortifièrent solidement. Tandis que la 
ville romaine s'étendait sur une longueur de 4 milles, 
celle des croisés ne mesurait que 550 m. sur 250. Elle 
n'en joua pas moins un rôle important aux xii« et 
xiii« s. comme place forte et comme port de ravi- 
taillement du royaume de Jérusalem. Saladin s'en em- 
para en 1187; les Francs la reconquirent en 1191 pour 
la reperdre bientôt; Gautier d'Avesnes la délivra en 
1217. Conradin la prit l'année suivante et en démolit 
les murailles que S. Louis fit relever en 1251; Bibars 
s'en rendit maître en 1265 et en entreprit la destruc- 
tion qui fut achevée par le sultan Halil dit Malek el 
Asfar. La ville resta déserte pendant six siècles et les 
pierres servirent à bâtir les maisons et les remparts de 
Jafïa, d'Acre, de Sidon et même de Beyrouth. En 1884, 
le sultan Abdul-Hamid II y installa une colonie de 
musulmans bosniaques dont la principale occupation 
fut d'extraire et de vendre les pierres de la ville an- 
cienne. Toutes les ruines n'ont cependant pas disparu. 
On voit encore le vaste port restauré par les croisés, un 
amphithéâtre qui pouvait contenir 20 000 specta- 
teurs, des restes de canaux, d'aqueducs, un hippo- 
drome avec un bel obélisque en granit rose, des colon- 
nades, des restes de temples et de deux églises dont 
l'une devait être la cathédrale des croisés. 

C'est le diacre Philippe qui établit la première com- 
munauté chrétienne à Césarée (Act., ix, 40); elle 
n'était composée que de Juifs, mais S. Pierre ne tarda 
pas à s'adresser aussi aux gentils, comme on le voit 
par la conversion du centurion Corneille (Act., x). 
S. Paul passa plusieurs fois par Césarée; il y fut amené 
captif et y resta deux ans avant d'aller se faire juger à 
Rome (Act., ix, 30; xviii, 22; xxi, 8; xxiii, 23; xxv). 
La communauté fut très florissante jusqu'au vii« s., 
époque à laquelle elle souffrit beaucoup de l'invasion 
des Perses (612) et de la conquête arabe (633-). Son 
évêque fut pendant plus de quatre siècles le métropoli- 
tain de toute la Palestine et exerça même sa juridic- 
tion sur Jérusalem. La Ville sainte fut proclamée 
patriarcat au concile de Chalcédoine (451) et Césarée 
ne fut plus que la métropole de la Palestine l'^ avec le 
titre de TrpcoTÔÔpovoç ou de premier en dignité 
après le patriarche. 

Plusieurs conciles se tinrent à Césarée, surtout au 
temps de l'arianisme. Celui de 195 décréta que la fête 
de. Pâques serait toujours célébrée le dimanche. La 



ville compta de nombreux martyrs, particulièrement 
pendant la persécution de Dioclétien. L'historien Eu- 
sèbe, qui fut évêque de la ville, en parle longuement 
(De marUjribus Palestinae, c. i, iv, vi, xi). Origène s'y 
j retira vers le milieu du iii« s. et y composa la plupart 
de ses œuvres exégétiques, entre autres les Hexaples, 
dont le manuscrit se conservait dans la riche biblio- 
thèque de l'évêché. Celle-ci ne disparut qu'au vu» s., 
détruite par les Perses ou les Arabes. L'école théolo- 
gique fondée par Origène était célèbre dans tout 
l'Orient. On y venait même de la province du Pont, 
comme ce fut le cas pour S. Grégoire le Thaumaturge 
et S. Basile. Un des meilleurs élèves d'Origène fut 
Eusèbe Pamphile, qui devint évêque de la ville de 316 
à 338. Pendant les croisades, Césarée fut métropole 
latine avec dix suffragants. 

Une tradition qui ne semble pas remonter plus haut 
que le vi« s. prétend que les premiers évêques de Césa- 
rée de Palestine furent le publicain Zachée, le centu- 
rion Corneille, Théophile, puis Zachée II. On n'a de 
données vraiment historiques qu'à partir de la seconde 
moitié du ii<= s., et les premières sont transmises 
par Eusèbe. Voici la liste des évêques connus par l'his- 
toire : Théophile, vers 189 (Eusèbe, Hist. eccl., V, 
xxii). — Théoctiste, vers 217, mort vers 258 (ibid., 
VI, xix; VII, v, xiv). — Domnus, vers 258 {ibid., VII, 
xiv). — Théotecnus, vers 260, mort vers 303; il assista 
au concile qui se tint à Antioche en 264 contre Paul de 
Samosate (ibid., VII, xiv, xv, xxvii-xxx, xxxii). — 
Agapius, vers 303(/6(d., VII, xxxii). — Agricolaus,312- 
16; il prit part au concile d'Ancyre en 314. — Eusèbe 
Pamphile, 316-28, l'historien bien connu; il fut l'un des 
Pères du premier concile de Nicée (325) (H. Gelzer, 
Patrum Nicaenorum nomina, p. xl, 62). — Acace, un 
des chefs de l'arianisme, 338, 365-366; il fut déposé au 
concile de Sardique (347), prit part à ceux de Milan 
(355) et de Séleucie (359) et finit par revenir à l'or- 
thodoxie (Socrate, Hist. eccl., III, ii, 40; IV, iv; Mansi, 
m, 138 B, 321 A, 372 B). — Philumenus, Cyrille et 
Euzoius, trois ariens, occupèrent le siège de 366 à 379, 
date de la déposition d'Euzoius (S. Épiphane, De 
haeresibus, 73, n. 37; S. Hieronymi, De scriptor. eccl., 
c. 113). Entre temps avait été nommé Gélase, neveu de 
S. Cyrille de Jérusalem, qui fut chassé de son siège et 
ne fut rétabli qu'en 379, 394-95; il prit part au concile 
œcuménique de Constantinople en 381, et à un synode 
tenu dans la même ville en 394 (Théodoret, Hist. eccl., 
V, 8; Mansi, m, 568 B, 852 B). — Jean I", 395-404. — 
Euloge, 404-17. — Domninus, 417-?. — Glycon se fit 
représenter au concile de Chalcédoine (451) par 
l'évêque Zosime de Minois (Mansi, VII, 403 B). — 
Irénée, 453. — Gélase II, vers 465. — Gélase III de 
Cyzique, 476-t avant 484. — Timothée, 484-?. — 
Jean le Chozibite, 518-t vers 536. — Élie, sacré en 536. 

— Sergius, 541. — Jean assista au V» concile œcumé- 
nique (553) (Mansi, IX, 174 B, 191 A, 192 B, 389 E). 

Du vi^ au xvii« s. on ne rencontre que de rares 
évêques grecs de Césarée de Palestine : Parthenius 
en 1084, Anastase vers la fin du xii« s., Sophrone au 
xiH"^, Élie en 1281, Mélèce, ?. On ne sait d'ailleurs 
presque rien de la vie de la métropole pendant cette pé- 
riode, sauf que les croisés lui donnèrent un titulaire 
latin pendant près de deux siècles. Quand la ville eut 
été détruite, dans la seconde moitié du xiii« s., le siègfe 
devint purement titulaire. A partir du xviie s. nous 
rencontrons : Callinique, 1645-51. — Dosithée Nota- 
ras, 1666-23 janv. 1669, date à laquelle il fut nommé 
patriarche de Jérusalem. — Chrysanthe Notaras, 
neveu du précédent, 1669-févr. 1707, également pa- 
triarche de Jérusalem. — Mélétius, mai 1720, août 
1723. — Dorothée, 1733, 1734. — Parthénius, ?-1737. 

— Ananie, 1743. — Abramios, ?-juin 1775. — An- 
Ihime, 1788. — Zacharie, ?-démissionne en 1801. — 



209 CÉSARÉE — CÉSA: 

Philothée, oct. 1801-?. — Césarius, 1821, f 1832. — 
Jean, 1887. 

La liste des archevêques latins est difficile à établir, 
surtout après les croisades, à cause de la confusion fré- 
quente des quatre sièges du nom de Césarée. Pendant 
les croisades, nous avons : Baudouin l", 7-1107. — 
Ébremar, 1107-23. — Gaudentius, 1136. — Bau- 
douin II, 1147-55. — Ernest, 1157-74. — Héraclius, 
1180. — Monachus, 1187-94. — Pierre, 1220, 1227. — 
Bertrand, 1237. — Joscelin, 1244, 1267. — Mathieu, 
1280. Après cette période, on trouve : Grégoire, ?- 
t avant sept. 1377. — Étienne, 18 sept. 1377-?. — 
Jacques, 25 juin 1392-?. — Thomas, O. F. M., 

17 mars 1412-t après 1424, sufTragant à Constance. — 
Ulric de Unicow, 12 févr. 1413-t 1432. — Félix de 
Villaviciosa, vers 1430. — Jean, O. F. M., 1430-40, 
suffragant à Constance. — Svederus de Culenborch, 

10 déc. 1432-t 1439. — Othon de Hochberg-Roetelen, 
6 sept. 1434-t 15 nov. 1451. — Jean Fabri, O. Carm., 

11 avr. 1440-t après 1444. — Gamesio di Moussolo, 
1444-46. — Didace, O. F. M., 1" avr. 1446-1" févr. 
1447. — Diégo de Majorque, O. F. M., ?-t 22 mai 1447. 

— Guillaume de Brillet, 26 mai 1447-t 1" févr. 1449. 

— Jean de Lespervier, 1449-16 janvier 1451, 
coadjuteur de l'évêque de Quimper. — Jean de 
Ségovie, 26 janvier 1453 -f 1458. — Jean de 
Contreras, ?-t 1458. — Henri de Karlstein, O. P., 
1453-t 2 oct. 1465. — Thomas Basin, 27 mai 1474- 
t 3 déc. 1491, suffragant à Utrecht. — Étienne, ?- 
t 1488. — Jacques Jouvint, 5 mars 1488-?, auxiliaire 
à Limoges. — François, O. Cist., 3 oct. 1489-t 1496, 
auxiliaire en plusieurs diocèses. — Nicolas Hippolyte, 

18 janv. 1493-t 1511. — Alexandre, 11 avr. 1496-?, 
auxiliaire à Crémone. — Jérôme Planca d'Incoronati, 
6 juin 1519-t 21 août 1531. — Alderic Billioti, 
1" juin 1523-?. — Jacques Benuti, ?-4 juill. 1572. — 
Ange Peruti, 5 nov. 1572-?, suffragant à Bologne. — 
Antoine Lorenzi, 4 juin 1568-2 déc. 1575, suffragant à 
Pise. — Christophore de Penfentenyo de Cheffon- 
taines, 22 mai 1579-t 26 mai 1595, suffragant à Sens. 

— Grégoire Carbonello, O. F. M., 1604. — François de 
Rye, 1626-18 août 1636, coadjuteur à Besançon. — 
Alonso de Aguayo, O. S. B., 23 févr. 1671-t 1680, auxi- 
liaire à Avila. — Ignace Cribelli, 18 nov. 1758- 
sept. 1759. — Jacques Guizacunior, 1840. — Jacques 
Bozagian, abbé général des Mékhitaristes de Vienne, 
4 nov. 1852-11 sept. 1855. — Jean-Manuel Irisari y 
Peralta, 1855-t 1860, auxiliaire à Mexico. — Antoine 
Agliardi, 3 sept. 1884-22 juin 1906. — Pietro Gas- 
pard, 2 janv. 1898-14 déc. 1907. — Vincenzo Sardi di 
Rivisondoli, 6 avr. 1908-t 11 août 1920. — Louis Ma- 
glione, 1'=' sept. 1920-16 déc. 1935, promu cardinal. — 
Cyrille Rizk, de rite grec-melkite, élu le l" mai 1927, 
vicaire patriarcal à Beyrouth. — Louis Traglia, 
20 déc. 1936, vice-gérant du Vicariat de Rome. 

Lequien, m, 529-74; 1285-90. — Wilson, Lands o/ ihe 
Bible, II, 250-53. — Discoveries at Caesarea, dans Palestine 
Exploration Fund, Quart. Stalement, 1888, p. 134 sq. — 
V. Guérin, La Samarie, ii, p. 321-29. — The Suruey o( 
Western Palestine, Memoirs, ii, 13-19. — Smith, Diclionary 
of Greek and Roman Geography, i, 470. — Caesarea, dans 
Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, iii-a, 1291-95. — 
G.-L. Arbanitakès, Kaiaàpeia, dans MEyàAr) éXAr|viKf| 
êyKUKXoTTcnBela, xiii, 496-97. — C. Eubel, i, 153; ii, 113; 
m, 144; IV, 126. — Ann. pont., 1916, p. .385-86. 

R. Janin. 

6. CÉSARÉE DE PHILIPPE ou CÉSA- 
RÉE PANÉAS (Kaicrâpeia OiAî-mTou, Katcrà- 
peia nàveaç), évêché de la province de Phénicie I'*, 
dépendant de Tyr. Le nom primitif de la ville est in- 
connu. Plusieurs auteurs ont voulu y voir Laïs, colonie 
phénicienne devenue Dan, mais cette identification ne 
peut être admise, car elle contredit le renseignement 
précis donné par Josèphe (De bello jud., V, m), à savoir 



RÉE DE PHILIPPE 210 

que Dan se trouvait à 4 milles à l'ouest de Panéas. Le 
nom de cette dernière ne lui était pas exclusivement 
réservé, puisqu'on le donnait aussi à toute la région 
environnante. C'est sous Antiochus le Grand qu'elle 
fut appelée Panion par les Grecs à cause d'une grotte 
consacrée au dieu Pan. Panion devint par la suite Pa- 
néas. En l'an 20 av. J.-C, Auguste donna la ville à 
Hérode le Grand qui construisit en son honneur un 
temple magnifique près de la grotte de Pan (Josèphe, 
op. cit., I, cDvii). Le tétrarque Philippe, fils d'Hérode, 
l'embellit et l'appela Césarée à cause de Tibère son 
protecteur (Josèphe, ibid., II, clxviii). C'est de lui 
qu'elle tire son nom de Césarée de Philippe. Agrip- 
pa II agrandit la ville et l'appela Néroniade en l'hon- 
neur de Néron, mais ce nom ne put se maintenir (Jo- 
sèphe, Ant. jud., XX, xxi). Celui de Panéas ne dispa- 
rut jamais complètement et c'est même lui qui est le 
plus fréquemment employé à l'époque chrétienne. Le 
nom de Césarée de Philippe ne reparut que vers le 
xiv^ s. et encore uniquement dans la nomenclature 
ecclésiastique. Panéas est devenu Bânyâs en arabe. 

C'est près de Césarée de Philippe que l'apôtre 
S. Pierre fit la vibrante profession de foi au Christ qui 
lui valut le titre de chef de l'Église (Matth.,xvi, 13-20). 
D'après une tradition très ancienne, rapportée par 
Eusèbe, la femme hémorrhoïsse que Notre-Seigneur 
guérit était de Césarée de Philippe. Cet historien 
raconte que devant sa maison on voyait un monument 
en bronze représentant le miracle {Hist. eccL, VIII, 
xviii). Julien substitua son effigie à celle du Sauveur. 

Césarée de Philippe eut un évêché d'assez bonne 
heure, mais non point depuis les temps apostoliques, 
bien qu'une tradition locale fît d'Érastus (Rom., 
XVI, 23) le premier évêque de la ville. Cet évêché dé- 
pendait de Tyr. Les croisés s'emparèrent de Césarée 
en 1129 et y établirent un évêque latin. Le sultan 
Tadj el Moulouk Bourk la reprit en 1132, mais pour la 
reperdre bientôt. Nourreddin la reconquit en 1165 et 
el Mokatam détruisit ses remparts. Le moderne Bâ- 
nyâs n'est qu'un petit village, situé à 329 m. d'alti- 
tude, au pied du mont Hermon, au milieu d'une 
région extrêmement fertile à cause des nombreux 
cours d'eau qui descendent de la montagne. Line des 
sources du Jourdain sort de la grotte de Pan. Les 
ruines sont nombreuses : des colonnes, des chapiteaux, 
des sarcophages, etc., gisent un peu partout. L'an- 
cienne église S. -Georges a été transformée en mosquée. 

La liste des évêques grecs de Césarée Panéas ren- 
ferme une dizaine de noms. Le premier qui soit connu 
est Érastus, qui assista au premier concile de Nicée 
(325) (H. Gelzer, Patrum Nicaenorum nomina, p. xli, 
15). — Martyrius fut mis à mort près du temple de 
Pan par ordre de Julien l'Apostat, napaaTàtreiç 
oûvTOiioi xpoviKaî (H. Gelzer, Scriptores originum 
Constantinopolitanarum, 53-54). — Baratus ou Bara- 
chus prit part au premier concile de Constantinople 
(381) (Mansi, m, 568 C). — Olympius fut un des Pères 
du concile de Chalcédoine (451) (Mansi, vi, 569 D, 
944 D, 1134 B). — Anastase est signalé à la fin du 
vif s. comme étant devenu patriarche de Jérusalem 
(Nicéphore Calliste, Eccl. hist., xiv, 39). — On con- 
naît aussi Sabbas, sous Alexis Comnène, Gabriel 
Broulas vers 1320, Euthyme, 1377-78, Germain, 1599, 
Callinique, 1645, Procope, ?-nov. 1787, Athanase, 
nommé en janv. 1827, élu patriarche de Jérusalem 
quelques jours plus tard, enfin Agathange, 1827-?. 
L'évêché est purement titulaire chez les Melkites 
dissidents. 

Depuis 1886, Bânyâs a été pourvu d'un évêché mel- 
kite catholique, dont le titulaire réside à Gedaïdat- 
Margyoun, près de Bânyâs. Il ne compte encore que 
trois prélats chargés de le gouverner : Pierre Geraï- 
giry, élu le 22 févr. 1886 et devenu patriarche d'An- 



211 CÉSARÉE DE PHI 

tioche en 1898, Mgr Clément Malouf, élu le 24 nov. 
1901, t 18 juill- 1941, et Léon Kilzi, élu le 10 juill. 
1944. Le diocèse compte 5 000 fidèles avec 10 prêtres. 

On ne connaît que deux titulaires latins au Moyen 
Age : Adam, vers 1132-33, et Jean, mort en 1169. Le 
24 oct. 1272, le pape Grégoire X écrit à l'archevêque de 
Nazareth et aux évêques de Bethléhem et de Panéas, 
mais le nom de ces prélats n'est pas indiqué (Raynaldi, 
Annales, ad annum 1272, n. 19). Le titre de Césarée a 
été conféré assez souvent dans l'Église romaine, mais il 
est difficile de toujours préciser à laquelle des quatre 
Césarées il se rapporte. D'après VAnn. pont, de 1916, la 
liste des titulaires de Césarée de Philippe serait la sui- 
vante : Grant, O. S. A., 27 juill. 1513. — Bon Rous- 
seau, 1658-68. — Aidan Devereux, 30 juill. 1847- 
t 11 févr. 1854, vicaire apostolique du district oriental 
du Cap de Bonne-Espérance. — Marino Shundjick, 
O. F. M., 3 oct. 1854-t avant 1861, vicaire apostolique 
de Bosnie-Herzégovine. — Mathias Eberhard, 7 avr. 
1862-20 sept. 1867, coadjuteur à Trêves. — Robert 
Mayer, 22 oct. 1869-t 1874, auxiliaire à Salzbourg. — 
.\lexis-Marie Filippi, O. F. M., 20 janv. 1876-t 22 nov. 
1888, vicaire apostolique du Hou-pé méridional. — 
Cyrille Macaire, 15 mars 1895-19 juin 1899, vicaire 
patriarcal copte, puis patriarche. — Julien Cabras, 
17 déc. 1899-t 19 oct. 1905, auxiliaire à Sassari. — 
Joseph Morticelli, 11 déc. 1905-t 16 oct. 1910. — Her- 
man Zschokke, 17 nov. 1910-t 23 oct. 1920, auxiliaire 
à Vienne. — Antoine Micozzi, 22 juill. 1921-23 déc. 
1927, sufïragant à Sabine. — Hercule Attuoni, 
15 juill. 1929-16 mars 1933, auxiliaire à Pise. — 
François Beretti, 20 déc. 1936, délégué du vicariat de 
Rome pour les hôpitaux. 

Lequien, ii, 831-32; m, 1335-38. — Wilson, Lands of the 
Bible, II, 175 sq. — • Thomson, The Land and the Book, 
228 sq. — V. Guérin, La Galilée, u, 308. — Caesaria, dans 
Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, iii-a, 1290-91. — -Smith, 
Dictionartj of Greek and Roman Geography, ii, 540. — 
G.-L. Arbanitakès, Kaiaàpeia, dans MeycScXT) éXAr|viK^| êyKu- 
KÂoiraiSEla, xiii, 497. 

R. Janin. 

7. CÉSARÉE, évêché de la province de THES- 
SALIE, dépendant de Larissa. Cette ville, signalée par 
Hiéroclès (G. Parthey, Hierodis Synecdemus et Noti- 
tiae graecae episco[jatimm, n. 642, 11, |). 9) n'a pas en- 
core été identifiée. On la connaît de plus par un pas- 
sage de Procope (De aedif., iv, 3) où il est dit que Justi- 
nien la rebâtit, et par le nom de deux de ses évêques. 
Elle ne figure sur aucune liste épiscopale, ce qui 
semble indiquer qu'elle disparut avant le milieu du 
vii« s., date de la plus ancienne liste, ou du moins 
qu'elle fut dépossédée de son évêché. 

Les deux titulaires connus sont : Théoctiste, qui se 
mit du côté des Orientaux au concile œcuménique 
d'Éphèse (431) (Mansi, v, 768A), et Timothée, qui 
figure dans une supplique envoyée au pape Boni- 
face II par Étienne, métropolite de Larissa, qui 
demandait sa réintégration sur son siège d'où il avait 
été écarté par une sentence du patriarche de Constan- 
tinople Épiphane (531). Le texte latin du document 
porte sancta Dicaesarensis civitatis, mais il y a là une 
erreur de copiste pour sanctae Dei Caesariensis civita- 
tis, formule qui se retrouve deux lignes plus bas pour 
Lamia (Mansi, viii, 746 D). 

Le titre de Césarée ne semble pas avoir été conféré 
dans l'Église romaine, bien qu'il figure sur les listes de 
la Consistoriale. 

Lequien, ii, 113-14. 

R. Janin. 

CÉSARÉE-AUGUSTE, évêché delà province 
Euphratésienne, dépendant de Hiérapolis. U est plus 
connu sous le nom de Néocésarée-Auguste. Voir 
ce mot. 



LIPPE — CÉSARIE 212 

1 . CÉSARIE (Sainte), sœur de S. Césaire et ab- 
besse du premier monastère féminin d'Arles, au vi» s. 
(4657-525?). L'insuffisance et l'incertitude des docu- 
ments que nous possédons sur la famille de S. Césaire 
ne nous permettent pas d'apprécier pleinement le rôle 
de Césarie et l'influence que son frère a pu exercer sur 
elle ou réciproquement. 

Nous savons par la Vita de S. Césaire que celui-ci est 
né sur le territoire de Chalon-sur-Saône, d'une an- 
cienne famille du pays, indigena, donc gallo-romaine et 
non burgonde, qui dans sa double ascendance (utraque 
[mss. : aeque] prosapies) s'était distinguée par ses tra- 
ditions chrétiennes : fide potius et moribus. Une lettre 
d'exhortation à une religieuse, à laquelle on a imputé 
indûment le nom d'Oratoria (P. L., lxviii, 1135-38 : 
O profundum...), nous laisse entendre que, pendant 
l'a'dolescence insouciante du futur évêque, une parente 
éloignée qui ne le connaissait que de nom : cuius in 
multa praeterea familia nomen tantum audiiu noueras, 
avait déjà cédé à l'attrait de la vie religieuse. 
L'exemple de cette parente pourrait avoir décidé de la 
vocation de Césarie, en qui rien n'autorise à voir une 
sœur cadette de Césaire. Mais dom G. Morin a rejeté 
l'authenticité de cette lettre {Florileg. patristic., 
xxxiv, 47-52). Pour nous en tenir aux renseignements 
certains fournis par Cyprien, biographe de Césaire, 
nous savons que la fondation d'un monastère féminin 
fut l'un des desseins les plus chers et les plus suivis de 
son pontificat. Il voulait doubler par des chœurs de 
religieuses, virginum choris, les rangs déjà compacts de 
son clergé et des congrégations d'hommes alors exis- 
tantes (Viïa, I, 28). Désir de protéger et de discipliner 
les vocations isolées, de constituer dans son diocèse un 
centre et un modèle éclatant de vie parfaite, d'assurer 
d'une façon meilleure la continuité des prières et de la 
lectio divina; d'associer d'aussi près que possible les 
religieuses au culte de la cathédrale tout en leur épar- 
gnant le contact du monde; espoir d'obtenir d'elles une 
docilité plus empressée que de la part des hommes et 
une fidélité plus étroite aux vœux sédentaires, tels 
furent les principaux mobiles qui ont dû inspirer 
S. Césaire; mais de tels projets seraient restés sans 
doute à l'état de souhaits, s'il n'avait pas eu pour 
l'aider à les réaliser une personne en qui il pût placer 
entièrement sa confiance, sa sœur Césarie. On peut ad- 
mettre qu'il conçut ce dessein dès le début de son 
épiscopat (502) et qu'il s'y appliqua d'une manière 
effective après le concile d'Agde (506). Les travaux 
étaient largement avancés et Césaire même y avait 
travaillé manu propria et sudore ( Vita, i, 28), quand 
survint le siège désastreux de 508. L'édifice commencé 
fut en grande partie détruit : tabulis ac cenaculis 
barbarorum ferocitate direptis pariter et eversis. Il n'est 
pas absolument certain que ce fût du fait des ennemis : 
les matériaux ont pu être utilisés pour renforcer les 
remparts. Rien en effet ne garantit la tradition qui 
veut que, avant d'être transféré dans l'enceinte de la 
ville, le monastère ait été construit dans la plaine des 
Alyscamps (cf. Malnory, S. Césaire, 93 et 259; contra, 
B. Krusch, M. G. H., SS. rer. merov.. m, 470, n. 3). 
Tout semble indiquer qu'il était construit dans les 
parages immédiats d'une église urbaine, in latere 
ecclesiae (i, 35), soit la cathédrale S. -Étienne, soit plu- 
tôt sur l'emplacement déjà réservé par l'évêque pour 
la future basilique. Après avoir paré aux plus doulou- 
reuses conséquences de la guerre, Césaire revint à son 
idée. L'édifice fut repris sur le même plan, ad instar 
prioris normae, et sans doute au même endroit. Le ter- 
rain sur lequel il s'élevait était ])ropriété ecclésias- 
tique. Le 26 août 512 (et non 513; cf. B. Krusch, 
M. G. H., SS. rer. merov., ni, 444, n. 9), Césaire put 
faire la dédicace de son monastère. Celui-ci ne com- 
prenait encore que la Mère Césarie et deux ou trois 



213 



CÉSARIE 



214 



compagnes qui, désormais, n'en devaient plus sortir, 
ce qui montre bien que le monastère ne fut pas trans- 
féré. Césaire, en en condamnant la plupart des issues 
extérieures, en avait assuré l'isolement {Régula, 73). 
« Il rappelle du monastère de Marseille sa sœur, la 
vénérable Césarie, qu'il avait envoyée là pour s'y 
instruire de ce qu'elle aurait à enseigner, pour être 
d'abord élève avant d'être maîtresse » (Vita, i, 35). Il 
s'agit de la communauté fondée par Cassien. Pour 
assurer la subsistance des moniales, Césaire, qui avait 
renoncé à son héritage personnel, dut leur constituer 
une dotation à l'aide de biens provenant du domaine 
épiscopal. 

Désormais, l'institution est née; il ne reste plus qu'à 
en consolider l'existence régulière et à en garantir la 
durée. C'est pourquoi en 513, sans doute, Césaire 
demande au pape Symmaque de protéger l'inviola- 
bilité des personnes entrées en religion et de recon- 
naître la validité des vœux des moniales; en outre,. il 
essaie de faire légaliser la cession consentie en faveur 
du monastère. Symmaque, sur ce dernier point, ne 
veut point consentir à une aliénation définitive : 
Horlalur (Mansi, vin, 212; éd. Morin, ii, Ep.). Plus 
heureux avec le pape Hormisdas, qui le félicite vive- 
ment de son initiative : Exsulto {P. L., lxxvi, 1285; 
éd. Morin, ii, 125), il obtient une homologation 
rétrospective de la vente et de la donation, et la garan- 
tie formelle que ses successeurs n'auront aucunement 
pouvoir contre ledit monastère : nullam potestalem 
successores quandoque lui habere penitus permittanlur, 
c.-à-d. apparemment qu'ils ne pourront en abolir les 
privilèges ni en changer le caractère. L'existence de 
son monastère cessait donc d'être suspendue à la fa- 
veur de l'évêque actuel, à la vie de Césaire : il en avait 
assuré la perpétuité. Mais il n'importait pas moins d'en 
préserver le caractère spirituel : ce fut l'objet de la 
Régula, ou plutôt des instructions successives qui, 
sous leur forme définitive, sont devenues la Régula 
sanctarum virginum (Floril. patristic, xxxiv). 

Césarie aurait pu se contenter de garder les usages 
de discipline et de piété dont elle s'était imprégnée à 
Marseille, mais son frère, qui s'était formé à Lérins, 
était désireux d'assimiler autant que possible les prin- 
cipes de la vie monastique féminine à ceux des congré- 
gations d'hommes, et en particulier d'en harmoniser 
les exercices : prières, psalmodies et lectures sacrées. 
Toutefois, il reconnut les difficultés qui auraient ré- 
sulté de l'application pure et simple à des moniales de ! 
sa Régula ad monachos. Aussi, tenant compte des 
besoins particuliers que l'expérience révélait, toujours 
fidèle aux traditions des Pères et faisant de larges em- 
prunts aux prudents conseils de S. Augustin {Ep., 
ccxi), il élabora, dès le début du monastère, in exordio 
instituiionis monasterii, une constitution qui fit l'objet 
de fréquentes retouches, multis tamen postea vicibus 
ibi aliquid addilimus vel minuimus, dont la première 
partie en 47 articles, pouvant sous sa forme actuelle 
dater de 522-523 environ, fut suivie d'une recapilulatio 
en 23 articles, qui est du 22 juin 534 (S. Caesarii... 
opéra omnia, éd. Morin, ii, 101-24). 

Observons d'abord qu'il ne s'agit que d'un règle- 
ment intérieur, d'un guide de discipline pratique. 
Tout ce qui relève du droit canonique : condition des 
personnes, âge de profession, validité des vœux, res- 
tant sous le coup des dispositions conciliaires ou des 
décrétales (cf. lettre de Symmaque : Horlalur, écrite 
en 513), ne fait l'objet d'aucune définition ni même 
d'aucun rappel. Les principes qui sont mis en pleine 
lumière sont les suivants : 

a) Abandon total de la propriété personnelle. La reli- 
gieuse ne peut, à aucun titre, conserver le moindre 
souci de ses intérêts séculiers. Elle doit faire renon- 
ciation expresse ou donation de tout ce qu'elle possède. 



des héritages qui peuvent lui échoir, et si elle est en- 
core trop jeune, elle doit remplir cette obligation aussi- 
tôt qu'elle atteindra l'âge de sa capacité légale (c. 5 
et 6). — b) Clôture rigoureuse. Le vœu de sédentarité 
est absolu et valable pour la vie : usque ad morlem 
suam de monasterio non egrediatur (c. 2). Cf. Vita, 
I, 35. — c) Organisation rationnelle de la vie en com- 
mun. Nulle ne peut, à son gré, choisir la tâche qu'elle 
préfère : nulle ne peut avoir de cellule privée ni d'ar- 
moire ou coffre à clé qui lui soit personnel, ni de ser- 
vante affectée à son service. Travail et prière s'ac- 
complissent d'un mouvement unanime : ensemble, 
sous la direction de la praeposita, elles exécuteront 
leur tâche de fileuses, sans bavardage ni murmures 
ni disputes; ensemble elles prieront sous la conduite 
de leur « Mère ». 

Mais sous réserve de ces conditions sévères, la règle 
écarte les fatigues inutiles, les mortifications épui- 
santes. Les moniales de santé délicate bénéficieront 
d'un régime plus doux; le vin n'est pas interdit. Enfin 
si rigoureuse que soit la règle qui les fixe à jamais dans 
l'enceinte du monastère, les religieuses gardent un 
certain contact avec leurs familles : elles peuvent, sous 
contrôle et permission de leur supérieure, en accepter 
de menus envois comme, inversement, elles peuvent 
venir en aide à leurs parents dans la gêne; elles 
reçoivent la visite d'une sœur ou d'une mère; celle-ci 
peut même être invitée, si elle vient d'une autre ville, à 
dîner avec les sœurs. Mais on rappelle que ces der- 
nières ont autre chose à faire que de préparer des 
festins : jamais on ne devra inviter ni évêques, ni 
abbés, ni personnes du monde. Le monastère n'est pas 
un hôtel (c. 29); ce n'est pas davantage un orphelinat 
ni une maison d'éducation (c. 7) ; seules seront admises 
les fillettes, futures moniales, qui seront en âge <• d'ap- 
prendre les lettres et de se conformer à l'obéissance », 
à partir de six ou sept ans. 

La règle prévoit, comme il est naturel pour une com- 
munauté déjà considérable, une certaine spécialisation 
du personnel : si l'office de cuisinière et les divers ser- 
vices ménagers sont remplis à tour de rôle par les 
sœurs (c. 14), il y a des posticiariae, afïectées au ser- 
vice des portes et aux relations avec le dehors, une 
regestoraria, qui a la garde des clés, une cellararia qui 
veille aux approvisionnements, et surtout, pour dé- 
charger la INlère des soucis administratifs et discipli- 
naires, la praeposita qui, entre autres tâches, a celle 
de répartir à chacune le travail de la laine. La forma- 
ria et la primiceria s'occupent de l'éducation des 
novices et probablement des travaux de copie ou 
d'édition. Le provisor, prêtre désigné par l'évêque, 
s'acquitte surtout des fonctions du culte. La direc- 
tion spirituelle aussi bien que l'administration géné- 
rale du monastère relèvent de la Mère : c'est elle qui 
est maîtresse après Dieu : Matri posl Deum omnes 
oboediunt (c. 18). L'article 27 nous donne une idée de 
ses nombreux devoirs : s'inquiéter du bien des âmes, 
penser continuellement à la subsistance du monastère, 
recevoir les visiteurs, répondre aux lettres des fidèles. 
Lorsqu'un visiteur se présente, elle le reçoit avec 
l'apparat convenable, entourée de deux ou trois sœurs 
(c. 38). S'il s'agit d'un évêque ou de quelque person- 
nage éminent par sa piété, il pourra, sur sa demande, 
être introduit dans l'oratoire. Telle fut, pendant au 
moins une douzaine d'années, la charge remplie par 
Césarie, dont l'existence se passa comme celle de ses 
sœurs inler psalmos atque ieiunia vigilias quoque et 
lectiones, donnant l'impulsion spirituelle à une com- 
munauté de plus en plus prospère. Elle mourut peu de 
temps après la dédicace de la basilique Ste-Marie, qui 
fut célébrée en 524. L'évêque avait fait préparer dans 
le pavage de l'édifice des sarcophages : monobiles 
arctias... de saxis ingentibus, destinés aux religieuses 



215 



CÉSARIE GESARINI 



216 



(Vita, I, 57). Césarie fut inhumée près de l'endroit 
réservé à la sépulture de son frère. Le martyrologe 
romain fait mention d'elle à la date du 12 janv. Le 
poète Venance Fortunat a associé son nom à celui de 
Ste Agnès et des vierges saintes de l'Église dans un 
poème adressé à Ste Radegonde et à ses compagnes 
(VIII, III, V. 39-40) : 

Has inter comités coniuncta Casaria fulget 
Temporibus nostris Arelatense decus. 

On notera la forme exceptionnelle Casaria due à des 
raisons métriques (M. G. H., Aud. antiq.,iy, 182). 

Deux documents seulement nous donnent des informa- 
tions sur l'histoire de Césarie : Vila sancti Caesarii, éd. 
Krusch, M. G. H., SS. rer. merov., m, 457-501, ch. i, 28, 
35, 58 et II, 26, et Régula sanctarum virginum, éd. G. Mo- 
rin, Florileg. patristic, xxxiv, Bonn, 1933; S. Caesarii ep. 
Arelai. opéra omnia, ii, Maredsous, 1942, p. 296-345. — Les 
deux lettres de Césaire à l'abbesse Césarie : Coegisti me, i 
tamula Dei... et Vereor, venerabiles... (ibid., ii, 101-24, 129- 
44) ne renferment aucun renseignement personnel. 

G. DE PHNVAL. 

2. CÉSARIE LA JEUNE, abbesse. Aucune 
indication ne nous a été laissée sur l'origine de la 
seconde abbesse du monastère arlésien de S. -Jean, 
mais il est assez vraisemblable de voir en elle une pa- 
rente proche, peut-être une nièce de l'évêque Césaire 
et de Ste Césarie. Formée par les soins de la première 
abbesse, elle prit à la mort de celle-ci, probablement 
en 52.5, la direction du monastère alors en plein essor 
et comprenant plus de deux cents moniales. 

A mesure qu'il sent approcher le terme de sa vie, 
Césaire témoigne au monastère qu'il a fondé une affec- 
tion plus vigilante. Il reprend le texte de la Régula, 
rédigeant de sa propre main une recapitulatio en 
26 articles qu'il fait contresigner par sept de ses 
confrères (534). Il entre dans des détails encore plus 
précis en ce qui concerne l'organisation intérieure et 
l'ordre ou le calendrier des exercices religieux et des 
jeûnes. Il fixe les conditions d'élection de l'abbesse et 
veut que l'on choisisse celle qui, par son zèle à sau- 
vegarder la règle et par ses réponses pieuses, humbles 
et charitables, pourra donner du monastère l'impres- 
sion la plus édifiante. Mais il est dominé par l'idée d'as- 
surer par-dessus tout l'intégrité de la règle qu'il a 
établie : « Si même, ce que je ne crois pas et que Dieu 
dans sa miséricorde ne permettra pas, si en quelque 
temps que ce soit une abbesse tentait de modifier ou de 
relâcher quelque chose de cette règle établie, si par 
sentiment de famille ou pour quelque motif elle vou- 
lait se placer sous la dépendance ou l'influence privée 
de l'évêque de la ville, avec l'inspiration divine et sur 
notre permission, opposez-lui une résistance respec- 
tueuse et forte et ne laissez pas cela s'accomplir sous 
aucun prétexte, mais selon la lettre sacrée du très 
saint pape de Rome (la bulle d'Hormisdas), appliquez- 
vous à vous défendre. En particulier pour ce qui 
touche à la recapitulatio ci-dessous que j'ai écrite et 
signée de ma main, je vous conjure de n'en retrancher 
absolument rien. Que toute abbesse ou toute prévôté 
qui tentera d'agir à rencontre de la sainte règle sache 
qu'elle aura à m'en rendre compte devant le tribunal 
du Christ » (c. 64). 

Cette adjuration fit encore l'objet de l'émouvante et 
suprême instruction qu'il donna aux moniales à la 
veille de sa mort (Vita, ii, 34). C'est dans le même but 
d'assurer l'inviolabilité légale et la sécurité matérielle 
de sa fondation que, non content des garanties accor- 
dées par la bulle d'Hormisdas, il adressa dans son Tes- 
tament une pressante recommandation à l'évêque 
successeur, le suppliant de reconnaître les donations 
assez considérables qu'il avait effectuées, abandon de 
terres ou de vignes en Camargue, au Trébon, en 
Crau, qui avaient appartenu à l'Église d'Arles, spéci- 



fiant que le monastère resterait placé sous l'autorité 
de l'évêque, que les biens aliénés reviendraient à 
l'Église en cas de dissolution de la communauté, mais 
faisant particulièrement appel à sa bienveillance pour 
que l'évêque laissât en fait aux moniales la plus large 
autonomie et même leur accordât le choix du prêtre 
desservant, provisor. Dans d'autres lettres, aujourd'hui 
perdues, il cherchait à s'entourer des mêmes garanties 
du côté des autorités civiles {Vita, ii, 41). Le monastère 
de S. -Jean avait été en effet pour Césaire la plus pré- 
cieuse de ses créations : il avait associé les moniales à 
son œuvre spirituelle, il les avait établies près de sa 
cathédrale; elles concouraient au rayonnement de son 
apostolat, à la diffusion de ses écrits : entre elles et lui, 
c'était un perpétuel et surnaturel échange de pensées 
et de prières. Il voulait qu'après lui cette communion 
d'âme et cette sainte affection continuassent à jamais 
d'exister (Reg., c. 72). Il lui semblait qu'il ne pouvait 
prendre trop de précautions pour qu'elles pussent 
garder la même résidence, le même esprit, la même 
règle. 

En ce qui concerne personnellement Césarie, 
l'évêque lui léguait le grand manteau de chanvre 
qu'elle lui avait tissé naguère. Nous savons que l'ab- 
besse joignait à ses mérites pieux de grandes qualités 
intellectuelles. Elle inspira à l'évêque de Toulon, Cy- 
prien, et aux autres collaborateurs intimes de S. Cé- 
saire, le diacre Étienne et le prêtre Messien, l'idée de 
rédiger la biographie du grand évêque d'Arles. Maî- 
I tresse experte, elle a développé dans son monastère 
l'activité de ce centre d'édition d'où se sont répan- 
dus, non seulement dans les humbles paroisses de 
Provence, mais encore dans tous les diocèses de Gaule 
et même plus loin, d'innombrables copies des Sermons 
de Césaire et de S. Augustin, le texte des Livres saints, 
et sans doute aussi, des missels, des lectionnaires 
(Vita, i, 58). 

Ce fut aussi une femme d'autorité qui dut veiller 
avec tout son zèle au maintien de la règle et à la 
défense de ses droits. S. Césaire avait réservé la basi- 
lique de Ste-Marie pour la sépulture des religieuses. Il 
arriva un jour que le sacrarium dans lequel certains 
prêtres avaient été ensevelis fut annexé à la basilique. 
L'abbesse intervint pour que désormais le privilège de 
la sépulture dans ce nouvel emplacement fût laissé 
aux moniales seules; elle exigeait que même dans la 
tombe sa communauté ne formât qu'un indivisible 
troupeau (texte cité par D. G. Morin, Floril. patristic, 
xxxiv, 32 et Rev. bénéd., xliv, 1932, p. 19-20). 

Le poète Fortunat a justement associé son souvenir 
à celui de « Césarie la Grande » : 

Sic hic Caesaria et praecelsa Casaria surgat. 

(M. G. H., Auct. antiq., iv, app. xni, p. 283.) 

Vita sancti Caesarii, éd. Krusch, M. G. H., SS. rer. 
merou., lu, 457-501 ; Régula sanctarum uirginum, éd. Morin, 
Flor. patrisl., xxxiv, Bonn, 1933, et Testament de S. Césaire 
(éd. Morin, ii, Maredsous, 1942, p. 281-89). — Une lettre 
de Césarie (Caesaria exigua) aux saintes dames PlichUde 
et Radegonde, insérée dans M. G. H., Epist. merov., l, 
450-52, est dénuée d'authenticité. Cf. R. Aigrain, dans 
Bull. hist. et philol. du Comité des trav. historiques, 1926- 
1927, p. 119-27. — Malnory, S. Césaire, évêque d'Arles, Paris, 
1894, p. 276, n. 1. 

G. DE Plinval. 
CÉSARIENNE (Sainte), dont parle le martyro- 
loge hiéronymieii au 21 juill. : Caesarianae, Cesiariae, 
Taesianae, et dont on a fait une compagne d'Adrien, 
est le nom de la ville de Césarée où le saint subit le 
martyre. 

A. S., juin., V, 163. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 389. 

R. Van Doren. 
1. CESARINI (Alessandro), f 1542. Fils de 
Pierpaolo et neveu du cardinal Julien Cesarini junior, 



217 



CESA 



RINI 



218 



Alexandre entra de bonne heure au service de l'Église. 
Parmi les charges qu'il occupa, Katterbach (p. 75, 
n. 22) mentionne celles de référendaire, clerc romain, 
abréviateur, secrétaire (6 sept. 1512). Il était proto- 
notaire apostolique et ami intime du cardinal Jean 
de Médicis, lorsque celui-ci devint le pape Léon X. Il 
figura, à la première promotion cardinalice de Léon X, 
comme cardinal-diacre des SS.-Serge-et-Bacchus 
(6 juiU. 1517; Eubel, m, 18), titre qui avait été occupé 
de 1493 à 1503 par son oncle. Le 14 déc. 1523, il 
échangea ce titre contre celui de S. -Maria in via Lata; 
le 31 mai 1540, il fut évêque d'Albano et, le 14 nov. 
1541, évêque de Palestrina. 

En outre, il se vit confier l'administration de plu- 
sieurs diocèses : le 6 juin 1519, ceux de Gerace et d'Op- 
pido qu'il résigna sans délai (Eubel, m, 225); le 
27 déc. 1520, celui de Pampelune (ibid., 285), où il fit 
publier en 1531 les décrets et statuts synodaux et qu'il 
résigna en 1538; le 9 avr. 1526, celui d'Otrante qu'il 
céda, le 22 mars 1536, à Pierre de Capoue, jeune clerc 
napolitain de 23 ans, plein d'avenir (Eubel, m, 228); 
le 20 juin. 1526, celui d'Alessano qu'il résigna en 1531 
(ibid., 115); celui de Cuenca, où il fut nommé le 
24 mai 1538 sur présentation de l'empereur, et qu'il 
garda jusqu'à sa mort (ibid., 190). D'après Chacon, il 
aurait aussi administré l'évêché de Brescia, mais il n'y 
est signalé ni par Ughelli ni par Eubel. 

Alexandre Cesarini fut cardinal sous Léon X, 
Adrien VI, Clément VII et Paul III. Avec ses 7 000 du- 
cats de revenus (en 1523, cf. Sanuto, xxxv, 61), il 
comptait parmi les fortunes moyennes du Sacré 
Collège. Il fit partie de trois conclaves : 1521-22, 
1523 et 1534. Est-il possible de déterminer sa posi- 
tion dans le jeu diplomatique qui s'y manifesta? 'Tout 
son curriculum viiae prouve que ses sympathies impé- 
riales dépassaient la moyenne et qu'il était persona 
grala auprès de l'empereur. Toutefois, les témoignages 
de l'époque à son endroit sont assez réservés. En 1521, 
Manuel, l'envoyé de Charles-Quint à Rome, le décrit 
comme tenant une position médiane, mais manquant 
d'indépendance. (Cf. G. A. Bergenroth, Calendar of 
Leliers, Despalches and State Papers relating to the 
négociations belween England and Spain preserved in 
the archives at Simancas and elsewhere, ii, n. 370, 
Londres, 1866.) Le même son de cloche se retrouve, 
treize ans plus tard, dans les rapports du cardinal 
Hercule de Gonzague au duc de Mantoue (10 oct. 
et 6 nov. 1534, publ. par Pastor, v, 812-15). Dans 
les Diarii de Marino Sanuto, il est signalé, tantôt 
comme un partisan, tantôt comme un adversaire 
des Médicis (voir par ex. xxxii, 263, 385). Par 
contre, l'envoyé siennois, L. Sigardi, le dépeint 
comme un adhérent déclaré du parti impérial (réfé- 
rences dans Pastor, v, 7). Au cours du huitième scrutin 
du conclave suivant la mort de Léon X, le 6 janv. 1522, 
une manœuvre de Cesarini, qui ne fut peut-être qu'une 
plaisanterie, faillit aboutir à l'élection d'un pape; 
mais le stratagème auquel il avait eu recours ne fut 
pas admis par les Pères et la manœuvre n'eut pas de 
suite. (Voir Petrucelli délia Gattina, i, 520-21 et 
C. Burmann, Hadrianus VI, Utrecht, 1727, p. 148.) 

Au conclave de 1523, Cesarini fut choisi par le cardi- 
nal Médicis comme négociateur avec le parti adverse. 
Il refusa de constituer un tiers parti avec les autres 
cardinaux romains. Par contre en 1534, dès le début du 
conclave, il forma, avec trois cardinaux de ses amis, un 
bloc des quatre, aussi solide qu'indépendant vis-à-vis 
des deux factions divisant le Sacré Collège. 

Les principaux événements de sa vie publique sont à 
mettre en rapport avec les relations hispano-romaines. 
Après l'élection pontificale d'Adrien d'Utrecht, l'envoi 
en Espagne d'un cardinal-prêtre et d'un cardinal- 
diacre fut mis aux voix par le Sacré Collège. Cesarini, 



ayant obtenu 21 fèves blanches contre 15 noires, fut 
élu, ainsi que le cardinal Colonna (récit de l'élection 
par le secrétaire Blosius, dans Sanuto, Diarii, 
xxxii, 387-89). Cette ambassade avait pour mission 
d'obtenir du nouveau pontife la promesse de hâter son 
voyage à Rome, de lutter avec vigueur contre l'hérésie 
protestante, de ne pas déplacer de Rome le siège pon- 
tifical et de poursuivre la préparation d'un concile. 
(Cf. texte de l'instruction du 19 janv. 1522 aux trois 
délégués du Sacré Collège (le cardinal Orsini y fut ad- 
joint), dans Gachard, Correspondance de Charles-Quint 
et d'Adrien VI, Commission royale d'histoire, vi, 10 sq., 
Bruxelles, 1859; Ch. Weiss, Papiers d'État du card. de 
Granvelle, d'après les mss. de la bibliothèque de Besan- 
çon, I, Paris, 1841, p. 241 sq.; voir corrections dans 
Pastor, iv^, p. 22, n. 2.) Faute d'argent pour payer le 
voyage, l'ambassade retarda son départ pendant plus 
d'un trimestre. Cesarini semble être parti seul, fin 
avr. ou début mai; il rejoignit le pape à Saragosse. Du- 
rant le voyage de retour en Italie, Cesarini fit voile sur 
le même navire que le pape avec l'envoyé espagnol 
Mendoza et 2 000 hommes d'armes. L'escorte pontifi- 
cale arriva à Civitavecchia le 26 août, à Rome le 29 ; le 
couronnement du pape eut lieu le 31. (Récit du 
voyage dans Pastor, iv^ p. 43 et Burmann, op. cit., 
171-76. Description de l'arrivée et des solennités dans 
Sanuto, Diarii, xxxiii, 427-29.) 

En 1527, lors de l'entrée à Rome des troupes impé- 
riales du connétable de Bourbon, comptant sur sa ré- 
putation de sympathisant du parti, Cesarini resta dans 
son palais du rione San Eustachio. Beaucoup de Ro- 
mains y étaient venus cherclier asile. Les chefs espa- 
gnols avaient pris le palais sous leur protection contre 
une rançon qui, après plusieurs marchandages, fut 
fixée à 45 000 ducats; il resta épargné durant huit 
jours. Survinrent alors les lansquenets en mal de 
pillage. Suivant une version, Cesarini aurait fait 
mettre son palais en état de défense en même temps 
que le palais contigu du cardinal Délia Valle. Les assié- 
gés se seraient défendus et le bruit courut jusqu'à 
Venise que Cesarini était mort les armes à la main. 
D'autres racontèrent que, apprenant les excès et les 
voies de fait commis au palais Piccolomini, le cardinal 
Cesarini ne s'estima plus en sûreté et alla chercher 
refuge au palais Colonna. (Détails dans Sanuto, Diarii, 
XLV, passim, résumé dans Pecchiai, 436-37.) 

Par deux fois, Cesarini accompagna Clément VII du- 
rant un voyage à Bologne. Départ du premier voyage : 
7 oct. 1529; itinéraire dans Pastor, Iv^ p. 375, n. 4; 
entrée solennelle à Bologne : 24 oct. Séjour en cette ville 
jusqu'au début d'avr. (?). Au cours de ce séjour eut 
lieu l'entrée solennelle de Charles-Quint (4 nov.) et son 
double couronnement (22 et 24 févr. 1530); Cesarini 
fut diacre assistant à la cérémonie du couronnement 
impérial. Détails variés dans C/onaca..., éd. Giordani, 
passim; Raynaldi, 1529, n. 78; Sanuto, lu, 142-45, 
180-99, 259-73, 612-70. 

Le second voyage, entrepris lui aussi pour rencontrer 
l'empereur à Bologne, se place du 18 nov. au 8 déc. 

1532. (Cf. Sanuto, lvii, 737.) Dès le lendemain de son 
arrivée à Bologne, le 9 déc. 1532, un consistoire décida 
d'envoyer Grimani et Cesarini à la rencontre de l'em- 
pereur. Cesarini séjourna à Bologne jusqu'au 5 mars 

1533. Il fut question de lui pour une légation en 
Espagne, mais il s'excusa. Au départ de Bologne, il 
accompagna l'empereur avec deux cardinaux jusqu'à 
Pavie (10 mars). 

Durant le pontificat de Clément VII, Cesarini fut 
encore chargé, pendant cinq ans, de la protection de la 
ville de Jesi. Le 15 janv. 1532, il fut chargé d'un con- 
flit opposant les sièges de Munster et de Cologne 
(Eubel, ni, 5, n. 9). A la mort de Clément VII, on lui 
confia le règlement d'un grave désaccord, qui avait 



219 



CESA 



RINI 



220 



soulevé le peuple contre les Strozzi, au sujet de stocks 
de grains détenus par ces derniers (Orano, 384). 

Dès les débuts de son pontificat, Paul III eut recours 
aux services de Cesarini pour ses travaux de réforme et 
de préparation conciliaire. Le 20 nov. 1534, trois car- 
dinaux, Campeggio, Grimani et Cesarini sont nommés 
qui ecclesiae status officiâtes ad syndicatus tenerent 
{Acta consist., dans Ehses, Conc. Trid., iv, 451). 
Lorsque, le 8 avr. 1536, un consistoire extraordinaire 
des cardinaux, réuni en présence de l'empereur, décida 
la convocation d'un concile, Cesarini fit partie de la 
commission de dix membres chargée de préparer la 
bulle du 2 juin, portant indiction du concile à Mantoue 
pour le 23 mai 1537 (lettre de Giovanni Agnello au duc 
de Mantoue, 8 avr. 1536, dans Pastor, v, 829; texte de 
la bulle dans Raynaldi, ann. 1536, n. 35; Mansi, 
SuppL, V, 551 ; Conc. Trid., iv, 2-6). Les difficultés op- 
posées par le duc de Mantoue contraignirent à renoncer 
à cette ville comme lieu de réunion; ensuite la reprise 
des hostilités entre Charles-Quint et François I'"' 
firent différer la date de convocation. Cesarini donna ' 
lecture (15 oct. 1537) de la bulle de prorogation. Le 
7 janv. 1538, une nouvelle commission de 9 cardinaux, 
parmi lesquels Cesarini, eut mission de préparer une 
réunion du concile à Vicence, en 1538 puis en 1539; 
réunion qui, en réalité, n'eut jamais lieu. (Conc. 
Trid., IV, 142 sq.) 

Le 28 oct. 1538, la commission de réforme créée par 
Paul III en oct. 1536 fut portée de 4 à 8 membres. 
Cesarini figure parmi les membres adjoints. D'après 
une lettre de N. Sernini au cardinal de Gonzague 
(dans Pastor, v, 132, n. 3), il y aurait pris une position 
moins radicale, plus louvoyante, que Contarini. Le 
27 août 1540, cette même commission fut portée à 
12 membres avec une division plus poussée du travail. 
Cesarini avec quelques autres fut deputatus pro rota 
(Eubel, m, p. 16, n. 5; Ehses, dans Conc. Trid., iv, i 
454). Mais les détails manquent concernant l'activité j 
qu'il déploya dans cette sous-commission. Le 10 févr. 

1540, il avait été désigné avec trois autres pour trouver 
des fonds destinés à soutenir la défense de l'Europe 
contre les Turcs (Eubel, ibid., n. 6). Fin 1540 et début 

1541, la commission dont il faisait partie fut chargée 
de discuter avec les évêques la mise au point des 
articles contenus dans un projet de bulle Superni dis- 
positione, visant à faciliter aux évêques la résidence 
effective dans leurs diocèses. La rédaction en fut 
achevée au début de 1542, mais elle ne fut jamais pu- 
bliée (Ehses, Kirchliche Reformarbeiten, 397-400). 

A deux reprises Cesarini fut chargé par Paul III 
d'interrompre ses activités réformatrices pour accep- 
ter une mission de confiance de nature politique, pour 
laquelle ses anciennes relations avec l'empereur le 
désignaient plus spécialement. 

Le 29 nov. 1535, il fut envoyé à Naples avec le car- 
dinal Piccolomini pour y rencontrer Charles-Quint 
revenu victorieux de Tunis et se disposant à traverser 
l'Italie. Ils partirent le 5 déc. et arrivèrent à Naples 
le 12. (L. Dorez, La cour du pape Paul III d'après les 
registres de la trésorerie secrète, i, p. 253, note 6; 
G. Rosso, Historié délie cose di Napoli sotto l'imperio di 
Carlo Quinto, 1526-1537, Naples, 1635, p. 123. Les 
Nunziaturberichte aux Deulschland, i, 1, p. 68, note 2, 
donnent le 7 déc.) Ils étaient chargés d'une mission 
délicate : éviter que le rebondissement de l'affaire mi- 
lanaise, consécutive au décès du duc François Sforza, 
n'entraîne une reprise de la guerre franco-impériale. 
La solution transactionnelle qu'ils présentèrent à 
l'empereur, peu après leur arrivée à Naples (22 déc. 
1535), ne fut pas acceptée par ce dernier (rapport des 
deux cardinaux, 23 déc. 1 535, Conc. Trid. , iv, p. cxxvii). 

A l'occasion de la Conférence de Nice (1538), les 
deux souverains rivaux refusant toute entrevue en 



tête-à-tête, Cesarini fut désigné, avec ses collègues 
Ghinucci et Cupis, comme « légat volant », chargé de 
faire la navette entre les deux souverains et le pape. 

Alexandre Cesarini mourut à Rome, le 13 févr. 1542 
(le 14 d'après Pastor, v, 142); il fut enseveli dans le 
caveau de sa famille en l'église de l'Ara Coeli. Homme 
très cultivé, au témoignage d'.\lde Manuce, il avait 
brillé comme mécène des sciences et des arts au firma- 
ment de la Renaissance du Cinquecento. Le récit des 
fêtes nuptiales qui eurent lieu dans son palais en 
janv. 1526 à l'occasion du mariage de sa cousine 
(Pecchiai, 326-27) confirme pleinement ce jugement. 
Le tableau généalogique de Litta lui donne un fils 
naturel, Ascanio, qui fut évêque d'Oppido en Calabre, 
de 1538 à 1542. 

Ne pas le confondre avec son homonyme Alessandro 
Cesarini, né à Rome en 1590, nommé cardinal-diacre 
de Sta Maria in Domnica (30 août 1627), puis de 
.Sta Maria in via Lata, évêque de Viterbe de 1636 à 
1638, mort en 1644 (Moroni, xi, 123-24; Katterbach, 
' 241, 268, 287). 

L. Cardauns, Paul III., Karl V. und Franz I. in den 
J. 1535 und 1536, dans Quellen und Forscliungen des kgl. 
preuss. tiist. Instituts in Rom, xi, 1908, p. 147 sq. — L. Car- 
della, Memorie storiclie de' cardinali delta S. Romana 
Cliiesa, iv, Rome, 1793, p. 57-58. — A. Ciacconius-Oldoi- 
nus, Vita et res gestae pontiflcum Romanorum et S. R. E. 
cardinalium, m, Rome, 1677, p. 404 sq. — Coneilium Triden- 
tinum, IV : Actorum pars P, par S. Ehses, Frlbourg, 1904, 
p. 592. — Cronaca délia venuta e dimora in Bologna di Clé- 
mente VII per la coronazione di Carlo V celebrata l'anno 
1530, publ. par G. Giordani, Bologne, 1842, p. xvii et 
passim. — S. Ehses, Franz I. von Frankreicli und die Kon- 
zilsfrage in den J. 1536-1539, dans Romiscfie Quartalsclu-ift, 
XII, 1898, p. 306 sq.; Id., Kirchlictie Reformarbeiten unter 
Paul III. vor dem Trienter Konzil, ibid., xv, 1901, p. 153- 
74, 395-409. — Eubel, m, p. 18. — W. Friedensburg, 
Kaiser Karl V. und Papst Paul III. {Scliriften des Vereins 
I ftir Reformationsgescliicfite, 153), Leipzig, 1932. — 
î A. Korte, Die Konzilspolitilt Karls V. in den J. 153S-43 
(même coll., 85), Halle, 1905. — B. Katterbach, Referen- 
darii utriusque Signaturae (Studi e testi, 55), 75, n. 22. — 
Litta, Famiglie celebri d'Italia, tabl. Cesarini. — Moroni, 
XI, 123. — Nunziaturbericlite aus Deutscfiland, section i, 
vol. i, 595; vol. ii, 218; vol. m, 302; vol. iv, 161; vol. v, 
274 (Gotha, 1892-Berlin, 1909). — D. Orano, Il Diario di 
Marcello Alberini ( 1521-1536 ), dans Arch. délia Soc. rom. 
di storia patria, xvin, 1895, p. 319-98, 401. — Pastor, iv, 
781 ; V, 875. — P. Pecchiai, Roma net Cinquecento (Storia 
di Roma, xiii), Bologne, 1948, p. 560. — A. PendagUa, 
Paolo III pontefice, Carlo V imperatore e Francesco I re di 
Francia in Nizza per trattare la pace net 1538. Lettera nar- 
rativa pubbl. dal can. Giuseppe Anionelli, Ferrare, 1870. — 
F. Petrucelli délia Gattina, Histoire diplomatique des 
conclaves, i, 512-77; ii, 1-8 (Paris, 1864). 

Roger MoLS. 
2. CESARINI (Julien) senior (13987-1444), 
cardinal de S. -Ange, de Ste-Sabine et de Tusculum, 
légat en Allemagne pour la question hussite, président 
du concile de Bâle, membre actif de celui de Ferrare- 
Florence, légat dans les pays danubiens, disparu à la 
bataille de Varna (10 nov. 1444). 

I. Avant le cardinalat. — Né en 1398 (?; 
l'Ann. pont., 1932, p. 130 et plusieurs auteurs récents 
donnent 1389), de parents peu fortunés, Andreuzzo 
Cesarini et Paolotia di Lorenzo Rustici, C. fut destiné 
très jeune aux études, d'abord à Rome sa patrie, puis 
à l'université de Pérouse où il commença son droit. 
Étudiant très soigneux et avare de son temps, il 
savait suppléer par son zèle et son ingéniosité au 
peu d'argent dont il disposait : il étudiait dans 
des livres d'emprunt et économisait les bouts de 
chandelle qu'il récoltait aux tables des banquets. Il 
gagnait son gîte et son couvert en travaillant comme 
précepteur chez un bourgeois de la ville, nommé 
Buontempi, et se lia d'amitié avec toute la famille. Il 
poursuivit ses études à Bologne et à Padoue, où il 



221 



CESARINI 



222 



conquit son grade de docteur in utroque jure (G. Zacca- 
gnini, Storia dello Studio di Bologna durante il Rinas- 
cimento, Genève, 1930, p. 80; N. C. Papadopolus, 
Historia gymnasii Patavini, i, Venise, 1726, p. 214). 
Jeune lauréat, il y débuta aussitôt dans l'enseignement 
du droit canon. Il compta parmi ses élèves Dominique 
Capranica, qui devait devenir son collègue de promo- 
tion cardinalice, et Nicolas de Cues, dont il avait 
d'abord été le condisciple et qui lui dédiera, le 12 févr. 
1440, comme à son « maître vénéré », une de ses 
oeuvres principales, De docta ignorantia (dans Opéra, 
éd. de Bâle, 1565, p. 1 ; cf. Vansteenberghe, 266). Son 
enseignement dura deux ans. Fechner (p. 40) en place 
le début en 1421. Catalanus (p. 5, note) parle des 
années 1415 et 1416, chose inacceptable si l'on s'en 
tient à la date admise pour sa naissance. Voir détails 
sur sa jeunesse dans les deux esquisses biographiques 
de Vespasiano Bisticci et de Pogge. 

Quoi qu'il en soit, le cardinal Branda de Castiglione, 
partant pour sa deuxième légation en Allemagne 
(1422-1425), l'emmena à sa suite. Il fut certainement 
présent à Mayence au printemps 1423, quand Branda 
y publia sa constitution de réforme. Il accompagna 
aussi le cardinal dans ses déplacements en Europe 
centrale, en vue de résoudre la question hussite. 

A peine rentré à Rome, il dut repartir pour une nou- 
velle mission en France, auprès du duc de Bedford, en 
vue d'obtenir un règlement favorable de la question 
des collations de bénéfices. Il parvint à modifier le 
sentiment du régent et à lui faire admettre la supé- 
riorité du système imposé par la Constitution ponti- 
ficale du 13 avr. 1425, laquelle fut déclarée exécutoire 
par ordonnance royale du 26 nov. (Recueil des ordon- 
nances, XIII, 107). (Cf. N. Valois, Hist. de la Pragma- 
tique Sanction de Bourges sous Charles VII, Paris, 
1906, p. XXV, XXVI, xxx; Fechner, p. 14, 15, 19, 25, 
56, 60 sq., 105; Wilkins, Conc. Magn. Britanniae, 
III, 479 sq.) 

J. Cesarini remplit aussi plusieurs fonctions à la 
Curie. On ignore à partir de quelle date. B. Katter- 
bach (Referendarii utriusque Signaturae a Martino V 
ad Clementem IX..., p. 13, dans Studi e Testi, 55) le 
signale comme référendaire de la Signature et proto- 
notaire apostolique. 

Il fut nommé auditeur de la Rote le 1" août 1424 et 
assermenté le 24 nov. (Baix, 257; W. v. Hofmann, 
II, 91 ; E. Cerchiari, Capellani papae et apostolicae Sedis 
auditores causarum Sacri Palatii apostolici seu Sacra 
Romana Rota ab origine ad diem usque 20 sept. 1870, 
II, 44-45). 

Au retour de son ambassade anglaise, il fut nommé 
cardinal-diacre, dans la promotion du 24 mai 1426, 
mais reservatus in pector'e (texte du décret consistorial 
dans Catalanus, 167 sq., cf. Eubel, i, 34, 49). Sa nomi- 
nation comme cardinal-diacre de S. -Ange fut publiée 
le 8 nov. 1430 {Ann. pont, 1932, p. 130). 

Durant les années 1426 à 1430, il séjourna principa- 
lement à Rome. Pour seconder Martin V dans l'éla- 
boration de ses projets de réforme, il compléta, en se 
référant aux expériences faites au cours de ses léga- 
tions, un projet plus ancien organisant la réforme de 
la Curie (Concilium Basiliense..., i, 109, 163 sq.; 
VIII, 18). 

Depuis le 11 août 1428 (Baix, n. 686-87, p. 257; 
Leodium, ix, 1910, p. 131), il possédait un canonicat et 
une prébende à Liège ainsi que l'archidiaconé de 
Famenne. Il fut aussi archidiacre de Condroz (Leo- 
dium, ibid.). Le 13 mars 1431, Eugène IV lui commuta 
ces prébendes contre l'archidiaconé de Hesbaye et 
d'autres à Liège, d'un revenu deux fois supérieur 
(225 marks) et en le dispensant de devoir y résider 
(Repertorium Germanicum,... Eugens IV., n. 149, 
284, 471, 702, 2111-15). 



II. Au CONCILE DE Bale. — L'attitude de C. au 
concile de Bâle a été fort discutée. Comme il fut une 
des figures maîtresses de l'Église de son temps, beau- 
coup d'auteurs anciens ont essayé de l'édulcorer ou de 
glisser sur ce chapitre de sa vie. Raison de plus pour 
l'examiner en détail, à l'aide des trois principales séries 
de documents publiés : les Monumenta conciliorum 
generalium saeculi xvi, le Concilium Basiliense... et les 
Deutsche Reichslagsakten (sigles : M. C, C. B.,D. RA.). 

1° La campagne hussite de 1431. — Martin V l'ayant 
désigné (1" janv. 1431) comme légat en Bohême et 
pays voisins (Theiner, op. infra cit., Hung., ii, 206) et 
lui ayant confié ses pouvoirs le 11 du même mois, 
C. se mit en route le 23 ou le 24 (M. C, i, 67; ii, 13). 
Son passage est signalé à Florence le 31 janv. (Arch. 
stor. ital., 1894-2, p. 282), à Bologne le 7 févr. {Cronica 
di Bologna, dans Muratori, anc. éd., xviii, 631). 

Il était à peine parti qu'une nouvelle série de bulles 
à son adresse, en date du \" févr., lui octroyaient les 
pouvoirs de légat chargé de présider au nom du pape 
le concile de Bâle, dont l'ouverture théorique avait été 
fixée au 8 mars ; il pouvait prendre toutes dispositions 
utiles pour garantir la sécurité du concile et, s'il y avait 
lieu, le retarder, le déplacer ou le dissoudre {M. C, 
i, 67; II, 12, 53; Mansi, xxix, 8, 11, 53). Durant la 
quinzaine suivante, Martin V le chargea encore de 
prendre, dans le cadre de sa première légation, 
diverses mesures rendues nécessaires par l'avance des 
Turcs vers la plaine danubienne (Repertorium Germa- 
nicum..., Eugens IV., n. 2-3; Theiner, op. cit., Hung., 
II, 210). Quatre jours après son dernier acte, Martin V 
mourait frappé d'apoplexie (20 févr. 1431). 

Parti pour sa première légation, C, accompagné de 
Jean de Raguse, son théologien, arriva à Nuremberg le 
4 mars (Chron. der deutschen Stàdle, i, 380; Z). RA., ix, 
608). Devant la diète réunie en cette ville il exposa, le 
11 mars, ses projets de croisade antihussite pour l'été 
suivant. Sur ces entrefaites, l'évêque d'Olmutz lui ap- 
porta les bulles romaines contenant sa nomination 
comme président du concile de Bâle (M. C, ii, 14; 
I, 67). 

Devant choisir entre deux missions, C. estima préfé- 
rable de terminer d'abord la croisade, d'autant plus 
que la nouvelle de la mort de Martin V lui était parve- 
nue au plus tard le 1" avr. (D. RA., x, 144). D'ailleurs, 
il était personnellement peu enclin à assumer la prési- 
dence du concile : il écrivit même au nouveau pape 
pour en être déchargé (M. C, ii, 14, 95; D.iîA.,x, 134). 

Il partit pour une tournée de recrutement dans les 
pays rhénans et jusqu'en » Flandre », par Bamberg, 
Wurztbourg, Francfort, Mayence, le Palatinat, Cologne 
et Liège (M. C, i, 72-74). Au cours de ce voyage, il eut 
une entrevue personnelle avec Philippe le Bon, dont il 
obtint la promesse • — qui ne fut pas tenue — d'une 
aide militaire contre les hussites (lettres de C. à Jean 
de Raguse : Cologne, 16 juin, Wurtzbourg, 25 juin, 
dans M. C, i, 85; cf. Toussaint, 44 sq.). Il revint à Nu- 
remberg le 27 juin (D. RA., ix, 611-12; M. C, i, 86). 

Après avoir lancé un dernier rappel à plusieurs villes 
de l'Empire (\" juill., D. RA., ix, 558 ; Mansi, xxx, 53 ; 
M. C, 1, 90), il quitta Nuremberg le 7 juill. à la tête de 
40 000 cavaliers, dont un contingent de troupes per- 
sonnelles de 200 à 300 hommes, commandés par le 
comte de Blavo (D. RA., ix, 560). Le 1«'' août, l'armée 
entra en Bohême, mais subit, le 14 août, un désastre 
dans les défilés de Taus (Palacky, iii-2, p. 544 sq. ; 
M. C, II, 27). Au cours du sauve-qui-peut général, C. 
perdit sa croix, son chapeau de cardinal et jusqu'à la 
bulle qui le nommait légat. Ce désastre réduisait à 
néant tous les espoirs de voir résoudre la question 
hussite par la contrainte. 

2° Ouverture du concile. — Le 25 avr. 1431, de pas- 
sage à Germersheim, au cours de sa tournée de recru- 



223 



CESA 



RINI 



224 



tement pour la croisade, G. avait envoyé Jean de Ra- 
guse à Bâie, pour expliquer aux quelques Pères déjà 
présents les raisons de son retard et leur demander de 
prendre patience (M. C, i, 73). Au retour de sa tour- 
née, pour répondre au désir exprimé par les Pères 
(missive du 4 mai; M. C, i, 76), il chargea Jean de Pa- 
lomar et Jean de Raguse de le remplacer à Bâle 
(3 juilL; M. C, i, 86; Mansi, xxx, 48). Ceux-ci, ayant 
quitté Nuremberg le 9 juill., ouvrirent le concile le 23 
devant une assistance minuscule. 

Après sa défaite de Bohême, G. assista, à Nurem- 
berg, à un conseil des princes, présidé par Sigismond, 
où il fut décidé que le légat se rendrait sans tarder à 
Bâle, pour y régler pacifiquement la question hussite, 
tandis que le Roi des Romains irait en Italie pour y 
recevoir la couronne impériale et y rétablir la paix 
(D. RA., IX, 632; x, 138). Renonçant donc à accompa- 
gner Sigismond, comme il l'avait espéré (Altmann, 
n. 12, p. 289), le légat, parti aussitôt, passant par Ulm 
et Laufenbourg, arriva à Bâle, le 9 sept. 1431, où il fut 
reçu avec grande pompe (description, dans C. B., ii, 
13-14; Lazarus, 86); il prit logement d'abord dans la 
maison de l'ordre Teutonique, ensuite dans l'abbaye 
S. -Léonard. Le 11 sept., il inaugura ses fonctions. Puis 
il fit expédier aux quatre coins de l'Europe des invita- 
tions au concile (19, 24 sept., 7 oct.; M. C, i, 110, 115, 
116; II, 32). 

Le 14 déc, jour fixé pour l'ouverture définitive, G. 
déclara le concile firmalum et stabilitum et prit pour 
thème de son allocution le texte d'Isaïe, lu, 11 : Mun- 
damini qui fertis vasa Domini (Mansi, xxix, 3; 
M. C, II, 46). 

3° Premier conflit avec Eugène IV (1431-33). — Au 
cours du conclave d'où il devait sortir pape, le cardinal 
Condolmario avait souscrit, ainsi que tous ses con- 
frères, à une capitulation stipulant qu'il s'en rapporte- 
rait à la majorité du Sacré Gollège du soin de régler les 
modalités du concile (Raynaldi, ann. 1431, n. 5-6). 

Le premier acte d'Eugène IV, le jour même de son 
couronnement (12 mars 1431), fut d'écrire à G. : il le 
confirmait dans sa mission concernant « la cause de la 
foi » (c.-à-d. la question hussite), mais faisait des ré- 
serves et demandait conseils et plus amples informa- 
tions quant au concile ( Mansi, xxix, 561 ; cf. Hefele- 
Leclercq, t. vu, 673, note). Ges premières direc- 
tives furent confirmées par deux autres bulles (22 avr. 
et 30 mai). Cette dernière a été souvent interprétée 
comme une ratification des pouvoirs octroyés par 
Martin V. Son sens réel est bien plus réticent : le pape y 
fait savoir au cardinal Julien qu'après le règlement de 
la question hussite il sera toujours temps pour lui de se 
rendre à Bâle pour y prendre une décision conforme à 
la situation telle qu'elle se présentera alors (M. C, i, 
106-07, avec date inexacte, 31 mai; Mansi, xxix, 13). 
Cette date tardive et ce texte réticent prouvent que le 
nouveau pape n'éprouvait à l'endroit du concile qu'un 
enthousiasme mitigé. 

C. eut connaissance de ces deux bulles avant de par- 
tir pour son expédition de Bohême. A son retour, la si- 
tuation quant au concile n'avait pas changé. Dès son 
arrivée à Bâle, il délégua à Rome son envoyé de con- 
fiance, Jean Beaupère, avec mission (C. B., ii, 549) 
d'amener le pape à encourager la participation au con- 
cile, à y venir lui-même si possible, et en tout cas à in- 
tervenir au plus tôt pour faire cesser les obstacles, 
avant tout les hostilités entre les ducs de Bourgogne et 
d'Autriche qui se déroulaient aux portes même de 
la ville. 

Parti de Bâle le 17 sept. (C. B., ii, 15; M. C, i, 107; 
II, 32), Beaupère fit route à petites journées. Il n'arriva 
à Rome que le 2 nov. (D. RA., x, 146). Il y trouva un 
pape devenu infirme par suite d'une grave attaque 
d'apoplexie dont il ne se remit jamais entièrement. Les 



renseignements qu'il apportait, en noircissant sans 
doute encore les traits du tableau, expliquent l'issue de 
sa mission : d'accord avec dix cardinaux, Eugène IV 
décréta la dissolution du concile de Bâle et la convoca- 
tion d'un autre à Bologne, pour le printemps 1433 
(Quoniam alto, première rédaction, 12 nov. 1431 ; 
M. C, II, 67). Une seconde bulle, datée du même jour, 
donnait pouvoir à C. de dissoudre le concile (cf. Ray- 
naldi, ann. 1431, n. 21 ; M. C, ii, 70; Mansi, xxix, 561, 
date inexacte; D. RA., x, 146). Il se peut qu'un docu- 
ment non daté (Reperlorium Germanicum..., n. 2298), 
permettant à G. de convoquer un concile particulier en 
Allemagne pour la question de la réforme, date aussi 
de cette époque. 

Les deux bulles du 12 nov. furent confiées à Daniel 
de Rampi, évêque de Parenzo, avec mission, si besoin 
en était, d'afficher la première aux portes de la cathé- 
drale de Bâle. De Rampi eut en toute cette affaire une 
attitude qui ne fait pas honneur à son rang. Arrivé à 
Bâle, le 23 déc, il jugea plus prudent de ne pas dévoiler 
immédiatement son message. Après plusieurs jours 
d'atermoiements et quelques déclarations faussement 
lénifiantes, il remit à C. la seconde bulle, nia avoir rien 
reçu d'autre et quitta brusquement Bâle pour se 
rendre à Strasbourg (après le 6 janv.). M^gré les 
efforts de C, averti au dernier moment de ce qui se 
tramait, un clerc de la suite de Rampi, Jean Geparelli 
de Prato, tenta, le 13 janv. 1432, de donner lecture de 
la première bulle du 12 nov., au cours d'une réunion 
conciliaire. Il en fut empêché par les Pères assemblés 
qui ne voulurent rien entendre (M. C, ii, 64-66). Le 
conflit était ouvert. 

A ce moment, G. se rendait fort bien compte de la 
situation délicate où le mettait sa qualité de président 
du concile. Peut-être l'idée lui vint-elle, au début, 
d'obtempérer au désir d'Eugène IV (Valois, i, 134). Il 
ne la retint pas, comprenant que la mesure prise par 
Eugène IV s'expliquait surtout par un manque d'in- 
formations récentes, suffisantes et exactes (voir sa 
réponse aux instructions données par le pape à 
l'évêque de Parenzo, Mansi, xxix, 279). Décrire au 
pape la situation sous son vrai jour et, en attendant 
que ses renseignements donnassent à celui-ci le temps 
de se raviser, éviter que le concile ne s'engage sur une 
pente irréparable, tel semble avoir été son objectif. 

Il envoya trois messages à Rome : un premier, le 
jour même de l'incident Geparelli (13 janv. 1432 : au 
pape, M. C, II, 95; aux cardinaux, ibid., 109; voir 
aussi Pastor, i, 300); un second et un troisième, les 22- 
23 janv., le 8 ou 9 févr. (M. C, ii, 107, 108; 111-17). 
C'est seulement lorsqu'il écrivit son troisième message 
que G. avait eu connaissance d'une nouvelle mesure, 
plus radicale encore, qui avait été prise à Rome le 
18 déc. 1431. Par une deuxième rédaction de sa bulle 
Quoniam alto (M. C, ii, 72; Mansi, xxix, 564), 
Eugène IV prononçait d'autorité la dissolution immé- 
diate du concile. Tandis que cette bulle était publiée 
aussitôt à Rome, et que sa teneur était communiquée 
aux puissances, elle fut adressée au légat avec un ordre 
personnel lui enjoignant in virtute sancte obediencie de 
quitter Bâle, aussitôt qu'elle y serait publiée, pour se 
rendre là où il pourrait reprendre ses activités concer- 
nant les hussites (C. B., i, 246). Entre temps, l'envoyé 
de G., Jean Beaupère, était lui aussi revenu de Rome, 
apportant au légat la confirmation du désir pontifical. 

Toutefois un autre son de cloche se faisait entendre 
du côté du Roi des Romains. Sigismond, venu en Ita- 
lie pour y recevoir la couronne impériale, poursuivait 
une politique conciliaire semblable à celle du légat et 
gardait avec ce dernier un contact épistolaire étroit. 
Dès qu'il eut reçu notification de la bulle du 18 déc, 
Sigismond fit manœuvrer à Rome pour en obtenir la 
révocation et il écrivit à G. de ne pas y donner suite. 



225 



CE S A 



RI NI 



226 



(10 janv. 1432; Altmann, dans Regesta Imperii, xi, 
n. 9004; Martène et Durand, viii, 54). 

Se sentant épaulé par Sigismond, C. décida de ne 
pas quitter Bâle, tout en gardant ses coudées franches 
vis-à-vis du concile. Sa présence à Bâle serait purement 
platonique. 11 refusa de signer l'encyclique conciliaire 
du 21 janv. protestant contre le décret de dissolution. 
A la séance du 8 févr., il récusa la présidence de l'as- 
semblée certis de causis animum suum ad hoc movenli- 
bus (C. B., II, 27). Le 11 févr., il s'abstint de paraître 
aux délibérations, puis il envoya un message aux 
Pères pour leur demander de suspendre les réunions du 
concile, en attendant le retour de leur délégation en- 
voyée à Rome. 11 fut soutenu par l'abbé de Cîteaux, 
mais les autres passèrent outre et, d'un commun ac- 
cord, la ii« session générale fut fixée au 15 févr. 
(C. B., II, 32). G. n'y parut pas. 

Retiré sur son Aventin, le président du concile garda 
néanmoins le contact avec l'assemblée : il continua 
d'assister aux cérémonies du culte et de trancher les 
cas difRciles, pour lesquels il restait, comme aupara- 
vant, l'arbitre ou le conseiller. Pourtant, l'attitude de 
Rome risquant de passer pour de l'obstination, C. se 
vit contraint de lâcher du lest : à partir du 20 mars, il 
recommença à assister aux réunions de la députation 
de communibus dont il était président; à partir du 
16 mai (C. B., ii, 114), après avoir laissé sans réponse 
pendant plus de deux semaines (C. B., ii, 110-12), 
quelques Pères venus pour le fléchir dulcibus et 
koneslis verbis (C. B., ii, 100), il présida à nouveau les 
congrégations générales. Aux iv«, v« et vi« sessions 
(20 juin, 9 août, 6 sept.), il fit acte de présence, mais 
refusa d'acquiescer aux démarches faites pour qu'il 
reprît la présidence (C. B., ii, 193, 216, 219). 

11 espérait toujours qu'un revirement poindrait du 
côté de Rome. Dans ce but, il adressa, le 5 juin, une 
nouvelle lettre au pape; non content de faire valoir des 
raisons d'opportunité, il y abordait cette fois le fond du 
débat et réfutait toutes les objections soulevées contre 
le concile (M. C, ii, 203; Valois, i, 160-61). 

Pourtant les nouvelles qui arrivaient de Rome au 
compte-gouttes étaient décourageantes. L'ambassade 
conciliaire revint le 2 mai avec un rapport très défavo- 
rable. Elle fut suivie, le 14 août, par une ambassade 
pontificale, conduite par l'archevêque de Tarente. La 
commission des Douze, chargée d'étudier son message 
et d'y répondre, se réunit toutes les après-midi sous la 
direction et dans la maison de C. (C. B., ii, 202). Le 
3 sept., C. communiquait la réponse négative aux en- 
voyés d'Eugène IV. 

Un autre événement contribua grandement à déta- 
cher C. de son attitude expectante : l'arrivée à Bâle de 
ses deux amis, le cardinal Dominique Capranica et Ni- 
colas de Cues, venus rejoindre le concile (Becker, p. 25- 
26). Très influençable par l'attitude de ses amis, cette 
arrivée, ainsi que le déni de justice dont Capranica 
avait été victime de la part du pape, le firent réfléchir : 
le 12 sept., il accepta de reprendre la présidence des 
sessions, à condition toutefois de pouvoir s'en dé- 
mettre quand bon lui semblerait (C. B., ii, 219). 11 
présida donc la vu» session (6 nov. ; C. B., ii, 263), 
ainsi que la viii« (18 déc. ; M. C, ii, 288) qui, pour 
la troisième fois, mettait le pape en demeure de 
retirer son décret de dissolution dans les soixante 
jours. 

Ce délai étant venu à expiration, la x« session 
(19 févr. 1433) risquait de prendre une mesure irrépa- 
rable en déclarant le pape contumace. C. réussit, par 
une habile manœuvre, à différer l'éclat (Hefele- 
Leclercq, vu, 792). Ce fut heureux, car à cette date 
Eugène IV avait enfin modifié son attitude : le 
5 mars (C. B., v, 43), une ambassade romaine, con- 
duite par Jean de Mella, arrivait à Bâle, ppur proposer 

DisT. d'hist. et de géogr. ecclés. 



le choix entre quatre solutions transactionnelles 
(C. B.y II, 366-67). 

Peu après, une nouvelle bulle (14 févr. 1433; lue à 
Bâle le 27 mars) acceptait la continuation du concile à 
Bâle, sans toutefois ratifier ce qui y avait été accom- 
pli, en particulier concernant les décrets de Constance 
sur les rapports entre pape et concile (cf. Mansi, 
xxix, 569; M. C, ii, 370). Enfin, le 1" mars, le pape 
désignait quatre prélats pour présider le concile, sans 
spécifier s'ils devaient remplacer C. ou siéger avec lui 
(Raynaldi, ann. 1433, n. 8). Seulement, ces prélats 
étant retenus à Rome par le couronnement imminent 
de Sigismond fixé au 31 mai, le pape manda à Jean de 
Mella et â ses compagnons d'assumer la présidence: 
intérimaire (7 mai) et leur adjoignit C. (8 mai) (Mansi, 
XXX, 539, 540; Martène et Durand, viii, 586-87),. 

A Bâle, C. avait répondu, dès le 4 avr., aux envoyés 
romains, que le concile ne pouvait se rallier aux propo- 
sitions dont ils étaient porteurs (Mansi, xxx, 512). 
Aussi, le 5 juin, leur demande de pouvoir partager la; 
présidence du concile avec C. eut-elle pour effet de 
réveiller l'animosité des Pères (C. B., i, 313 sq.; 
II, 420-21). Sentant approcher l'orage, C. essaya, une 
fois de plus, de le conjurer. Le 19 juin, il écrivit à l'em- 
pereur, le priant d'user de toute son influence auprès 
du pape {D. RA., xi, n. 6, p. 40); il joignait l'ébauche 
d'une formule d'adhésion au concile (Dudum sacrum, 
publ. dans Becker, 94) que l'empereur était prié de 
faire accepter au pape. En même temps, il écrivit au 
pape, lui promettant de prendre sa cause en mains s'il 
s'engageait à suivre ses 'conseils (M. C, ii, 484). 

Entre temps, le concile ayant achevé sa réponse aux 
propositions pontificales, C. la fit connaître le 16 juin 
(M. C, II, 373; Mansi, xxix, 267); par ailleurs, se con- 
sidérant comme président légitime, il refusa d'user de 
sa nouvelle investiture (Valois, i, 246). Le lendemain, 
sous la conduite de l'évêque de Coire, une délégation 
des ambassadeurs de tous les souverains représentés au 
concile — sauf le roi de France — se rendit auprès du 
légat, le priant de faire en sorte que tout éclat contre le 
pape fût évité, aussi longtemps que les présidents 
définitifs désignés par le pape ne seraient pas arrivés 
(C. B., II, 433). De son côté, le cardinal Orsini écrivit 
de Rome au légat une lettre suppliante (15 juill. ; texte 
dans E. Kônig, 116). Toutefois, dans les députations, 
la majorité soutint la solution extrémiste, qui fut ad- 
mise en congrégation générale (19 juin; C. jB., ii, 434). 
Des voix désavouées par le légat s'ét-aient même éle- 
vées pour soumettre à examen la légitimité de l'élec- 
tion d'Eugène IV (M. C, ii, 385). Bien qu'il eût lui- 
même proposé une formule plus bénigne (G. B., ii. 
441) qui fut rejetée par 34 voix contre 16, C. rédigea le 
décret, sévère dans sa forme, accordant au pape un 
délai de soixante jours pour comparaître (Mansi, 
XXIX, 56; M. C, ii, 398). 

Par mesure de condescendance, la xii» session, où il 
devait être publié, fut retardée de dix jours : elle se 
tint le 13 juill., au milieu d'une très grande confusion 
(C. B., I, 66-68). 

Le terme du délai approchant, une nouvelle tenta- 
tive dilatoire fut entreprise par le protecteur du con- 
cile, le duc de Bavière. A sa requête C. répondit fort 
raidement que la responsabilité de tout schisme éven- 
tuel retomberait sur le pape et non sur le concile dont 
la mansuétude éclatait à tous les yeux; il conclut que 
lapso termina concilium procedei prout Spiritus Sanctus 
diclaverii, et taliter quod dominas imperator et totus 
mundus meriio debebit contentari (17 août; C. B., il, 
465; M. C, II, 408; X). iîA., XI, n. 20, p. 53). . 

Ignorant ce nouveau raidissement des milieux bà- 
lois, le pape, sollicité par Sigismond, publia trois nou- 
velles bulles dont la principale, datée du 1^'' août, 
n'était autrç que l'ébauche Dudum sacrum. Seulement,, 

H. — XII. — 8 — 



227 



CESARINI 



228 



au lieu de jouer franc jeu, Eugène IV voulut finasser. 
La bulle parut sous une double rédaction. Une pre- 
mière, destinée à être mise sous les yeux de l'empereur, 
reprenait le texte de l'ébauche en n'y modifiant que 
deux mots (volumus et contentamur au lieu de decerni- 
mus et declaramus). Une seconde sensiblement plus mo- 
difiée fut envoyée à Bâle. Il se fit que le texte de la 
première, parvenu à Bâle par des voies détournées, y 
fut connu avant .celui de la seconde. Dès qu'il en eut 
connaissance, C. vit le danger. 11 alerta l'empereur et 
insista pour qu'il obtînt du pape le texte intégral de 
l'ébauche proposée. L'empereur, qui avait déjà quitté 
Rome pour se rendre à Bâle, mit en branle la diploma- 
tie vénitienne (voir, sur la double rédaction Dudum 
sacrum, D. RA., xi, 15-16 et les documents qui y sont 
cités). 

Auprès du concile Sigismond obtint juste à temps 
(7 sept.), et grâce à l'entremise du légat, une promesse 
de prorogation ultime de trente jours. La xiii'= session 
(11 sept.), où cette prorogation devait être publiée, fut 
très nerveuse et faillit tourner à l'orage. Le promoteur 
du concile ayant déclaré le pape contumace, les am- 
bassadeurs pontificaux accoururent pour protester; 
par une intervention habile et éloquente, C. apaisa les 
passions (C. B., ii, 479; M. C, ii, 444; D. RA., 
XI, n. 27, p. 61). 

Pendant le mois qui suivit (certainement dès avant 
le 16 sept.), C, tombé malade, dut se faire remplacer à 
la présidence par le cardinal placentin Branda de Cas- 
tiglione. 

La tension atteignit son point culminant quand, le 
jour même de l'expiration du délai (11 oct. 1433), le 
concile étant réuni sous la présidence du cardinal 
Branda, l'empereur s'y présenta, arrivant tout droit 
d'Italie. Sa première parole fut pour demander que le 
cardinal de Saint-Ange reprît, si possible, ses fonc- 
tions (M. C, II, 464). Par considération pour Sa Ma- 
jesté, le délai pontifical fut prorogé de huit jours. 

Le surlendemain (13 oct.), C, à peine convalescent 
et craignant encore de prendre l'air (rapport de .lean 
de Montoison à l'abbé de Cluny; C. B., i, 255), reprit 
néanmoins la présidence. Lecture fut faite de la bulle 
Dudum sacrum qui, examinée en députation, fut reje- 
tée à l'unanimité comme insuffisante. C. prit une part 
très active aux discussions qui eurent lieu les jours 
suivants dans sa propre maison eu présence de l'em- 
pereur (C. B., II, 504; M. C, ii, 468; bon résumé 
dans D. RA., xi, 20-21). 

Le 16, au cours d'une entrevue restreinte, il prit la 
parole au nom du concile. Dans un discours qui dura 
au moins une heure (D. RA., xi, 111), il contesta au 
pape le droit de dissoudre un concile général. L'ar- 
chevêque de Spalato, Zabarella, ayant pris la défense 
du pape, C. l'interrompit par deux fois et gratifia en- 
suite son auditoire d'un nouveau discours (Mansi, 
XXX, 645; M. C, u, 475). Finalement de nouveaux 
délais furent accordés qui permirent le succès d'une 
tentative de médiation proposée par l'empereur et les 
Vénitiens. L'accord de principe eut gain de cause au 
concile (7 nov., xiv« sess., Mansi, xxix, 72), ainsi qu'à 
Rome (15 déc; M. C, ii, 565; Mansi, xxix, 78). La 
paix fut scellée à Bâle au cours de la xvi" session 
(5 févr. 1434; M. C, ii, 564). 

Ainsi le premier conflit entre le pape et le concile 
s'était terminé par une victoire bâloise. De fil en 
aiguille, Eugène IV avait dû céder à peu près sur toute 
la ligne : reconnaissance du concile et du lieu où il était 
réuni, approbation rétroactive des décisions prises, 
levée des sanctions prononcées contre deux cardinaux, 
adoption jusqu'au dernier mot de la formule proposée 
pour reconnaître le concile. 

Si le schisme put être évité, on le doit avant tout à 
l'action médiatrice personnelle de Sigismond et de C. 



Lorsque plus tard ces deux appuis feront défaut, à 
cause de la question grecque, le concile de Bâle ne tar- 
dera pas à se séparer de l'obédience romaine. 

4° La question hussite. — L'ancien compagnon de 
légation du cardinal Branda n'oublia jamais l'impor- 
tance de cette question pour la paix de l'Europe. La 
solution violente ayant échoué à Taus, C. se mit, avec 
la même ardeur, à rechercher un terrain d'entente 
pacifique. Ses principales interventions en ce domaine 
sont : 

1. Envoi aux hussites d'une invitation à venir au 
concile (15 oct. 1431; M. C, i, 135; ii, 38; Mansi, 
xxix, 233). Eugène IV se montra fort mécontent de 
cette initiative; elle fut une des causes de son acte du 
18 déc. (Mansi, xxix, 567). Dans ses lettres au pape 
des 23 janv. et 8 févr. 1432, C. tenta de se justifier. 
Faisant état de la tournure favorable prise par les 
négociations avec les Tchèques, il demanda au pape de 
surseoir à la dissolution du concile au moins jusqu'en 
juin. (Mansi, xxix, 665; M. C, u, 104). Pendant près 
d'un an il travailla sans relâche à obtenir des Tchèques 
l'envoi d'une délégation à Bâle (M. C, i, 135-258). 
Peut-être fut-il aussi l'inspirateur ou le rédacteur du 
traité inédit De justificatione vocationis Bohemorum 
(Valois, I, 143, note); 

2. Discours d'accueil très conciliant adressé, le 
12 oct. 1432, aux deux premiers Tchèques arrivés 
à Bâle; 

3. Négociations avec la délégation hussite officielle 
durant son séjour à Bâle (4 janv.-14 avr. 1433). A 
cette occasion, il prononça trois discours remarqués : 
a) le 10 janv. (texte dans Mansi, xxix, 492-522; 
M. C, II, 299 sq.), discours de deux heures très émou- 
vant (Palacky, iii-3, 73); — ft^ le 28 janv., discours 
très irénique, comportant les 28 articles extraits des 
œuvres de Wiclefî, au sujet desquels les Tchèques 
étaient priés de se prononcer (Mansi, xxx, 258); — 
c) le 13 avr., discours d'adieu (A/. C, i, 352 sq.). 
C. prit aussi une part prépondérante aux échanges de 
vues en séances publiques et en commissions (cf. M. C, 

I, 258-86 : Jean de Raguse, Tractatus de reductione 
Bohemorum: ibid., 289-356 : Petrus Zatecensis, Liber 
diurnus de gestis Bohemorum in concilia Basiliensi). 
Enfin, il savait mieux que personne combien visites et 
banquets peuvent briser la glace : il noua ainsi avec 
plusieurs membres de la délégation tchèque de solides 
contacts personnels (Palacky, iii-3, 75-76); 

4. Relations avec les deux ambassades du concile 
envoyées à Prague pour y continuer les conversations 
(avr. et sept. 1433) qui aboutirent aux Compactata 
de Prague; 

5. Négociations avec le concile, l'empereur et son 
chancelier, Kaspar Schlick, au sujet de l'aide à appor- 
ter aux catholiques de Bohême, surtout à la ville de 
Pilsen assiégée par les hérétiques. D'abord très réti- 
cent aux ouvertures de Sigismond (7 et 8 nov. 1433), 
les interventions de C. se firent plus pressantes au début 
de l'année suivante (M. C, ii, 584); 

6. Projet de rencontre à Nuremberg entre l'empe- 
reur et les hussites (janv. 1434; cf. propositions du 
légat à l'empereur, à ses conseillers et réponse de 
l'empereur, D. RA., xi. n. 141-43, p. 270-74; M. C, 

II, 585-89); 

7. Lettre sévère à Martin Lupac, réclamant l'obser-^ 
vation par les Tchèques des Compactata de Prague! 
(26 févr. 1434; Mansi, xxx, 823; M. C, i, 735); | 

8. Contacts épistolaires avec les nouvelles ambas-J 
sades conciliaires chargées de poursuivre les pourparJ 
1ers avec les hussites à Ratisbonne (août 1434), Vienna 
(févr. -avr. 1435), Brunn (juill. 1435), Stuhlweissen-I 
burg (Alba Regalis, déc. 1435-janv. 1436), Iglaii 
(juill. 1436). Voir sur ces diverses ambassades et leurs 
relations avec Bâle : G. Carlier, Liber de legationibusA 



229 



CESA 



RINI 



230 



dans M. C, i, 361-700; T. Ebendorfer, Diarium geslo- 
rum per legatos concilii Basil., ibid., 736-83; J. de 
Tours, Regeslum actorum in legationibus a sacro 
concilio in Bohemiam, ibid., 790-867; 

9. Réception de la dernière légation hussite à Bâle 
(18 août 1437; discours d'accueil, M. C, n, 1062); 
direction des conversations avec les hussites touchant 
la communion sous les deux espèces; discours à leur 
départ (29 nov. ; M. C, ii, 1080); préparation du 
décret du 23 décembre. 

5" Travaux de réforme. — C. y consacra le plus clair 
de son activité, surtout durant les deux années calmes 
(1434 et 1435). Chaque semaine les députations lui 
confiaient la solution de plusieurs questions en litige, 
de celles surtout qui intéressaient l'extirpation des 
abus. Impossible d'énumérer toutes ses initiatives en 
ce domaine. La première mesure prise dès qu'il arriva à 
Bàle fut d'organiser une visite canonique du clergé de 
la ville (oct. 1431 ; C. B., i, 7; ii, 6). Une nouvelle visite 
fut prescrite en août 1434. Toutes deux furent fruc- 
tueuses : la première fut suivie de sanctions sévères 
contre les clercs dont la conduite n'était pas régulière 
(C. B., I, 14). A la suite de la seconde, il publia les sta- 
tuts de réforme pour le chapitre de Bâle (C. B., vni, 
182 sq.). De 1434 à 1437, le concile lui accorda aussi à 
plusieurs reprises des pleins pouvoirs pour faire visiter 
certains monastères allemands (énumération dans 
Becker, 40 sq. ; Zeibig, Beitrûge zur Geschichte der 
Wirksamkeit des Basler Konzils in Oesterreich, Sit- 
zungsber. der Wiener Akad. der Wiss., viii, 522 sq.). 

A l'intérieur du concile, il inspira la rédaction du 
règlement De modo Vivendi in concilio (résumé et réfé- 
rences dans Valois, i, 314; cf. Mansi, xxix, 382). Il 
rappelait inlassablement aux Pères qu'un de leurs ob- 
jectifs primordiaux devait être le travail de réforme 
(ainsi les 30 mars et 20 avr. 1434, les 25 févr. et 7 août 
1436; C. B., ni, 53, 76; iv, 58, 238). Du dehors on 
s'adressait à lui pour qu'il agît en ce sens (Martène et 
Durand, viii, 740; D. RA., xii, n. 17, p. 31). On lui doit 
un projet de décret contre la simonie, présenté le 
30 mars 1434 (C. B., m, 53; M. C, u, 676; R. Zwôlfer, 
217), qui suscita l'hostilité des prélats et dut être forte- 
ment remanié avant son admission en 1435. 

Le principal obstacle à l'avancement de ces travaux 
était la manie du concile de s'occuper de toutes les 
questions d'administration courante de l'Église, en 
lieu et place du pape et des services romains. Il s'en- 
suivait un embouteillage de l'ordre du jour des dépu- 
tations par des causes de toutes espèces : suppliques, 
dispenses, procès, etc. Pour y remédier, plusieurs sug- 
gestions proposées par C. furent admises : interrup- 
tion, à certains jours déterminés, de tout travail autre 
que celui de la réforme; simplification de la procédure 
pour des causes profanes ou d'importance mineure 
(août 1435 et févr. 1436; C. B., m, 477; iv, 60) : les 
causes matrimoniales et les dispenses ob defecium nata- 
lium furent directement confiées au légat, qui reçut 
aussi le pouvoir de lever les censures réservées à la 
Curie (M. C, ii, 342); — il fut même question, le 
16 mars 1436, de lui confier le règlement de toutes les 
dispenses (C. B., iv, 83). 

Durant ce temps, C. travaillait en privé à une œuvre 
de plus grande envergure, pour laquelle il sollicitait la 
collaboration des bonnes volontés. Le vol. viii du 
C. B. renferme (p. 33-181) le texte de 21 projets de 
réforme datant de l'été 1432 au début de 1435. Ces 
mémoires, annotés en marge par le légat, passèrent 
par la suite en possession d'un autre grand promoteur 
de la réforme, Nicolas de Cues : ils furent retrouvés par 
J. Haller dans un codex de la bibliothèque de l'hôpital 
de Cues (J. Haller, Die Kirchenreform, 10; C. B., 
vin, 4). 

Muni de ce précieux dossier, le légat se retira, fin 



févr. 1435 (C. B., lu, 324), durant trois semaines, à la 
chartreuse de Klein Basel, pour le travailler. Les Pères 
reçurent l'avis de lui faire connaître leurs suggestions. 
Le 4 avr. 1435, Ulrich Stôckel manda à son couvent de 
Tegernsee que C. avait achevé un beau plan de réforme 
en sept parties et qu'il en soumettait l'ébauche, partie 
par partie, aux députations conciliaires (C. B., 
I, 89, 92). 

Ce plan n'a pas été conservé. Le décret De cultu 
divine (xxi« sess., 9 juin 1435; M. C, n, 802) s'est 
inspiré directement d'une de ses parties, comme aussi 
des statuts de réforme du chapitre de Bâle (C. B., 
VIII, 25, note et 28). 

Par la suite, le projet C. fut relégué dans l'ombre 
par des questions plus brûlantes, mais il ne tomba pas 
entièrement dans l'oubli : en 1440 et 1441, longtemps 
après le départ de son auteur, des Pères de Bâle s'in- 
formèrent encore des « cahiers » de l'ancien légat 
(C. B., VII, 237, 389). 

6° Armistice avec Rome et question des annales. — 
L'accord conclu de mauvaise grâce, à la fin de 1433, 
était loin de dissiper toutes les préventions réci- 
proques. Préoccupé par les troubles graves qui avaient 
éclaté en 1433 dans ses États (troubles soutenus en 
sous-main par le duc de Milan et aussi, malgré les dé- 
mentis de C, par une fraction des Pères de Bâle), 
Eugène IV dut se montrer plus accommodant envers 
le concile. Plus encore, en 1434, lorsqu'il fut contraint 
de fuir sa capitale pour chercher refuge à Florence. Il 
n'empêche : la lettre doucereuse, qu'en juill. 1434 il en- 
voya de Florence à C. et dans laquelle il présente la 
suite des événements comme s'il n'y avait jamais eu 
entre Rome et Bâle de désaccord quant au fond 
(C. B., I, 328), ne réussit pas à donner le change. 
Eugène IV se méfiait toujours des Pères de Bâle et 
redoutait, non sans raison, leurs réactions anti- 
romaines. Même en C. il n'avait pas une confiance 
absolue : personnellement, il reconnaissait sa loyauté 
(lettre d'Eugène IV au doge : Raynaldi, ann. 1433, 
n. 19; Hefele-Leclercq, 815); mais sa bulle du 
17 déc. 1433 était ainsi rédigée qu'elle ne lui reconnais- 
sait le pouvoir de présider le concile que conjointe- 
ment avec quatre nouveaux présidents (Mansi, xxix, 
578; M. C, ii, 604). Et puis, C. n'était pas tout le con- 
cile. Parmi le clergé de second rang, les tendances dé- 
magogiques s'accentuaient. Elles avaient déjà mis la 
diplomatie de C. à une rude épreuve. La paix entre 
Rome et Bâle tenait à un fil. 

Le fil résista jusqu'au printemps 1435. Bien que 
non sans peine (M. C, ii, 606 sq.; Valois, i, 320-29), 
les quatre nouveaux présidents nommés par le pape 
furent incorporés (24 avr. 1434; C. B., m, 80). Deux 
jours après, la xvii« session, en présence de l'empe- 
reur et de 106 prélats mitrés, fut présidée par eux en 
même temps que par C. Il en fut de même dans la 
suite, pour un grand nombre de réunions. Toutefois, 
C. continua à tenir une place beaucoup plus impor- 
tante qu'eux dans les délibérations. A plus d'une 
reprise, il assuma même seul la présidence, en parti- 
culier à la xviii* session, où furent renouvelés les dé- 
crets de 1415 sur la suprématie conciliaire (26 juin 
1434; C. B., m, 134; Mansi, xxix, 91 ; M. C, ii, 712). 

En 1435, un nouveau conflit surgit au sujet des an- 
nales. La suppression des annales et le dédommage- 
ment éventuel à accorder au pape avaient déjà figuré 
en 1433 à l'ordre du jour des travaux conciliaires, mais 
ils ne furent qu'effleurés; leur discussion reprit en 1435. 
Une congrégation générale et la xxi'= session, présidées 
toutes deux par le seul C. — les présidents pontificaux 
ayant protesté publiquement (C. B., m, 408, 412- 
13) — décrétèrent la suppression des annales (3 et 
9 juin 1435; Mansi, xxix, 104; M. C, ii, 801). Le 
coup était d'autant plus sensible pour Eugène IV que, 



231 



CESA 



RINI 



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se trouvant exilé à Florence, il ne touchait plus les 
revenus de ses États. Très mécontent de cette déci- 
sion, le pape en rejeta la responsabilité sur le légat 
(C. B., 1, 91) et envoya à Bâle une nouvelle légation 
conduite par le général des Camaldules, Ambroise 
Traversari. Il ne pouvait mieux choisir son messager. 
Traversari et Cesarini étaient d'anciens amis. Les trois 
mois que Traversari passa à Bâle eurent sur l'attitude 
du légat une influence décisive, malgré les apparences. 

Les lettres de Traversari sont des témoignages de 
première valeur sur l'attitude psychologique du légat 
et son évolution dans la question pontificale. Excel- 
lent observateur, Traversari se rendit fort bien compte 
de la position de C. au concile. A son arrivée à Bâle, il 
trouva un légat systématiquement soupçonneux et 
méfiant envers tout ce qui portait une empreinte 
romaine, très susceptible aussi vis-à-vis de ses coprési- 
dents (Epist., cxxvi, éd. Mehus, col. 177). En 1434, 
C. avait été fortement impressionné par la grandeur 
avec laquelle le pape avait subi son humiliation. Il lui 
en garda toujours une profonde admiration et ne se 
faisait pas faute de le dire (Valois, i, 321). Mais il y 
avait entre lui et les milieux romains une opposition de 
principe. Profitant du séjour à Bâle de Traversari, le 
pape fit pressentir G. (sept. 1435) pour qu'il s'entremît 
entre lui et le concile. C. accepta et proposa au pape 
une formule à rédiger en ce sens, en insistant toutefois 
pour qu'Eugène IV fît un « geste audacieux » dans la 
question des annates et des indulgences, afin de ba- 
layer d'un coup toute la rancœur des Pères de Bâle 
(mémoire de C. au pape, 4 oct. 1435; C. B., i, 387 sq.). 

Pendant tout son séjour, Traversari eut avec C. des 
conversations quotidiennes. Le général camaldule 
n'épargna pas son ami; il lui parla à cœur ouvert; il 
déploya tous ses efforts pour lui faire abandonner son 
préjugé conciliaire (lettres à l'évèque de Cervia, cx- 
cxxv, col. 141-76). Plus d'une fois il crut l'avoir em- 
porté, pour constater le lendemain que rien n'était 
fait. C. ne se livrait pas. Traversari se plaignit sou- 
vent de ne pouvoir lire au fond de sa pensée. 

Dans ses lettres au pape (xii-xvi, col. 28-35), Tra- 
versari s'exprime à son sujet d'une manière où alternent 
l'espoir et le découragement : saepe spes subit, saepe 
desperatio (xv, col. 33). Une même hésitation se mani- 
feste dans sa lettre xliii (col. 80) au cardinal Orsini, et 
sa lettre li (col. 86-88) écrite à C. peu après son départ 
de Bâle et où il le conjure de rester dans la bonne voie. 

Extérieurement, la mission de Traversari se solda 
par un échec. Aux déclarations et propositions qu'il fit 
en public C. répondit en prenant la défense des déci- 
sions conciliaires (3 nov. ; M. C, ii, 819; Mansi, 
XXIX, 273). Mais le grand helléniste était assez fin 
psychologue pour remarquer qu'un réel changement 
s'était opéré dans la mentalité du légat (lettre cclv, à 
Cosme de Médicis, col. 333; lettres dcii, dciii, à son 
confrère Mariotto Allegri, col. 710, 712). 

Pendant les premiers mois de 1436, on ne remarqua 
aucun revirement dans l'attitude extérieure du légat; 
il défendit quant au fond les principaux projets conci- 
liaires, même les moins favorables aux prérogatives 
romaines, pourvu toutefois que l'on tînt compte de 
l'équité et de la conciliation; il eut des paroles très 
sévères au sujet du pape (Valois, ii, 30-31); mais 
jamais il ne donna son assentiment à un acte suscep- 
tible d'entraîner une rupture. 

Lorsqu'il fut question de nouveau d'envoyer un mo- 
nitoire au pape pour « qu'il révoquât toutes les mesures 
prises contre les décrets conciliaires concernant la 
réforme dans le chef et dans les membres », il proposa 
plutôt l'envoi d'une ambassade chargée d'exhorter le 
pape à agir en ce sens; il rédigea le texte des instruc- 
tions à lui confier et expliqua la manière dont elle 
aurait à se comporter (13 et 20 janv. 1436; C. B., 



IV, 18, 20-24). Les présidents pontificaux s'étant abste- 
nus de paraître à ces réunions par manière de protes- 
tation, C. occupa seul la présidence et n'hésita pas, 
malgré cela, à prononcer la conclusion (C. B., iv, 21). 

Il fit de même d'une façon habituelle, depuis le 
11 avr., un nouveau conflit ayant surgi au sujet des 
indulgences que les Bâlois projetaient de décréter 
pour subvenir aux frais du concile d'union avec les 
grecs. Quand ce projet fut déposé pour la première fois, 
C. demanda que l'on suspendît la décision jusqu'à l'ar- 
rivée des délégués pontificaux envoyés à cet effet 
(9 mars; C. B., iv, 75). La proposition dont ils étaient 
porteurs n'ayant pas donné satisfaction, C. le leur noti- 
fia au cours d'un exposé où il prit catégoriquement 
fait et cause pour la théorie conciliaire. Il s'appuyait 
sur une interprétation erronée des circonstances histo- 
riques qui entourèrent le décret similaire pris à Sienne, 
le 8 nov. 1423 (M. C, ii, 868; C. B., iv, 106). 

Pendant les trois mois suivants, il continua (sauf 
durant le mois de juin où il fut malade) à tenir en 
cette affaire une place de vedette : il répond aux délé- 
gués romains (11 mai; C. B., iv, 132); il demande, à 
trois reprises, que l'on accélère les discussions à ce 
sujet (C. B., IV, 143, 154, 160); il est chargé de rédiger 
les instructions aux envoyés conciliaires (C. B., iv, 
164); il mène les négociations avec l'ambassade du roi 
de France (C. B., iv, 190, 202, 227); il propose qu'on 
lui laisse choisir six ou huit compétences qui aient le 
pouvoir de prendre une décision (12 et 14 juill.; 
C. B., IV, 204, 207). Il finit toutefois par comprendre 
que cette question des indulgences était subordonnée 
à celle du lieu choisi pour la réunion avec les grecs : 
le 29 oct., il déclara s'opposer à toute imposition de dé- 
cime, aussi longtemps que le choix du lieu restait 
incertain (C. B., iv, 318). 

7° La question de l'union des grecs et du transfert. — 
La rupture entre C. et ses propres troupes, déjà per- 
ceptible lors du conflit des annates, élargie par l'action 
personnelle d'Ambroise Traversari auprès du légat, 
s'étala à tous les yeux à l'occasion de la question du 
transfert du concile. Un des motifs allégués par Eu- 
gène IV, au début de son pontificat, quand il essaya 
de transférer le concile à Bologne, avait été que cela 
faciliterait une rencontre avec les grecs. A cette 
époque, C. taxa ce prétexte de « vieille rengaine » 
(M. C, II, 105). Forcé de s'incliner devant Bâle, 
Eugène IV attendit des temps meilleurs. Ceux-ci s'an- 
noncèrent bientôt. Les grecs ayant répondu aux 
avances du concile par une ambassade qui séjourna à 
Bâle de juill. 1434 à juin 1435, l'union des Églises 
revint à l'avant-plan de l'actualité. 

Le légat surtout en comprit toute l'importance : son 
discours de réception à l'arrivée de la délégation 
grecque (Mansi, xxix, 1245; xxx, 671; cf. C. B., i, 
335), ses interventions à la commission des Cinquante, 
qui se réunissait quatre fois par semaine avec les grecs, 
montrent un partisan convaincu de l'union. Plus tard, 
la correspondance qu'il échangea avec Jean de Raguse 
et ses compagnons, envoyés par le concile à Constanti- 
nople, le confirmèrent dans ses sentiments (Cecconi, 
n. Lxxv, Lxxviii, Lxxix, Lxxxi; C. B., i, 372). 

La grande pierre d'achoppement était la question du 
lieu où se tiendrait la réunion. Par sa seule existence 
désormais reconnue, le concile de Bàle était en posses- 
sion. Le transférer n'était justifiable que moyennant 
un motif sérieux, homologué par une décision conci- 
liaire. Seulement Bâle était trop loin au gré des orien- 
taux. Ils avaient demandé que l'on fit choix d'une 
ville riveraine de la Méditerranée ou, à la rigueur, de 
quelque autre ville cisalpine (Cecconi, n. clxiv, 

CXLVI, CLXXVII, CLXXX, CLXXXII, CLXXXIV, CLXXXV). 

Ce motif était-il suffisant pour transférer le concile? 
La question fut discutée à partir du 5 juill. 143 



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(C. B., IV, 196) et plus encore après la mi-octobre 
(C. B., IV, 305). C. était partisan d'un transfert et, avec 
lui, la grande majorité des Pères de Bâle. Mais leur 
conclusion n'était pas la même. Le légat, ayant reçu 
de la part de Florence des propositions très avanta- 
geuses (promesse d'un prêt de 100 000 florins et autres 
faveurs, 14 et 28 août 1436; cf. Cecconi, n. lxxxviii, 
Lxxxix, xc, cxxxiii; G. Miiller, 161), pressenti depuis 
longtemps par le pape (correspondance épistolaire, 
automne 1436; C. B., i, 428, 430), et sollicité par les 
délégations des souverains (demande de l'ambassade 
française : C. B., iv, 190; réponse, M. C, ii, 893; — 
pourparlers avec un représentant impérial : M. C, 
II, 915; D. RA., xii, n. 17, p. 31), était d'avis que, 
faute de pouvoir rester à Bâle et y amener les grecs, il 
fallait accepter ne des villes proposées par eux (de 
préférence Udine, Pavie ou Florence). Son avis était 
partagé par un groupe qui se considérait comme la 
pars sanior du concile. Par contre, beaucoup d'autres, 
surtout parmi le clergé inférieur et les Français, pré- 
tendaient qu'ils ne quitteraient Bâle que pour se 
rendre en Avignon ou en Savoie. 

C. s'apercevait toujours mieux que le sentiment do- 
minant chez ce groupe de Pères restés à Bâle (plusieurs 
cardinaux, entre autres ceux qu'il estimait le plus : 
Castiglione et Capranica, étaient partis depuis long- 
temps) était, non le souci du bien de l'Église, mais une 
hostilité de fond envers le pape. 

Son crédit auprès d'eux avait considérablement 
baissé au bénéfice du cardinal Aleman (Pérouse, 
p. 247-48, trace un beau parallèle entre les deux cardi- 
naux). Déjà Traversari et Piccolomini avaient noté ce 
recul : pauciora jam cepit passe quam velit, écrit Tra- 
versari au cardinal Orsini (lettre xliii, col. 80; 
cxxvi, col. 177), et Piccolomini, dans une lettre à 
Piero da Noceto (21 mai 1437; Wolkan, i, 64-65), 
risque une comparaison avec Cicéron, Démosthène et 
même avec le Christ. Alors qu'extérieurement il tenait 
encore au concile, dans le fond du cœur C. évoluait 
déjà. Il se froissait surtout de se heurter à tout instant 
à l'omnipotence démagogique du clergé inférieur et de 
sentir les prélats à la merci de la loi du plus grand 
nombre. C'est sur son ordre que Jean de Torquemada 
compila, en 1437 à Bâle, ses Flores senlenliavum 
B. Thomae de auctoritate Summi pontificis, oslendentes 
papam esse super omnes (Valois, ii, 115). 

Le 10 nov. 1436, inaugurant sa politique de défense 
agressive, C. introduisit une demande quod nihil deli- 
beretur contra Summum pontificem... nisi prius audia- 
tur. Il ajoutait quod si non concederetur exnunc, illud 
quod fiai contra Sedem apostolicam, déclarât irritum et 
inane (C. B., iv, 327; M. C, ii, 914). La réponse qu'il 
fit, le 17 nov., au promoteur du concile en dit tout 
aussi long sur l'évolution de sa mentalité : il entend 
auctoritate Sedis apostolice eligere locum ad quem in- 
lendebat Iransire et qui vellet eum sequi sequeretur 
(C. B., IV, 336). 

Le surlendemain, au cours d'une cérémonie d'appa- 
rat, il remit à Nicod de Menthon, capitaine de la flotte 
devant partir pour Constantinopk au nom du concile 
afin d'y embarquer les grecs, le vexillum Ecclesiae et 
les insignes de son grade (C. B., iv, 337; M. C, ii, 916; 
D. RA., XV, 783, 845). Le 21, il exposa en congréga- 
tion générale son opinion au sujet du lieu à choisir 
pour le concile d'union et proposa un projet en ce 
sens (M. C, ii, 917; C. B., iv, 339-40). Les votes 
furent exprimés au cours des journées suivantes. On 
fit le compte le 5 déc. : Avignon ayant recueilli une 
majorité dépassant les deux tiers, C. refusa de procla- 
mer cette décision ; finalement il admit de proclamer le 
seul choix de Genève en Savoie (Cecconi, n. xcvii; 
Mansi, xxxi, 229; C. B., iv, 358-59) — concession de 
pure forme : il savait le trésor ducal incapable de pour- 



voir aux frais d'installation d'une si nombreuse assem- 
blée (C. B., I, 445). Ce vote scindait le concile en deux 
groupes; l'épreuve de force commençait. 

Toute l'année 1437 ne fut qu'une longue lutte du lé- 
gat pour amener la majorité à reconsidérer sa posi- 
tion, et éviter ainsi une rupture. Il profita d'abord de 
toutes les occasions pour faire obstacle à la décision de la 
majorité. Le 23 févr., il refusa d'assister à l'assemblée 
générale (M. C, ii, 937). Le 12 avr., à l'échéance du 
terme fixé, la ville d'Avignon n'ayant pas payé la tota- 
lité des 70 000 florins promis pour le transfert du con- 
cile, C. prétendit faire dénoncer par le concile son ac- 
cord avec cette ville et en revenir à la thèse défendue 
par la minorité. Cette proposition donna lieu à des dis- 
cussions orageuses : suivant un témoin, « des buveurs 
dans un cabaret eussent eu une meilleure tenue » 
(Aeneas Sylvius, dans Mansi, xxxi, 223). 

Voyant la majorité s'obstiner, le légat changea de 
tactique. A la tête de son groupe (55 adhérents sur 
430 : rapport du concile à Sigismond; C. B., i, 449), il 
prétendit opposer sa façon de voir jusqu'à l'imposer. 
Dans les députations et à l'assemblée générale du 
26 avr., ce fut la guerre ouverte; les voies de fait ne 
furent pas rares. La session du 27 avr. fut si houleuse 
qu'elle dut être renvoyée. Un nouvel essai, en dépit 
des exhortations pathétiques du légat, n'eut pas plus 
de suite (4 mai; Mansi, xxxi, 227; M. C, ii, 963 sq.). 

Enfin, le 7 mai 1437, la xxv" session se tint dans une 
confusion complète et se termina par la lecture simul- 
tanée de deux décrets : le " grand » (de la majorité, 
pour Bâle, Avignon, ou la Savoie; Cecconi, n. cxxi) et 
le « petit » (du légat et des siens, pour Florence, Udine 
ou tout autre lieu qui conviendrait au pape et aux 
grecs; Cecconi, n. cxx). Voir le récit dans Valois, 
II, 58-59. Quand le moment vint de sceller le « grand 
décret », la bulle s'avéra introuvable. C. l'avait mise en 
lieu sûr, décidé à ne la livrer que si on l'apposait sur les 
deux documents. Pour le fléchir, il fallut recourir à 
une intervention de l'empereur (C. B., i, 451-54) et 
s'en remettre à un arbitrage (M. C, ii, 970-75; Valois, 
II, 60). Seul le « grand décret » reçut la bulle du concile. 

Quelques membres de l'entourage du légat ne se 
tinrent pas pour battus. Dans la nuit du 13 au 14 juin, 
à l'insu de leur chef (M. C, ii, 982), ils défoncèrent le 
•coffre contenant le sceau, plombèrent un exemplaire 
du " petit décrèt » et remirent tout en place (récit de la 
double bullation : D. RA., xv, 789 sq.; Valois, ii, 62- 
63). Trois jours plus tard, la fraude fut découverte. 
C. réussit, non sans peine, à dégager sa responsabilité. 
Il exigea qu'à l'avenir des mesures fussent prises pour 
assurer une meilleure préservation des instruments de 
bullation (20 juin; Valois, n, 66). 

En juin. 1437, le groupe majoritaire reprit son projet 
de monitoire au pape (M. C, ii, 1010-13). C. fut écarté 
de la commission chargée de le rédiger. Dans les assem- 
blées, il défendit la cause du pape, demanda un sursis 
de trois jours pour rédiger un mémoire et, celui-ci lui 
étant refusé (M. C, ii, 1005), il protesta contre la pré- 
cipitation déployée en cette affaire et refusa de procla- 
mer le vote (29 juill. 1437; M. C, ii, 1001; Valois, ii, 
105). A la session du 31 juill. il s'abstint de paraître, 
« pour des raisons de conscience » (Mansi, xxxi, 234). 

Auprès du pape, tous les monitoires conciliaires 
furent sans effet. Eugène IV avait reçu communica- 
tion du « petit décret » et s'était empressé de lui donner 
son approbation (30 mai), décidé à aller de l'avant 
dans la voie de l'union, sans plus se soucier des Bâlois. 
Le 18 sept., par la bulle Doctoris gentium (Mansi, 
xxxi, 146; M. C, ii, 1033-40; Cecconi, n. clviii, 
CLix), il transférait le concile à Ferrare, permettant 
seulement qu'à Bâle on poursuivît durant un mois les 
conversations engagées avec les hussites au sujet de la 
communion sous les deux espèces. 



235 



CESA 



RINI 



236 



A Bâle aussi le vent était à la rupture : à la xxvii" 
session (26 sept.), les mesures hostiles furent renfor- 
cées; le 1"' oct. (xxvin« sess.), Eugène IV fut déclaré 
contumace. C. refusa de paraître à ces deux sessions; il 
joignit une note de protestation, offrant de se rendre 
lui-même auprès du pape pour trouver un terrain d'en- 
tente. Enfin, comme grâce personnelle, il demanda un 
sursis de quelques jours (Valois, ii, 108). Sa demande 
fut rejetée. 

Malgré la rupture virtuelle résultant des dernières 
mesures prises, il continua d'espérer contre tout espoir. 
Pendant trois mois, il tint bon, se résignant à un effa- 
cement graduel. A partir d'oct. il n'exerça plus la pré- 
sidence, qui fut assumée par le patriarche d'Aquilée 
et le cardinal Aleman; il n'intervint dans les commis- 
sions que pour discuter de la seule question hussite. 
Le 20 et le 27 déc, il lança deux derniers appels aux 
Pères pour rétablir un accord avec le pape; il parla 
chaque fois pendant plus d'une heure; il évoqua la 
paix promise aux hommes de bonne volonté et proposa 
la médiation de l'empereur, dont il ignorait encore la 
mort (M. C, ii, 1114-22, 1131-39; Mansi, xxix, 
1258-69; Cecconi, n. clxvhi). Ce fut en vain. Jadis 
« lumière » et « colonne » du concile, il était devenu 
maintenant « Julien l'Apostat » (M. C, ii, 918; Valois, 
II, 115, note 4); on le comparait « au berger qui aban- 
donne ses brebis quand il voit venir le loup » ( M. C, 
II, 1130). Sa parole irénique n'éveillant plus d'écho, il 
décida de hâter son départ. Il aurait même offert des i 
montures et un viatique à ceux qui voudraient partir 
avec lui (lettre de En. Sylv. Piccolomini, 11 janv. 1438, 
Wolkan, i, 79). Sa décision était prise depuis long- 
temps : dès que l'arrivée des grecs serait annoncée, il 
irait à leur rencontre. Le 7 juin, il avait écrit en ce sens 
au duc de Médicis (Cecconi, n. cxxx). En sept., il fit 
pressentir le gouvernement de Venise au sujet d'un 
séjour éventuel en cette ville et de certains avantages 
pécuniaires. Il en obtint une réponse favorable datée 
du 23 sept, (lorga, dans Revue de l'Orient latin, vi, 
388). Sur sa demande, Venise le tint régulièrement au 
courant des nouvelles concernant l'arrivée des grecs 
(lettres des 7 et 21 déc. 1437; lorga, ibid., 392, 393). Il 
était aussi en relations épistolaires avec le marquis de 
Mantoue (cette correspondance, du plus haut intérêt, 
n'a pas encore été publiée). Dans la dernière lettre 
qu'il lui adressa de Bâle (7 janv. 1438; Valois, ii, 118), 
il annonçait son départ dans les trois jours. 

III. Au CONCILE DE Ferrare-Florence. — 1" Fer- 
rare (8 mars 1438-10 janv. 1439). — Invité par une 
lettre particulière à se rendre n en vertu de la sainte 
obéissance » au concile qui allait s'ouvrir à Ferrare, le 
8 janv. (3 janv. 1438 : G. Hofmann, Epistolae..., 
n. 114 bis, p. 151 ; Cecconi, n. clxxii), C. avait prévenu 
cet ordre en quittant Bâle le 9 janv. (M. C, m, 11; 
pourtant une lettre de Piccolomini datée du 11 janv., 
Wolkan, i, 79, annonce son départ imminent). Les 
Pères l'escortèrent jusqu'en dehors de la ville, satis- 
faits au fond de ne plus être gênés par sa présence 
(Pérouse, 246). 

Au cours de son voyage, il fit au moins deux haltes : 
une première à Venise, où il rencontra la délégation 
grecque (sauf-conduit, 21 janv.; arrivée entre le 18 et 
le 20 févr. ; départ, 1" mars : cf. lorga, dans Rev. de 
l'Orient latin, vi, 396, 397, note; Cecconi, n. clxxxv; 
Traversari, lettre cxl, col. 196; Sanuto, dans Mura- 
tori, anc. éd., 1053, 1055); une seconde à Mantoue 
(Sanuto, ibid., 1056; Hardouin, ix, 742). 

L'opinion, dont on trouve un écho dans une déclara- 
tion de Thomas Ebendorfer à la diète de Mayence 
en 1441, et suivant laquelle le légat se serait rendu à 
Venise pour y persuader les grecs d'entreprendre 
quand même le chemin de Bâle, est dénuée de tout 
fondement. Celle du nonce pontifical à Londres, 



Pietro del Monte (lettre du 30 mars 1438 à l'arche- 
vêque d'York, dans Orientalia christiana periodica, 
V, 1939, p. 415), l'est tout autant : C, indécis, aurait 
voulu voir d'où venait le vent; constatant que les 
grecs se rendaient à Ferrare, « comme un prudent nau- 
tonnier, il aurait suivi le courant ». Le contraire est 
plus vraisemblable : il aurait contacté la délégation 
grecque à Venise pour la détacher définitivement de la 
cause bâloise. Traversari, alors présent à Venise, 
signale son arrivée, « prêt à mourir pour Sa Sainteté, 
s'il le fallait «(lettre xxx, col. 59; Cecconi, n. clxxxiii). 
D'ailleurs, ce ne fut pas le seul motif de son passage 
par Venise. On a conservé le texte d'une supplique de 
C, adressée le 25 févr. au Conseil de Venise (publ. dans 
Becker, 94 sq.), sollicitant la médiation de la Séré- 
nissime auprès du pape pour qu'il lui « fasse avoir son 
droit » et en outre, si possible, un bénéfice en terre 
vénitienne (Lazarus, 98, n. 64). 

Accompagné de Traversari, C. arriva à Ferrare le 

8 mars 1438 (description dans Ricordanze di Messer 
Gimignano Inghirami, p. 54; cf. Hofmann, Ferrara, 
139). Quantum ego sentio sincerus et integer et rébus 
nostris maxime ulilis et necessarius, dit de lui Traver- 
sari dans sa lettre lviii au gouverneur de Bologne 
(col. 96; voir aussi lettre ccclv, col. 466). Quand tous 
les orientaux furent arrivés, il prononça le discours 
d'ouverture devant le pape, 9 cardinaux, 107 évê- 
ques, abbés et supérieurs généraux d'ordres latins, 

1 l'empereur d'Orient, son frère et 35 métropolites et 
grands dignitaires orientaux (9 avr. 1438; G. Hof- 
mann, Ferrara, 413). Même les grecs adversaires 
de l'union, tels Syropoulos, rendirent hommage à 
son éloquence. Excellent juriste et diplomate con- 
sommé, C. joua au concile d'union un rôle de premier 
plan. 

La reprise des sessions publiques ayant été fixée au 

9 oct., C. proposa, dès la première réunion prépara- 
toire (peu après le 24 avr. ; G. Hofmann, Ferrara, 
413-18), la formation d'une commission pour examiner 
les questions controversées entre orientaux et occiden- 
taux, afin de déblayer le terrain durant les six mois 
d'intervalle. Pour vaincre la répugnance des grecs, il 
se rendit chez le basileus. On tomba d'accord que, des 
quatre points en litige : origine du S. -Esprit, pain 
azyme, primat romain et purgatoire, les deux derniers 
pourraient faire l'objet des discussions préparatoires 
(Syropoulos, v, c. viii, p. 122-24). 

Le 4 juin 1438, C. ouvrit le feu par son exposé de la 
doctrine catholique du purgatoire (texte de son mé- 
moire : éd. Petit, dans Patrol. orientalis, xv, 25-38; 
éd. Hofmann, dans Orientalia christiana..., x\i, 1929). 
Les discussions se poursuivirent jusqu'en juill.; C. in- 
tervint à de nombreuses reprises (récit dans G. Hof- 
mann, Ferrara, 418-24). 

Il invitait aussi à sa table les principales notabilités 
grecques, en particulier Bessarion (Syropoulos, v, 
c. II, p. 113) et Marc d'Éphèse (P. O., xvii, 310), et 
s'entretenait avec eux de questions philosophiques. 
Ces agapes furent par la suite interdites par le pa- 
triarche de Constantinople; l'interdiction ne fut pas 
bien observée (G. Hofmann, Ferrara, 410). 

A partir de la reprise des sessions publiques, C. fut 
la vedette principale des latins dans leurs joutes théo- 
logiques avec Bessarion et Marc d'Éphèse. Théologien 
moins subtil que Jean de Raguse, controversiste moins 
fougueux que l'archevêque de Rhodes, il était meilleur 
diplomate, plus brillant orateur et plus versé dans la 
connaissance des Pères de l'Église. C. leur ayant 
concédé l'initiative de la fixation de l'ordre du jour 
(ni« sess., 13 oct.), la première question proposée fut 
celle de savoir si toute addition au symbole de Nicée, 
même explicative, est interdite ou si cette interdiction 
ne doit s'entendre que d'une addition hérétique. Après 



237 



CESARINI 



238 



un exposé par Bessarion, C. parla sur ce thème les 1 1 
et 15 nov., 4, 8 et 13 déc. 1438 (cf. texte latin et grec 
de son exposé, éd. Hofmann, dans Orientalia chris- 
tiana..., xxii, 1931, p. 5-62; résumé des discussions, 
G. Hofmann, Ferrara, 431-35). Bessarion fut forte- 
ment ébranlé par son argumentation (E. Candal, 
Bessarion Nicaenus in concilio Florentino, dans Orien- 
talia christiana..., vi, 1940, p. 437). 

Ces séances, qui se prolongeaient jusqu'à 23 heures 
dans un froid glacial, étaient épuisantes. Et le résul- 
tat ne répondait pas aux efforts. C. s'en rendait 
compte. Il insista à plusieurs reprises auprès du pape 
pour qu'il veuille s'entendre avec l'empereur afin 
qu'on commence la discussion sur la question princi- 
pale : la procession du S. -Esprit. Il lutta aussi contre 
l'abus des interruptions intempestives : même l'em- 
pereur se fit rappeler à l'ordre par lui, à la séance du 
4 déc, pour être intervenu jusqu'à cinq fois dans une 
discussion où il n'avait pas la parole. 

Dès ce moment, le pape avait rendu à son ancien 
antagoniste toute sa confiance. Il eut recours à lui 
pour faire savoir à Traversari son désir de le voir par- 
ticiper aux travaux conciliaires (Traversari, lettre 
DcccxLviii, col. 976). Traversari se fit longtemps 
prier (G. Hofmann, Episiolae..., n. 146). Dans l'entou- 
rage pontifical, tous n'étaient pas aussi confiants : il 
arrivait à Torquemada d'appeler son collègue « l'ora- 
teur des Bâlois ■> (Apparatus super decretum Florenti- 
num unionis graecorum, xxxiv, note 2, éd. E. Candal, 
Concilium Florenlinum, sér. B, vol. n-1, Rome, 1942). 
Même les Pères de Bàle nourrissaient encore des illu- 
sions à son sujet; ils lui firent proposer de travailler à 
Ferrare pour gagner des adhérents à leur cause 
{M. C, III, 32 sq.). 

2» Florence (25 févr. 1439-début 1442?). — Le siège 
du concile ayant été transféré à Florence, pour se 
rendre de Ferrare en cette ville, C. fit route, non avec 
le pape et les autres cardinaux, partis le 16 janv. 1439, 
mais avec l'escorte du patriarche de Constantinople. 
Le voyage et la réception à Florence furent marqués 
d'imprévus (récit dans Mansi, xxxi, 702, 1561 ; 
Diario Fioreniino, dans Arch. stor. ital., V« sér., xiv, 
1894-2, p. 296-97). Ayant quitté Ferrare, le 26 janv., 
d'abord en bateau puis à cheval, ils arrivèrent à 
Faenza, où ils restèrent bloqués faute de moyens de 
transport. Un mot de C. à Cosme de Médicis fit dépê- 
cher de toute urgence un convoi d'une centaine de 
mules (lettre publ. dans Orientalia christiana..., v, 
1939, p. 233). Les grecs arrivèrent devant Florence le 
7 févr. L'empereur y fit son entrée le 13, le patriarche 
deux jours après, quand C. eut réussi à leur procurer 
des logements (Millier, Documenti, p. 172). Ce fut 
aussi C. qui se chargea d'assurer divers services, aux 
frais du concile : envoi de courriers, achat de livres, 
transcription de documents grecs. En déc. 1439 le pape 
le fit rembourser (Gottlob, 60, 61, 63, 66). 

Durant les neuf premières sessions (du 25 févr. au 
24 mars 1439), il fut question de la procession du 
S. -Esprit, sujet proposé par C. qui demanda aussi que 
les séances publiques fussent tenues au moins une fois 
la semaine. Au cours de ces séances il n'intervint que 
par quelques remarques et des tentatives de concilia- 
tion. La mésentente entre les grecs, divisés entre parti- 
sans de Bessarion et de Marc d'Éphèse, ayant fait 
surgir des difficultés sur la procédure à suivre, une dé- 
légation latine vint trouver les grecs dans la demeure 
du patriarche malade. C. prit la parole au nom des 
latins pour redemander la reprise des réunions pu- 
bliques communes. Mais il ne put vaincre la répu- 
gnance de l'empereur (15 avr. ; Mansi, xxxi, 967; 
Syropoulos, viii, c. xii, p. 234). 

On décida d'un commun accord que deux déléga- 
tions de dix membres consacreraient huit réunions à 



poursuivre la discussion des points controversés. C. fit 
partie de la délégation latine. 

Parallèlement à ces réunions bi-partites, C. inter- 
vint encore souvent, seul ou avec deux autres cardi- 
naux latins, dans toutes les circonstances et dé- 
marches plus délicates. Le pape le désigna comme son 
porte-parole, lorsque le basileus sollicita une audience 
pontificale pour obtenir un accommodement au sujet 
du Filioque. C. eut alors avec le basileus trois entre- 
tiens importants (15, 21 et 22 mai; Mansi, xxxi, 
978 sq.). Il assista aussi aux deux audiences accordées 
par le pape à la délégation grecque ou à certains de ses 
I membres (27 mai, 8 juin). Au cours de cette dernière 
I réunion, on se mit d'accord sur le Filioque. Il fut en- 
! core un des cardinaux désignés par le pape pour propo- 
! ser à l'empereur un programme d'aide matérielle et 
militaire contre la menace turque (l'"' et 2 juin; Mansi, 
xxxi, 999; G. Hofmann, Ftorenz, 393). Enfin, il fut du 
nombre des trois prélats latins invités par l'empereur 
au synode grec du 13 juin, après la mort du pa- 
triarche de Constantinople. 

I-e 9 juin, le pape fit connaître à une délégation 
grecque les quatre points moins capitaux sur lesquels 
! il fallait encore s'entendre, avant d'avoir réalisé 
■ l'union : purgatoire, primauté romaine, matière de 
i l'eucharistie, épiclèse (Mansi, xxxi, 1004). Au cours 
{ des discussions qui se tinrent les jours suivants, C. ap- 
j porta quelques précisions aux deux discours de Jean 
' de Raguse sur le primat du pape et à celui de Jean de 
Torquemada sur l'usage de l'azyme (16 et 20 juin; 
Mansi, xxxi, 1666, 1671, 1676; Hardouin, ix, 958-66). 
Une formule résumant les quatre points précités fut 
proposée par les latins. C. réussit à dissiper à son en- 
droit les préventions des grecs et surtout du basileus 
(Mansi, xxxi, 1014; Hardouin, ix, 966 sq.). Une diffi- 
1 culté surgit encore en dernière heure au sujet de la 
i primauté romaine; elle faillit compromettre toute 
l'union, le basileus refusant que le séjour des grecs en 
Occident se prolongeât davantage. C. manœuvra 
assez habilement pour éviter la rupture (Mansi, xxxi, 
1018). Une nouvelle commission bi-partite de deux 
fois 6 membres fut désignée le 26 juin (Hardouin, 
IX, 978). A C. revint l'honneur d'y avoir proposé, dès le 
lendemain, une formule transactionnelle, qui fut ad- 
mise par les deux parties. 

Le terrain ainsi déblayé, un synode partiel des latins 
fut tenu le 27 juin, en présence du pape. C. y fit un 
exposé d'ensemble de l'état des pourparlers avec les 
grecs, sur tous les points controversés, et donna lec- 
i ture des cinq articles sur lesquels un accord avait été 
réalisé (Mansi, xxxi, 1689-93; Hardouin, ix, 979 sq.). 
Les latins nommèrent alors une commission de 12 
membres pour rédiger, en accord avec les grecs, la 
bulle d'union (Hardouin, ix, 982). Cette commission 
siégea sous la présidence de C, matin et après-midi, 
dans l'église de S. -François (Mansi, xxxi, 1022 sq.; 
Hardouin, ix, 983). Quand son travail fut terminé, C., 
au cours d'un nouveau synode latin, rendit compte au 
pape du résultat obtenu (4 juill. ; Mansi, xxxi, 1689- 
92; Hardouin, ix, 983). Le 6 juill. 1439, dans la cathé- 
drale de Florence, nouvellement recouverte de sa cou- 
pole par Brunelleschi, eut lieu la séance solennelle qui 
dura douze heures (récit dans Ricordanze di Messer 
Gimignano Inghirami, p. 57 sq. ; liste des souscrip- 
tions, dans G. Hofmann, Florent, 414-17). Après la 
grand'messe, C. donna lecture du texte latin du décret 
I d'union, ensuite Bessarion lut le texte grec, puis les 
deux prélats, les principaux artisans de l'union réali- 
sée s'embrassèrent. Le seul exemplaire authentique de 
l'acte d'union fut remis au cardinal C. qui le déposa 
dans une cassette d'argent recouverte de velours et en 
confia la garde à la Seigneurie de Florence où elle est 
conservée encore aujourd'hui (publ. dans C. Milanesi, 



539 



CESA 



RINI 



"240 



Giornale slorico degli archivi Toscani, Florence, 1857, 
p. 210-25). A la promotion du 18 déc. 1439, Bessarion 
reçut la pourpre; cette nomination fut en bonne 
partie l'œuvre de Cesarini. 

Après l'arrivée à Florence de la délégation armé- 
nienne (13 août 1439), C. fut désigné pour prendre part 
aux conversations qui aboutirent à la signature du dé- 
cret d'union le 22 nov. (G. Hofmann, Die Einigung 
(ter armenischen Kirche mil der katholischen Kirche, 
dans Orienlalia chrisliana..., v, 1939, p. 151-85). 

Ayant réalisé l'union avec les grecs et parallèlement 
aux conversations avec les arméniens, Eugène IV 
s'occupa aussi de la question conciliaire. Loin de se 
borner à une condamnation radicale de toutes les 
mesures prises à Bâle depuis la convocation du concile 
de Ferrare (Constitution Moyses, 4 sept. 1439; Har- 
douin, IX, 1004 ; M. C, m, 382), il s'attaqua au fond de 
là question : les rapports entre pape et concile. Dans 
ce but, il organisa (sept.-oct. 1439) une dispute con- 
tradictoire sur la suprématie conciliaire telle qu'elle 
avait été établie à Constance et à nouveau définie à 
Bâle (Valois, ii, 202-04). C. fut choisi comme avocat de 
la thèse conciliaire. Le texte de son exposé n'a pas été 
conservé. On peut en conjecturer la trame par la 
réponse qu'y fit, le lendemain, l'avocat de la thèse 
•pontificale, Jean de Torquemada (Hardouin, ix, 
1236 sq., surtout 1250-76). Dans cette réponse, Tor- 
quemada ne nomme jamais son antagoniste, mais il le 
fit plus tard dans sa Summa de Ecclesia, \: II, C. A ce 
moment, l'évolution de C. vers le parti pontifical 
s'était encore accélérée, par suite de l'étude approfon- 
die des textes canoniques à laquelle il s'était livré au 
cours de ses discussions avec les grecs (M. C. m, 
1319). Il interprétait alors, semble-t-il, les décrets de 
Constance comme établissant une subordination du 
pape au concile, mais seulement quand I9 constitu- 
tion générale de l'Église est en danger (Valois, 11, 
304, note 3). 

Cette évolution se poursuivit encore. Plus tard, 
dans un entretien qu'il eut à Vienne avec Aeneas Syl- 
vius, il reconnut sans ambages qu'il s'était trompé 
(Raynaldi, ann. 1440, n. 10). Il rédigea même sur ce 
sujet un traité (1440 ou 1441) que les Bàlois quali- 
fièrent de Tractatus Juliani Apostate magis perniciosus 
et plus furiosus (M. C, m, 1319). 

Lorsqu'on apprit à la Curie la nomination par le 
concile de Bâle de l'antipape Félix V (5 nov. 1439), 
C. fut le seul à juger l'événement avec sang-froid : 
aucun schisme, déclara-t-il, n'était à redouter d'un 
pape qui avait des enfants et dont la nomination 
n'était que le résultat d'intrigues familiales et finan- 
cières (Giaconius, 11, 862; Pérouse, 334). 

Le 12 mars 1440, C. fut un des neuf membres de la 
commission chargée de déterminer la procédure à 
Suivre pour condamner Félix V, ce qui eut lieu le 23 du 
même mois (Ricordanze di Messer Gimignano In- 
ghirami, dans Arcfi. slor. itaL^V^ sér., i, 1888-1, 60-61). 

On ne sait à partir de quelle date C. cessa de parti- 
ciper aux travaux du concile de Florence. Après 
juin 1440 on n'y relève plus aucune trace de sa pré- 
sence. Sôn'nam ne flgure-pas au bas du décret d'union 
dès jacobltes, signé le 4 févr. 1442. 
'■■•TV. Les dernières années. — 1° Charges el titres 
divers. Tout en continuant souvent à se faire appe- 
'1er cardinal de S.-Ange, C. échangea son titre cardina- 
lice contre celui de cardinal-prêtre de Ste-Sabine. Sur 
la date de cet échange, Eubel se contredit à une page 
de distance (1442 : 11, 76; 1440 : 11, 75). Les deux dates 
sont d'ailleurs inexactes, comme le prouvent de nom- 
breux documents antérieurs à 1440, où le titre de 
Ste-Sabine lui est donné, ainsi que les souscriptions où 
11 signe de son nouveau titre. Ce titre apparaît pour la 
première fois dans un document pontifical du 17 févr. 



1435 (Mansi, xxix, 580); celui de S.-Ange lui est 
donné pour la dernière fois le 12 nov. 1434 (C. B., m, 
249); cependant, il n'est fait mention d'une grand' 
messe célébrée par le légat qu'à l'occasion de la fête de 
Pâques 1436 (8 avr.; C. B., iv, 102). 

En févr. 1439, C. fut nommé administrateur de 
l'évêché de Grosseto (Ughelli, m, 671). Mais Vespa- 
siano se trompe, lorsqu'il affirme que le cardinal Ju- 
lien refusa toujours d'accepter un autre bénéfice. De 
1440 au 7 mars 1444, il administra aussi en commende 
le siège métropolitain de Tarente (Ann. pont., 1932, 
p. 130; Eubel, 11, 270, rem. 1). Depuis juin 1439, il eut 
en commende le monastère cistercien de S.-Pastor au 
diocèse de Rieti (Eubel, 11, 6, n. 8). Il avait aussi en 
commende le monastère de S. -Basile à Rome, qu'il 
résigna le 18 avr. 1440 (ibid., 27, n. 5a). En 1439 en- 
core, il fut nommé archiprêtre de S. -Pierre à Rome et, 
depuis le 23 mai 1443, il fut grand pénitencier 
(E. Celani, p. 241, n. lxx; E. Gôller, Die pàpstliche 
Poenitentiarie in ihrem Ursprung bis zur Umgestallung 
durch Plus V., ii-l, Rome, 1911, p. 9). A partir de 
juin (?) 1439 il fut aussi cardinal protecteur des Fran- 
ciscains (Wadding, Annales Minorum, t. ix, anc. éd., 
p. 79; nouv. éd., p. 91). A Ferrare, il fut désigné 
comme protecteur spécial des Lieux saints et, en cette 
qualité, il envoya à Jérusalem le commissaire de la 
province orientale des Franciscains, Jean Capistran, 
pour y destituer de sa charge le procurateur séculier 
des Lieux saints (Wadding, op. cit., xi, anc. éd., 
p. 47; nouv. éd., p. 53). Enfin, le 6 ou 7 mars 1444, 
tandis qu'il était absent en légation, il fut promu car- 
dinal-évêque de Tusculum (Eubel, 11, 29, n. 56a; 
71 et 75; Celani, n. lxviii, p. 241). 

2" Légation en Europe danubienne. — Envoyé 
comme légat a latere dans les pays danubiens, auprès 
de Ladislas II, roi de Pologne et de Hongrie, avec des 
pouvoirs très étendus (14 bulles datées du 1" mars 
1442 sont conservées aux archives Sforza-Cesarini, 
liste dans Celani), C. partit de Florence le 14 mars 
(Eubel, II, n. 22). 

Le but de sa mission était : a ) d'empêcher le roi de 
suivre les conseils de son cousin, le patriarche d'Aqui- 
lée, en prenant parti pour l'antipape bâlois; b) de 
trouver un arrangement entre la reine mère Élisabeth 
et Ladislas au sujet de la succession au trône de Hon- 
grie; c) et surtout d'écarter le danger ottoman de la 
plaine danubienne, en promouvant une croisade à la- 
quelle prendraient part les armées coalisées de Ladis- 
las, de Jean Hunyade, voïévode de Transylvanie, et de 
Georges Brankovitch, prince de Serbie (Dlugosz, 768). 
Par faveur spéciale pour un croisé, les cardinaux lui 
avaient reconnu le droit de toucher sa part de leurs 
revenus communs, malgré son absence et pendant 
toute la durée de celle-ci (Eubel, 11, 28, n. 22). 

Pour cette croisade, la collaboration de la flotte 
vénitienne était nécessaire, afin d'intercepter les Dar- 
danelles. Au cours de son voyage d'aller, C. passa par 
Venise, dont il obtint facilement le concours (arrivé le 
10 mars, d'après Sanuto, dans Muratori, 1103). Il y 
prolongea cependant son séjour jusqu'au delà du 
26 avr. (lorga, dans Revue de l'Orient latin, vu, 61), 
sans doute pour régler avec la succursale vénitienne de 
la banque des Médicis le paiement de sa provision de 
500 florins par mois (lorga. Notes..., 11, 21-22). 

Cela fait, il continua sa route, d'abord vers Vienne 
afin d'y gagner le Roi des Romains au parti d'Eu- 
gène IV (Fraknoi, 108). Mais Frédéric était absent et 
le légat fut plutôt mal reçu. Il quitta Vienne le jour de 
la Fête-Dieu (M. C, m, 978-79; 1318-19). 

Dès son arrivée auprès de Ladislas (avant le 27 mai), 
le légat réussit sans peine à neutraliser l'influence 
bâloise (cf. Fraknoi, 19-20; T. Zegarski, Païen und das 
Baseler Konzil, Fribourg, 1910, p. 65). Le règlement de 



241 



CESA 



RINI 



242 



la question dynastique fut plus ardu. C. dut se rendre 
à deux reprises à Raab (Gyôr), auprès de la reine mère 
Élisabeth, mais les conditions du compromis qu'il 
proposa furent rejetées, les unes par Élisabeth, les 
autres par la diète hongroise inspirée par Jean 
Hunyade. Il ne réussit à obtenir qu'un armistice d'un 
an, avec la promesse de négociations directes entre les 
deux parties rivales (8 août 1442; Dlugosz, 769 sq. ; 
Fraknoi, 21 sq.). La mort subite d'Élisabeth trancha 
le différend. 

Dans un autre domaine encore, la légation de C. 
auprès de Ladislas se révéla fructueuse : par un acte 
daté de Buda (22 mars 1443), Ladislas reconnut aux 
Églises ruthènes de rite oriental se trouvant dans ses 
États des droits égaux à ceux dont jouissaient les 
Églises de rite latin en Pologne et en Hongrie (texte 
dans M. Harasiewicz, Annales Ecclesiae Ruthenicae, 
Leopol, 1862, p. 78 sq.). C. avait eu une grande part à 
la concession de ce privilège, qui correspond bien à ses 
sentiments unionistes (A. Ziegler, Die Union des 
Konzils von Florenz in der russischen Kirche, dans Das 
ôstliche Christentum, fasc. xlv, Wurtzbourg, 1938, 
p. 114). Il se pourrait qu'en automne 1442 il soit ren- 
tré en Italie. Eubel (ii, 28, n. 25a) le signale parmi les 
membres présents à la Curie le 24 octobre. 

Restait le problème principal : la croisade. Eu- 
gène IV en promulgua la bulle, le 1" janv. 1443 (Ray- 
naldi, ann. 1443, n. 14-19; G. Hofmann, Epistolae..., 
n. 261). Pour la rendre possible, il fallait le soutien de 
Venise et la neutralité de Vienne. Afin d'obtenir cette 
dernière, C. fit sonder les dispositions de Frédéric III 
par l'entremise d'Aeneas Sylvius Piccolomini, entré 
depuis peu au service de la cour autrichienne (Wol- 
kan, I, n. 45, p. 127); il avait écrit dans le même sens 
au chancelier Kaspar Schlick. Il reçut en réponse une 
invitation, en date du 6 mai, à venir à la diète de 
Presbourg (de Schlick, Wolkan, ii, 7 sq. ; de l'empe- 
reur, ibid., 12 sq.). C. s'y rendit et y obtint la promesse 
d'un pacte de non-agression entre Frédéric et Ladislas 
(lorga, dans Revue de l'Orient latin, vu, 80, 83 sq.). 
Une lettre de Piccolomini à Jean Vrunt, secrétaire de 
Cologne, donne des détails sur ces tractations et sur le 
rôle qu'y joua C. (27 mai 1444; Wolkan, i, n. 141, 
p. 320 sq.). Durant ce séjour (juin 1443), il eut aussi de 
longues conversations avec Piccolomini, dans le but de 
le détacher du parti de Bâle. Dans sa bulle de rétracta- 
tion du 26 avr. 1463 (Fea, 157), Piccolomini, devenu 
Pie II, et désireux de s'accorder le beau rôle, donne à 
ces conversations un relief qu'elles n'eurent pas au 
moment même, si l'on en juge par le contenu d'une 
lettre écrite par lui, juste après le passage de C. en 
Autriche, et dans laquelle il s'exprime au sujet du lé- 
gat et de sa croisade sur un ton hautain et dénigreur 
(Wolkan, i, n. 63, p. 165). 

De Venise, C. avait déjà obtenu l'envoi de 10 000 li- 
vres de poudre pour appro\asionner l'armée de terre 
(8 août 1442; lorga, dans Rev. de l'Orient latin, vu, 
73). Mais il fallait une aide plus effective. N'ayant pu 
trouver l'occasion, comme il l'escomptait, de se rendre 
à Venise, il y suppléa par d'abondantes relations épis- 
tolaires (lorga, ibid., 73, 79, note, 94, 398, 409, 
416 sq.). La Sérénissime, en froid avec le pape, se mon- 
trait méfiante sous des dehors empressés, mais le légat 
lui promit qu'elle obtiendrait Gallipoli et Salonique 
pour prix de son concours (Fraknoi, 42, 54; Lju- 
bitch, 201). 

Ainsi garanti, Ladislas décida d'ouvrir les hostilités. 
Le 22 juin., l'armée des croisés se mit en route. C. l'ac- 
compagnait (Dlugosz, 779). Ayant franchi le Danube, 
elle défit les Ottomans à Nisch (3 nov.) et entra victo- 
rieuse à Sofia (lettre de C. à Frédéric III; Wolkan, 
I, 281; L. Kupelwieser, Die Kàmpfe Ungarns mit 
den Osmanen bis zur Schlacht bei Mohacs, Vienne, 



1895, p. 67-71, avec carte des opérations militaires). 
Mais, malgré une seconde victoire à Kounovitsa 
(24 déc. 1443), les rigueurs de l'hiver et les difficultés 
d'approvisionnement contraignirent les chrétiens à 
rejoindre leurs bases de Hongrie. C. rentra à Buda le 
2 févr. 1444 (Fraknoi, 39). 

Apprenant ces succès et convaincu que la croisade 
reprendrait avec le retour de la bonne saison, le pape 
étendit la légation de C. à la Grèce « et aux régions 
voisines et transmarines » (12 févr. 1444; Theiner, 
op. infra cit., Slav., i, n. 549; G. Hofmann, Epistolae..., 
n. 274). Les récits et les allusions relatifs à un retour de 
C. en Italie au cours de sa légation ne s'appuient sur 
aucun témoignage valable. Par contre, Eugène IV et 
C. restaient en rapports étroits par messagers : Chris- 
tophe, évêque de Coron, Étienne de Hongrie, Gérard de 
Cologne, Revenus de Liège (lorga. Notes..., ir, 21-22). 

3° Les pourparlers d'Andrinople et de Szeged (été 
1444). — Les événements qui séparent la campagne de 
1443 de celle de 1444 ne sont pas rapportés de manière 
identique par les historiens. Il faut s'y arrêter, car de la 
solution adoptée dépend le bien-fondé de la principale 
accusation qui plane sur la mémoire du cardinal légat. 

Jusqu'en ces derniers temps, l'opinion commune 
était la suivante : conseillé par ses alliés Brankovitch 
et Hunyade et peu soutenu par l'Occident, Ladislas 
prêta l'oreille aux ouvertures de son ennemi vaincu. 
Les pourparlers aboutirent à une trêve de dix ans, 
conclue à Szeged, le 15 juill. 1444. Après quoi, Mou- 
rad II abdiqua, cédant le pouvoir à Mahomet II, en- 
core mineur. Mais C, adversaire de toute trêve et mé- 
content de n'avoir pas été consulté, mit tout en jeu 
pour obtenir la dénonciation de l'accord et la continua- 
tion de la croisade. Sous l'effet de cette contrainte mo- 
rale, Ladislas reprit sa parole et ses armes. 

Ce récit classique des événements peut s'appuyer 
sur un ensemble impressionnant de sources (Bleyer, 
127 sq.) : sources grecques : Laonicus Chalcocondylas, 
Historiarum libri decem, éd. Bekker, 1. VI, Bonn, 1843, 
p. 316-17, 324-25, dans Corpus script, hist. Byzant.; 
Doucas, Historia Byzantina, éd. Bekker, Bonn, 1834, 
c. xxxii, p. 218, 220, ibid.; — sources turques : en par- 
ticulier deux lettres de Mahomet II, datées de janv. 
1445; — sources chrétiennes : Dlugosz, 789 sq. ; 
Aeneas Sylvius Piccolomini, lettre à l'évêque de Pas- 
sau, 28 oct. 1445 (Wolkan, i, 566); — message de la 
Diète polonaise de Piotrkow à Ladislas, énumérant les 
conditions de l'accord (26 août 1444; A. Sokolowski, 
Codex epistolaris saec. xv, i, dans Monum. medii aevi 
historica res gestas Poloniae illustrantia, ii-l, Cracovie, 
1876, n. cxxv, p. 141-42; — chronique du Bourgui- 
gnon Jean de Wavrin, dont le neveu Walerand, en sa 
qualité de commandant de la flotte auxiliaire bour- 
guignonne, avait vu de ses propres yeux le document 
scellant l'accord conclu (Wavrin, p. 41-46). Tous les 
auteurs anciens et la plupart des historiens modernes 
non polonais admettent en substance le même récit. 
Le jugement qu'ils formulent contre C, responsable 
de ce « parjure », varie d'après l'appartenance confes- 
sionnelle et nationale de ces auteurs. Frankl (p. 42-76) 
en donne une vue d'ensemble. 

Plusieurs historiens polonais n'admettent pas ce 
récit. D'après eux, il n'y aurait eu aucune trêve con- 
clue entre chrétiens et turcs, tout au plus des pourpar- 
lers qui — exception faite de la défection de Branko- 
vitch — n'aboutirent pas (cf. A. Cieszkowski, Fontes 
rerum Polonicarum e tabulario reipublicae Venetae, 
sér. I,fasc. n, Posen, 1890, p. 122, n. 6; A. Prochaszka, 
Uwagi krytyczne o klesce warnenskiej , « Observations 
critiques sur la bataille de Varna », dans Rozprawy 
Akademii Umiejel nosci, « Travaux de l'Acad. des 
sciences », sect. hist. et philos., II« sér., xiv, Cracovie, 
1900, p. 1-60). 



243 



CESA 



RINI 



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Ce non-lieu sans restriction s'appuie sur le silence 
des sources italiennes capitales : le rapport vénitien 
(9 sept. 1444) au commandant de la flotte des Darda- 
nelles, qui ne mentionne que « certains pourparlers » 
(texte dansLjubitch, 212) ; — le récit d'Andréa de Pala- 
cio, d'après lequel les pourparlers furent engagés par 
les deux alliés de Ladislas, à l'insu de ce dernier 
(16 mai 1445; A. Lewicki, Codex epislolaris saec. xr, 
II, dans Monum. medii aevi historica res gestas Poloniae 
iltustranlia, xii, Cracovie, 1891, n. 308, p. 459). 

La découverte d'une nouvelle source italienne a per- 
mis de renouveler cette question, sans réussir toute- 
fois à trancher le point central de la controverse. Il 
s'agit d'un groupe de lettres inédites de l'humaniste 
Ciriaco d'Ancona, de passage à Andrinople vers cette 
époque. En combinant cette source nouvelle avec les 
précédentes, on peut résumer comme suit les événe- 
ments de l'été 1444. 

Le 15 avr. 1444, la diète hongroise se réunit à Buda. 
Le légat y assista et y fit un discours électrisant 
(Frankl, 19, 26; le texte donné par AntoniusBonflnius, 
Rerum Ungaricarum décades, déc. III, 1. V, Hanovre, 
1606, p. 445-46, est incertain). Le roi s'engagea par 
serment à reprendre la croisade, à condition d'être 
soutenu par l'Occident (lorga. Noies..., ni, 108). C. 
combina un plan de campagne : les armées de terre 
longeraient le Danube, puis suivraient le rivage de la 
mer Noire jusqu'à leur jonction avec la flotte qui dé- 
boucherait des Dardanelles à leur rencontre. La cor- 
respondance échangée entre C, l'ambassadeur Gio- 
vanni De Reguardatis et les autorités vénitiennes en 
mai et juin 1444 parlent de la croisade comme d'un 
événement décidé (cf. Cieszkowski, op. cit., 91-96, 106- 
113; Pall, Ciriaco..., 27, 37). 

Tandis que cela se passait au vu et au su de tous, 
Ladislas, cédant sans doute aux suggestions de Bran- 
kovich et de Hunyade, crut devoir répondre aux 
avances turques sollicitant des pourparlers : le 
22 avr. 1444, il envoya Stoïka Gisdanich, muni de 
pleins pouvoirs. Celui-ci, accompagné des délégués 
serbes et transylvains, rencontra le sultan à Andri- 
nople et conclut avec lui, le 12 juin 1444, une trêve de 
dix ans, qui devait être ratifiée par le roi. La déléga- 
tion des chrétiens rentra alors en Hongrie, accompa- 
gnée d'une nombreuse ambassade turque (J. Turoczi, 
Cfironica Hungarorum, part. IV, c. xli, dans Scrip- 
(ores rerum Hung., i, Vienne, 1746); elle arriva à 
Szeged vers la fin juill. Ici les récits divergent. Cer- 
tains voudraient qu'à ce moment Ladislas eût ratifié le 
traité conclu par son chargé de pouvoirs. Il y aurait 
donc eu une paix conclue entre les deux parties, con- 
formément aux indications contenues dans la majorité 
des sources. Seule la date devrait en être reportée du 
15 juill. à la fin du même mois (voir les deux articles de 
F. Pall). D'autres estiment que tout ce que disent les 
sources se rapporte à l'accord conclu à Andrinople 
(cî. surtout les études de O. Halecki). 

Quoi qu'il en soit, le 4 août 1444, le roi lança un ma- 
nifeste annonçant la reprise de la croisade (texte dans 
Frankl, 48-50; Cieszkowski, op. cit., 119-25; Dlugosz, 
794). Aucune allusion n'y est faite à un traité qui 
aurait été conclu ou ratifié moins d'une semaine aupa- 
ravant (Becker, 85). 

Du point de vue de la critique historique, le pro- 
blème n'est donc pas résolu. Néanmoins, le revirement 
qu'il faudrait admettre chez le roi, passant en moins de 
huit jours de temps de la ratification d'une trêve à la 
décision de reprendre les hostilités, n'est psychologi- 
quement explicable que pour un motif de la plus 
haute gravité. Ce motif aurait pu être un événement 
important (il n'y en eut aucun), ou une influence 
extérieure, par ex. celle du légat, doublée ou non d'une 
menace d'excommunication (Pall, Ciriaco..., 44). 



Une autre hypothèse, c'est que le roi aurait, dès le 
début, tenté de miser sur les deux tableaux. Toutes les 
négociations avec Mourad furent menées dans le plus 
grand secret. Extérieurement, Ladislas poursuivait 
ses préparatifs de croisade. La veille même de son dé- 
part pour rencontrer la délégation turque à Szeged, il 
écrivit au roi de Bosnie qu'il « était sur le point de 
partir pour détruire ces maudits Turcs » (24 juill. 1444; 
lorga, Notes..., u, 407). 

Il est certain que des chrétiens considéraient alors 
avec assez de légèreté une parole donnée à un infidèle, 
surtout lorsqu'ils étaient liés par ailleurs envers 
d'autres chrétiens. Faut-il alors supposer que le roi 
Ladislas, d'accord ou non avec C, aurait dès le début 
joué la comédie, engagé et mené à terme des pourpar- 
lers qu'il était décidé à rompre dès le lendemain? Le 
légat était un fin diplomate, mais sa vie antérieure 
montre qu'il a toujours su respecter la frontière sépa- 
rant la finesse de la fausseté. 

Si Ladislas a joué un double jeu (ce qui est loin 
d'être prouvé), C. n'en fut pas responsable. Rien ne 
prouve qu'il avait eu connaissance des pourparlers en 
cours. L'insinuation de Dlugosz (col. 790) ne s'appuie 
sur rien. Autre chose est qu'ayant appris la conclu- 
sion d'un accord désastreux pour la politique chré- 
tienne en Orient, le légat ait considéré un tel accord 
comme invalide et ait absous le roi de son serment. A 
en juger par les reproches contenus dans une lettre 
adressée en juin 1445 par la reine Sophie, mère de La- 
dislas, à la diète de Hongrie, la thèse de la rupture y 
aura trouvé de chauds partisans (cf. Sokolowski, 
op. et toc. cit., ii-l, Cracovie, 1876, p. 5; Pall, Varna, 
12). Bien entendu les prétextes invoqués à cette occa- 
sion pour rejeter la responsabilité de la rupture sur les 
infidèles, et dont Dlugosz (col. 793) se fait l'écho, ne 
tiennent pas. 

4" La croisade de Varna. — Décidé à reprendre les 
armes, Ladislas fut encouragé par les nouvelles favo- 
rables que C. venait de recevoir au sujet de la flotte 
chrétienne croisant dans les Dardanelles et par une 
missive du basileus Jean VIII Paléologue le suppliant 
de ne pas déposer les armes et lui promettant le sou- 
tien des forces byzantines (texte dans Dlugosz, 790; 
cf. O. Halecki, La Pologne et l'Empire byzantin, dans 
Byzantion, vu, 1932, p. 64-65; F. Dôlger, dans Byzanl. 
Zeitschr., 1932, p. 439-40, tient cette lettre pour 
inauthentique). 

La guerre fut donc rallumée (opérations dans Ku- 
pelwieser, op. cit., 83). Mais le retard consécutif aux 
négociations, la défection de Brankovitch, l'incompé- 
tence du commandement de la flotte alliée, et l'aide 
accordée par les Génois à la flotte ottomane expliquent 
le désastre qui frappa l'armée chrétienne à Varna 
(10 nov. 1444). 

S'étant heurtée devant les murs de cette ville à des 
forces turques très supérieures en nombre, l'armée 
chrétienne accepta la bataille, malgré l'avis du légat 
qui conseillait de se renfermer dans les murs de la ville. 
Sur la bataille de Varna (sources et études straté- 
giques), voir les ouvrages mentionnés dans Pastor, i. 
335 et Becker, 86 : surtout H. Zeissberg, Analekten zur 
Geschichte des xv. Jahrhunderts, ii, Erinnerungen an 
die Schlacht bei Warna, dans Zeitschr. fur die oesterr. 
Gymnasien, xxii« année, 1871, p. 81-114. Le détache- 
ment commandé par C. et portant la bannière de 
l'Église occupait une position de choc à l'aile droite. Il 
fut bousculé dès le premier engagement. Quoique 
blessé, le légat accourut alors au centre de la mêlée 
pour défendre l'étendard de S. Ladislas. C'est là qu'on 
le vit pour la dernière fois. Nul ne sut jamais ce qu'il 
devint (Andréas Palacius de Palacio, Litterae de clade 
Varnensi ad Ludovicum cardinalem, éd. A. Lewicki, 
op. infra cit., n. 308, p. 459-69). 



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CESARINI 



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Les bruits les plus contradictoires coururent : le lé- 
gat aurait été tué dans la fuite (Laonicus Chalcocon- 
dylas, Historiarum de origine atque rébus gestis Turco- 
rum et imperii Graecorum libri X, Paris, 1650, p. 337); 
achevé par un passeur valaque tandis qu'il se débat- 
tait dans les eaux du Danube (Dlugosz, 810); tué par 
des fuyards de sa propre armée (Piccolomini, dans 
Wolkan, i, 538, 567). Un autre récit voudrait qu'il ait 
été fait prisonnier, conduit devant le sultan et soumis 
à de cruelles tortures pour lui faire abjurer la foi; 
ainsi il serait mort martyr (récit de Gilles Charlier, 
doyen de Cambrai, qui se prétendit témoin oculaire; 
cf. Baluze, Miscellanea, ui, Paris, 1680, p. 301). Tous 
ces récits sont dépourvus de toute garantie. 

On raconta même qu'il était encore vivant en Va- 
lachie, ainsi que le roi Ladislas, disparu comme lui, et 
qu'ils expiaient dans un ermitage le parjure dont ils 
étaient coupables. Ce bruit ayant circulé à Rome, le 
pape envoya à Ladislas et au voiévode de Valachie un 
message demandant des renseignements et une en- 
quête (A. Lewicki, Codex epistolaris saec. xr, ii, dans 
Monum. medii aevi hisiorica res gestas Poloniae illus- 
trantia, xii, Cracovie, 1891, n. 304-05, p. 452-53). 

La nouvelle de sa mort ne parvint à Rome que le 
25 juin. 1445; le lendemain un service funèbre fut 
célébré pour sa mémoire par le Sacré Collège (Eubel, 
II, 30, n. 72-73). Son oraison funèbre fut prononcée 
par le Pogge, dans le style ampoulé du temps (texte 
dans A. Mai, Spicil. Romanum, x, Rome, 1844, 
p. 374-84). 

V. Portrait. — Pour juger équitablement Julien 
Cesarini, il faut distinguer le caractère de l'homme et 
l'attitude du théologien. 

Même en un siècle aussi fécond en éloges dithyram- 
biques, même en faisant la part des exagérations et 
des clichés, il est rare de rencontrer une telle unanimité 
à reconnaître chez un homme un si bel ensemble de 
qualités humaines et de vertus chrétiennes. 

Le plus beau portrait psj'chologique de G. est sans 
doute celui de son ami Traversari dans sa lettre ex à 
l'évêque de Cervia (éd. Mehus, col. 141-42). Le Pogge 
dans son éloge funèbre et Vespasiano qui l'avait ap- 
proché à Florence sont aussi très louangeurs. De même 
Aeneas Silvius Piccolomini ne tarit pas d'éloges à son 
endroit (voir lettre clxvii au duc de Milan; Wolkan, 
I, 490). Jean de Ségovie, qui se trouvait pourtant alors 
dans le camp opposé au sien, le qualifie de homo 
indeviabilis et inflexibilis (M. C, m, 688; D. RA., 
xv-2, n. 350, p. 760). Le cardinal Branda avait cou- 
tume de dire que si toute l'Église venait à se corrom- 
pre, lui seul suffirait à en donner une image dans sa 
pureté primitive. Il entretenait sa pureté de conscience 
par une confession quotidienne. Guiraud (p. 318) a 
rassemblé une belle collection de détails sur sa piété, 
son esprit de mortification, sa charité. Cette dernière 
était proverbiale : il lui arrivait de passer une journée 
entière à visiter les malades; même s'il s'agissait d'un 
simple palefrenier ou d'un gâte-sauce, ses domestiques 
malades devaient recevoir deux fois par jour la visite 
du médecin. Se souvenant de ses débuts difficiles, il 
aidait volontiers les étudiants pauvres en payant leurs 
études à Pérouse, Bologne ou Sienne. 

Toutes ces belles qualités étaient rehaussées par un 
extérieur attrayant et un tact sachant allier la simpli- 
cité des rapports privés avec le sens de la grandeur due 
à son rang. A en juger par une médaille commémora- 
tive dont le seul exemplaire connu est au British 
Muséum (reprod. dans Becker, frontispice; descrip- 
tion, ibid., p. 13-14, note 27), c'était un homme aux 
traits doux et réguliers. 

C. n'était pas riche et ne le devint jamais. Il ne pro- 
fita pas de ses hautes fonctions pour s'enrichir; il trou- 
vait l'argent de ses aumônes en renonçant au luxe de 



la table et en vendant les doubles de sa bibliothèque. 
Ses contemporains ont pourtant exagéré son déta- 
chement, en affirmant qu'à part l'évêché de Grosseto il 
ne posséda aucun bénéfice. Il savait les demander et 
les accepter avec modération ; ses plaintes ne sont pas 
l'expression d'un désir de lucre mais de réelles diffi- 
cultés à subvenir au train d'une maison qui ne comp- 
tait que 30 personnes et 18 mules. Le fonctionnaire de 
la Curie qui rédigea, vers 1436, un plan destiné à cir- 
convenir le légat alors à Bâle et à payer son adhésion 
au parti pontifical par l'octroi de quelque bon bénéfice 
(C. B., I, 436-37) témoigne d'une méconnaissance de 
son caractère. 

Pas assez riche pour être mécène, il comptait pour- 
tant parmi les meilleurs soutiens de l'humanisme nais- 
sant du Quattrocento. Chez les Latins, ses modèles pré- 
férés étaient Cicéron, S. Augustin et Lactance (Voigt, 
Aeneas Sylvius, i, 216). Il avait reçu des leçons de grec 
de Traversari et se fit offrir par lui, à l'occasion de sa 
promotion cardinalice, la traduction d'une Vie de S. Gré- 
goire de Nazianze (Epist., lxiii, cccv et dcccxxxvii, 
101, 396, 959; cf. Guiraud, 140). Il emprunta encore à 
Traversari diverses traductions, dont un S. Jean 
Chrysostome, que le camaldule faisait recopier par 
deux moines de Ste-Marie-des-Anges, Michel et Nico- 
las (Epist., ccxxix, cDxcviii, cdxcix, 300, 616, 617). 
Il profita du séjour à Bâle de son ami helléniste pour 
parfaire sa connaissance du grec dans un « Boèce grec 
et latin » (ibid., cdxcix, 617). Un autre traducteur, 
Lapo da Castiglionchio, lui traduisit les Vies d'Aratus 
et de Pélopidas par Plutarque (Traversari, Epist., 
CMXLviii, 1117; Guiraud, 149, 255). Léonard l'Arétin 
lui dédia une histoire de la guerre contre les Goths 
(Mancini, 177, 191). C. profitait de ses déplacements en 
pays étrangers pour acquérir, à son compte ou à celui 
de ses amis comme le Pogge et Niccolo Niccoli, des 
livres ou des manuscrits anciens dont il avait la pas- 
sion (G. Voigt, Die Wiederbelebung des klassisctien 
Altertums, 3« éd., i, Berlin, 1893, p. 234, 249, 298). 
Pour tous les frais de transport de livres, il avait conclu 
un arrangement avec la banque de Médicis (Traver- 
sari, Epist., cDxcviii, DcccxLviii, 616, 977). A partir 
de 1438, l'humaniste Giovanni Tortelli fit partie de sa 
maison (cf. Mancini, lac. infra cit.). A Florence, C. 
compta parmi le cercle d'humanistes réunis en cette 
ville à l'occasion du concile. Par l'entremise de Bessa- 
rion il entra en relations avec des lettrés byzantins. Il 
apprit aussi l'hébreu avec Gianazzo Manetti et Vespa- 
siano rapporte (i, 172) qu'il gagna à la foi chrétienne 
et baptisa de ses propres mains un autre membre de 
ce cercle de lettrés, le médecin Israélite Giovanni 
Agnolo. 

Il s'intéressait aussi aux choses rares et curieuses. 
Peu avant la fin de sa vie, il fit expédier des Balkans à 
Eugène IV un dromadaire capable d'abattre 100 milles 
en un jour (Attichy, 121 ; Mancini, 201). 

Quoi qu'on en ait dit, il ne semble pas qu'un 
reproche sérieux puisse être adressé à son attitude 
extérieure. En vrai juriste de son époque, ancien élève 
de Bologne et de Padoue, C. ne pouvait être qu'un 
adhérent convaincu de la théorie conciliaire, adver- 
saire de tout curialisme. Il était persuadé que, dans le 
conflit entre Rome et Bâle, le pape défendait une 
position intenable et il croyait agir dans l'intérêt supé- 
rieur de l'Église en le suppliant de modifier son atti- 
tude. Et il ne se gênait pas pour le lui dire (par ex. 
lettre du 5 juin 1432; M. C, ii, 209). Mais il n'était pas 
partisan d'une politique de coups d'épingles. D'accord 
pour combattre tout ce qui pouvait être à l'origine 
d'abus, il voulait que les mesures prises dans le cadre 
d'une rejormatio capitis tinssent compte des exigences 
de l'équité (provision à assurer en échange de la sup- 
pression des annales), et s'opposait à des projets dont 



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CESARINI 



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le seul résultat eût été d'attenter à la dignité du Siège 
apostolique sans aucun profit pour la réforme (pou- 
voirs de légat a lalere proposés pour l'ambassade 
conciliaire en France). Lorsque l'expérience lui eut 
ouvert les yeux, en toute loyauté il ne s'obstina pas et 
se rallia consciemment à une tlièse qu'il avait d'abord 
combattue. Ainsi qu'il l'expliqua plus tard à Picco- 
lomini, " c'est le privilège de l'être libre que de pou- 
voir abandonner l'erreur pour la vérité » (Fea, 157-58). 

Œuvres. — La trop courte vie de C, accaparée par les 
fonctions extérieures, ne lui laissa pas le temps de produire 
d'œuvres importantes. Les écrits cfu'il composa à l'occasion 
des travaux conciliaires (discours de controverse théologique 
ou d'apparat) ont été signalés à leur place au cours de cet 
article. En dehors d'eux, il ne reste de lui qu'une abondante 
correspondance (aucun inventaire ni édition d'ensemble). 

Sources. — Aeneas Sylvius Piccolomini (Pie II), Opéra 
omnia, Bâle, 1551, p. 3-81, 115-24. — W. Altmann, Die 
Urkunden Kaiser Sigmunds, 1410-1437, Innsbruck, 1896- 
1900, 2 vol., dans Regesta Imperii, xi. — François Baix, 
La Chambre apostolique et les « Libri annatarum » de 
Martin V (1417-1431), vol. i, Bruxelles-Rome, 1947, 
p. xcviii, dans Analecta Vaticano-Belgica, xiv. — E. Cecco- 
ni, Studi storici sul concilio di Firenze, i, Florence, 1869. — 
E. Celani, Le pergamene delV archivio Sforza-Cesarini, dans 
Arch. délia Soc. rom. di storia patria, xv, 1892, p. 238-41. — 
Chevalier, B. B., 844. — Concilium Basiliense. Studien und 
Quellen zur Geschichte des Concils von Basel, éd. par la 
Historische und antiquarische Gesellschaft uon Basel, Bâle, 
1896-1936, 8 vol. (sigle : C. B.). Comprend diverses sources, 
dont la principale est le Protocole du concile d'après le 
manuale du notaire Pierre Brunei, éd. J. Haller (vol. ii-iv). 
— Bartolommeo di Michèle del Corazza, Diario Fiorentino, 
ann. 1405-1438, dans Arch. stor. ital., V» sér., xiv, 1894, 
p. 282, 296-97. — Deutsche Reichstagsakten, vol. ix-xii, xv- 
XVI, Gotha, 1898-1935 (sigle : D. RA.). — ,1. Dlugosz, 
Historia Polonica, éd. Leipzig 1711, vol. i, 1. XII, col. 768- 
810. — Eubel, I, 34, 49; ii, 6, 27-29, 71, 75, 76. — Fabricius, 
Bibliotheca latina mediae et infimae aetatis, vi, Padoue, 
1754, p. 16, 18. — C. Fea, Plus II Pont, majcimus a calum- 
niis vindicatus, Rome, 1823. — H. Giustiniani, Acta sacri 
oeciimenici concilii Florentini, Rome, 1638. — Hardouin, 
Acta concilioruni, viii-ix, Paris, 1714. — G. Hofmann, 
Concilium Florentinum : i, Erstes Gutachten der Lateiner 
ùber das Fegfeuer, dans Orientalia christiana periodica, 
XVI, 1929; III, Denkschrift des Kardinals Cesarini tiber das 
Symbolum, ibid., xxii, 1931, p. 5-62; Briefe eines pâpstli- 
chen Nunzius in London ûber das Konzil von Florenz, ibid., 
V, 1939; Epistolae ponlificiae ad concilium Florentinum 
spectantes, Rome, 1940-46, 3 vol. — N. lorga. Notes et 
extraits pour servir à l'hist. des croisades du XV' s., vol. ii, 
ni, Paris, 1899-1902. Avaient paru en partie dans Revue de 
l'Orient latin, iv, 1896, p. 25-118, 226-320, 503-622; 
v, 1897, p. 108-212, 311-88; vi, 1898, p. 50-143, 370-434; 
VII, 1899-1900, p. .38-107, 375-429; viii, 1900-01, p. 1-115, 
267-310. — S. Ljubid, Listine o odnosajih izmedyn juznoga 
slavenstva i Mletacke Republike, « Documents sur les rela- 
tions entre les Slaves du Sud et la république de Venise », 
IX, 183 sq., 192 sq., 212, 216, dans Monumenta spectantia 
historiam Slavorum meridionalium, xxi, Zagreb, 1890. — 
Mansi, xxix-xxxi. — E. Martène et U. Durand, Veterum 
scriptorum et monumentorum... amplissima collectio, vin, 
Paris, 1733. — Monumenta conciliorum generalium s. XV, 
'4 vol. (sigle M. C). En particulier : t. i, Jean de Raguse, 
Inititim et prosecutio Basiliensis concilii, éd. Palacky; 
t. ii-iii, .Jean de Ségovie, Historia gestorum generalis 
synodi Basiliensis. — G. Mliller, Documenli sulle relazioni 
délie città Toscane colV Oriente cristiano e coi Turchi, Flo- 
rence, 1879. — L. Petit, Documents relatifs au concile de 
Florence, i, La question du purgatoire à Florence; ii. Œuvres 
anticonciliaires de Marc d'Êphése (cf. R. GralTm-F. Nau, 
Patrologia orientalis, t. xv-1, xvii-2), Paris, 1920, 1923. — 
Poggius Florentinus (Bracciolini), Oratio in funere Rev. 
card. D. Jul. Cesarini Romani, éd. Mai, dans Spicilegium 
Romanum, x, Rome, 1844, p. 374-84. — Repertorium 
Germanicum, Pontifikat Eugens IV., vol. i, par R. Arnold, 
Berlin, 1897. — Ricordanze di Messer Gimignano Inghirami, 
dans Arch. stor. ital., V sér., i, 1888-1, p. 20-68. — Marino 
Sanuto, Vite dei duchi di Venezia, dans Muratori, Rerum 
ital. scriptores, anc. éd., xxii, 1053-56, 1103, 1109-13. — 
S. Syropoulos,'l<rrop(a Tfjs tv <I>XcopEVTi<y cruv65ou,éd. R.Creygh- 



ton, Vera historia unionis non verae inter latinos et graecos, 
sive concilii Florentini exactissima narratio, La Haye, 1660. 

— A. Theiner, Vetera monumenta historiea Hungariam 
sacram illustrantia, Rome, 1860, p. 206-12, 272; Vetera 
monumenta Slauorum meridionalium historiam illustrantia, 

I, Rome, 1863, n. 547, 549-551. — Ambrosius Traversari, 
Epistulae et orationes, éd. Mehus, Florence, 1759. — Vespa- 
siano Fiorentino (da Bisticcl), Vile di uomini illuslri, éd. 
Mai, dans Spicilegium Romanum, r, Rome, 1839, p. 166-84; 
éd. Frati, i, Bologne, 1892, p. 109 sq. — • Jehan de Wa\Tin, 
Recueil des Croniques et anchiennes istories de la Grant 
Bretaigne a présent nommé Engleterre, éd. Hardy, dans 
Rerum Britannicarum medii aevi scriptores, vol. v, Londres, 
1891, p. 16-57. — R. Wolkan, Der Briefwechsel des Eneas 
Silvius P